‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 11 sur 55 · DOME · texte numérisé non relu

DOME

'< M. de Chartres a dit que les expressions lui manquaient pour témoigner à la ville de Vendôme tout ce qu'il ressentait en ce moment, qu'il regardait ce jour comme le plus beau de sa vie; qu'il garderait éternellement la couronne civique, dont elle avait bien voulu le gratifier.

« De tout quoi a été rédigé le présent acte qui a été signé par mondit sieur de Chartres, le sieur Siret, les députés sus-nommés et les membres du conseil général de la commune.

« Le registre esl signé : /'. de Chartres, Du Caslaing., Caumonl, Si-

ir,i HISTOIRE

rcl, Fuillère, Roussel, Wachter, Georges Lemoine, Hubert, Tarte, I\icouland, Ledoux, Bessard , Barbol , Beanssier , Tour gère , Dissaux, ./. René, Torauat, Debvre aîné, Fournier, chirurgien-major, Bélier, sergent-major, Mouliner, Allier, Bertrand, de llouzières, Marganne, Joseph Bazin, Français Mail (Hère, Jumeau. E. F Mareschal de l'Oratoire, Citoyen, lleijnei . Colas, Pesson, Poussin, Guillet, Dut ne, Proust, Piet, François Piet, Thierry, Cheminais fils. Borel, Berchmitte, Joseph Chantepie, Louis G. Chaspeau aîné, Jumeau père, Fournier. Adam, Drouin, Pion, Varlel, Pinson. I. Boslier, Binrl-Hostier, Hippolpte de Lu parle Lenormant, de Rauzières, I . Hémeru, de Rouzières-Hoslier, I . Malenre. Bazin, Beanssier, Beaussier, docteur en médecine ; Petit , Thomas, Comtr, Hégron, Boulrain, capitaine, P. Dehargne, Louis Torauat, curé, de Trémault, maire. Baudichon, de Florville, Werean, Londii eav. Ilostier , Mnntnii r , Mercun des Boucheries, Morard, [demie. Bagmlin. Jouaneflc, Collin-Marie , yiarlellière- Boulrain, Philippe, chirurgienmajor mi I '•' dragons, etc. »

Les Vendômois gardèrent longtemps cette précieuse couronne, el en firent hommage à madame la duchesse d'Orléans, lors de son retour à Paris, en 1814. Cette princesse, aujourd'hui reine des Français, la conserve religieusement, comme le souvenir d'une noble action du duc de Chartres.

On se rappelle que l'Assemblée nationale avait dirigé sur les frontières des commissaires chargés de recevoir le nouveau serment. La défection des officiers, qui pour la plupart, jeunes et placés par laveur, éiaienl sans expérience el déplaisaienl à l'armée, exigea qu'on pourvu! à leur remplacemenl : le due de Chartres s'occupa, dès le s août, de remplir les vacances dans s<m régiment, el reçu! l'ordre de partir pour Valenciennes. « Nous sommes dune sûrs, s'écria-t-il à cette nouvelle qui le comblait de joie, de servir la pairie el de ne pas manquer un coup de sabre! » En effet, pour emprunter nue expression au Moniteur de l'époque, « pouvait-il refuser son sang à la pairie, celui qui avait si généreusemenl exposé sa vie pour un simple citoyen, el qui, le "2." juin, avait contribué au salul de deux malheureux. " l.a veille de moi départ, le prince se rendit au club et écrivit dans son Mémorial :

« On m'a témoigné beaucoup de regrets et de bonté. J'ai exprimé ma sincère et vive reconnaissance : je leur ai dit que j'éprouverais

dos regrets bien vifs, en les quittant, si ce n'était pas pour aller occuper nu poste bien agréable aux amis de la liberté, celui où I on pouvait servir sa patrie ; que si je pouvais jamais avoir besoin il un

aiguillon, pour m'exciter à employer pour la défense de ma patrie. tout le zèle el toute l'ardeur dont je suis capable, cela en sérail un bien vif pour moi. »

Leduc de Chartres quitta Vendôme le 1 i août, et, pendant que son régiment le précédail à Valenciennes, il s'arrêta à Paris. Le 17. il parut aux jacobins. 1 n membre lit observer que le prince devait passe]' au scrutin épuratoire; mais comme le mandat du comité d'épuration était expire depuis le 1">. il fui passé outre, el le prince signa sur les registres de la société. Après un courl séjour dans la capitale, il pril la route de Valenciennes, où l'ancienneté de son grade de colonel lui assignait les fonctions de commandanl de place.

A cette époque, les préparatifs de guerre se poursuivaient sur Ions les points avec plus de vigueur que jamais ; car la question

étrangère devenail de pinson plus menaçante, sous l'influence active des émigrés, divisés en plusieurs partis bien distincts.

