‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 34 sur 48 · I.A FIN n'UNE l SUUF'ATIO.N · texte numérisé non relu

I.A FIN n'UNE l SUUF'ATIO.N

doute. Or, la prompte nominalion des deux cardinai^x (jUGJe lui ai demandée en aurait été un témoignage cclataiil; et je ne saurais dissimuler à Votre Sainteté que le retard apporté par votre auguste prédécesseur à la nominalion de l'archcvcque de Bourges a fait en Trance un effet regrettable, et qu'un nouveau retard l'aggraverait encore sensiblement. Je souscris de tout mon cœur à léloge que Votre Sainteté daigne f.iire de l'archevêque de Cambrai. C'est parce que je l'ai Jugé digne, à tous égards, d'une aussi haute distinction que celle de la pourpre romaine, qu'il m'a été doux d'appeler sur lui ce précieux témoignage de l'estime et de la bienveillance de Voire Sainteté. Mais des vertus et des qualités non moins émineutes recommandent aussi l'archevêque de Bourges. Il est un des plus anciens évoques de France, comme il est un des plus mcrilanls sous tous les rapports, et c'est à ces titres que l'auguste prédécesseur de Votre Sainteté m'avait promis de l'élever au rang des membres du sacré collège. J'attache le plus grand prix à cette promesse, que la mort seule a empêché Grégoire XVI d'accomplir. Je viens aujourd'hui la réclamer de votre affection paternelle pour l'Église de France et pour moi, et j'ose espérer, Très-Saint l'ère, que mes vœux seront pleinement exaucés dans le plus prochain consistoire.

« Quant à l'abbé de Falloux, que j'ai recommandé à Votre Sainteté pour un titre d'évèque in parlibus, je regretterais d'autant plus qu'EUe vît des difficultés

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h l'accorder à ce prélat, (|ii'il ne sérail pas possible de lui accorder en France la position qn'EUe croit préférable dans son inlérél. Mais les sentiments qu'Kllevenl l)ien m'ex])rimer me donnent l'espoir que sur ce poini encore je n'aurai qu'à la remercier d'avoii- daigné condescendre à mes vœux. Je suis heureux, Très-Sainl- Père, de vous offrir, dès à présent, l'expression de ma profonde gratitude; et c'est en vous demandant toujours votre bénédiction apostolique pour tous les miens et pour moi que je vous' prie d'agréer l'hommage du respect filial et du tendre attachement avec lesquels je <uis, Très-Saint Père, de Voire Sainteté le très-dévoué (ils.

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Tout en faisant son petit ménage constitutionnel, le roi citoyen sollicitait des chapeaux de cardinal et des mitres in partîbm infidelitim, pour des services assez peu ecclésiastiques. II cherchait, par toute es|)èce dr subterfuges légaux et de prières épistolaires, à endormir les passions, à calmer les esprits et à travailler à un apaisement qu'il ne devait pas plus obtenir des partis que du clergé. LOrléanisme les avait ton-, trompés; ils se tenaient tous en défiance de lui. El, durant ce temps, grâce à un singulier effet d'optique royale el ministérielle, la majorité dans les assemblées législatives allait toujours en s'auomentant, el le pays légal n'avait pas d'autres vœux à former que de voir -e perpétuer un lel état de choses.

LA FIN in NR risnUI'M ION. i/j-,

Ces réiicitos indiisli'iolles, linaiicièies, agiicoles el t'-ommerciales, stéréotypées au Moniteur^ n'abusaient personne sur la durée de Ja dynastie de 187)0, Louis- Pliilippe seul croyait h l'éternité de sa race. Plus le danger approchait, plus sa sécurité paraissait complète. La grande ()arole de Bossuet traçant les causes dt' la ruine de l'EgypIe allait encore une fois se véritier, et l'on devait voir' c< que Dieu redresse, quand il lui plaît, le sens égaré, et celui qui insultait à l'aveuglement des aulres tombe dans des ténèbres pins épaisses, sans qu'il faille souvent autre chose poui' lui renverser le sens que ses longues prospérités. » Le roi de Juillet arrivait à ce point fatal. Afin de l'étourdir plus sûrement, tout au dehors lui succédait à souhait; tout à l'intérieur se présentait sous d'heureux auspices, ou s'interprétait avec un sourire de béatitude. Par un amendement resté célèbre dans les fasies parlementaires, le comte de Morny préfendait que les grands corps de l'Ktat étaient satisfaits. Avec ce bon billet, Louis-Philippe, en La Châtre couronné, ne leur en demandait point davantage. Pendant ce temps, la Révolution passait parole aux Orléanistes mal pourvus ou aux dynastiques irrités. Elle les mettait sur la piste de renverser un trône, tout en croyant ne batti-een brèche qu'un ministère rival et de vie trop dure.

