‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 38 sur 48 · I.\ FI\ IiTM: rSItHP\TIO\. i7r · texte numérisé non relu

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tnnfôt en France, ol loujours sous la sauvegarde de rOrléanisme. Celle imposlure, qui n'a jamais eu la moindre apparence deprobabilil(',s'eslperpéluée dans les masses comme une légende, parce qu'elles sonl plusvivement et plus durablement impressionnées que les classes prétendues supérieures.

L'année était aux désastres. Tous ces drames, dont nous n'avons besoin que d'indiquer les litres, frappaient coup sur coup l'imagination superstitieuse du peuple. Il croyait à des calamités prochaines, et, après avoir, dans son for intérieur, accusé le gouvernement, il allait jusqu'à s'en prendre à la société. Témoin de ces attentais impunis ou protégés, il s'exaltait dans sa misère ; il désirait, avec des rages impatientes, l'avénemenl d'un cataclysme espéré. Ses aspirations ainsi que ses vœux n'étaient plus un secret. Il les manifestait sans contrainte; et, lorsqu'une grande fête, donnée par le duc de Montpensier, réunit au château de Vincennes l'élite du monde officiel, un spectacle imprévu porta la terreur parmi ces heureux du siècle*. I.e faubourg Saint-Anloine est debout avec ses ouvriers courroucés, ses femmes échevelées et ses enfants dé- £!fuenillés hurlant le Ça ira de la lanterne, comme aux jours de 1795. La moquerie ou le blasphème aux lèvres, ils forment la haie sur le passage des voilures. Oe sombies colères rembrunissent toutes les physionomies. C'est un réquisitoire qui lombe de cent mille bouches, el qui, de malédiction en malédiction, relenlil ainsi qu'un glas funèbre. D'indicibles onlrases soni

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proférés. On insulte nominativement, on désigne au\ vengeances populaires des personnages tristement célèbres. Quelques dames de la cour ou de la banque sont couvertes de lazzi et d'immondices.

Chacun de ces symptômes -de mort est pour Louis- Philippe un nouveau sujet d'étonnement. Les crises d un mal sans remède se produisent; ce d'Orléans, aveuglé par ses prospérités, croit avoir mis sa fortune et sa couronne à l'abri de la foudre. Il affirme que le peuple a signé sa démission entre ses mains, el il sourit à des catastrophes qui, tout compte fait, lui semblent la conséquence naturelle du progrès des idées. Son gouvernement a, dans les deux Chambres, une majorité que rien ne peut ébranler. Des fonc tionnaires, audacieux de zèle et enfarinés de dévouement, brûlent d'en venir aux mains avec la fantasmagorie des partis; et, pleins de confiance officielle dans la durée de la dynastie, ils ne permettent même pas à leur pensée de concevoir un doute sur son éternité. Louis-IMiilippe a pour lui la garde nationale et le pays légal. Les classes moyennes lui ont voué un culte pécuniaire, car il fiit tout pour elles. Afin de ne pas mécontenter les rentiers, il s'est opposé à la réduction de l'intérêt de la dette publique. Pour ne pas déplaire aux maîtres de forges et aux propriétaires de forets, il n'a pas voulu consentir à l'abaissement des droits suiles fers étrangers. Dans la crainte de s'aliéner les éleveurs de bestiaux, il empoche la libre introduction du bétail allemand ou suisse. Ces mesures, prises en fa-

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veur de la classe moyenne, tournent au préjudice évident des agriculteurs et des ouvriers. Louis-Philippe ne tient nul état de leurs souffrances. Il est roi constitutionnel dans toute la force du terme.

Dix-sept ans de règne ont amoindri ou dispersé ses ennemis. Après avoir maîtrisé les tempêtes, il se flatte d'entrer dans l'heureux repos promis à ceux qui lutlèrent avec succès. A tout au moins une fois l'an, les Pind.ires des corps conslilués venaient lui psalmodier l'hymne delà reconnaissance publique; il s'applaudissait avec eux d'avoir préservé l'ordre social d'une ruine imminente.

Dans le même temps, les partis, opérant un changement de front, adoptaient, pour démolir 1 édifice de •Juillet, une tactique plus infaillible. 11 y avait au Palais législatif des mécontents isolés, des fractions de tiers parti et de centre gauche, tenus depuis six années à l'écart du pouvoir et se morfondant sous une oisiveté qu'ils déploraient au nom de la France. On les convoquait bien à la curée des faveurs et des emplois, et ils ne manquèrent [amais au rendez-vous si avidement sollicité ; mais il répugnait à ces Cerbères d'opposition de partager le gâteau. Amis toujours menaçants, factieux incertains, agitateurs sans mouvement qui harcèlent le ministère jusqu'au jour où, à leur plus grande stupéfaction, ils ont démoli le trône, ces hommes étaient à moitié de toutes les routes, sans oser avancer, sans oser reculer. Les fins routiers de la République et de la Légitimité, mettant une sourdine à

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leur haine, comprirent ijue, aliii de pousser aux extrêmes tous ces ambilienx irrités, il fallait les placer à leur léte. Par son talent oratoire comme par son besoin (Je dominalion, M. Thiers exerçait sur les députés et sur le journalisme une action prépondérante. Il avait à sa disposition, comme plus d'un habile prestidigitateur en finances, tant de manières de remuer, de grouper et d'expliquer les mêmes chiffres, qu'on arrivait toujours à une solution différente, selon les circonstances. Piival de M. Cuizot, il s'était fait de cette passion une sorte d'hostilité pei'sonnelle contn; le roi de son choix. Pour rentrer par la brèche, il préparait à petit bruit une abdication, et, bouleversant l'ordre de successibililé établi par la loi de régence, il se voyait déjà en songe le Mazariii delà princesse Hélène d'Orléans. M. Thiers fut établi chef de file des partis et général de toutes les factions. M. Odilon Barrot eut les honneurs de cetle double sinécure.

Ne troubler la quiétude de personne était chose indispensable. Pour détou!ner l'attention du véritable but auquel ils tendaient, les partis convinrent de mettre leur drapeau dans leur poche et de ne marcher que sous la bannière de la réforme électorale. Cette funeste année 1847 avait vu à l'œuvre de la corruption, du suicide et de l'assassinat les plus hautes capacités de la magistrature, de l'armée, de la diplomatie et de l'administration. La réforme, se faisant modeste, demandait l'adjonction des capacités plus humbles, comme si les hautes classes seules eussent été entachées

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