‹ Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'OrléanismeChapitre 9 sur 48 · I.KS l'AP.TIS KT LES CO.MI'LOTS. ■j · texte numérisé non relu

I.KS l'AP.TIS KT LES CO.MI'LOTS. ■j

I)t» ce mnnslriicux forfait, de Fiesclii qii'Orsini, le rédempteur de l'indépendance italienne à coups de bombe, renouvellera dans des circonstances et avec des moyens différents, sortit un nouveau code pour la presse. Les lois de septembre J85d furent proposées et soutenues devant les chambres par le duc de Broglie, par M. Thiers et par M. Persil, trois hommes de Juillet, (rois ministres de l'Orléanisme, sacrifiant la Charte à des considérations dynastiques. Louis- Philippe et son gouvernement s'appuyèrent sur la liberté pour usurper le privilège de l'arbitraire; mais leur fougue ne servit qu'à faire éclater leur impéritie. I^es ordonnances de Charles X étaient dépassées. Ceux qui avaient détrôné le Pioi et accusé ses ministres venaient, cinq années après, confesser, dans des subtilités de Palais, que la liberté de la presse était un danger public et une calamité sociale. Il fallait armer le pouvoir contre les envahissements de l'anarchie, et dominer cette fébrile exaltation des partis attaquant la royauté dans son principe, dans sa forme et dans son chef. Cette royauté ne fut plus qu'une tyrannie constitutionnelle tempérée par l'assassinat.

M. de Chanlelauze, ministre de Charles X, était |)risonnier à Ham pour avoir voulu conjurer ce péril. Charles X mourait en exil, et Louis-Philippe, le duc de Broglie, M. Thiers et tous les Orléanistes de .Juillet déclaraient que la doctrine de compression élait le seul remède à apporter au désordre croissant des esprits. Ils ne s'éloignaient pas trop du vrai au point

'-T.î (:ii\piti;k ii.

(le vue gouvernemenlnl ; leur position personnelle n'en était que plus fausse. La liberté de la presse a eu de tout temps ses dangers et ses excès. Cette lance d'Achille a fait de larges, de profondes blessures; et au lieu de les guérir, selon l'image consacrée dans la rhétorique des partis, elle les a toujours envenimées. Mais après avoir, dans un but coupable d'usurpation, offert cette liberté comme l'arc-boutant de toutes les autres, on ne devait pas tourner contre elle des dangers et des excès qu'une expérience judiciairement flétrie avait signalés.

Ces lois, sous lesquelles s'effondra l'école libérale de la Restauration, (Uaient d'une sévérité peut-être outrée. Leur application ne pouvait manquer d'êlrc dure, car lOrléanisme a de nombreuses vengeances à exercer. Les partis n'en restent pas moins sur la brèche, et les complots ne se condamnent pas à une oisiveté qui aurait été le bonheur et la sanction de la royauté de Juillet. L'allusion transparente, une réticence habile, un paradoxe ingénieux et des précautions oratoires, dont la solennité ou la malice cachait à peine l'audace, eurent bientôt créé un péril de plus. L'esprit et la ruse inventèrent un vocabulaire à eux, une guerre d'escarmouches et de }»erfidies par insinuation qui, en rendant le public plus attentif à ses lectures, lui fit découvrir une épigramme ou une révélation là où l'écrivain, caché sous sa langue, n'avait pas même songé à donner un passe-port à ses saillies. L'Orléanisnie tentait de s'.ippuyer sur son despotisme légal,

LES PAiîTis [•:t lks comi'I.ots. 5:.:.

jDi'odiiisniit à lii longue rinlimidation et l'ënervemenl. f;a presse jouait avec ses fers, et peu à peu elie les limait sur la tête des d'Orléans. L'attentat de Fiesclîi ne précède que de onze mois l'alfentat d'Aliliaud.