Voir ses enfants condamnés par la force des choses à des unions funestes ou disproportionnées avait été la plus sanglante des humiliations pour l'orgueil do

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Louis-Philippe, le plus cruel des supplices pour son cœur de père. Le duc de Monlpensier restait seul à étal)lir,ct le chef de la maison d'Orléans jugea l'occasion favorable pour prendre une revanche de ses déboires matrimoniaux. Les rois ne l'isolaient plus autant du concert européen. L'empereur iVicolas lui-môme, on prévision des calastrophes, paraissait se rapprocher insensiblement de lui. Fier de ces faveurs inattendues, le roi de .Juillet voulut en profiter, et donner par là au monde diplomatique une preuve de son audace et un témoignage de sa modération. Ferdinand VII avait laissé deux filles, la reine Isabelle et l'infante Louise- Fernande. Ces deux princesses étaient nubiles. Leur mère, Marie-Christine, dans ses luîtes égoïstes pour ou contre la Révolution, dans ses succès ou dans ses revers, avait toujours nourri la pensée de rattacher, par un mariage, les deux branches de la maison de Bourbon qui, afin de régner, violèrent le principe d'hérédité. Cette pensée est aussi celle de Louis-Philippe; mais l'Angleterre ne la partage pas.

Quand la reine Victoria , dérogeant à toutes les règles de l'étiquette britannique, vint au château d'Eu visiter son bon frère de l'Orléanisme, Louis-Philippe, au milieu de ses splendeurs bourgeoises, lui détailla à voix basse ses petites confidences. Lord Aberdeen en avclt entendu quelque chose; il se retire du Foreign Office pour céder la place à lord Palmerston, qui aura le droitd'être Anglais sans encourir un reproche de connivence. Lord Palmerston éprouve à l'égard de Louis-

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I'hilij»pe un indéfinissable sentiment de jalousie et de dédain. On eût dit que les ruses de l'un devaient faire concurrence aux perfides boutades de l'autre. Les mariages espagnols sont une intrigue en partie double; Louis-Philippo et lord Palmerston se trouvent dans leur élément. En 1840, les deux adversaires ont lutté à forces inégales sur la question d'Orient; en 1 846, le roi des Français veut essayer d'émanciper ses intérèlj> de famille et de les soustraire à la tutelle britannique. Iloslile à tous ses projets, le cabinet de Saint-James se plaît à en [)rcndre la contre-partie. Il use l'homme avant de briser le monarque. La jeune reine Isabelle n'a pas les apparences d'une santé fiorissante; on a même persuadé à Louis-Philippe qu'elle pourrai! rester stérile. L'Orléanisme a donc résolu d'épouser l'inOmte, qui est l'héritière de la couronne d'Espagne. L'Angleterre, mieux informée, ne s'oppose pas directement à ce que le duc de Monlpensier obtienne Louise- Fernande; mais il lui faut ses sécurités. Le Foreign- Office met pour condition que ce mariage franco-espagnol ne sera déclaré qu'après celui de la reine et la naissance d'im enfant. Arrivé au pouvoir, sur ces en- Irefailes, lord Palmerston ne songe qu'à brouiller les cartes.

