‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 6 sur 48 · G CIIAFMTnK II · texte numérisé non relu

G CIIAFMTnK II

lutlc, il (ail brûler la main de madame Cadoudal. A quatre heures du matin il était au château de Kerantré, annonçant au comte de Robien qu'il cherchait le colonel Cadoudal, et que s'il le trouvait il le ferait immédiatement fusiller dans la cour. Le lendemain il investissait le château de Keronic, et il répétait devant le comte de Saint-Georges les mêmes imprécations. Partout et à la môme heure, des scènes semblables se renouvelaient. C'était la guerre au foyer domestique que le ministre Montalivet décrétait, la guerre aux châteaux ; mais, selon la formule patriotique, cette guerre ne laissait pas la paix aux chaumières. Les chaumières furent soumises, elles aussi, à cette réaction. La visite domiciliaire fut un mal qui se communiqua à tous les fonctionnaires sans distinction et qui frappa à toutes les portes de la Bretagne; elle s'abattit aussi sur la Vendée.

Le château de Landebaudière était investi comme uneplace forte. La comtesse de La Rochejaquelein, après s'être dérobée aux perquisitions de la force armée, fut blessée d'un coup de baïonnette dans l'asile qu'elle avait choisi pour échapper à ce qu'on appelait alors la vindicte des lois. Félicie de Fauveau, la sublime artiste, se dévouait en faveur de son amie, et on la traînait en prison. Aymar de La Tour-Dupin, Jules de Beauregard et Henri de La Pinière étaient arrêtés. Un vieux gentilhomme, du Chillou, père d'un officier vendéen, se voyait obligé avec sa femme de servir de ses mains les >olilals qui bivouaquaient dans son manoir. Au Cour-

boureau on troublait par des coups de fusil la tranquillité des La Bretescbe, et La Plissonnière, propriété du comte de Bagneux, était chaque jour une espèce de place prise par un nouvel assaut.

En Bretagne, les Boyalistcs étaient conduits à pied, de brigade en brigade, les mains chargées de fers. Les demeures des citoyens étaient ouvertes la nuit ainsi que le jour. Sans mandat, sans officier municipal, la force armée disposait de la liberté des individus et des secrets de famille. Ce système d'intimidation s'étendait dans les campagnes ainsi que dans les villes. La République, qui conspirait, ne voulait pas accorder ce même droit aux légitimistes de l'Ouest, et, afin de se montrer à son jour seule en face de Louis-Philippe, elle le sommait d'avoir à persécuter les Chouans. Du Doré est pris dans sa demeure et dirigé sur Nantes. La population révolutionnaire de cette ville veut se donner un souvenir des noyades. Du Doré traverse les ponts sous les cris de : A l'eau le Chouan ! qui retentissent à ses oreilles. Les enfants des noyeurs n'avaient pu accomplir leur vœu homicide ; quelques jours après on mit son château au pillage.

Pendant ce temps les réfractaires se voyaient l'objet des plus actives investigations. La chasse aux hommes était organisée sur un vaste plan. Les gendarmes d'un côté, les soldats de l'autre, ayant toujours les gardes nationaux ou les maires des communes en éclaireurs, parcouraient les landes, fouillaient les bois et tiraient sur ceux que le hasard amenait au bout du canon de

leurs fusils. Il y eut alors bien des crimes commis, crimes que la Rcvolulion amnistia de son oubli, et que souvent même elle glorifia.

Au hameau du Temple, non loin d'Ancenis, un réfractaire nommé Bernard tendait des collels pour prendre des perdrix. 11 aperçoit les gendarmes ; il fuit. Les gendarmes font feu. Bernard tombe, et, sous le coup de cet assassinai, les coupables rédigent un procès-verbal dans lequel il est avéré, selon eux, que le réfractaire avait osé les attaquer, et qu'ils l'avaient tué dans le cas de légitime défense. Le pouvoir et la Révolution avaient intérêt à laisser carte blanche aux exécuteurs de pareils ordres. Ils fermèrent les yeux; mais une lettre confidentielle du procureur du roi d'Ancenis au procureur général d'Angers ne laisse plus même la possibilité d'un doute.

c< Il a été parfaitement démontré dans le temps, écrit le procureur du roi, qu'un gendarme avait tiré à dessein sur Bernard au moment où il s'enfuyait. Des poursuites, une instruction réglée auraient inévitablement conduit ce militaire à la cour d'assises; mais mon prédécesseur refusa son ministère à une action qui eût peut-être été plus fâcheuse que le mal qu'elle aurait vengé. Le gendarme en fut quitte pour une réprimande et un déplacement. Ainsi, monsieur le procureur général, Bernard a été tué par un gendarme, volontairement et à dessein, et cela dans un moment où il était sans armes et inoffensif. »

A la même époque, et c'est Orianne, homme de

juillet, juge d'instruction à Chateaubriant, qui le déclare, « un officier de l'armée française, se transformant en bourreau, pendit de sa propre main un habitant de Saint-Julien, parce que ce malheureux était soupçonné par lui de faire des guêtres aux Chouans. 11 est de notoriété publique que cet officier, ayant fait appeler devant lui l'infortuné, lui passa, sans autre forme de procès, une corde au cou, l'entraîna ainsi dans un jardin voisin, et là le pendit à un arbre. Pendant l'agonie de cette victime, des soldats creusèrent une fosse. Heureusement la branche à laquelle le tailleur était suspendu se rompit, et il tomba pour ainsi dire sans vie aux pieds de son assassin. Alors, l'assassin, croyant remarquer un reste de vie, lui sauta sur le ventre et le bourra à coups de pied, au point de déterminer une hernie. Sur les représentations des soldats, que tant de cruautés attendrirent sans doute, l'officier abandonna sa victime, qui, plus tard, ayant recouvré la vie, vint à Chateaubriant demander grâce pour son assassin. Un bandage herniaire fourni au tailleur par l'officier fut le seul dédommagement accordé à ce malheureux, et la seule punition infligée à ce militaire, w

Charles de Bonnechose de Bois-Normand était un jeune homme qui sortait des pages. La Révolution de juillet avait vite mûri son expérience et calmé les effervescences de son imagination. En Vendée, comme partout, Bonnechose était appelé à jouer un beau rôle. A la nouvelle que la guerre peut éclater dans le Bo-

icn cii.M'iïnK 11.

ca'i^e, il j accourt, il visite en artiste, en soldat peutêtre, les lieux témoins des combats livrés en 1795, et en attendant l'heure de l'insurrection , il se retire près de Montaigu. Averti que des militaires rôdent autour de sa demeure, il va demander un asile à l'hospitalité de Gourreau, métayer à la Goyère. Mais les chasseurs d'hommes étaient sur les traces d'un Vendéen, car ils ne connaissaient Bonnechose ni de nom ni de

fio^ure. Ils avaient droit de vie et de mort. Ils cernent

la maison. Gourreau paraît sur le seuil de sa métairie. 11 interroge les soldats; il expire sous leurs balles. Au même moment Bonnechose s'élance pour sortir; il a entendu le coup de feu, et se voit en face d'un sous-officier qui l'ajuste. Bonnechose fait feu le premier, le tue, et cherche à escalader un échalier, lorsqu'une balle lui traverse la hanche.