C'est un véritable Montagnard que celui-là, un républicain dans toute la sauvage énergie de ses appt'>lils sensualistes e( de ses révoltes contre l'ordre social. liC désœuvrement politique l'a réduit à la misère, ba misère engendre l'idée du suicide; l'idée du suicide lui inspire la pensée de tuer Louis-Philippe. La Révolution, qui n'a plus même l'audace de ses assassinats, commence }tar faire passer la lièvre du régicide dans l'éducation et dans les mœurs. A force de le présenter et de l'excuser avant de le glorifier, tantôt comme un crime isolé ou un acte de folie, tantôt comme une vengeance particulière ou l'expiation d'une impopularité qui n'a pas besoin d'autres preuves, les démagogues sont parvenus à l'acclimater dans la sphère républicaine. C'est l'idéal humanitaire rêvé par les meurtriers politiques et par ces Vieux de la Montagne qu'adorent niaisement les journalistes du progrès et l(^s voyants de l'avenir. Ils font prendre aux scélérats la sellette de la cour des pairs ou de la coui' d'assises pour le piédestal d'un monument.

.\libaud est un des premiers disciples de Mazzini, le thaumaturge du poignard. Faisant bon marché de sa vie, Alibaud se croît maître de celle des autres. Comme Fiesclîi, il a entrepris beaucoup de lut'tiers; il n'a

•27,6 i;il\l'ITIlK 11.

réussi dansniicuM. Ame iiujiiièlc, esprit iriilr, révolutionnaire (le IS.IO, inhabile à (oui et posséflé du désir de parvenir à (nul, ed homme élail un bachelier es lettres déclassé. N'osant pas travailler et répugnant à mendier, il vivait de hasard, en appelant l'heure propice au crime. Le "25 juin 1850, il s'embusque sous le guichet des Tuileries. Â six heures du soir, au moment où la voiture qui contient Louis-Philippe, Marie-Amélie et Madame Adélaïde, s'approche de la voûte, une détonation d'arme à feu retentit. La bourre de la canne-fusil d'Alibaud tombe sur la tête de Louis-Philippe; mais les deux balles qui lui sont destinées se perdent dans la voiture. Alibaud n'est pas ému ; il ne se déconcerte pas. Saisi par des gardes nationaux qui l'accablent d'imprécations, il entend un officier lui dire : « Monstre, je t'aurais donné du pain si tu m'en avais demandé. » Et il répond : « Du pain ! je ne le mendie pas, je le gagne. Celui qui m'empêche den manger, je le tue. »

Cette théorie du droit au travail et de la responsabilité ainsi appliquée, Alibaud se retranche dans un mutisme superbe. Le 8 juillet, il le rompt devant la cour des pairs qui le juge. Son calme ne se dément pas plus que sa haine. Le chancelier l'interroge pour savoir depuis combien de temps il nourrit son projet de régicide : a Depuis que le roi a mis Paris en état de siège, réplique Alibaud; depuis qu'il a voulu gouverner au lieu de régner. »

En 1850, rOrléanisme faisait de ce reproche contre

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Charles X un cas de révolu lion dynasliqur; en J8ô<i, le mêtiie reproche était adressé à Louis-Philipju; par son assassin. Pour honorer le crime el dans la crainte de donner de l'humeur aux Conventionnels ou à leurs enfants, le roi de Juillet a supprimé le deuil du 21 janvier. Le monument expiatoire de la Madeleine est abandonné; le 14 février, qui vit périr le duc de Berry, n'est plus qu'un jour ordinaire. Ces concessions faites, rOrléanisme, qui sera toujours le régicide en théorie, en, principe, en parole ou en action, a cru (ju'il pouvait marcher de pair avec la démagogie. La démagogie, en face de ses juges, lui fait entendre un autre langage; Alibaud prend la parole. 11 formule purement et simplement le système du meurtre : « J'avais à l'égard de Philippe I", s'écrie-t-il, le droit dont usa Brutus contre César. »

Interrompu par les rumeurs de la Cour, il ajoute : u Le régicide est le droit de l'homme qui ne peut obtenir justice que par ses mains. »

C'est la doctrine que M. Tliiers professe dans son Histoire de la lirrohition fraiira ise , lorsque en raconta n t le 18 brumaire du premier Bonaparte, il écrit: « Des républicains (jui croyaient voir un nouveau César pouvaient s'armer du fer de Brutus sans être des assassins. 11 y a une grande faiblesse à les en juslifiei'. »

Alibaud, qui invoquait ces funestes paroles, n'a point cette grande faiblesse -là. Il ne se justifie point, il ne s'excuse point. Sûr de trouver dans son parti des apologistes et des vengeurs, il se voue à

2r.S CllAr'ITRK II.

