‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 8 sur 48 · I.KS PARTIS KT LES COMI'I.OTS. i2t · texte numérisé non relu

I.KS PARTIS KT LES COMI'I.OTS. i2t

vnnU'o, so précipite par Inules hs issues, et, après avoir contemplé durant quelques minutes ce spectacle d'horreur, le roi dit avec une douloureuse émotion : « Allons, messieurs, marchons ! » C'était le mot du "21 janvier, le mot adressé à Sanlerre jiar Louis XYl, sortant de la tour du Temple. Comme un pardon, il porta bonheur au fils du citoyen Egalité.

Tout inondé de sang ainsi que ses fils et ses ministres, Louis-Philippe poursuit sa revue. Mais, en France, malgré les divergences de parti, le courage a toujours son privilège de royauté; Louis-Philippe fut donc sincèrement acclamé. Si la dynastie de Juillet eût été viable en quelque chose, un jour tel que celui-là aurait vu sa consécration. Ce triomphe, puisé dans le sang, avait ses douleurs et ses fatalités, que la reine Marie-Amélie traduisit par un mot terriblement éloquent. [;Orsqu'il lui fui donné d'embrasser son époux et ses fils, échappés h tant de morts, elle s'écria en pleurant : « 0 mon Dieu, quel règne! »

Sous ce règne, en effet, la justice divine ne permit jamais aux d'Orléans de prendre l'habitude du bonheur.

Par une précaution que les Républicains s'étaient bien gardés de communiquer à leur Corse, quelques canons de la machine avaient été chargés de telle manière qu'ils devaient faire recul et tuer sur place celui

Rieussec, liouloiiaiil-colonol de la garde nalionule, des vieillards, des lemiiies, el une jeune fille. On releva vingt-deux personnes plus ou luoiiis grièvement blessées. Les généraux Ojlliert, Braver, Heyinès. Bleiti et Pelet furent de cf- nombre.

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qui mettrait le feu aux poudres. Fieschi était couvert de blessures. On le saisit au moment où il s'échappait de son troisième étage, à l'aide d'une corde. Tout avait été combiné par les démagogues pour faire croire îi nu massacre légitimiste. Fieschi mort, on ne découvrait dans la chambre de l'assassin que des j)ortraits de la famille royale exilée, que des fleurs de lis tapissant le.^ murs, que des emblèmes monarchiques épars sur les chaises. Et, toujours bien renseignés, les correspondants des feuilles de province ou de l'étranger racontaient, avec toute sorte de détails plus ou moins authentiquement inventés par eux, que le maréchal duc de Bellune, le chancelier de Pastoret, le duc des Cars, Chaleaubriand, Fitz-James, Berryer et d'autres chefs du parti étaient accusés et convaincus d'être les ailleurs de cette boucherie. La police, néanmoins, ne s'y laissa pas plus tromper que M. Thiers, ministre do l'intérieur. Fieschi, arrêté, se persuada bientôt ([u'on tuant les autres il étail destiné à se tuer luimême. Fieschi avait l'âme d'un Corse: l'indiscrétion l'ut sa vendetta.

A la nouvelle de ce crime préparé et exécuté avec tant d'audace, la consternation ne se dissimula point. La France sentit qu'elle était poussée aux abîmes, «'I (le tout cœur elle s'associa au deuil d'une impuissante royauté. L'Orléanisme expie durement ses ambitions. Les vainqueurs (le ISâOle punissent comme uu renégat et le Irappenl comme un coupable; il n'a phiv à e^jM-rer d'eux grâce ou mis('ric((rde. Le pardon

i,i:s l'Airns i;t i.ks comim.dts. ita

vinl des persécutés el des viclimes de la l'u'volulion, toujours compatissantes aux choses de la douleur, f/archevêque de Paris ne s'est point montré aux Tuileries depuis l'avènement de Louis-Philippe. A cette heure de désolation , il s'écrie avec rEcclésiasle * : « Mieux vaut aller à une maison de deuil qu'à une maison de festin ; » et le proscrit de Juillet apporte à la dynastie de Juillet en larmes des encouragements, des regrets et des bénédictions.

Morey, Pépin, Boireau, Bescher et Nina Lassave, la niaîtresse de Fieschi, sont sous la main de la police. La coui- des pairs instruit le complot. Il était flagrant, car, dans plusieurs grandes villes de province, à Nantes, notamment, où le citoyen Raspail, parti de l'aris le 28 juillet au matin, devait proclamer la répul)li(|ue, tout était disposé en prévision d un atlenlat. fia Piépublique avait pris de savantes iiiesuies; elles échouèrent au dernier moment, il ne lui resta plus qu'à s'indigner des outrageants soupçons dont quelques-uns de ses chefs furent Tobjtd, puis à abandonner les coupables à la sévérité des lois.

lia eour des pairs, convoquée le odjajivicr I<s5t>, fit assister la France à un désolant spectacle. Fieschi avait besoin df bruit ; Morey, les yeux injeclés d'homicide, s'entourait de silence, et Pépin de timidité. .\u milieu de tous les pairs, ambitieux de ses auloliraphes el faisant qiu^ue autour du banc des accus('S pour m sollicilrr un. Fieschi, vaulard jusqu'à

' Kcrir.s.. vil. ',.

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l'ivresse ou à la démence, se permoltnit des airs protecteurs. Un commerce de bons procédés s'c'lablil entre ce misérable et ses juges. Le chancelier Pasquier l'appelait son cher monsieur Fieschi, et de la sellelle on l'autorisait à se dresser un piédestal sur des tréteaux. Fieschi tenait l'audience, interrogeait les uns, répondait souvent pour les autres et dirigeait les débats. A force d'ignobles pantalonnades, il déridait le front peu austère de ces vieux pairs de France qui, blasés sur tout, retrouvaient un regain d'immoralité dans ses lascives turbulences. Il s'en rencontra même qui échangèrent avec lui des poignées de main. Fieschi avait connu dans les prisons d'Embrun la femme Petit, qui devintsa concubine. Cette femme Petit livra sa fille Nina Lassave à Fieschi. Nina, scrofuleuse et borgnesse, était l'idole de cet homme. Durant le procès ils s'envoyaient de l'un à l'autre, sous les yeux de In Cour, des signes d'intelligence et des baisers platoniques. Fieschi faisait la parade; il professait une égale admiration pour Bonaparte, son compatriole, et pour Louis-f^hilippe, son roi modèle. Convaincu qu'un homme tel que lui serait épargné, peut-être même récompensé, il avilissait la pairie, la magistrature etlegouvernement. Le 15 février, cesséanccs publiques de scandale, plus effrayantes que la mitraillade, — car elles révélaient l'état de la société, — se terminèrent par une triple condamnation à mort. Quatre jours après, les têtes de Fieschi, de Morey et de Pépin tombèrent sur l'é'chafaud.

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