LA FIN D'UNE IJSUIU'ATION
d'une r;igc incroyable de domination, catholiques et protestants, radicaux et conservateurs, deviennent un peuple de frères ennemis. La liberté, les droits, les vieilles franchises et la souveraineté cantonale sont mis en cause. Il n'y a plus de confédération helvétique; on veut asservir la Suisse à coups de majorité, l'unifier par la violence et l'arbitraire. La lutte se prolongeait sur le terrain des principes. Les Sociétés secrètes ouvrent leurs magasins de révolution; elles se décident à faire appel à l'insurrection armée, et les corps francs sont votés comme moyen et comme avant-garde. Ils se recrutent parmi les réfugiés Italiens et Polonais. C'était inaugurer la guerre intestine. Les cantons primitifs répondent à cette provocation par un nouveau serment du Griitli etpar une alliance séparée ou un Sonderbund . La Révolution était en quête d'un cliamp clos pour essayer ses forces et relever son drapeau. En Suisse, la question politique se compliqua d'une question religieuse. Les corps francs et les exilés cosmopolites, disciplinant des multitudes avinées, ne cachaient ni leurs tendances ni leurs expédients ni leur étendard de subversion. Dans les cilés et dans les hameaux, dans leurs conciliabules occultes ou dans leurs réunions tumultueuses, ils prenaient pour cri de ralliement : c< Âbas le bon Dieu 1 mort à ceux qui ont des domestiques! » Ils captèrent ainsi les applaudissements de l'Or* léanisme. Evincé du pouvoir, M. Thiers leur accorda son estime lorsque déjà leur phraséologie humanitaire promettait à la blouse l'empire du monde et les fabu-
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leusos jouissances du Communisme. Louis-i*iiilipj)e ne s'abuse point sur ce nouvel élément de perlurbiilion. Av(rii' à sa frontière une tourbe de conspirateurs, jmisaiil leur audace dans l'effroi qu'ils inspii'cnl à l'incurie des honnêtes gens, lui paraît un danger et une honte. Après avoir longtemps salarié })ar des voies détournées ces parasites de la liberté, transformés en manœuvres de la désorganisation universelle, il tâche de les endormir ou de les contenir par de bonnes paroles; mais son argent avait été mieux reçu que ses conseils. Fatigué d'être sans profit le porte-étendard des révoltes, il prétend apaiser puisqu'il n'a plus intérêt à troubler.
Ce revirement était significatif : il ne paralyse guère les projets à l'ordre du jour. L'Europe a besoin de calme; elle aspire au repos et elle demande à grands cris quon affirme sa tranquillité même par une intervention armée. Ce vœu est un appel direct à la France et à l'Autriche, Fouis-Philippe l'a entendu; le prince de Metternich en comprend la portée. Les deux gouvernements ont arrêté des résolutions en conséquence. Alors la Grande-Bretagne apparaît, couvrant de son pavillon tous ces écumeurs de terre ferme. Lord Palmerston, que les Anglais surnommèrent l'allumette chimique de l'Europe, a des représailles à exercer contre l'Orléanisme qui vient de le battre dans l'affaire des mariages espagnols. L'Orléanisme, pour la première fois, s'est résolument rangé du côté de la justice sacrifiée et des droits violés. Il a tenté de faire ce
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(lue la France, à toutes les belles époques de son histoire, s'est montrée fière de réaliser : il a pris la défense du faible et de l'opprimé. L'Angleterre passe du côté des oppresseurs; et, dans ce duel d'influence religieuse et conservatrice, elle a pour auxiliaires madame Adélaïde, sœur de Louis-Philippe, une partie de ses proches et certains membres du ministère.
En ces circonstances, la bonne volonté du chef de la dynastie d'Orléans ne peut être mise en doute. Il est évident pour nous qu'il prépara, qu'il souhaita ardemment le triomphe du Sonderbund sur la Révolulion; mais il nous est démontré aussi que ses efforts furent contrecarrés, même au sein de sa famille, et que l'Angleterre ne se fit si arrogante qu'après s'être nantie de plus d'un appui orléaniste. Le radicalisme suisse s'était insurgé contre les lois de son pays. Il avait fait sur tous les marchés de l'Europe provision de ces serviteurs de l'idée qui trouvent une patrie par tout où s'élève une barricade; et le radicalisme, aux gages du cabinet anglais, vociférait dans les orgies déclamatoires du club de l'Ours que l'intervention étrangère serait un crime de lèse-nation. La redondance des métaphores civiques n'intimida point Louis- Philippe. Il y était fait et il en avait usé. Mais l'attitude provocante de lord Palmerston, celle de lord Minto, du jeune Robert Peel et de sir Strafford-Canning, ses émissaires, patronnant les excès démocratiques, est pour lui im sujet perinanent d'hésitation. Il craint de s'attaquer à trop forte partii». Il se consulte, il
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tergiverse. Il donne des insirnclions mystérieuses et des ordres publics en opposition; puis, de guerre lasse, il se croise les bras el attend les événements.
L'intervention de la diplomatie anglaise, arrêtant au passage l'intervention combinée de l' Autriche el de la France, amena militairement la chute du Sonderbund. Cette première victoire du mal, à laquelle le gouvernement britannique avait si puissamment contribué, apprit à tous les agitateurs le secret de leur force. Elle révéla que le concours officieux de l'Angleterre leur était à tout jamais acquis; ils ne tarderont pas à l'exploiter. Une assurance mutuelle dans le crime social a été établie entre la Révolution et la Grande-Bretagne. Les alchimistes d'anarchie accueillent cette solidarité avec des joies sauvages et ils déclarent que le cabinet de Saint-James a bien mérité du Communisme reconnaissant.
Les derniers jours de novembre 1(S47 virent la défaite des Suisses, le triomphe de Palmerston et l'humiliation de Louis-Philippe. Cette catastrophe était le signal de beaucoup d'autres ; l'Europe y remédie après coup. Machiavel avait dit': « Les gouvernements irrésolus ne prennent jamais un bon parti, parce que leur faiblesse les empêche de se décider dès qu'il se présente le moindre doute. Il faut qu'une violence extérieure les force à prendre une détermination. » La violence était flaorante en 1847. L'Autriche, la Prusse et la Russie jugèrent enfin que la loi des nations el la
* Machiavv'l. Discours fnir Tite Live, liv. 1, chap. xx.wm.