UISTOIRE
blique, el cet enthousiasme belliqueux, quidevail bientôt enfanter des prodiges, éveillait déjà des instincts de gloire dans Ions les cœurs. On cul lieu d'observer ces manifestations généreuses dans telle même séance où MM. de Rochambeau, Grillon l'aîné, Montesquiou, d'Aiguillon, Tracy, Custine, etc. jurèrent de servir la patrie avec zèle et fidélité. M. Latour-Maubourg fit la proposition qu'on changeât la formule du serment pour l'armée: « Je nie joins, s'écria Charles Lameth, à ceux île mes collègues qui ont l'honneur de commander des régiments île la nation, el je jure de mourir pour la patrie et pour la constitution. J'appuie la mesure proposée par M. Maubourg, et je n'ajoute qu'un mot : il y a ici des officiers employés dans d'autres grades que relui de colonel : je prie l'Assemblée de décider l'opinion qu'il faudra prendre de ceux qui garderaient le silence : car il n'y a pas à reculer: ou on aime la nation el la constitution, et il faut le dire; ou l'on esl opposé à l'une et l'on trahit l'autre, et il faut encore qu'on le sache. On doit être prononcé en ce moment : nous pouvons avoir demain l'ennemi sur les liras. Je demande donc rpie ceux qui. dans vingt-quatre heures, n'auront pas prèle leur serment, soient déchus de leurs grades. » En effet, la formule du nouveau serment fut rédigée dan- la nuit, el décrétée le lendemain. Tous les fonctionnaires publics, membres de l'assemblée, y adhérèrent immédiatement; puis. aux termes du décret, on envoya des commissaires dans les déparlements frontières pour recevoir le serment des troupes et des officiers.
Cependant le roi, reconnu par le (ils d'un maître de poste, et arrêté à Varennes, dul reprendre la route de Paris. Son arrestation répandit la joie parmi le peuple. Trois commissaires, Barnave, Latour-Maubourg et Pétion, curent mission de ramener la famille royale aux Tuileries. Le voyage de Varennes porta le dernier coup à l'autorité chancelante de Louis XVI. Par un décret du 25, l'Assemblée le suspendit de ses fonctions jusqu'à ce qu'il eût juré la constitution; mais évidemment cela équivalait à mie destitution provisoire. Celle modération exaspéra les clubs. Plusieurs partis étaient alors en présence; les uns voulaient la déchéance du roi et la substitution de la repu blique à la royauté; les autres penchaient pour une régence; d'autres enfin parlaient du fédéralisme. « *h^1 les quatre-vingt-trois déparlements, disait le Patriote français, se confédèrent el déclarent qu'ils ne
veulcnl ni Lyrans, tu monarques, ni protecteurs, ni régents, i|iii sonl des ombres de roi. aussi funestes à la chose publique que l'ombre du bohon-upas, qui est mortelle. En nommant un régent, la guerre civile s'allume, et l'on combattra bien plutôt pour un maître de son cboix que pour les libertés. »
De toutes ces opinions, celle que l'on émettait sur la régence se trouvait sans consistance, puisque le duc d'Orléans reniait, ses partisans. Néanmoins quelques journaux essayèrent de réveiller son ambition, en lui montrant le Irène que la déchéance probable du roi allait laisser vide. Ce fut en vain; ce prince, si redoute de la cour, toujours poursuivi de sa baine implacable et mal fondée, ôta tout espoir à la faction qui s'agitait pour lui. en publiant cette déclaration, adressée au journal l'Assemblée nationale :