A ces décharges successives la femme de Gourreau se précipite vers Bonnechose. «Vous vous trompez, disent les culottes-rouges; ce n'est pas à celui-là qu'il faut vous arrêter; votre mari est mort: nous venons de le fusiller. — Si vous avez tué mon mari, s'écrie la veuve, il est au ciel; je dois mes soins au blessé. »

Sans verser une larme, elle accomplit jusqu'au bout le devoir d'humanité que lui impose sa douleur contenue. Les meurtriers s'eiiij)arenl de leur proie, ils la transportent à l'hôpital de Montaigu, et là ce noble jeune homme, tyrannisé même sur son lit de mort, mourut après dix jours d'intolérables souffrances que son pieux cour.ige sut offrir au ciel en expiation.

LES PARTIS ET LES COMPLOTS. 16i

Picard, capitaine au 43" de ligne, apprend qu'un réfractaire a passé la nuil chez son père dans le bourg de Pluvigner. Picard fait cerner ce bourg par un détachement de ligne, et tandis que le jeune homme s'échappe par les derrières de l'habitation paternelle, Picard commande le feu, et le réfractaire périt sous les yeux de sa famille.

A la même époque, un lieutenant de gendarmerie, nommé Lavêne, s'écriait devant un jury qui, tout jury de l'Ouest qu'il était, venait d'acquitter des insoumis : «Ahl quand nous les avons pris vous ne les condamnez pas ! Eh bien ! nous ne vous les enverrons plus que morts. »

Ce n'était pas assez de ces meurtres que des Français n'épargnaient pas à d'autres Français; il vint des jours de sang où la Révolution dressa une meute de chiens pour aller à la chasse des réfractaires. On apprit à ces dogues à se jeter sur les paysans, à les terrasser et à les dévorer au besoin. On contraignit leur naturel déjà enclin à la cruauté, à devenir féroce par calcul politique; on leur fit subir de longs jours de diète, puis on les envoya battre les campagnes. Proust, réfractaire du canton deMachecoul, fuyait sans armes devant des fantassins. Le chien est lâché; il se jette sur ce malheureux, l'atteint, le renverse, le couvre de blessures, et l'abandonne à ses maîtres qui l'achevèrent. Celui qui avait tiré le premier reçut une prime de vingt-cinq francs et un grade ; telle était la récompense accordée.

u. il

lG-2 CHAPITRE I!.

Celle chasse se renouvela souvent, et, à la honte de l'humanité, il ne s'éleva pas dans les pouvoirs de l'État une voix pour protester contre ces attentats. La Révolution prenait un bain dans le sang de la Vendée iniiitairi'; le gouvernement, les Chambres et la presso la laissèrent faire.

Le 4 avril 1832, deux soldats du 44' venaient d'escorter, de Maulevrier aux Herbiers, la femme d'un do leurs chefs ; ils regagnaient le soir même leur cantonnement, lorsque le voltigeur Hequely annonce de sang-froid qu'il veut tuer un Chouan. Ils s'égarent dans les sentiers du Bocage. Le hasard les conduit à la ferme de Cousin, qui, auprès du feu avec sa femme, récitait le chapelet. Ces paysans entendent frapper à la porte. Des coups de crosse l'ébranlaient déjà quand Cousin ouvrit, Hequely rudoya, il battit même le fermier, tout en lui enjoignant de les suivre j)Our leur indiquer la route de Maulevrier. Cousin se mit en marche, et quand les Rouges furent arrivés avec lui au véritable chemin, il demande à retourner à sa ferme. U laisse ces deux hommes : bientôt une détonation se fait entendre : Cousin, frappé d'une balle dans le dos, rendait le dernier soupir.

Hequely avait tenu parole; il avait assassiné. Pour effacer les traces du crime, ou du moins pour lui donner une couleur politique, le voltigeur recharge son fusil. Son camarade, honnête homme, qu'un pareil forfait épouvante, et qui craint peut-être de devenir une seconde victime, son camarade suit' son

LES PARTIS ET LES COMPLOTS. K.r.

exemple, et tous deux font plusieurs décharges pour faire croire qu'ils ont eu un engagement avec les Chouans. Ils arrivent à Maulevrier. Le lendemain, le camarade d'Hequely va révéler à ses chefs le crime dont il a été témoin. Hequely est arrêté. Le commandant du bataillon auquel il appartient le dénonce à l'étalmajor de la 12^ division. Un conseil de guerre est assemblé à Nantes, et le 2 mai ISo^ Hequely est condamné à mort à l'unanimité. Il se pourvoit devant le conseil de révision. Le jugement est maintenu; mais alors Barthe, ministre de la justice, intervient. Le régiment demandait que l'assassin fût fusillé en face même de la demeure de Cousin. C'était d'un salutaire exemple à la veille des événements qui se préparaient. Barthe sollicite auprès de Louis-Philippe grâce pour la vie de cet homme qui n'a tué qu'un Vendéen; la grâce est accordée.

A la même date, Jean Caro, laboureur, né à Lanouée dans le Morbihan, comparaissait devant le jury d'Ille-et-Vilaine sous l'accusation de complot contre la sûreté de l'État. Agé de cinquante-deux ans, il était prévenu, 1° d'avoir pris une part active à un engagement qui avait eu lieu le 15 mai 1851 , et dans lequel un militaire avait perdu la vie; 2° d'avoir fait partie des bandes armées contre l'autorité royale. Le jury le condamnait à mort, et sa tête roula sur l'échafaud.

Tant de violences devaient exaspérer les Chouans. Pourtant ces hommes que l'on massacrait ici sans ju-

gcmont, que là on condamnait sans preuves, ne se prêtaienl qu'avec réserve à des représailles qu'ils croyaient indispensables à leur conservation. On les a chargés de crimes, ils ont été accusés de tous les attentats imaginables; mais de ceux que la vérité doit laisser à leur charge il en est bien peu qui ne puissent évoquer une excuse ou une justification.

Les Chouans s'étaient fait une politique à eux. Ils pensaient que puisqu'une fraction de peuple souverain avait dû, en 1850, à Paris, se prononcer par une révolte contre le gouvernement établi, eux, qui n'avaient pas sanctionné le nouvel ordre de choses, pouvaient très-bien avoir recours à l'insurrection pour renverser le trône que Juillet avait édifié. Une conspiration leur avait enlevé le roi de leur choix; ils conspiraient à leur tour. En renonçant aux modiques pensions que la Restauration allouait à un petit nombre de familles, en refusant de servir sous le drapeau tricolore, ils s'étaient mis en hostilité ouverte contre le pouvoir de fait. Au point de vue moral et monarchique, c'était sans doute une erreur; dans l'esprit peu parlementaire des paysans cette erreur trouvait plus d'un contre-poids. On proclamait leur souveraineté, et on leur prouvait qu'ils n'étaient même pas libres. A coups de fusil et de dénonciations on les jetait dans de cruelles représailles.