J'exécration des cœurs lionnêlcs et à l'admiration des lévolulioniiiiires. Il muurul sur l'échafaud froideiiienl, sloïqucmeul. Dans les sociétés secrèles, ainsi (]ue dans certains livres, on lui décerna la palme du martyre.

La palme du martyre volée à Louis Âlibaud par les conciliabules européens ne larda point à se transformer en plume anonyme et en stylet luinianitaire. Les lois de septembre gênaient assez peu l'extension des vœux néfastes. Les sociétés secrètes jugèrent à propos de se servir de la presse clandesline pour donner (juelque saveur de fruit défendu à l'anarchie de leurs idées. Le Moniteur républieain parut dans l'ombre ; il offrit le Panthéon aux régicides. Dans son numéro de mai 1858, ce journal, qu'on distribuait aux ateliers en guise de manne intellectuelle, établit ainsi ses doctrines : « Il n'y a qu une seule ressource à employer, le régicide, le tyrannicide, l'assassinat, comme on voudra qualifier cette action héroïque... Il est sans doute beau d'être athée, mais cela ne suffit pas; il faut encore bien se pénétrer de la nécessité que le devoir impose de faire disparaître les rois et les royaumes... On n'est pas homme de sang pour fnire couler économiquemeni leur sang coupable... Il est à regretter qu'aux beaux jours des sociétés populaires oii n'ait pas songé à s'attaquer à Louis-Philippe... C'tîsl l'attentat que nous appelons de tous nos vœux, que nous entendons même exécuter tôt ou tard, si personne ne nous devance... Nous invitons, en consé-

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fjuence, tous les républicains à ne prendre conseil que de leur courage et surtout de la prudence, cl à courir sus, sans perdre un seul moment, contre Louis- Philippe et ceux de sa race. »

Au moment oij le chaos se dcvelopjiait systématiquement, en menaçant de se perpétuer, un nouveau parti ou, pour parler avec plus d'exactitude, un nouvel homme se présente dans cette lice ouverte à tout venant. Sous Louis XVIII et Charles X, on a vu le duc d'Orléans se créer de l'épopée impériale un moyen d'opposition : le roi de Juillet cherche à se fair<' des gi'andeurs de Napoléon un instrument de règne bourgeois. Anglais par intérêt, par spéculation, par habitude, il n'est resté Français que par son amour des vieilles ariettes de l'Opéra - Comique et par sa i)assion pour les cendres impériales. A lui le rétablissemenl de la statue sur la colonne ; h lui le traditionnel marronnier du "^O mars, fleurissant à heure fixe et à la plus grande satisfaction des badauds du l'ail -Paris; à lui les armes du guerrier et l'épée d'Austerlilz, condamnée entre ses mains à une virginité perpétuelle; à lui le retour de l'ile de Sainte- Hélène et le tombeau des Invalides ; à lui ce Juif errant de la gloire qu'on accommode en peinture, eu sculpture el sur les tliéâtres aux petitesses du Palais Hoyal ! Généreux envers le mort, mais élo(|U('Ml d'oubli à l'égard de ses héritiers, Louis- Philippe conlisque à son profit les survivants et les souvenirs de l'Empiro. Il s'arrange pour leur faire rapporter

210 CIIAIMTI;!-; Il,

tous les bénéfices dynasticjues doiil se bercenl ses manœuvres lucratives. L'Empereur morl est son bien et sa chose. Il voudrait en faire un de ces chênes séculaires qui paraissent plus majestueux dès qu'ils se voient isolés que lorsque mille arbrisseaux parasites enveloppent et déforment leur tronc. Afin de séparer Bonaparte de toute sa famille et de lui prouver que, souverain sans aïeux, il doit pour sa gloire rester sans successeurs, Louis-Philippe aurait été de force à chantonner à l'ombre immortelle cet adage rimé, mais peu patriarcal, que l'égoïsme inspira à l'abbé de Bois-Robert'.