« Ayant lu. monsieur, dans votre journal n° 689, votre opinion sur les mesures à prendre depuis le retour du roi. et tout ce que vous i dicté sur mon compte votre justice et votre impartialité, je dois vous répéter ce (pie j'ai déclaré publiquement dès le "21 et le 22 de ce mois, à plusieurs membres de l'Assemblée nationale, que je suis prêt .'i servir ma patrie sur terre, sur mer. dans la carrière diplomatique, en un mot. dans tous les postes qui n'exigeront que du zèle el un dévouement sans bornes au bien public; mais (/ne. s'il est question de régence, je renonce dans ce moment et pour toujours, aux droits que la constitution m'ij donne J'oserai dire qu'après avoir lait tant de sacri- (ices à l'intérêt du peuple et à la cause de la liberté, il ne m'est plus permis de sortir de la classe des simples citoyens, où je ne me suis placé quavec lu ferme résolution d'y rester toujours ; ri qtie l'ambition serait en moi une inconséquence inexcusable. Ce n'est point pour imposer silence à mes détracteurs que je fais cette déclaration : je sais trop (pie mon zèle pour la liberté nationale, pour l'égalité qui en est le fondement, alimenterait toujours leur baine contre moi. je dédaigne leurs calomnies: ma conduite en prouvera constamment la noirceur et l'absurdité: mai- j'ai dû déclarer, dans celte occasion, mes sentiments et mes résolutions irrévocables, alin que l'opinion publique ne s'appuie pas sur une fausse base dans ses calculs el ses combinaisons relativement aux nouvelles mesures que l'on pourrait être forcé de prendre.
«Ce 26 juin 1791. « Signt L-P.-.I. d'Okléaîîs. »
l-2-î HISTOIRE
L'assemblée, fort embarrassée en face de l'exaltation des esprits, non continua pas moins son œuvre constitutionnelle el n'hésita pas à réintégrer le roi dans ses fonctions. Mais c'en était fait de la puissance de l'infortuné Louis XVI; car il avait irrévocablement perdu le reste d'amour ou de pitié qu'on lui conservait encore. Quoique le décret fût rendu, les jacobins prétendirent que l'Assemblée avisât à le remplacer, en proclamant sa déchéance pour cause de trahison. Quatre mille individus des deux sexes allèrent, dans ce but. au champ de Mais signer une pétition sur l'autel de la patrie. Lafayette accourut avec la garde nationale et parvint à rétablir l'ordre, non sans effusion de sang, ni sans danger pour lui.
La fuite du roi, qui avait {''gaiement répandu l'inquiétude dans toutes les provinces, donna lieu sur beaucoup de points à des scènes déplorables. À Vendôme, le 23 juin, l'appareil d'une cérémonie religieuse servit de prétexte à une émeute. Le duc de Chartres assistait, ce jour-là, en tète de son régiment, à la procession du saint sacrement, quand il fut requis par la municipalité de doubler la garde pour assurer la tranquillité publique. Il consigna le régiment avec ordre de se tenir prêt à tout événement. Quelques inslanls après, on vint l'avertir que le peuple voulait pendre deux ecclésiastiques réfractaires, accusés d'avoir insulté le vicaire qui portait le saint sacrement. Arrivé devant une auberge où s'étaient réfugiés les deux prêtres, le duc cherche à calmer les plus furieux, en leur démontrant combien il est injuste de condamner des hommes sans les entendre, et odieux en même temps de faire l'office du bourreau : c< Aux juges seuls, leur dit-il, appartient le droit de sévir contre les coupables.» Mais eux de s'écrier que leurs juges sont des aristocrates et trahissent leur devoir par esprit de parti. « Cela est votre faute, réplique le duc. puisque c'est vous qui les avez nommés. Néanmoins vous n'avez pas le droit de vous l'aire justice vous-mêmes. » Une sourde rumeur accueille cette réponse et témoigne de l'indécision de la foule. Alors une voix reprend : « Nous leur ferons grâce en faveur de M. de Chartres. — Oui, oui, répèle-t-on de toutes paris, c'est un lion patriote, il nous a tous édifiés ce matin; faites-les descendre, nous ne leur ferons rien. — Vous me le promettez? — Oui. oui, on ne leur fera rien. » Le duc de Chartres pénètre dans la maison, ramène les deux pleins cl veut le- faire monter en voilure. «Point de voilure.