Ils en exercèrent parfois. Ils tuèrent des gendarmes et des soldats qui ne cherchaient qu'à les tuer euxmêmes; ils se firent délivrer des armes et des vivres;

ils arrêtèrent plusieurs diligences chargées des fonds de l'État; ils sévirent avec rigueur contre certains fonctionnaires qui, à l'abri de leur écharpe municipale, se livraient impunément à l'espionnage; mais à ces attentats aux personnes et aux propriétés, attentats dont la guerre civile seule était responsable, les Chouans donnaient une explication catégorique selon eux. Ils se demandaient si l'insurrection de Juillet n'avait pas tué des gendarmes, fait feu sur des soldats et pillé les magasins d'armuriers. On avait honoré le patriotisme des uns; les autres, après la victoire, pouvaient bien espérer une telle apothéose. La victoire légitimait tout aux yeux de la Révolution, la négation du droit comme la violation des lois : à leurs yeux elle ne devait pas être plus inconséquente. Pour renverser la monarchie on avait évoqué la force populaire : ils étaient peuple; ils faisaient appel à cette même force.

Depuis juillet 1850 on avait si souvent fait vibrer à leurs oreilles le cri fatal des anciens : Malheur aux vaincus! on leur avait si rigoureusement appliqué les conséquences de ce mot antiprovidentiel, qu'à la fin ils cherchèrent à savoir si, même après la défaite, ils seraient plus à plaindre qu'avant le combat; ils commencèrent donc la guerre en partisans.

Tel était notre récit sous le règne de Louis-Philippe. Nous n'avons rien à retrancher; nous pourl'ions très-aisément ajouter.

Madame, duchesse de Berry, convaincue qu'une

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onne cause prête toujours de la force à un bras flùble, a voulu tenter le sort des armes. Elle est aussi populaire à Paris par sa bonté que par son esprit, pétillant comme le sel dans la fournaise. Aimée dans les châteaux et vénérée dans les chaumières de la Vendée, mère de l'orphelin qu'une conspiration de famille, savamment implacable, priva de l'héritage de ses aïeux, la nièce du roi-citoyen a conçu une entreprise impossible et qui ne peut réussir que par cette impossibilité. Après un insignifiant échec à Marseille, elle traverse la plus grande partie du royaume, si sûre d'elle-même et des autres qu'elle n'a pas songé à s'entourer des plus simples précautions. Pour se trouver dans le Bocage aussitôt que la princesse, le maréchal de Bourmont a pris une autre route. Dans les villes sur son passage, le chef avoué du complot légitimiste reçoit souvent l'hospitalité ou les félicitations des généraux commandant au nom de Louis-Philippe. De Marseille à Angers, ces généraux sont aussi admirablement disposés à seconder l'insurrection, si elle réussit, qu'à la combattre, si elle échoue. A Nantes, le vieux Cambronne, lui-même, met son épée de Waterloo au service de Henri V.

Sous la République, sous l'Empire et sous la Monarchie, Louis-Philippe, duc d'Orléans, a provoqué, a patronné les trahisons; il y applaudit par égoïsme ou par jalousie. Maintenant Louis-Philippe, roi des Français, se voit ballotté entre des dévouements incertains et

des défections à courte échéance. Il fit de l'honneur

une marchandise : les partis tournent contre lui son propre système.

Marie-Caroline est au centre de la Vendée. Nouvelle Marguerite d'Anjou, elle affronte en souriant les privations et les périls, car, ainsi que parle Brantôme : « De cette race de Bourbons, il n'y en a point de polirons; ils sont tous braves et vaillants.» Elle a conquis à la cause de son fils l'enthousiasme de toutes les mères, elle veut lui donner une armée et une patrie. Les tendresses hypocrites que Louis-Philippe, son oncle, lui manifesta, n'ont jamais aveuglé la duchesse deBerry. Elle connaît ce Richard III de la bourgeoisie. Au lieu d'accepter les d'Orléans pour de si bonnes gens, comme cela a été écrit plus d'une fois, elle sut, guidée par un instinct maternel qui ne trompe pas, se défier d'eux et les tenir à dislance. L'Europe est favorable à son expédition. L'empereur de Russie et le roi d'Espagne, les rois de Hollande et de Piémont, l'Autriche et la Prusse font des vœux publics en sa faveur. Plus d'une fois, dans le Bocage, des lettres impériales et royales lui firent de la constance un devoir et un bonheui". Dépouillée de tout par lOrléanisme, cette princesse, dont le courage et le caractère furent pi us grands que les événements, a voulu demandera d'autres dépouillés si, selon la menace du poëte',

Spolialis arma supersunt.

Les complots ne deviennent épiques que par le

* Juvénal, Satire vin.

succès ; le succès ne s'obtient que par l'abnégation et la persévérance. Le parti légitimiste, sans cesse prêt à se dévouer, n'a jamais manqué l'occasion de raisonner son dévouement. Dans les conseils de Madame et dans les comités royalistes, il avait été impossible de faire régner une salutaire entente. Les idées et les projets différaient selon les caractères et les positions. Les uns parlaient de se jeter franchement et résolument dans les hasards de la guerre, les autres désiraient combiner une action plus prudente. La chute de Louis-Philippe était le vœu final de tous; chacun chercha le moyen d'y arriver dans la mesure de ses espérances. La liberté de discussion avait amené dans ce parti une funeste divergence d'opinion. Les désaccords qui travaillaient les royalistes de Paris réagirent sur les chefs vendéens ou bretons qu'on autorisait à se former en comité consultatif d'insurrection. Tout ce qui devenait devoir aux regards des uns n'était pas cher aux autres par la même raison. Les uns se prononçaient pour une prise d'armes immédiate, les autres pour un ajournement, indéfini peut-être. La présence de Madame aurait dû mettre un terme à ces tiraillements; elle en fait surgir de nouveaux. Par une succession d'ordres et de contre-ordres, mal compris ou interprétés trop à la lettre, on rend inutile le courage de plusieurs ; on paralyse le zèle de tous. On ne laisse exposé sur la brèche que Tintrépidilé des plus fidèles. Sans peur, mais sans espoir, ils combattirent au Chêne et à la Pénissière, à la Caraterie et à Saint- Aubin, à

LES l'ARTlS ET LES COMPLOTS. 1G9

la Gacheticre et ri Riaillé, à la Grand'Roche et à Montjean. C'était de l'héroïsme gaspillé en pure perte et du sang versé pour l'honneur seul du drapeau. Si l'élan d'une résolution unanime n'eût pas été comprimé par le décousu des mesures prises et contremandées, la Vendée militaire aurait pu, dans vingt ou trente jours de crise, délivrer la France d'un gouvernement odieux et d'une usurpation méprisée; car rOrléanisme ne sut rien par lui-même, rien par ses préfets, rien par ses généraux, qui fermaient les yeux pour ne pas voir et ne pas prévoir. Mais quelques engagements partiels ne devaient point exercer une action déterminante sur les événements'. A l'heure où l'Or-

* Le maréchal Saint- Arnaud, alors lieutenant (Vinfanterie, était dans le Bocage et il guerroyait contre les royalistes. Sa famille a publié sous le titre de : Lettres du maréchal Saint-Arnaud, quelques fragments de sa correspondance, et sous la date de Gourgé, l" juin 1832, cet ofilcier fait le tableau suivant de la situation.