Meicliisédech éloil un lupiniue lieiireux. C;u' il ii";ivoit ni frèns ni neveux.

Louis-iSapoléon ne se montre pas très-disposé à s'effacer devant le pr* saïsme de ce conseil, qui est un calcul. Voir l'aigle percher sur un funjier lui semble un spectacle assez triste. La morl du duc de Heichstadi, tîls du grand homme, arrivée le 52 juillet 1852, lègue au neveu un titre et des droits. Ce neveu a la prétention bien naturelle de les faire valoir, surtout en contemplant une race parasite et ennemie qui s'en crée un marchepied et une raisin d'être. Cet accaparement provocateur devait être pour Louis-Napoléon une tentation de toutes les heures et la plus spécieuse des excuses. La reine Horlense l'a élevé libéralement en vue d'un trône ; le fils s'est montré docile

' Epitres en ven cl autres œuvres pueiiques de Uûis-liobcn, [>. 7. (Paris, 1659.)

l.tlS l'AiniS ET I.l-:s COMPLUTt;. 'Jil

aux leçuns i\v la mère. Celle princesse eul eu parlugc lous les dous du cirur et de l'esprit, (iracieuse, ;ifïable, bieulaisaule, elle savait admirablement mener de iront les intrigues et les plaisirs. Un léger défaut aurait semblé vouloir seul obscurcii' tant de brillantes qualités ; la reine Horlense aima toujours un peu troj» à pai'lir pour la Syrie. Cette eoncession laite à l'Iiistoire, nous pouvons dire en toute sincérité qu'à tiavers les phases si accidentées de sa carrièi-e, la princesse fut en toute circonstance digne de son passé et de l'avenir réservé à son fils.

Mère attentive et prévoyante, elle l'initia dès le bas âge à ses idées, à ses chagrins et sui-tout à ses projets. Huand la chute de l'Empire eut marqué, en iSli, la ruine de toutes les royautés éphémères accordées, à titre onéreux de vasselage préfectoral, aux divei's jnembres de la famille Bonaparte, la reine Horlense s'était résignée à vivre à Paris, en espérant, en préjtarant lesCent-Jours. Dans l'intérêt de ses fils, mis sous la protection des Bourbons, elle |)laidait contre son mari', fréquentait la cour de Louis XVIII, obtenait du

' Nous iriivuiis jias, un le >ent bien, à i'ouillcr chins ce> liébals li'inli'lii'ur cl dans ces qnorelles de niénago. Nons devons lunia anèler an |Miinl liistori(ine, et là. une renianiue doil èlrc aulorisée, car elle peiiil .iiliniraljleincnt Tespril du temps. Lorsque la reine llortense se dccid.i. '•n 181 i-1815, à se mettre en lutte ouverte conire Louis Bonaparte, son époux, elle invoqua les conseils et léloquenl appui des f|ualrc avocall>s |ilns royalistes de Paris. Bellart, Chauveau-Lagaide, l{ou\-La]jori(! cl l'xiniH't eurent celte impériale cliente. I-e 10 janvier 1815, Bonnet paiii au nom de la duchesse de Saint-F,eu; il cita les lettres palcnle^ du .'•0 mai. par lesquelles le mi Ldins Wlll lui accordait ce litre ainsi qii à ^'■N enfants, et il fui i-n dmil de prononcer ces mots aussi peu connu* II. Ili

242 CllAPimH II.

roi, le 50 mai 1814, le titre do duchesse do S.niit-Lcu, et se ftiisait bien venir des souverains alliés, de l'empereur Alexandre de Russie notamment.

