‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 41 sur 48 · SN CUM'ITHI'. IV · texte numérisé non relu

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s'emparent des corps mutilés; ils en découvrent les plaies saignantes, ils les mettent dramatiquement en vue; puis, après avoir fait collection de cadavres, la RtWolulion prend sa courseà l'éclat sinistre des torches. Elle hurle : aku\ armes! on égorge nos frères! »

La tradition des sanglantes journées de 1792 ne s'est point perdue. A deux reprises différentes, elle a servi rOrléanisme; ses complices de 1830 la tournent enfin contre lui. Le tocsin sonne, des cris de rage et de vengeance s'élèvent de lous côtés. Les insurgés promènent, à travers la ville, comme un drapeau cette charretée d hécatombes. L'anarchie venait de passer entre les rangs de la garde nationale; l'anarchie arrive à son but. Mais, chose étrange, même pour ceux qui l'étudièrent pas à pas dans cette nuit d'épouvante, il n'y a point d'enthousiasme dans les cœurs, point de fanatisme dans les imaginations, point de colère sur les lèvres. A voir ce ramas d'aventuriers, de vagabonds, de repris de justice, d'existences souillées, d'hommes criblés de dettes et déjeunes gens imberbes, procéder machinalement avec des pavés à la démolition d'un trône sorti d'un tas de pavés, on eût dit que ce peuple des Sociétés secrètes était l'impassible exécuteur d'un arrêt providentiel. Les révolutions ne sont belles que le lendemain.

Des barricades s'élevaient dans cliaque rue; des postes de combattants se formaient à toutes les mairies. Bientôt, la plupart des maisons se voient envahies. Les réfugiés italiens, allemands et polonais, que l'Orléa-

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iiisme a si longtemps subventionnés, se sont répandus dans les divers quartiers. Au nom de la patrie en danger, ils heurtent à tous les étages, s'emparent des (*pées de luxe et des fusils de chasse, puis ils laissent les habitants sous le coup de ce désarmement par intimidation. Les Parisiens se font de cette contrainte un brevet de courage et un certificat de civisme, l'jn inscrivant à la craie blanche, sur les portes et sur les volets des magasins , les mots fatidiques Armes thmnérs, ils pensent avoir satisfait à l'honneur et assuré leur tranquillité personnelle.

Durant cette même nuit, Louis-Philippe n'a été ni plus hardi ni plus sagace qu'un bourgeois de Paris. Ainsi qu'au f^ivre des Juges \ « on a combattu contn^ lui du haut du ciel ; les étoiles, demeurant dans leur rang et dans leur cours ordinaire, ont combattu contre Sisara, » et leSisara moderne ne s'aperçoit de rien. Le ministère Mole a sombré dans le massacre de la soirée; M. Thiers se charge de préserver la dynastie d'Orléans des tempêtes qu'il suscita. M. Thiers, dont l'esprit est plus indépendant que le caractère, exige la coopération de M. Barrot ; elle lui est accordée. Ce n'était pas avec de pareils avirons que l'on pouvait échapper au déluge. M. Thiers subit la prostration de l'émeute. Indécis et consterné, il n'a pas plus de résolution que de vigueur. Le commandement des troupes a été conlié par Louis-Philippe au maréchal Bugeaud. Le vieux soldai ;i sous ses ordres d'intrépides

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compagnons d'nrmes et des régiments d'Afrique. Sur d'eux comme de lui, il promet, de dompter l'insurreclion et dispose tout en conséquence. Mais M. Tliiers est saisi d'une subite horreur du sang ; M. Odilon Barrol se flatte d'apaiser In foule avec quelques paroles d'un filandreux calmant.

L'Orléanisme était aux abois. Chaque médecin accourt vanter son remède ; tous se retirent froissés de leur impuissance. Cette impuissance fait la force de la démagogie. Elle est aux barricades; et, le 24 février, elle y attend les princes de la dynastie. Bugeaud a élé remercié de ses services et de sa fermeté, qui peut compromettre. Les ducs de Nemours et de Montpensier <nu[ au conseil. Le conseil pactise avec l'émeute, en donnant ordre de suspendre le feu. Trahies en face de l'ennemi, les troupes fléchissent sous une humiliation inattendue. L'autorité et la couronne abdiquent devant l'émeute; cette abdication gagne les soldats. Aux élans d'unt^ fraternité que des filles de vertu suspecte el des orateurs de taverne font métier de colporter dans les rangs, les soldats répondent par l'arme à volonté, le prélude de la crosse en l'air. La crosse en l'air est le mot de la multitude et des troupes. Les canonniers of- IVriil (le bunnt' nniitir leurs pièces au peuple. De ses innombrables destructions, la France n'a jamais su faire sortir qu'une armée. Cette armée se dissout en l'absence de tout commandement. On dirait qu'une main invisible paralvse tous les courages.

A cf^ ii(iuvt'lle>>, le rdi-ciloycn, rra])pé de stupeur,

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