Monsieur avait pour confidents-, conseillers ou ministres, MM. d'Avaray, de Jaucourl el autres. Le comte de Vaudreuil, l'évêque d'Arras, etc., étaient ceux du comte d'Artois. 11 existait déjà, entre ces deux princes, celte différence de politique que l'on a depuis toujours remarquée chez eux. M. de Breteuil, lïxé à Bruxelles, et se prétendant muni de pouvoirs illimités de Louis XVI, se trouvait à la tète «l'un troisième parti. Le maréchal de Broglie el le maréchal de Castries étaient le* chefs militaires des émigrés, et M. de Galonné veillait à leurs ressources financières. M. de Bouille, sorti de France, après l'arrestation du roi à Varennes, avait suivi lé roi Gustave III en Suède. Les puissances, excepté l'Espagne, prenaient donc une altitude tout à fait hostile. Louis XVI dépêcha des envoyés à Bruxelles el à Coblentz. dans le but d'instruire l'émigration des dispositions favorables de rassemblée. Mais ils revinrent sans avoir été écoulés el après avoir subi les plus indignes traitements. Les émigrés continuèrent à recruter des troupes, moins au nom du roi prisonnier. qu'au nom de Monsieur, considéré par eux comme le régent du royaume. La déclaration de Pilnitz (27 août), signée de l' empereur Léopold et du roi de Prusse, promettait à Louis XM l'appui des souverains de l'Europe, et annonçait la marche prochaine d'une armée sur la France. Le roi fut obligé de repousser les secours qu'on lui montrait de loin.

Cependant, l'Assemblée nationale touchait à la lin de sa session. \crusé< de vouloir perpétuer ses pouvoirs, el devenue même impopulaire pour sa modération, elle décida, sur la proposition de Robespierre, qu'aucun de ses membres ne serait réélu, à la prochaine législature. H importait qu'elle achevât ses travaux. Les membres du côté gauchi' pensaient que la constitution avait besoin d'être modifiée dans quelques-unes de ses parties. On convint de la lire entièrement, afin de mieux juger de son ensemble, et de réformer les articles qui porteraient atteinte à la stabilité du trône. Barnave et les Lameth . qui appuyaient vivement ce projel . étaient soupçonnés de désirer le rétablissement des deux Ghambres. C'est là ce qu'on appela la révision. Dans la séance du 24 août, on discuta la position des membres 4e la famille royale. Le paragraphe, pré-

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senlc par le comité, portail <|u* i ls ue pourraient exercer aucun des droits île citoyen actif. Cette mesure, aussi injuste qu'absurde, fui vigoureusement Combattue e( servit à mettre de nouveau en relief le désintéressement du due d'Orléans : « Je n'ai qu'un mot à dire, s'écria-t-il, sur la seconde partie de l'article qui vous esl proposé; c'est que vous l'avez rejetée directement, il y a peu de jours. Quant à la qualité de citoyen actif, je demande si c'est ou non pour l'avantage des parents du roi qu'on vous propose de les en priver: si c'est pour leur avantage, un article de votre commission s'y oppose formellement, et cet article, le voici : — « Il n'y a plus pour aucune partie « de la nation, ni pour aucun individu, aucun privilège ni exception « au droit commun de tous les Français. » Si ce n'est pas pour l'avantage des parents du roi, je soutiens que vous n'avez pas le droit d'opérer cette radiation. Vous avez déclaré citoyens Français, ceux qui sont nés en France d'un père français; or, c'est en France et c'est de pères français que sont nés les individus dont il s'agit dans le projet de vos comités; vous avez voulu qu'au moyen de conditions faciles à remplir, tout homme dans le monde pût devenir citoyen français; je demande si les parents du roi sont des hommes... Vous avez dit que la qualité de citoyen français ne pouvait se perdre que par une renonciation volontaire, ou par des condamnations qui supposent un crime. Si donc ce n'est pas un crime, pour moi, d'être né parent du monarque, je ne peux perdre la qualité de citoyen français que par un acte libre de ma volonté. Et qu'on ne dise pas que je serai citoyen français; mais que je ne pourrai èlre citoyen actif; car avant d'employer ce misérable subterfuge, il faudrait expliquer comment celui-là peut être citoyen qui, dans aucun cas, ni à aucune condition, ne peut en exercer les droits. 11 faudrait expliquer par quelle bizarrerie le suppléant le plus éloigné du monarque ne pourrait pas être membre du corps législatif, tandis que le suppléant le plus immédiat d'un membre du corps législatif peut, sous le titre de ministre, exercer toute l'autorité du monarque.

o Au surplus, je ne crois pas que vus comités entendent priver aucun paient du roi , de la l'acuité d'opter entre la qualité de citoyen français et l'expectative soit prochaine, soit éloignée du Irène.