Il est convenu do proclamer sur tous les modes (jue l'invasion fui pour la Franco entière nn deuil univorsol. L'altitude do la reine Hortenseel dn prince lùigèno, celle de l'impéralrico Joséphine, vienneni éloquemmeni réfuter de pareilles assertions, qu'on no se permet qu'à dislance. La famille de Dariu> pleurait aux genoux d'Alexandre, elle ne l'invitail pas à (les parties fines; et nous voyons l'impéi'atrice divorcée puiser le ^ei-me do sa mort dans les létes nfleites aux étrangers vainqueurs de Napoléon I", liui[('tl à la Mahnaison, tantôt à Sainl-Lcu, La reine ilortenso faisait en souriant les honneurs do ces fêtes. Le pali'iotisnio bien avéré des deux princesses, et la reconnaissance (ju'elles devaient à l'Empereur cédèrent au torrent. Patriotisme et reconnaissance se retrouvent bonapartistes lorsque la reine Ilorlense peut compter sur un prochain retour de l'île d'Elbe. Après le désastre, elle erra sans lîxité et sans repos ;

ijuiniporhiiils àriiisloiit' : « Toiil l'sI leniiiiu'!, disail r;uoc;i! do la reine lluileiiso, par cet insigne bienfait (jui a lionvé des cœurs reconiiaissanls. Hue jM'iiser de cette indiscrète réclamation qui lend à l'aire un élranger du jeune duc de Sainl-Lcu! peut-on l'enlever à sa nièi'e, à sa [lalric, à sou roi I... Je neveux pas jeter un coup d'œil indiscret sur les vues politi(jues(pn peuvent être entrées dans les dispositions ipii le concerneni; je ne \eu\ jias examiner si le séjour de cet eni'ant en France u'esl pa.dans Pinléii'l di' Ions ceux entre qui ces conventions successives on! éd' taile^, mais Totijet imporlanl, c'est le sort de reniant. Le souverain lé- ;:i(inie a invesli ^ajioléon-Louis d'une dignité; il a été dans son iideii^ lion que Napoléon-Louis rcsiàl l'ianyais. »

LES ivvnTis ET LES COMPLOTS. inr.

puisellerésoluldesecoiilinerdaiisla capitale du monde chrétien, le champ d'asile de toutes les grandeurs déchues. Elle y fut accueillie avec de paternels égards et une affectueuse commisération. Pour prix d'une hospitalité que, dans le même temps, l'Autriche, seule de toutes les puissances, se fit un devoir d'accorder à l'ex-roi Jérôme Bonaparte^ la reine Hortense ne conspira jamais contre le Sainl-Siége; mais le nom que porl<iient ses fils était un drapeau. Au mois de février 1801, la Révolution le déploie de leurconsenlemenl. Louis-Napoléon se trouve î'i vingt-deux ans engagé dans une insurrection dont il est [)ermis de croire qu'il ne voyait que le coté enfantin et la chabraque tricolore arborée sur son cheval dans les rues de IJome, en guise de provocation muette.

La même erreur fut commise par les deux frères une année auparavant. La reine Hortense constate celte erreur avec une rare franchise. « Mon fils Louis, écrit-elle ', avait absolument les mêmes sentiments et le même caractère que son frère. La révolution de juillet les trouva, l'aîné au milieu de ses inventions pour l'industrie, qui, faute de mieux, l'occupaient depuis son mariage, et le plus jeune à l'école militaire de Thunn, où il suivait les cours d'artillerie et du génie. Tous deux semblèrent renaître au bruit des événements de Paris. Quoique séparés, leurs impres-

' L;i |niuce^Sf Malliiidc t'I le [iiiiicc ^;lpol(•(lll suiil nés à Tricslr, sitr Iniititirc ;inlriclii<'ii jinr coiisctjueiit.