a fils, éditeu
stoire ■•■« !.ou:s-Philif je.
s'écrie-t-on, à pied, à pied, que nous ayons le plaisir do les huer el de les chasser honteusement. — Eh bien, à pied, répond le prince, cela m'est égal, car vous (Mes de trop braves gens pour oublier vos promesses. » Et le cortège s'ébranle au milieu des clameurs. Dans le premier moment on prit, sans réflexion, le chemin de Paris. Le peuple suivait en chantant le fameux Ça ira. Le tapage était horrible. Un homme faillit être mis en pièces pour avoir crié : « À la lanterne
tous ces b là! » tant on avait à cœur de tenir parole au jeune
colonel. Cependant, comme on tournait le dos à la ville de lilois, où les prisonniers désiraient aller, le duc de Chartres voulut changer de roule. Au passage d'un petit pont de planche sans garde-fou, les cris : À l'eau! retentissent. Le prince conjure ce nouveau danger. Lu peu plus loin, l'arrivée de paysans, accourus du haut de la montagne, fait éclater l'orage longtemps contenu. Cette fois, la vie des prêtres lui sérieusement menacée. L'un, déjà saisi par le bas de sa soutane, se débattait en désespéré: son intrépide protecteur le dégage avec l'aide d'un garde national. Le rassemblement se grossit de plus en plus. Le prince voit l'impossibilité de sauver ses protégés si l'on continue la roule, et propose soudain de les conduire en prison. Cet avis excite des transports unanimes. «Il faut, ajoute-t-on, qu'ils demandent pardon à Dieu, et qu'ils remercient M. de Chartres en considération de qui on leur laisse la vie. » Cela fait, on reprend le chemin de Vendôme, quand un homme s'avance el couche enjoué les deux prêtres, en disant : « Rangez-vous, que je lâche mon coup de fusil. » D'un seul bond, le duc se jette au-devant d'eux, et les couvrant de son corps : « Vous me tuerez plutôt ! » s'écrie-t-il d'une voix vibrante et l'œil en feu. Ce geste, cet accent, ce regard en imposent au furieux, el les deux ecclésiastiques arrivent enfin sans encombre à la prison.
Cependant les Vendômois, mécontents de voir ces deux victimes leur échapper, tournèrent leur fureur d'un autre côté. Ils se portèrent à l'oratoire où logeait le supérieur, qui avait aussi refusé de prêter le serment, et dont l'église servait aux réfractaires. La fermeté du duc de Chartres réussit encore à maîtriser leurs ressentiments, et le supérieur se hâta de quitter Vendôme.
« 1" juillet 1791. — Le lendemain de mon affaire, dit le duc de Chartres dans son Mémorial, la compagnie des jardiniers est venue me féliciter. J'ai été dois fui-, à la municipalité: plusieurs de ceux
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qui, la veille, étaient les plus acharné-, vinrent en pleurant me demander pardon et me remercier de les avoir empêchés dé
commettre un crime. Un d'eux me demanda quand on devait chasser les prêtres de la ville. Je dis qu'on ne devait point les chasser, et qu'au contraire on devait les laisser tranquilles. « Mais. monsieur, me dit-il, il y a un décret pour les chasser de la ville sous vingt-quatre heures, et je viens vous demander quand est-ce qu'il faut l'exécuter. » Je lui ai répondu qu'il n'y en avait point, quec'élail une horrible imposture, et que. quand il yen aurait, ils ne devraient pas se charger de l'exécution, qu'ils devaient s'en lier à ceux qu'ils avaient nommés pour cela. « 11 faut donc les laisser là. » J'ai dit oui. « Mais mes camarades ne me croiront pas, quand je leur dirai cela, il faudrait que cela fût écrit. » J'y ai consenti, et lui ai donné le billet suivant : « Les deux hommes que nous avons menés en prison, sont dénoncés à l'accusateur public, et leur procès va leur être fait. Il n'y a point de décret qui ordonne l'exil îles piètres qui n'ont pas prêté le serment, et on doit les laisser tranquilles. » Comme je ne voulais pas qu'on pût m'en attribuer d'autre, j'allai sur-le-champ à la municipalité, j'y déposai copie de mon billet, et déclarai n'en point avouer d'autre, dont acte me l'ut donné.