«< Je ne sais à quoi attribuer la manière dont les journaux rendent compte des affaires de la Vendée. Je suis à me demander comme Figaro : Qui trompe-t-on ici? Nous faisons une guerre affreuse et plus fatigante qu'on ne saurait le dire. Nous sommes à chaque instant menacés d'être attaqués dans nos cantonnements et enlevés. Deux cantonnements ont été attaqués pendant la nuit et les Chouans ont été obhgés de se retirer. C'est à trois lieues de Gourgé. Je me garde militairement ; toutes les nuits je suis sur pied; je fais des rondes et je prête l'oreille, et suis toujours armé et prêt. J'ai été cinq nuits sans me coucher et je ne me jette sur mon lit que le jour. Le 29, nous avons tué un Chouan ; il avait trente-six balles sur lui et le contrôle des hommes de deux cantonnements. Tu vois comme nous sommes trahis. Les paysans murmurent et se lèvent. Beaucoup ont rejoint les bandes. J'ignore quel est le sort qui nous attend, mais nous sommes déterminés à nous battre jusqu'à l'extrémité. Tous les officiers sont à l'index ; moi j'ai surtout l'honneur d'être désigné et marqué à l'encre rouge. Mon activité, l'acharnement que je mets à les poursuivre m'a valu naturellement l'honneur d'une

!7n niAiMTRi-: ii.

léanisme triomphait dans la Vendre d'une insurrection légitimiste, il sortit vainqueur à Paris d'une lutte contre les Républicains.

Le trépas de Casimir Périer a ravivé leurs espérances ; la mort du général Lamarque leur inspire la pensée d'un coup de main aussi hardi que bien conçu. Entre ces deux partis, que la même haine réunit et que séparent tant de flots de sang, il n'y a pas plus d'accord possible que d'entente préalable. On marche contre l'ennemi commun le même jour, mais avec des pensées hostiles dans le cœur et des malédictions sur les lèvres. Selon la parole de Tacite ^c< ce n'est pas la vengeance qui déplaît, c'est le vengeur. » Cette division des forces était pour l'Orléanisme un gage de victoire. Il l'avait entretenue chez les Républicains à grands frais d'hypocrisie. Les deux partis isolés ne pouvaient que succomber dans des combats inégaux; Louis-Philippe profite de cet isolement pour les écraser l'un après l'autre.

Les 5 et 6 juin 1832, la Vendée militaire avait glorieusement rendu le dernier soupir ; à la même date, la république militante expire au cloître Saint- Merri. Le drapeau blanc a été relevé dans les provinces

liaine particulière ; ils m'ont fait prévenir en me disant que si je quittais Gourgé, j'étais mort ; ce qui ne m'empêche pas de courir après eux. Le colonel vient de me donner avis de faire faire une veste de soldat et - d'avoir à mon bonnet de police un gland en laine. Je leur rends coup pour coup : jusqu'à présent ils m'en doivent. C'est une chose hideuse qu'une guerre civile ; elle aigrit, rend cruel, fanatique. » ' Tacite, Histoir., t. IV, page 185.

Li:S PAnTlS ET LKS COMPLOTS. 171

de l'Ouest; le drapeau rouge flotte dans les rues de Paris. L'opposition révolutionnaire à la Chambre des députés a tenté, sous la forme d'un compte rendu, adressé à la nation et au roi, de donner un corps à ses griefs. Les sections républicaines, organisées pour le désordre, mais assez mal préparées pour un combat sérieux, veulent faire leur profit de tant de circonstances douloureuses. Elles marchent à des funérailles ainsi qu'à un duel. Leurs armes sont à peine dissimulées sous quelques lambeaux de deuil, et, en escortant le char funèbre, on entend des voix républicaines s'assigner rendez-vous pour souper le soir même aux Tuileries. Afin d'émouvoir la foule et de précipiter la catastrophe, quelques patriotes plus exaltés complotent d'égorger ou de jeter à la Seine le général la Fayette, qui ne fut jamais que l'ombre d'un grand nom. Par ce meurtre, qu'ils attribueront à la police orléaniste, ils inaugurent un martyr involontaire. D'autres se préparent à transformer la viile entière en un vaste champ de bataille. Le signal est donné et l'insurrection éclate.

Elle fut terrible ; elle pouvait être décisive. Le maréchal Soult, ministre de la guerre, n'ose pas brûler ses vaisseaux. Le maréchal Clausel promet un concours encore timide aux insurgés. Le gouvernement est dans la prostration ; et l'armée, qui n'a pas perdu le souvenir des journées de Juillet, hésite à obéir aux ordres qu'elle reçoit. Ces hésitations habilement ménagées, plus habilement exploitées, vont devenir funestes au

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pouvoir ; la révolte s'étend et se propage. Sous le coup de mille rumeurs imaginaires, elle se glisse dans les rangs de l'armée, qu'on parle de retirer de la capitale. Au milieu de ce trouble et de ces incertitudes, Louis- Philippe a vu les intimes du château agiter entre eux la question de son départ. Les fidélités chancellent autour de lui; il se sent frappé de déchéance, s'il n'adopte pas soudain une résolution énergique. Louis- Philippe marche contre les barricades. Son trône est menacé; sa dynastie mise en péril : Louis-Philippe n'a plus horreur du sang versé dans des guerres fratricides. La malsaine philanthropie qu'il professa en faveur des émeutes n'est plus qu'un hors-d'œuvre. Acculé par la Révolution, il faut qu'il sorte roi ou prisonnier de celte impasse. Le roi monte à cheval; sa présence change la face du combat. Il a parcouru les quartiers, théâtre de l'insurrection : il a notifié ses ordres, ranimé le courage des troupes et offert un visage serein à la populace hostile ou moqueuse. Cette populace pressent que la victoire va changer de drapeau; elle acclame le prince vainqueur. Elle l'a vu au feu, elle applaudit à son courage.

Les insurgés n'avaient plus qu'à mourir bravement, mais inutilement. Ceux qui leur mirent les armes à la main viennent implorer miséricorde et plaider, durant la bataille, les circonstances atténuantes. Arago, Laffitte et Odilon Barrot apportent au nom des signataires du compte rendu de puériles excuses, de tristes aveux et des conseils perfides. Louis-Philippe, qui

n'aura qu'une fois celte royale attitude, n'était point homme à désespérer la Révolution. Il y avait entre elle et lui un pacte mystérieux qu'on invoque. D'Orléans n'est pas de taille à le violer. Le talisman du Jacobinisme protège encore les Jacobins.

La Vendée militaire a été placée sous le coup de l'état de siège avant son insurrection; Paris ne s'y trouve que le lendemain, Louis-Philippe a distribué ses justices d'une main partiale; ses justices sont une iniquité réfléchie. L'état de siège est déclaré, même par les Orléanistes, une mesure illégale et dangereuse. Le barreau et la magistrature combinent leurs efforts pour en démontrer le vice radical. Le 29 juin, la Cour de cassation rend un arrêt dans ce sens; ce jour-là, Louis-Philippe s'empresse de supprimer par ordonnance l'arbitraire du sabre dans la capitale. En vertu, sans doute, de l'article premier de la charte de 1850, portant que tous les Français sont égaux devant la loi, il est maintenu contre la Vendée militaire. Pas une voix d'avocat constitutionnel, d'écrivain patriote ou de magistrat libéral ne s'élève pour protester. Le roi de Juillet reste dans les annales de la France le roi de l'état de siège.

Vaincus et non découragés, les partis, néanmoins, ne rendent point les armes. La défaite les avait irrités, ils cherchèrent dans cette défaite de nouveaux éléments d'agitation . Ils crurent que la colère de l'homme devait accomplir la justice providentielle. Forts de la persévérance de leur haine, ils ne se résignèrent pas

I7i CHAPITRE II.