- ficcil <((' mon passaijc en i'raïuc en ISÔI. [ki'^c 75.

i'ii (.11 \i'Hi;i; ii.

sioiis riuciil le> nièincs; vils regrcb de n'avoir |).«s cumballu avec les Parisiens, eiilliuusiasine pour leur liéroïque conduite, et lé<,ntiine espoir de servir celle France qu'ils chérissaient tant. Ils me disaient : a Elle est enfin libre; l'exil est fini; la pati-ie est ouverte ; n'importe comment, nous la servirons. » Voilà ce qui remplissait toutes leurs lettres. J'étais loin de partager leurs espérances. »

Et, en femme expérimeuléc, la reine Hortense avait hien jugé de l'étal des choses. Seulement à elle, <{ui éiiumère les vifs legrets de son fils de n'avoir [)as combattu avec les Parisiens et l'enthousiasme pour leur héroïque conduite, il ne lui pas donné d'entendre Eouis-Napoléon, au '2 décembre 18M, s'infliger un glorieux démenti et s'écrier dans sa proclamation aux généraux el aux soldais : « En 1830 comme en ISiS, nn vous a traités en vaincus. Après avoir tlélri votre désinléressemenl héroïque, on a dédaigné de consulter vos sympathies el vos vœux, v

Ces rapprochemenis, que les différences de silua- Imii jK»lili(jue ne Iransformeronl jamais en contradictions, ne jtouvaicnt pas j»Ius alors être faits (jue pressentis. Ee tenqts change plus vite nos préjugés, nos passions et nos intérêts (jue la couleur de Jios clicveux; et à peu de mois de distance, Eouis-Napoléon offre un nouvel exemple de celle variété d'impressions. La leine Hortense, dont la faiblesse fut souvent une lémérilé réiléchie, s'est emparée de son iils malade. Elle l'a conduit à Paris, dans cette Erance (jui

LKS P\nïlS KT IKS COMF'LOÏS. -21:.

lui «?st fermée sons peine de moi I. Elle ;i vu I.oiiislMiilippe, l;i reine Marie-Amélie, Madame Adélaïde el Casimir Périer, président du conseil. A la mèmr heure, Louis-Napoléon, logé à l'hôtel de Hollande, rue de la Paix, a le nez tourné à la fortune, ainsi que parle Saint-Simon. Il entend les cris de : Vive l'Empereur! que Louis-Philippe laisse pousser autour de la colonne, afin de recueillir à son propre comple quelques bribes de l'enthousiasme reconnaissant du •20 mars 1815. Après cette équipée que les deux exilés ne durent pas regretter trop amèrement, car ils avaient pu voir de leurs yeux el sonder de leurs mains ', Louis-

' En parlîinl dans sa brochure, Leilre sur l'hhloire de France, ilu viiyagp secret de la reine Horfen>e et de Louis-Napoléon, M. le ilm d".\(nnale raconte, à la pap;e 1.1 : « Le lendemain du jour uù le mi div l^ançais avait donné audience à Li reine llortense, il y avait conseil des ministres. — « (Juoi de nouveau, messieurs? dit le mi en s'assevutil. — lue nouvelle fort grave, sire, reprit le maréchal Soult ; je sais à n'en pas doutei', par les rapports de la gendarmerie, que la duchesse il.- Sainf-Leu et son fils ont traversé le ni'di de la France. » Le roi souriait. — M Sire, dit alors M. (lasimir Périer, je puis compléter le»; lensei^^ui menls fpie le maréchal vient de vous fournir, .\on-seuleuient la reiin' llortense a traversé le midi de la France, mais elle est à Paris; Nnlie Majesté Ta reçue hier. — Vous êtes si bien informé, mon chei' minislrt\ reprit le roi, que vous ne me laissez pas le temps de vous rieu iipprendre. — Mais moi, sire, j'ai quelque chose à vous apprendre. Lu duchesse de Saiut-Leu ne vous a-t-elle pas présenté le.> excuses de son lils, retenu dans sa chambre par une indisposition? — Kn effet. — V.\i bien! rassurez-vous. U n'est pas malade; à Tlieure même où Voire Majesté recevait la mère, le fils était en conférence avec les principaux chefs du parti républicain, et cherchait avec eux le moyen de renverser plus sùlemenl votre trône. — Louis-Philippe ne tint pas compte de cet :ivis. i'

(> fait, que les complots de Strasbourg et de Boulogne réduisent aux plus minces proportions el presque à un commérage, a l'-lé nié par la presse affieiensement gouvernenuMilale dans une intention assez mal

24G CIIAl'lïlir. II.