Afin de fortifier la maison de Bourbon en Espagne et de préparer l'union des deux branches divisées par de longues guerres civiles, Louis -Philippe cl Christine jetèrent les yeux sur le fils aîné de don Carlos. Le comte de Montemolin écarlé ou non accep-

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l.iiit, leur choix .s'était tixé ^uv d'autres (lesceiidaiils fie Philippe V. liCS comtes d'Âquila et de Tiapaiii lui-cnl mis en avant par hi reine Christine, leur demisœur. Ces choix n'allaient pas au gouvernement brilannicjue; son ambassadeur à Madrid fit jouer les grands ressorts. La presse libérale et les pl'ogre^sisle.•^ parlementaires sont circonvenus. Bientôt M. Bulwer peut savoir à quel taux se cote l'orgueil castillan, et f[uelle somme il faut dépenseï' pour apprivoiser la la rouche indépendance d'un journal. Louis-Philippe, ]>eu disposé à surenchérir, souriait à ces vénalités; mais elles ne devaient }»as laire son compte. Lord Aberdeen a louvoyé à travers ce dédale d'intrigues; Inrd Palmerblon du premier coup démasque ses batteries. Sans s'inquiéter des engagements antérieurs, il |)ose nettement la candidature du prince Léopold de (vobourg à la main de la reine Isabelle. Cette candidature était une déception pour l'Orléanisme et le renversement de ses espérances. Son but caché a toujours été de marier les deux sumrs à la même heure, afin d'assurer au duc de Montpensier les éventualités désirées. L'Angleterre, qui a vu clair dans ce jeu, ne se laisse pas abuser par de vaines promesses. Elle a encore un Cobourg à placer; il importe que, malgré l 'Espagne; et malgré la France, ce Cobourg fasse souche, comme en Portugal, de rois moitié libéraux et moitié protestants, mais avant tout créatures de l'Anglais.

M. BuKver, à Madrid, s'était payé un parti remuant

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fX dont les effervescences ne manquaienl pas de doci lilé. M. Bresson, ambassadeur de Louis-Philippe, se^ décide à tenter un coup d'audace. Don François d'Assise, duc de Cadix, est le cousin de la reine el son fuluil'poux eu seconde ligne. Cresson brusque les choses, passe à travers les obstacles diplomatiques el les querelles de famille, puis propose, sans désemparer, la simultanéité des deux mariages. A cette mesure de vigueur que Louis-Philippe conseilla peut-être, tou( en se réservant le droit de la désavouer au besoin, un cri d'élonnement s't'chappe des Tuileries. Il va porter à Londres et à Madrid les feintes indignations du roi des Français, Louis-Philippe s'est engagé: (;Ouis-Philippe respecte sa parole II neveul, sous aucun préloxle, qu'on puisse la mettre en doute. La simultanéité n'est ni son fait ni son espoir. Mais lors((ii'il a pris connaissance de la note du 19 juillet 1840, par laquelle le cabinet anglais déclare officiellement que ses vœux sont en faveur d'un Cobourg, Louis-Philippe modifie quelque peu son langage. Il écrit, le 25 juillet, à M. Guizot, ministre des affaires étrangères : « La lecture des pièces que j'ai reçues de vous ce matin, à neuf heures et demie, et que je vous envoie immédiatement, me laisse sous l'empire des plus pénibles impressions, non pas que je m'attendisse à mieux de lord Palmerston, mais parce (pie j'espérais qu'il ne se ocrait pas mis si promptement à découvert. Mon impression actuelle est qu'il faut lui rendre coup pour coup et \v prendre tout de suite corps à corps...

4i8 CHAPITRE IV.

'< Tout ceci doit nous presser encore plus de faire parvenir à la reine (îhrisline le désaveu de la simultanéité. Plus nous avons de mauvaise foi à craindre, plus il importe que les cartes que nous avons en main soient nettes, et qu'on ne puisse pas nous accuser d'avoir deux langages, et d'être exposés au parti qu'on pourrait en tirer contre nous. »

M. Guizot, qui n'a pas tous les secrets du père, mais qui devine le roi, s'empresse de lui répondre: « Je suis tout à fait d'avis que le roi ne doit pas s'engager à la simultanéité des deux mariages, et que, tout en manifestant l'intention de faire celui de monseigneur le duc de Montpensier, c'est seulement lorsque celui de la reine sera conclu, qu'on doit traiter définilivemenl de l'autre; mais je prie en même tenqis le roi de réfléchir combien la situation est en ce moment délicate, tendue, critique. Il va se faire évidemment un grand effort pour le Cobourg. Notre parade contre ce coup, c'est Cadix et Montpensier. N'affaiblissons pas trop cette parade au moment même où nous avons besoin de nous en servir. >;