à attendre, car selon la parole de Bossuet ' : « Tout est eonduit, les petites choses comme les grandes et tout cadre avec les grands desseins de Dieu. »

La duchesse de Berry, errante dans le Bocage, éprouve le sort de ses compagnons d'infortune. Proscrite comme eux, traquée d'asile en asile et n'ayant pour toute sauvegarde que l'honneur des paysans, auxquels elle confiait sa vie avec une admirable sécurité, Marie-Caroline est environnée de soldats. Le jour et la nuit, ils battent le pays. A l'aide d'incessantes patrouilles, ils s'efforcent de jeter la terreur dans les consciences ou de saisir la royale proie offerte à leur cupidité. Toutes les polices du royaume sont à la ])eine. Madame n'a point renoncé à l'espérance, le songe de ceux qui veillent; mais pour ne pas attirer sur la tête de ses amis de plus sanglantes persécutions, elle se décide à choisir une retraite moins exposée. Ses pérégrinations vont finir. Elle arrive à Nantes sous lin déguisement de jeune villageoise. L'un de ses premiers soins est d'adresser à la reine Marie-Amélie, une lettre qui sera pour ces deux princesses un éternel témoignage devant Dieu et devant les hommes. La duchesse de Berry s'exprime ainsi :

« Quelles que soient les conséquences qui peuvent résulter pour moi de la position dans laquelle je me suis mise, en remplissant mes devoirs de mère, je ne vous parlerai jamais de mon intérêt^ Madame; mais des braves se sont compromis pour la cause de mon

' Bossuet, Méditation'^, tome I\, pagc-4.-)i.

lils. Je ne saurais me refuser à tenter pour les sauver ce qui peut honorablement se faire.

« Je prie donc ma tante, son bon cœur et sa religion me sont connus, d'employer tout son crédit pour intéresser en leur faveur. Le porteur de cette lettre donnera des détails sur leur situation; il dira que les juges qu'on leur donne sont des hommes contre lesquels ils se sont battus.

« Malgré la différence actuelle de nos situations, un volcan est aussi sous vos pas, Madame, vous le savez. J'ai connu vos terreurs bien naturelles à une époque où j'étais en sûreté, et je n'y ai pas été insensible. Dieu seul connaît ce qu'il vous destine ; et peut-être un jour me saurez-vous gré d'avoir pris confiance dans votre bonté, et de vous avoir fourni l'occasion d'en faire usage envers mes amis malheureux. Croyez à ma reconnaissance.

« Je vous souhaite le bonheur, Madame, car j'ai trop bonne opinion de vous pour croire qu'il soit possible que vous soyez heureuse dans votre situation.

« Marie-Caroline. »

Cette lettre d'une proscrite, demandant justice ou grâce pour les autres avec une émotion si noble et une dignité si touchante était sous cachet volant. Elle devait être accueillie par les d'Orléans à l'égal d'une faveur céleste. Ils la subirent comme un outrage. Marie-Amélie qui, dans le même temps, échange avec madame de Feuchères de si gracieuses missives, fit dire, après avoir pris connaissance de la dépêche.

qu'elle ne peut la recevoir. C'est avouer qu'elle n'ose pas y répondre.

Cachée à Nantes dans la maison des demoiselles du Guigny, Madame n'a point renoncé à ses projets. Son nom est dans toutes les bouches. Les périls qu'elle affronta, ceux plus grands encore que les récits populaires accréditent par leur invraisemblance, ont prêté à cette poétique figure de mère une auréole qui enorgueillit toutes les femmes. Triompher des Vendéens, dans les conditions déplorables où ils engageaient le combat, n'était pas difficile à un gouvernement établi ; mais renverser le piédestal sur lequel la France élève la duchesse de Berry, isolée et sans appui, ne paraissait pas chose aussi aisée. L'Orléanisme a beau l'appeler dans ses feuilles salariées l'héroïne du Bocage, une aventurière de buissons, ou tout révolutionnairement : la veuve Berry; iMarie-Caroline reste pour la branche cadette une inquiétude et un remords. En oncle prévoyant, passionné pour ses devoirs de roi, mais regardant ses intérêts et ses passions comme des devoirs, d'Orléans avise aux moyens de s'en débarrasser.

En songeant à lui, sans aucun doute, et en l'appliquant peut-être tacitement à la duchesse de Berry, Louis-Napoléon Bonaparte, prisonnier à Ham, gravait, en 1841, dans ses Fragments historiqiies : «Rien n'irrite plus un pouvoir impopulaire que de voir qu'un ennemi vaincu soit encore un danger. » Le roi de Juillet n'ignore pas celte maxime; aussi essaye-t-il de tous les subterfuges pour éviter un pareil danger. Il a été dit,

LMS PAUTIS ET LES COMI'LOTS. 177

ol, depuis 1848, il a été souvent écrit, en guise de fait atténuant, que Louis-Philippe avait tout mis en œuvre auprès de la duchesse de Berry ou de ses principaux amis, afin de la décider à quitter la France. Cette assertion, très-discutable, aurait trouvé une base solide; elle aurait pu arriver à l'état de vérité si Marie- Amélie eût reçu la lettre que la duchesse de Berry daigna lui adresser, et si surtout les d'Orléans y eussent répondu avec le sentiment que cette lettre provoquait. L'ouverture était faite; il n'y avait plus qu'à en profiter et à se mettre en communication officieuse d'oncle et de tante à nièce. Les choses ne s'étant point ainsi passées et Louis-Philippe s'obstinant dans son mutisme constitutionnel, par quels ministres, par quels intermédiaires a-t-il pu communiquer avec une proscrite dont la retraite était inconnue de tous? Les prétendus avis offerts, les mesures ayant eu un commencement d'exécution, les prières faussement énumérées ne reposent donc que sur des fables. Louis- Philippe, vivant ou mort, doit subir la responsabilité de son péché de famille ainsi qu'il accepta d'être le complice moral de madame de Feuchères.

Avoir eu pour père Philippe-Egalité, assassin de Louis XVI, et s'être improvisé général de la Piépublique et huissier au club des Jacobins; puis, en traversant la Révolution de 1850, se charger du drame de Saint-Leu et du drame de Blaye, crimes que la fortune elle-même ne pardonnera jamais, c'est en réalité trop lourd pour l'existence d'un seul homme. Louis-Phin. ri

178 CUAPIÏRK II.

lippe ne recula pas devant ce quintuple fardeau; apparlient-il à l'histoire d'afficher plus de respect humain que lui?

Dans les derniers mois de l'année 1852, les complications et les défiances ostensibles de l'Europe à l'égar.l de ce prince étaient pour lui une cause permanente d'inquiétude. Le roi de Hollande, appuyé secrètement par les puissances du nord, ne tenait plus compte des protocoles de la conférence de Londres. Maître de la citadelle d'Anvers, il pouvait d'un moment à l'autre foudroyer la ville. Des lettres interceptées ou saisies à la poste ' tendent à prouver que le prince d'Orange conseille à la duchesse de Berry d'épier l'issue des événements et de se préparer peut-être à une seconde prise

* Toutes les fois que ce reproche a été fait au gouvernement de Loiiisl'iiilippe, lorsqu'on a invoqué contre lui l'abus du cabinet noir et la violation du secret des lettres, les Orléanistes n'ont jamais manqué de crier à rimposlure et à la nialveillanco. Ils ont même prétendu (juc le cabinet noir n'avait jamais fonctionné sous l;i monarcbie de 1850, pas plus contre ses adversaires que contre ses partisans. Or, une lettre, épave du 24 février 1848 trouvée aux Tuileries, atteste la chose et vient cruellement réfuter les dires officieux des courtisans. C'est le générai comte Sébastiani, le confident et le ministre favori de Louis-Philippe, •jui écrit au fils de son roi et qui constate lui-même la violation, sans en témoigner un étonnement quelconque, comme habitué depuis longtemps à ces manières de faire par lui, i>onr lui ou contre lui.