« 2. — Je viens de recevoir le décret ponrle serment des officiers, je l'ai remis sur-le-champ à M. de Lagondie : demain à la parade on me rendra réponse.
« 4. — J'avais remisa hier au soir la déclaration sur le serment, parce qu'il y avait une grande procession de reliques qui avait attiré un grand nombre de paysans, et (pie je craignais que le refus de serment de la part de quelque officier n'occasionnât du mouvement. Apre-, le dîner, MM. de Lagondie. Rouillon, Damonville et Montureux m'ont déclaré qu'ils ne prêteraient pas le serment, et m'ont demandé le secret, craignant, à ce qu'ils disaient, que si cela était su. cela pourrait occasionner du trouble dans le régiment. Il y en a un que je regrette beaucoup, c'est M. de Montureux; mais cependant cela diminue fort la prévention favorable que j'avais conçue pour lui: car je n'aime pas un homme qui préfère quelqu'un à sa patrie. »
Première déception d'une âme neuve, où le sentiment du devoir parle plus haut que celui de l'amitié! Noble el austère pensée qui rappelle heureusement ces paroles de Montesquieu ■< Pour être
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homme de bien, il faut aimer l'JEtat moins pour soi i|ii(' pour luimême. »
« A deux heures et demie, ajoute le due de Chartres, j'ai été réveillé par une dépulalion de Monloire, qui ne voulait pas accorder de passeport aux officiers sans ma permission : j'ai répondu que je ne pouvais en accorder à ces messieurs, puisqu'ils ne se regardaient plus comme officiers, et que je ne pouvais pas non plus m'opposer à leur départ, n'ayant aucune autorité. Ce malin tout est tranquille, tous les dragons sont à leur poste, ainsi que tous les officiers assermentés. A dix heures et demie, nous nous sommes rendus sur la terrasse de l'abbaye. J'ai dit... ( Le discours manque.)
«Ensuite, j'ai lu le décret et la lettre ministérielle qui y était jointe. J'ai prononcé le serment, et à l'instant tous les casques au bout des sabres et des cris jioi/.s' le jurons, d'un côté : vive la nation!
de l'autre: vivent les dragons! Quoiqu'il ait l'ail un temps détestable, il y avait cependant beaucoup de spectateurs. Nous sommes rentrés au milieu des applaudissements de tout le peuple... Après le dîner. j'ai été à Montoire avec M. Roussel. J'ai pareillement l'ail prêter le
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sermenl ;iu\ dragons. Il y a eu le même enthousiasme qn'àVendôme, les mêmes cris et 1rs mêmes applaudissements.