Les deux politiques et les deux inlluences se révèlent au grand jour; la duplicité s'y étale avec bonheur. Forcé de renoncer à son Léopold de Cobourg, que l'Espagne repousse dans un intérêt national et catholique, i'almcrston a réclamé l'accomplissement de la promesse orléaniste concernant la simultanéité. Louis- Philippe, radieux de sa victoire, joue sur les mots comme un enfant. Il équivoque comme un rhéteur du

LA FIN D'UNE USURPATION. i4n

Ba«mpire et laisse à M. Guizot un rôle aussi indigne de ce minisire que de la France. L'homme d'État en est réduit à argumenter sur des faux-fuyants, à balbutier des réticences devant lord Normanby et à équilibrer des subterfuges sur la différence du jour et de l'heure où les mariages espagnols doivent être célébrés. Lord l'almerston, vaincu, mais irrité de sa défaite, ne cache pas plus à l'Angleterre qu'à l'Europe le dépit qui l'emporte. Parodiant le mot de Louis XIV : a 11 n'y a plus de Pyrénées ! » le roi de Juillet s'exagère ce triomphe, qui est plutôt celui de son amour-propre que de son pays. Les cours étrangères ont assisté à ce duel, et, malgré les incitations de lord Palmerston, elles refusèrent d'y participer. C'est appeler la France orléanisée à des grandeurs encore inconnues; c'est accepter sa dynastie et rendre au trône son éclat traditionnel. I.a presse anglaise a osé répéter sérieusement que, à l'exemple de Charles -Quint et de Napoléon, Louis- Philippe aspirait à la monarchie universelle, et Louis- Philippe ne dit pas tout à fait non. Le 10 octobre 1846, le même autel reçut les deux royales fiancées. Elles épousèrent au même instant don François d'Assise et le duc de Montpensier.

Louis-Philippe avait battu lord Palmerston et les Anglais sur le terrain d'une intrigue matrimoniale. Il les retrouvera faisant partout échec à sa politique. Les Anglais sont à l'œuvre pour reconquérir la prépotence qu'il leur disputa dans une affaire de ménage où l'honneur, la dignité et la paix de la France n'avaient rien

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à voir. Celte funeste passion de la famille, signale'e chez lui comme la cause de tant de crimes et d'erreurs, s'était accrue avec l'âge; elle lui faisait oublier son passé. A ses yeux, elle rachetait bien des fautes. L'Europe, qui va toujours au succès, se déshabituait peu à peu de chercher un usurpateur dans ce prince dont la verte vieillesse a si pleinement triomphe de lord Palmerston. Elle l'entourait d'une sorte de respect, parfois même elle s'ingéniait à le surnommer le Nestor des rois et le modérateur de la Révolution. Par ordre de leurs cours, les ambassadeurs étrangers se faisaient les complaisants échos de ces flatleries. Pris à la glu, Louis-Philippe se croyait, en réalité, l'arbitre des souverains et des peuples. Ce fut dans cette infatuation de lui-même qu'il tenta de régulariser, malgré la Grande- Bretagne, le mouvement depuis longtemps préparé dans les cantons helvétiques.

A la suite de la révolution de Juillet, des insurrections, soudoyées ou patronnées par l'Orléanisme, éclatèrent sur divers point de l'Europe. Tous les éléments sociaux furent secoués et fouettés de l'écume à la lie. Ces insurrections engendrèrent des générations sans cesse renaissantes de réfugiés portant le désordre moral et l'esprit de rébellion partout où l'hospitalité leur fut accordée. La Suisse leur avait généreusement offert un asile; ils s'y constituent à l'état de société secrèle. Mazzini propage la théorie de l'unilarisme et la doctrine du poignard; puis, au souffle de ces courtiers marrons de l'indépendance humaine, tous possédés

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