Napoléon est à Londres el il écrit à un journal, le 17 juin 1851 : a Monsieur le rédacteur, je lis dnns voire journal du 1 5 le paragraphe suivant :

« Madame la duchesse de Sainl-Leu \ient de pasM r c< quelques semaines à Londres. On suppose que l'ex- <. reine de Hollande a élé y guetter une occasion de « présenter son tils aux Belges, pour le cas où ils '. éprouveraient quelque difficulté dans le choix d'un a souverain. »

ail paraît que l'on veut absolument assigner un Imt politique au séjour de ma mère en Angleterre. Ma mère est allée à Londres uniquement parce qu'elle n"a pas voulu se séparer de l'unique de ses lils qui survit encore.

f( Ayant embrassé la cause sacrée de l'indépendance italienne, je suis obligé de chercher un refuge en Ân-

iléfiiiio. Nous avons plus d'iine fois, sous le règne île Louis-Pliilippe ainsi que depuis, entendu parler de ces conférences par les cinq on six personnes qui prétendaient y avoir assisté, et nous avouons ne pas liop saisir le motif d'une pareille accusation dans la bouche dun d'Orléans. (Jn'imporle. en effet, que Louis-Napoléon ait vu à Paris les ihefs de l'opinion républicaine, qu'il les ail entretenus et qu'il ait rliercbé avec eux le moyeu de renverseï- plus sûrement le trône île .luillef? Kn agissant ainsi, Louis-Kapoléon eût fait à voix basse ce qu'il va bientôt entreprendre les armes à la main. Le prince semblait, il es! vr.^i, violer les lois de l'iiospitiilité tacite qui lui était accordée; mais l.uuis-Pbilippe, si scrupuleux sous la plume de sou lils le iluc d'Aumale, n"a-t-il donc pas \iolé certaines lois aussi précises et plus saiutes? ne v'est-il pas tenu, selon la formule, à la disposition de la France? pourquoi Louis-Napoléon naurail-il pas pu ari^mi' du même dévouement? el I.uuis-l'hilippe ne devait-il pa^ Irouvei tnutualurel qu'un Bonaparte viiil levenditpier l'héritage des Bouapaites, que l'Orléanisme aspirait à acca- [laiei eu même leuips que celui plus palpable el plus pi.sitil de-lliiudés?

LES PAi'.ïis i;t lks complots. m

;^leteiiv, la France, hélas! m'ctant toujours ferinrc. Ma mère n'aspire qu'au repos et à la tranquiiiilé.

«Quanta moi, loin de nourrir des idées d'ambition, mon seul désir serait de servir mon pays ou la liberté, dans les pays étrangeis; et on m'aurait vu dès longtemps, en qualité de simple volontaire, dans les rangs glorieux des Belges, et dans ceux des immorlels Polonais, si je n'avais craint qu'on n'attribuât mes actions à des vues d'intérêt personnel, ou que mon nom n'alarmât une diplomatie timide et incapable de croire à un dévouement désintéressé ou à une sympalliie sincère inspirée par des peuples malheureux, v

Ce candide jeune homme cherchait encore sa forme, sa voie et son étoile. Flottant, indécis au milieu de Idules ces insurrections dont, en quelques phrases ■^enlimenlales, il passe la revue, Louis-Napoléon ne se monti'e ici qu'à l'état de conspirateur cosmopolite. Les princes exilés ont surtout à combattre leur projiie parti; Louis-Napoléon n'en est pas là, car il n'a point de parti, encore moins de partisans. On ne lui a même pas appris que la liévolution, qui choisit ses adeptes dans les pourritures du patriciat, ne saura point anoblir le crime et ne voudra jamais se faire servir par un grand homme. L'idée fixe du réiablissemeni de la dynastie napoléonienne et sa course continue de l'Empire: Prix inrentis imperii hnpclus ', ne I avait pas saisi au cœur. Il n'a point examiné, sous ses divers enjeux, celle martingale inesp('rée (jue le

' Ainiu'i Fluri E\ii^l.