(i 25. — J'ai écril à Caen, à Sillèle-Guillaume el à Mamers à nos détachements pour leur annoncer le décret sur le sermon!, cl qu'ils eussent à s'y conformer. Je suis accablé de réponses à faire, cela me prend un temps considérable : en outre, je suis le seul officier supérieur, el par conséquent j'ai beaucoup plus de service qu'auparavant. Pour peu que je veuille lire ou me promener, je n'ai plus le temps d'écrire ce journal : c'est ce qui fait que je suis arriéré, cl qu'au lieu d'être au 5, je suis au 25. La municipalité, il y a quelques jours, me (il prévenir qu'elle allait me requérir de prêter, le 14 juillet, le même serment que l'année dernière : j'ai répondu que cela m'était absolument impossible, que l'Assemblée avail par son décret du 22 juin, changé la formule du sermenl: que si on était admis à prêter le sermenl de l'année dernière, tous les officiers réfractaires reviendraienl sur-le-champ et demanderaient à le prêter. Néanmoins, In municipalité a écrit au comité de constitution, dont la réponse n'est pas encore arrivée : on a (;cril nu département qui a répondu conformémenl à mon avis. La municipalité m'a fait demander ensuite ce ipie je croyais qu'elle devait faire relativement à la garde nationale : je lui ai dii (pie cela ne me semblait pas embarrassant, que je croyais que ce sérail parfaitement remplir les vues de l'Assemblée nationale, que de faire prêter le serment aux gardes nationales, el que certainement si elles n'y étaient pas invitées, elles crieraient beaucoup contre
In ticipalité, el pourraient bien y aller malgré tout cela. On a
encore écril au départcmehl el à In municipalité de Blois, pour lui demander ce qu'elle ferait. Les réponses oui été conformes à mon opinion. 1-e L ô juillet à six heures du soir. In municipalité donna
l'ordre | ■ la garde nationale; on commençait à murmurer, et on
trouva quecel ordre s'étail bien l'ail attendre; on aurait voulu fêter les dragons, etc. : cela a élé remis. A onze heures, le 1 i juillet, nous nous sommes mis en marche pour nous rendre au champ de la fédération; des applaudissements, des cris, des bravos, des vivent les dragons nous accompagnaient: en entrant dans le champ de la fédération, nous avons été salués par une décharge d'artillerie. Chaque compagnie de gardes nationales a prêté le sermenl que la municipalité allait recevoir: ensuite nous, les casques au boni des sabres en criant
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de toutes nos forces, vive la nation, vive la garde nationale, vivent les Vendômois, vivent les dames de Vendôme, etc. J'ai oublié de dire que le lendemain du premier serment, tous les officiers assermentés s'étaient rendus avee moi à la société, où nous avons été extrêmement applaudis.
« l2li. — Avant-hier, nous nous sommes rassemblés sur le mail : tous les gardes nationaux sont venus, nous en avons pris sous les liras chacun deux, et nous nous sommes rendus ainsi devant l'abbaye : on m'a présenté la mèche pour mettre le feu au canon qui devait donner le signal de la fête : j'ai tiré le coup, ensuite on s'est mis à table, je m'y suis mis aussi, et me suis trouvé placé à côté d'un homme ivre : on m'a adressé des couplets, etc. Après le diner, les grenadiers m'ont, malgré mes vives instances et malgré ma résistance, enlevé et porté sur leurs épaules tout autour des tables, ils ont voulu me placer sur une estrade où étaient les drapeaux et nos guidons, je me suis en vain défendu, on m'y a placé, mais on ne m'y a pas gardé longtemps, car aussitôt je me suis jeté à la renverse; on m'a relevé, et je me suis précipité au milieu d'eux, étant décidé à tout plutôt qu'à rester sur cette estrade.
« 27. — J'ai été hier à la municipalité. pour me faire reconnaître pour commandant militaire. J'ai lu le discours sur la servitude volontaire de la Boëtie : je l'extrais. J'ai lu de l'allemand, de l'italien, de l'anglais. Le soir, j'ai lu de Mahly et d'Emile.
« 1er août 1701. — Charmante journée, vi\cnl Iesdragons, il n'y a pas de régiment comme cela en France : avec de tels hommes nous recevrons bien les gueux qui auront l'audace d'entrer en France, et la patrie sera libre, ou nous périrons avec elle.