« Monseigneur ,

« La lettre jointe à celle que Votre Altesse Royale a daigné m'écrire,

annonce l'envoi de paquets importants qu'on aura l'etenus 'a la poste

pour en prendre lecture. Ils sei-ont probablement remis aujourd'hui ou

demain. Je vais me rendre immédiatement auprès de Votre Altes.se. Je

la supplie de croire qu'elle n'a pas un serviteur plus respectueux et

jiUis dévoué que moi.

Signé : Horace SÉBASTiA?ir.

« Paris, 28 mars. »

d'armes, lorsque le canon aura dessiné la véritable attitude des souverains. La guerre aux frontières, la guerre à Paris, la guerre dans le Midi et dans l'Ouest, telle sera la position réservée à Louis-Philippe. C'est alors qu'il se hâte de mettre sa couronne au mont-depiété de la Juiverie.

Simon Deulz, un de ces misérables qui font métier de se convertir, mais toujours renégats à l'occasion, avait, par quelques petits services rendus, et généreusement payés, gagné, dans une certaine limite, la confiance de Marie-Caroline. Deulz s'est persuadé qu'il y aurait une bonne spéculation à faire en proposant de livrer et surtout en livrant la duchesse de Berryà l'Orléanisme. Deulz offre de la vendre. Louis-Philippe n'en est pas à son premier marché de famille. Il a traité avec la Feuchères : il peut bien négocier avec le Deutz. M. Thiers, son ministre de l'intérieur, reçoit mission de le palper, de le scruter et de l'acquérir, s'il en vaut la peine. Deutz fut jugé digne des enchères orléanistes. Il s'estimait cinq cent mille francs, M. Thiers partagea cette opinion. Deutz cl Thiers, noms inséparables désormais par la vente et l'achat d'une femme, s'étaient, sur la recommandation de Louis-Philippe, environnés des plus profondes ténèbres. Un légitimiste perce le mystère et le révèle à Madame. La fatalité des d'Orléans ne permit point que ce nouveau crime leur fût épargné,

Deutz, ayant pour escorte d'honneur douze sbires, l'élite de la police, arrive à Nantes, où le général

ISO CHAPITRE H.

Drouet d'Erlon et le préfet, Maurice Du val, intimes du Palais-Royal, ont été envoyés, afin de seconder le juif dans sa contrefaçon d'Iscariote. Le juif frappe à la j)orle des royalistes les plus notables : il affirme êlre j)orteur de dépêches d'une extrême gravité adressées à Madame. Éconduit par les uns, accueilli parles au- Ires, il peut enfin faire passer son nom de guerre à la princesse. Elle n'avait aucun motif pour suspecter la fidélité de cet homme, qui, diplomate marron ou agent d'intrigues secrètes, doit avoir recueilli dans ses courses de précieux renseignements. Madame désire l'entretenir: afin de n'éveiller aucun soupçon, elle lui fait annoncer qu'elle le recevra dans une maison lierce, fort éloignée de l'asile choisi par elle. Le 50 octobre 185'2, à la nuit tombante, Deutz est introduit chez les demoiselles du Guigny. Madame y arrive à son tour, comme dans une habitation étrangère. Elle a vu Deulz, elle a entendu ses communications, elle l'a cono-édié avec un affectueux sourire de s^ralitude. Ce sourire porte le trouble dans l'àme de l'apprenti Judas; il n'ose plus poursuivre sa tâche.

Pendant ce temps, un autre traître faisait à Maurice Duval une révélation qui va précipiter le dénoûmenl orléaniste. En apprenant que Madame pourrait bien êlre enceinte et que des symptômes de grossesse se manifesteraient, Maurice Duval, — et c'est de sa bouche même que nous tenons ce récit, — Maurice Duval s'empresse de demander directement à Louis-Philippe de quelle manière il doit agir dans une telle occur-

rence. Louis-Philippe', « n'exerçant pas mieux qu'il nel'avail acquise une puissance achetée par le crime, » répond, le 2 novembre, jour des Morts : « Je suis roi constitutionnel avant tout, faites ce que mes ministres vous ont ordonné. Votre nouvelle est impossible; mais si, par malheur, elle était vraie, ma femme en mourrait de chagrin. »

Arrêté sur une bonne pente par ces déclinatoires constitutionnels et par ce pressentiment conjugal si mal vérifié, le préfet de la Loire-Inférieure n'avait plus qu'à mener à sa fin la perfidie de Deutz.Thiers le presse d'activer la chose et d'arriver promptement à la conclusion désirée. Deutz recule; il lutte avec sa conscience; il déclare ne plus savoir comment retrouver Madame. Puisqu'à toute force le gouvernement veut une tête , il propose de lui livrer à prix débattu celle du maréchal de Bourmont. On menace alors le juif ; on l'effraye. Après de longues tortures moi'ales, on obtient de lui qu'il se remettra en campagne. Les d'Orléans vont doublement triompher.

Deutz a trompé la bonne foi d'une religieuse. Il lui a persuadé que la vie ou la liberté de Madame dépendait d'une dernière entrevue avec elle. Madame consent à le recevoir, le 6 novembre, à quatre heures du soir. Deutz est en possession du secret de la retraite ; il le communique aux agents de l'Orléanisme, qui disposent des troupes, de la police et de la garde nationale en conséquence. Deutz pénètre dans cette maison

* Flonts, liv. 1, piige -2'2.

de la rue Haute-du-Châleau ; il est admis auprès de Madame, et lui rend une lettre à son adresse. Celte lellrc, signée Jauge, annonçait à la ducliesse de Berry '( qu'un homme ayant toute sa conliance l'a trahie et vendue à M, Thiers pour un million. » Madame lut cette dépêche à haute voix, puis avec un sourire démentant ses paroles : « C'est peut-être vous? » dit-elle à Deutz, (jiii balbutia : a C'est très-possible. » Au bout d'une heure de conversation, le juif prend congé de Madame. En sortant de la maison , il fait un signe convenu, et l'Orléanisme se met à la besogne.