'>'.8 niAFITKK II.

roi-ciloyen s'acharne à lui fairo si belle. Mal jugé, pins mal apprécié, Louis-Napoléon se laisse vivre, en se condamnant, comme les frères de l'Empereur, à une laciturne oisiveté. C'est dans ces années, si stériles à la surface et si laborieuses dans son esprit, que la du- ( liesse de Saint-Leii, sa mère, et l'ex-roi de Hollande, jjouis lionaparte, prenant, lui, le titre de comte de Saint-Leu, font entendre sur Louis-Napoléon des horoscopes épistolaires qui se vérifieront tous.

Retiré avec sa mère au château d'Arenemberg, sur le lac de Constance, Louis-Napoléon s'est fatigué de mettre en vain son épée au service des révolutions qui ne lui profitent pas. Son nom et celui de la reine Hortense se voient compromis devant la cour d'asisisesde Paris (2() avril 1852), dans un procès où sont inculpés un réfugié polonais et un réfugié italien. Le Polonais Zaba et l'Italien MirandoUi avaient tenté d'embaucher quehjues officiers des garnisons de l'est de la France, et ils avaient peu réussi. I;Ouis-Napoléon se décide alors à prendre la vocation d écrivain. U n'a point été élevé à n'avoir pour toute croyance qu'un machiavélisme banal et une politique à double détt'nte, dont le secret est de jouer avec la foi des peuples. Ce n'est pas lui qui soutiendrait avec Pline' «que, dans l'homme, il ne faut pas croire même à la mort. » Louis-Napoléon ne professe point le culte abject de la violence et du succès. Il a d'autres principes; il les développe ainsi dan^Y Annhj^e (h la (jucslion dm sucres:

' l'IiiKv m^t. nalK)-.. liv. VU, p;»-;!' 411.

i,i;s l'Ar.Tis KT i.i:s comcluts. -ii!»

'< Lorsqu'on a ôlé obligé, dil-il, pour la défense d'une cause quelconque, d'altérer la vérité, c'est une preuve évidente qu'on ne peut ni tout avouer ni présenlei- les choses telles qu'elles sont. » Lui qui ne passe |)oinl sa vie dans les sapes, lui qui ne s'ingénie point à soulever des nuages de difficultés, il a appris de bonne heure que la clarté est la probité de la langue franf;aise el l'obscurité' une ressource qui lui manque complètement. En trempant dans une encre vulgaire son doigt impérial, on le verra toujours suivre à la lettre ces grands préceptes.

La .solitude lui inspire des rêveries politiques, des projets de constitution, des considérations politiques el militaires sur la Suisse. Puis, comme en France on voit sans cesse recommencer tout ce que l'on a vu finir el que l'Empire a été le trait d'union entre la République et la Uoyauté, il s'abouche avec les représentants les jdus célèbres de ces deux dernières formes gouvernementales. Il a invité et reçu Chateaubriand à Arenemberg ; la Fayette lui fait proposer une entrevue à la frontière. En courtisant la popularité de l'auteur du terrible pamphlet de 1 814, rfe Buonaparte et dea Hovrbnim, en sollicitant les conseils du général républicain qui, en 1815, après Waterloo, provoqua la déchéance de l'Empereur, Louis-Napoléon a donné sa mesure. Il se fait de l'oubli un art et un besoin. Il va même, dans ses amusements publics et ses relations privées, jusqu'à effacer la malédiction testamentaire que le martyr de Sainte-Hélène a gravée dans l'his-

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