« 3. — Quelle heureuse journée! J'ai sauvé la vie à un homme ou plutôt j'ai contribué à la lui sauver. Ce soir, après avoir lu de Pope, de Métastase et d'Emile, j'ai été me baigner. Je me séchais ainsi qu'Edouard, lorsque j'entends crier : à moi, à moi, je me noir. J'y cours aussitôt, ainsi qu'Edouard, qui était un peu plus loin: j'arrive le premier, on ne voyait plus que le bout des doigts, je prends celte main qui saisit la mienne avec une force inexprimable, el par la manière dont il me prenait, il m'aurait fait noyer, si Edouard n'était arrivé et ne lui eût pris une jambe, ce qui lui ôtait la possibilité de sauter après moi. Nous l'avons ainsi ramené à bord, à peine s'il
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pouvait parler: il m'a cependanl témoigné beaucoup de reconnaissance ainsi qu'à Edouard. Je pense, avec plaisir à l'effet que celle nouvelle produira à Belle- Chasse. Je suis né sous une bien heureuse étoile, (ouïes les occasions se présentent, je n'ai qu'à en profiler. Celui qui se noyait est M. Sirel. demeurant à Vendôme, sous-ingénieur des ponts et chaussées. Je me couche bien content. »
Ce nouveau trait de courage eut un grand retentissement. M. Sirel. dans l'élan de sa gratitude, s'empressa d'en rendre compte au club de Vendôme. Le président complimenta le due de Chartres, el voulant donner à sa belle action la publicité qu'elle méritait, il en envoya le récit à tous les journaux, avec la copie d'un discours prononcé par le. prince sur l'abolition des Ordres. Nous empruntons celle note au Moniteur.
« Vendôme, JS. — Trop longtemps, y est-il dit, on a prodigué des louanges à des hommes dont la grandeur imaginaire faisait tout le mérite, nous vous prions, monsieur, de seconder nos vues en célébrant des vertus civiques et morales, en louant des amis de la constitution et de l'humanité.
« Un membre de notre société ( le duc de Chartres a prononcé le discours suivant :
«Messieurs, vous avez connaissance du décret qui supprime lout « Ordre, tout signe extérieur qui suppose des distinctions de nais- « sance, et j'espère que vous m'avez rendu la justice de croire que « je suis trop ami de l'égalité pour n'y avoir pas applaudi avec transie port. J'ai donc quitté, dès le premier instant, et avec le plus grand « plaisir, ces marques fmvoles de distinction auxquelles on a si longce temps attaché une considération qui n'était due qu'au mérite, et <( que lui seul obtiendra désormais. Ce dernier décret dans le moment « où se prépare la révision des travaux de l'Assemblée, doit nous « l'aire espérer qu'elle maintiendra comme constitutionnel lout ce « qu'elle a déjà décrété au sujet des titres et de la noblesse, et que « les Français, libres el égaux, ne seront plus distingués que par les « services qu'ils auront rendus à la patrie. C'est à eux que seront « réservées les marques vraiment honorables, les signes auxquels on « pourra reconnaître d'abord ceux qui ont des droits à l'estime puce Nique. Aulanl je dédaignais ceux que je ne devais qu'ail hasard de c< ma naissance, aulanl je me glorifierai un jour des autres, si je suis
« assez heureux pour avilir des occasions de les mériter. Elles seules a peuvent manquer à mon zèle pour la chose publique ; car. si à défaut t< d'actions assez éclatantes pour attirer sur moi les regards de mes « concitoyens et les récompenses de ma patrie, des sentiments bien » connus et une vie entière uniquement dirigée vers son service, suf- <( lisent pour obtenir ces marques d'honneur, j'ai la pleine confiance « de m'en rendre digne. »
Le M août, le duc de Chartres fut l'objet d'une ovation à l'hôtel de ville. On lut en sa présence une lettre adressée par M. Siret. dans le but de suggérer an corps municipal la pensée de décerner une couronne civique au citoyen qui aurait sauvé la vie à son semblable, et naturellement de décerner la première au duc de Chartres. Celle proposition fut accueillie avec enthousiasme, et le prince recul une couronne aux applaudissements d'un grand nombre de spectateurs. Honteux de son triomphe et fier d'une récompense aussi précieuse.
il répondit avec effusion h ces témoignages louchants d'estime et de gratitude. Ces faits furent consignés dans deux procès-verbaux, qu'on
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appela la couronne civique de I endôme, el que nous reproduisons textuellement.
EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DE LA COMMUNE DE VENDOME. POUR LAN 17UI .
« Aujourd'hui dix août mil sept cent quatre-vingt-onze, le corps municipal séanl es personnes de MM. de ïrémault, Dehargne, Baudicbon, de FlorvilleetHostier, officiers municipaux, Mercan des Bancheries, procureur de la commune, a été donné lecture par le secrétaire greffier d'une adresse du sieur Sirct. premier commis des pouls el chaussées en cette ville, par laquelle il expose en termes très-énergiques que, par un trait d'humanité et d'héroïsme de la part de M. de Chartres, colonel du 14e régiment de dragons en garnison en cette ville, il a échappé à la mort qu'il allait subir en se noyant dans le Loir, d'où il a été tiré par ledit sieur de Chartres, qui lui-même aurait été la victime de son zèle pour le sauver, sans les soins du sieur Edouard. noir à son service, que désirant témoigner audit sieur de Chartres toute la gratitude qu'il sait que ses concitoyens lui ont vouée, il requiert le corps municipal de vouloir bien lui présenter une couronne civique.
« Sur quoi le corps municipal, ouï le procureur de la commune. a arrêté que toutes les Ibis qu'un citoyen aura sauvé la vie d'un autre citoyen de cette ville, il lui sera décerné une couronne civique, lorsque celui auquel il aura sauvé la vie prouvera le lait; et. prenant en considération la belle action de M. de Chartres, mentionnée en l'adresse du sieur Siret, arrête que mondit sieur de Chartres sera convié de •-e trouver demain, à quatre heures et demie du soir, en cet hôtel, pour recevoir ladite couronne civique et le monument de reconnaissance que désire lui conserver ledit sieur Siret. dont il a sauvé la vie, et ce en présence du conseil général de la commune, de plusieurs membre- île la garde nationale de celle ville el du IV' régiment de dragons, qui seront, à cel effet, convoqués pour ladite heure.
«Dont acte fait el arrêté lesdits jour et an. el ont les membres du corps municipal si^né avec le procureur de la commune et le secrétaire greffier :
" De Trémault, main': Beaussier, de Florville, Hoslier, Mercan des lluncheries, Buudichon il Morard. >>
EXTRAIT IH REGISTRE DÉS DÉLIBÉRATIONS DE LA COMMI NE DE VENDÔME POUR LAN I T'.H .
« Aujourd'hui 11 août 1791,
« Le conseil général de la commune de Vendôme, où étaient présents :
« 1° MM. les députés du directoire et du tribunal de district ;
« 2° MM. les députés de la garde nationale, otticiers. sous-oflieiers et soldats ;
« ."" MM. les députés du 14e régiment de dragons, ofliciers, sousol liciers et soldats ;
c< 4" MM. les députés de la société des amis de la constitution:
.< Avant pris séance en la grande salle de l'hôtel commun, en présence de nombre de citoyens et de citoyennes rassemblés, a été donné lecture à M. de Chartres, colonel du 14 régiment de dragons, de la pétition du sieur Siret, auquel il a sauvé la vie : et après quoi, par le procureur de la commune il a été requis que la délibération du corps municipal du jour d'hier soit exécutée suivant sa forme et teneur, puis M. le maire a adressé à mondit sieur de Chartres, assis à sa gauche, un discours par lequel il lui a témoigné toute la gratitude des citoyens de cette ville, et l'a couronné d'une couronne civique. M. Siret, après avoir adressé à mondit sieur de Chartres un discours respirant la plus vive reconnaissance, et prié mondit sieur de Chartres d'agréer un ruban sur lequel est brodée celle inscription : a l'humanité et au courage, au milieu d'une counu i ne civique, portant pour exergue : décernée par la ville de Ve.n-