‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 42 sur 48 · LA FIN D'INE ISURPATION · texte numérisé non relu

LA FIN D'INE ISURPATION

ne sait à quel parti s'arrêter. Dans son abattement, il demande à l'un et à l'autre ce qu'il doit résoudre. Le principe de Juillet amenait les conséquences de Février. Afin de hâter l'abdication et le départ du roi Charles X, Louis-Philippe, en 1850, a poussé sur Rambouillet le trop plein de ses rebelles. Il voit la même manœuvre s'opérer contre lui. L'insurrection fait mugir son peuple courant à l'assaut des Tuileries. Comme toutes les femmes qui, en révolution, sentent redoubler leur énergie lorsque les hommes chancellent, seule, Marie- Amélie n'a rien perdu de sa fermeté. Au milieu de ces défaillances, elle est reine par le caractère. Elle veut que son époux monte à cheval et sache mourir. Louis- Philippe essaye de se conformer à ces mâles injonctions ; puis, dans cet intervalle, Marie-Amélie adresse à la comtesse de Humigny ce billet dont chaque mot est une révélation de l'agonie orléaniste:

Il Paris. \c 24 iï'vrierà midi el demi.

« Ma chère Lucie,

o Les affaires se gâtent horriblement et nous sommes à peu près bloqués ici. Cache tout ce que tu pourras, el sois sûre que je ne pense pas te rejoindre ce soir. Je crains que ce ne sera pas possible. La rage du peuple est poussée à l'extrême, et le roi est dans le plus sérieux embarras. Thiers est démonétisé ; Odilon Barrot est gardé chez lui parle peuple; Crémienx piirle el ne sait comment faire et comment agir.

« Adieu, le roi monte à cheval.

« Ton amie de trente ans, Marik. »

402 ( IIAPITHI-: IV.

Ce billet, trouvé sur le bureau de la reine des Fran- (j-ais au moment de l'invasion des Tuileries, n'arriva jamais à son adresse. Nous le publions parce qu'il peint eu traits rapides l'état des cboses et des esprits. Le roi de Juillet, descendu dans la cour intérieure, passe en revue et harangue deux ou trois régiments de ligne, mais il y a là des gardes nationaux rangés en bataille. A sa vue, ils l'ont salué de leur cri de guerre: Vive la réforme! Ce cri est pour Louis-Philippe une espèce d'arrêt de mort. Il rentre dans ses appartements; el, là, commence le drame de l'expiation.

Le Chàteau-dEau, à la porte même des Tuileries, est assiégé et incendié. L'Ecole polytechnique a pris, comme en 1850, la direction du mouvement. La garde nationale marche contre son roi ; les soldats, sans discipline et sans chefs, livrent leurs fusils et leurs cartouches. Les officiers se laissent enlever leurs épées; ils errent par la ville comme atteints de folie. La confusion règne dans les rues de la capitale ; une plus incompréhensible confusion éclate aux Tuileries. Elles se sont ouvertes à tout venant. Chacun y développe ses pronostics, chacun y dicte ses arrêts. Ici, l'on somme le roi d'abdiquer sur-le-champ ; là, on parle d'investir la duchesse Hélène de pouvoirs illégaux. Louis-Philippe prend la plume. Il tremble, il hésite, il formule un projet (1 abdication, il en rédige un autre; puis des voix impatientes s'écrient autour de lui : « Mais, dépêchez-vous donc! vous en faites trop long, vous nen finissez pas. » La royauté de 1800 épuisait dans une

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