« Je conclus donc à ce que \ous rejetiez purement et simplement

l'article de vos comités; mais, dans le cas où vous l'adopteriez, je déclare que je déposerai sur le bureau ma renonciation formelle aux droits de membre de la dynastie régnante, pour m'en tenir à ceux de citoyen français. »

Ces nobles paroles causent une vive agitation dans la salle, et le duc d'Orléans descend de la tribune, au milieu des applaudissements. Duport. rappelant que l'assemblée avait annoncé ne vouloir rien préjuger sur l'effet des renonciations dans la race régnante, déclare que l'acte de patriotisme du prince ne peut influer sur la délibération. «Une renonciation personnelle est toujours bonne, reprend le duc. — La renonciation de M. d'Orléans, dit à son tour Bonneville, est l'effet d'un patriotisme pur. C'est un acte de civisme, dont l'histoire fournit peu d'exemples: mais avant de me livrer à son apologie, qu'il me soit permis de l'examiner dans son principe et dans ses conséquences. »

L'ordre du jour est demandé; la proposition de Duport es! appuyée. « M. d'Orléans, ajoute Dandré, n'a pas le droit de renoncer au trône, ni pour lui ni pour ses enfants, ni pour ses créanciers. » Ce dernier argument, plus spécieux que péremptoire, excite les rires de la droite et quelques murmures dans la majorité de la partie gauche. Hewbell. enfin, fait observer qu'en décrétant qu'il ne serait rien préjugé sur l'effet des renonciations, on a entendu parler seulement de la brandie d'Espagne. L'assemblée passe à l'ordre du jour, et Sillery monte à la tribune :

« Je viens, dit-il, combattre le projef de dècretqui vous est présenté par votre comité de révision. Qu'il me soit permis, avant d'entrer en matière, de gémir sur l'étonnant abus que quelques orateurs ont fait de leur talent dans l'importante discussion qui nous occupe depuis quelques jours. Quel étrange langage a-t-on tenu à cette tribune, lorsque l'on a cherché à vous faire entendre que ceux qui demandaient l'exécution littérale de vos décrets, étaient des factieux qui voulaient perpétuer l'anarchie... On prétend qu'il serait dangereux d'admettre, dans le corps législatif, des membres de la famille rovale: ils seraient, dit-on, ou pour ou contre la cour Dans le premier cas, ils chercheraient à augmenter le pouvoir du roi: dans le second, ils seraient des factieux, qui pourraient tout bouleverser.... Voyez ce qu'il est possible d'attendre d'eux si l'amour de la patrie les enflamme; jetez vos regards sur un des rejetons de celte race que

I mi vous propose d'avilir. A peine sorli de l'enfance, il ;i déjà eu le bonheur de sauver la vie à trois citoyens au péril de la sienne. La ville de Vendôme lui a décerné une couronne civique... Malheureux enfanl ! Sera-ce la première et la dernière que la race obtiendra de la nation? Non, messieurs, vous sentirez les conséquences du décret que l'on vous propose. La justice et la saine politique le réprouvent également.

« Vous avez sagement fait d'accorder à l'héritier présomptif des prérogatives particulières; mais les autres membres de la famille royale, jusqu'à l'époque où, par leur naissance, ils peuvent monter sur le trône, ne doivent être que desimpies citoyens... Si, au contraire, ce décret passait, la nation ne pourrait attendre, pour l'avenir, de cette famille dégradée et proscrite civilement, que des régents ambitieux, des rois imbéciles, des tyrans! Je conclus à la question préalable sur le nouveau projet présenti'' par le comité de révision, et au maintien du décret constitutionnel que vous avez déjà solennellement décrète''. »

Ce discours, dont on ordonna l'impression, atteignit son but; Robespierre prit aussi la défense des princes; et l'assemblée décréta que les membres de la famille royale seraient libres d'exercer les droits de citoyen. Il s'agissait ensuite de savoir s'ils seraient ou non éligibles aux places à la nomination du peuple; on se prononça pour la négative, [lestaient encore deux questions qui les intéressaient : — rime consistant à décider s'ils pourraient occuper des places à la nomination du pouvoir exécutif? — l'autre, s'iN auraient une dénomination particulière? et quelle serait celte dénomination? La première lui ainsi résolue : — « Oui, excepté au ministère; ils ne commanderont l'armée et ne seront chargés d'ambassade qu'avec l'agrémenl <\i\ corps législatif. » Tombant la seconde, il lui arrêté que les membres de la famille royale, appelés à la succession éventuelle au trône, porteraient le nom qu'ils auraient dans leur acte de naissance, avec la qualification de prince français; puis que les actes, constatant légalement leurs naissance, mariage et décès, seraient soumis au corps législatif el déposés dans ses archives. La constitution, bientôt achevée, fut présentée à Louis XVI, qui put se retirer où il voudrait, pour I accepter sans contrainte. Le l~> septembre, il déclara \ adhérer, et celle nouvelle répandit partout la joie et l'enthousiasme, lue amnis-

lie générale, provoquée par Lafayette, vint couronner l'œuvre. Enfin, le 50 septembre, après trois années de lutle*. d'orages el de labeurs, l'Assemblée Nationale Constituante termina sa rude mais glorieuse

DE LOUIS-PUILIPPE. l'.i

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