Le quartier est cerné , la rue est investie par les iroupes et par la police. Des coups de hache retentisîsent à la porte de la maison, qui cède aux efforts redoublés. En un clin d'œil, l'asile de Madame se voit inondé d'agents de toute espèce, de fureteurs de toute nature. Le poignard ou le pistolet à la main, ils s'emparent des appartements, ferment les issues, fouillent de tous côtés et campent depuis la cave jusqu'aux combles. La présence de Marie-Caroline est indiquée par la lettre même de M. Jauge, tombée sur le parquet. On a ^'isité les recoins, les alcôves et les armoires, interrogé à coups de marteau les murs et les planchers. On a mis sous la surveillance de la police et de la garde nationale les habitations contiguës, et l'on ne découvre rien. Une nuit entière et la matinée du lendemain sont perdues dans ces investigations. Les autorités commencent à désespérer du résultat. M . Thiers, consulté par le télégraphe, répond en style de général

d'armée : « C'esl un siège; tenez la place assiégée, et, s'il le faut, démolissez. »

Tel était le dernier mol de l'Orléanisme. Démolir la maison, lorsqu'on est convaincu qu'elle abrite une femme, c'est chercher à l'ensevelir sous les décombres; et cependant M. Thiers lui-même avait, quelques jours auparavant, écrit à Maurice Duval une lettre de parade, dans laquelle on lisait : c< Nous voulons prendre le duc d'Enghien, mais nous ne voulons pas le fusiller. Nous n'avons pas assez de gloire pour cela, et si nous l'avions, nous ne la souillerions pas. »

Cette modestie de juste-milieu, tempérée par une ironie d'humanité que les injonctions ministérielles contredisent si cruellement, ne sera point pour la postérité une excuse ou une atténuation. Les démolisseurs patentés allaient exaucer le vœu de la dynastie de 1850, lorsqu'un événement imprévu change toutes les dispositions. La duchesse de Berry, accompagnée de mademoiselle de Kersabiec, de MM. de Mesnard et (Juibourg, a trouvé un refuge dans une cachette, dont la plaque d'une cheminée masque l'entrée. Afin de se préserver du froid, des gendarmes ont allumé du feu dans cette cheminée, bientôt devenue pour les captifs une ardente fournaise. Ils y étouffent. Ne voulant pas mourir dans une guerre à la saint Laurent, ainsi que le déclara la duchesse de Berry aux suppôts de l'Orléanisme, ils se résignent à faire tomber la plaque.

Épuisée de fatigue, pâle d'émotion, à moitié asphyxiée, et sa robe fumant encore sous les brûlures,

184 CIIAPITIÎE 11.

Madame apparaît au milieu de tous ces hommes armés contre une femme. Après seize lieures d'un supplice inouï, elle n'a rien perdu de sa dignité et de sa cordiale franchise.

Ce soir-là, la famille d'Orléans, radieuse de bonheur et propageant la nouvelle par l'éclat de sa joie, assistait, au Théâtre-Français, à la représentation des Vêpres sicilieiineSj suivie de Ma place et ma femme. A la même heure, Deutz, bourrelé de remords et ivre de désespoir, après s'être meurtri la tête contre les murs de la chambre où il était renfermé à la préfecture, s'échappait de ce lieu pour courir à la malédiction.

L'Orléanisme a fait préparer la citadelle de Blaye à tout événement. Sur la corvette de l'Étal qui la transfère à sa destination avec une pompe officielle, Madame, faisant allusion aux d'Orléans, dit au général Dermoncourt : « Ils sont plus embarrassés que moi. » Les partis ne tardèrent pas à démontrer la vérité de cette parole.

Ce fut le I 7 novembre que la duchesse de Berry se vit écrouée à la citadelle de Blaye. Le 19, Louis-Philippe, se rendant par le pont Royal au palais Bourbon pour faire l'ouverture des Chambres, entend près de lui une détonation d'arme à feu. 11 n'est pas blessé et continue sa route. C'était le premier attentat républicain dirigé contre sa personne, l'attentat Bergeron, ainsi qu'il est appelé dans la nomenclature. Ce crime n'alarma que les Orléanistes. La France y resta indifférente, peut-être même insensible, car, dans ce mo-

LES PAr.TlS ET LES COMPLOTS. 185

menl, tous les yeux, tous les esprits, tous les cœurs se portaient vers Blaye. Chacun se sentait froissé dans ses affections de famille ; chacun s'indignait de voir la petite fille de Henri IV et de l'impératrice Marie- Thérèse prisonnière d'un d'Orléans, son oncle. L'espagnolette de Saint-Leu et la citadelle de Blaye épouvantaient les imaginations les plus calmes. Dans les salons, dans les théâtres-, dans les ateliers, partout enfin, il ne s'élevait qu'un cri de réprobation contre deux ignominies que la plus humble des familles aurait répudiées avec effroi. Louis-Philippe, atteint et convaincu d'un double déshonneur, n'inspira aucune pitié, et les partis qui se déchiraient entre eux se réunirent pour l'accabler de leurs sarcasmes vengeurs.

En butte à ces hostilités, faisant vibrer dans toutes les âmes le seul sentiment que la Révolution ne peut dénaturer, Louis-Philippe a compris qu'une détestable pensée le jette encore dans une voie mauvaise. Pour en sortir, il s'efforce d'associer le pays légal à son trafic de femme ; il laisse aux Chambres à statuer relativement à madame la duchesse de Berry. La France ne l'entendait point ainsi. Dans ce royaume, depuis longtemps libre par ses lois et toujours esclave par l'administration, les partis, supposés vaincus, aspiraient à compter avec leur prétendu vainqueur. Le sort de la duchesse de Berry était une belle occasion pour cela. D'innombrables pétitions arrivèrent à la Chambre des divers points de la France. Légi\imistes et Républicains, mus par des motifs différents, s'accordent tous

dans une méfiance instinctive. Il répugne aux uns comme aux autres de voir l'Orléanismc maître de la vie ou de la mort de Madame. Ici, on demande qu'elle soit immédiatement remise en liberté; là, on invoque l'égalité devant la loi et devant le jury. Afin d'enfoncer jusqu'à la garde le poignard dans le cœur des d'Orléans, il se rencontra des sans-culottes attardés, des demeurants de 05, qui ont les bonnes traditions. Ils déclarent que, puisque la veuve Capet a bien été jugée par un tribunal révolutionnaire, il n'en faut pas davantage à la veuve Berry.

L'arbitraire de Louis-Philippe, commenté et dirigé par ses ministres, effrayait les amis et les adversaires de Madame. Le gouvernement avait la prétention de régler seul la destinée de la princesse ; l'opinion publique s'y oppose par respect ou par crainte d'une dernière flétrissure. Pour soutenir le projet ministériel, le duc de Broglie, président du conseil, argumentait ainsi ^: a Ce qu'on demande, c'est un simulacre de jugement; une comédie solennelle dans laquelle tous les rôles sont distribués d'avance, dont le dénoûment est prévu et réglé!... Savez-vous, messieurs, ce que vous feriez en renvoyant madame la duchesse de Berry devant un tribunal quelconque? Savez-vous quelle question vous iriez porter devant le tribunal? Ce n'est pas la question de savoir si la prisonnière de Blaye est ou non la duchesse de Berry ; elle ne se cache pas. Ce n'est pas la question de savoir si elle était ou

• Moniteur du 6 janvier 1835, séance du 5.

Li;S l'AItTIS ET LES COMPLOTS. 187

ii'clail pas dans la Vendée; elle le proclame. C'est la question de savoir si elle a le droit de conspirer contre le gouvernement. C'est cette question qui sera plaidée; et il ne sera plaidé que celle-là. C'est à vous de voir s'il vous convient qu'elle soit portée devant les juges que le sort désignera. Pour nous, nous sommes de ceux qui pensent que celte question est décidée depuis le 7 août 1850, et qu'un gouvernement qui se respecte ne doit pas se laisser mettre en cause par qui que ce soit, ni devant qui que ce soit. Eh ! messieurs, quand vous aurez laissé porter une telle question devant les tribunaux, songez aux débats qui vont suivre, songez à l'auditoire qui va se presser autour du tribunal. Avec la liberté de parole et d'action dont nous jouissons, voyez-vous accourir, de toutes les extrémités du royaume, tous les ennemis du gouvernement, tous les ennemis d'un gouvernement quelconque, je ne dis pas par centaines, par milliers, je dis par centaines de milliers? Songez au langage des défenseurs, à celui de l'accusée; songez à l'explosion des fureurs populaires que ce langage ne peut manquer d'exciter. Croyez-vous que ce sera assez de toutes les forces dont le gouvernement dispose pour protéger, selon le vent qui soufflera, tantôt la tête des juges, tantôt celle des accusés?... S'il est quelqu'un qui se croie en droit de provoquer de tels désordres, notre devoir à nous, est de signaler les périls, et de dire qu'on n'aura jamais joué la tranquillité du pays contre une fantaisie plus insensée et plus gratuite. »

188 CIIAI'IÏRK 11.

Cette séance, à jusle lilre surnommée la séance aux aveux, était, comme le discours de M. de Broglie, pleine d'enseignements. Dans les sombres prévisions qu'il a laissé entrevoir, dans cette levée en masse de la France qu'il a peinte courant sur les pas de la princesse accusée et instruisant, par la même occasion, le procès de la dynastie de Juillet, le ministre était allé plus loin que sa pensée officielle. Il avait ainsi trahi les plus vives préoccupations de l'Orléanisme.

L'Orléanisme n'a aucun intérêt à faire disparaîLiv la duchesse de Berry, soit par un poison lent, soit par tout autre moyen administratif ou chimique. Sa vie ne court point de dangers immédiats; mais les partis dont le soupçon est l'arme de prédilection, ne s'avouent pas battus pour si peu. Impitoyables par conviction ou par métier, ils aiment le trouble et vivent de scandales. La renommée des hôtes du Palais-Royal a toujours quelque chose de sinistre : les partis l'exploitèrent. Avec de déchirantes hyperboles, ils firent, à plusieurs reprises, entendre au monde entier ces paroles de Bossuel : « Madame se meurt ! Madame est morte ! » Un climat meurtrier, de mystérieuses tortures, un crime imaginaire expliquaient la chose. En encadrant de noir leurs colonnes funèbres, ils annonçaient que le crime pouvait se consommer à chaque instant.

Marie-Caroline, dans sa captivité, ne fut point environnée d'assassins ou d'empoisonneurs ; elle n'eut affaire qu'à des soldats malheureusement déguisés en geôliers. Par une forfanterie de zèle qu'il a souvent

LES l'AUTIS i:t les COMPLOTS. 189

regrettée, le général Biigeaud accepta ce triste office; il le remplit avec quelques bons procédés et de respectueux égards ne nuisant en rien aux rigueurs d'une minutieuse surveillance. Le lieutenant Leroy de Saint-Arnaud, qui sera lui aussi maréchal de France, partagea cette funeste corvée. Il se fit le docile instrument d'un espionnage domestique auquel l'orgueil de la vertu militaire dut avoir quelque peine à s'habituer. Louis-Philippe ne détachait pas ses yeux de la citadelle de Blaye, car, après avoir commandé et inspiré les plus étranges précautions, la famille d'Orléans attendait, dans une sacrilège jubilation, le jour où le secret de la grossesse ne pourrait plus se cacher. Louis-Philippe n'osait pas le trahir par sa joie ; M. Thiers, par une indiscrétion ménagée en façon de coup de théâtre, le livre à ses anciens amis de la république dans une causerie du foyer de l'Opéra. M. Thiers avait bien placé ses confidences orléanistes. Peu de jours après, te Corsaire, feuille d'avant-garde démocratique, comme l'annonçait son litre, soulève un coin de ce voile dont le Palais-Royal s'efforce d'indiquer la transparence.

A. cette rumeur, qui n'a pour autorités que des républicains ou des orléanistes, le parti monarchique s'indigne. Les jeunes gens, les officiers démissionnaires par refus de serment, prennent fait et cause en l'honneur de Marie-Caroline. Louis-Philippe a soufflé le feu, il l'attise. Des provocations s'échangent, des duels ont lieu. Bientôt la République, peu favorisée

dans ces rencontres, a recours à l'outrage et à la menace collective. L'alliance carlo-républicaine n'existant (jue dans les terreurs de la bourgeoisie orléaniste, se trouve face à face les armes à la main. Nonobstant, de toutes ces épées qu'elle brise en cbamp clos, il restera assez de tronçons pour forger les plumes qui tueront la dynastie de Juillet. Celte dynastie est en liesse : ses adversaires de toutes les minutes se battent entre eux, ils font donc ses affaires. L'Orléanisme n'a plus qu'à s'offrir en sournois pacificateur pour envenimer la querelle. Le combat des douze, le combat des trente est proposé, est accepté ; mais alors dans les deux camps des hommes dont la réputation de courage personnel, et la science d'escrime sont notoires, tels que le marquis du Hallayet M.Ambert, se portent médiateurs armés. Avant de croiser le fer et de se blesser mutuellement, comme Carrel et Roux- Laborie, ils demandent une explication loyale. L'explication donnée, la paix fut conclue.

Tandis qu'à Paris et dans les provinces, des duels s'organisent pour ou contre Marie-Caroline, que devient* cette royale captive de la monarchie bourgeoise? Elle est seule entre le comte Emmanuel de Brissac et madame la comtesse d'Hautefort. Leur fidélité, pleine d'affectueux respects, adoucit les chagrins de la femme et les amertumes de la princesse. Mais Marie-Caroline doit subir la visite des docteurs Auvity et Orfila, envoyés près d'elle officiellement pour résoudre un cas de médecine légale. Ces termes, que l'Orléanisme se

plaîtà employer afin d'offenser les Légitimistes par une grossière insinuation, font bondir d'une noble colère le cœur de la princesse. Des rapports de médecins, tronques, ftilsiiiés ou altérés étaient répandus par les soins de l'Orléanisme.

Ces rapports entrent dans des détails à peine permis à un président de cour d'assises ou de police correctionnelle posant] des questions brûlantes de babillarde immoralité. Le secret de Madame, déjà vendu à Nantes, avait comblé de joie les d'Orléans. Ils tentent de se faire ses protecteurs en conseillant l'humiliation d'un aveu qui ne sortira pas du cercle de la famille et qui ne sera jamais divulgué. Sa mise en liberté immédiate est le prix d'une ouverture si ardemment sollicitée. Le général Bugeaud fut chargé de communiquer à la duchesse de Berry les intentions et le désir du gouvernement de Juillet.

Sous ces cauteleuses promesses de silence et de générosité, la captive a pressenti un piège; elle n'y tombe pas. Louis-Philippe cherche à la flétrir, en ayant l'air de se sacrifier pour elle et en offrant à une faute l'oubli conditionnel. Madame refuse avec un orgueil mêlé de pitié de passer sous les fourches caudines d'un marché léonin. Placée dans l'alternative de confier son honneur aux d'Orléans ou à la France, la duchesse de Berry n'hésite plus. Avec eux, elle a l'avilissement en perspective ; l'avilissement dont ils s'efforceront de tirer parti contre elle, en l'accusant d'ingratitude ou de malignité. La duchesse de Berry s'adresse à la

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