‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 13 sur 55 · DE LOUIS-NIII.II · texte numérisé non relu

DE LOUIS-NIII.II

CHANTHE VI.

Déclaration Je guerre à l'Angleterre et à la Hollande. — Dumouriez vient à Pans. — Suite des opéralions militaires- — Miranda et le duc de Chartres assiègent Maëstricht. — Dumouriez revienl de la Hollande pour reprendre le commandement de l'armée de la Meuse. — Défaite de Neerwinden. — Projets de contre-révolution de Dumouriez; il traite avec l'ennemi. — Entretien de Dumouriez avec les émissaires des jacobins; il livre aux Autrichiens les commissaires de la Convention. — Il se réfugie dans le camp des Impériaux. — Présence d'esprit d'un serviteur du duc de Chartres. — Le duc de Chartres se soustrait par la fuite au décret de la Convention qui le mandait à la barre du tribunal. — Rigueurs de la Convention contre la famille d'Orléans. — Lettre du duc de Chartres à son père. — On décrète que le duc d'Orléans serait gardé à vue. — Atroce proposition de Marat à l'égard des Capels fugitifs. — Arrestation et translation du duc d'Orléans et de sa famille dans les prisons de Marseille. — Réflexions sur la fuite du duc de Chartres. — Création du comité de salut-public. — Insurrection de la Vendée. — Arrestation d'Hébert. — Proscription des girondins. — Assassinat de Marat. — Procès et exécution de Charlotte Corday. — Ri vers militaires — Créai i lu Grand-litre et du tribunal révolutionnaire. —

Exécution de Marie-Antoinette, de madame Elisabeth, des girondins, de madame Roland, de Hailly, Malcsherbes, Cusline, etc. — Procès du duc d'Orléans; sa condamnation à mort; son exécution; détails curieux à ce sujet — Jugement sur ce prince; opinion de Napoléon, de Georges 1\ et de Charles X sur son compte. — Mot de Rivarol.

La fin tragique do Louis XVI frappa 1 Europe entière de douleur et d'épouvante. En jetant la tête d'un roi en défi à toutes les puissances, la Convention devait s'attendre à une lutte acharnée où le vainquent ne pardonnerait pas au vaincu; aussi, dès le 21 janvier, la guerre fut à l'ordre du jour. L'Angleterre, jusqu'alors restée neutre, renvoya notre ambassadeur, et, se montrant ouvertement hostile à la France, réussit, par son influence secrète, à nous aliéner la Hollande, l'Es-

pagne et la Prusse. Sur le rapport de Brissol, touchant les intelligences du cabinet de Saint-James avec le stathouder des Provinces- Unies, l'assemblée déclara solennellement la guerre à l'Angleterre

et à la Hollande (21 février).

Après avoir renoncé bien à regret au siège de Maëstricht, Dumoiiriez, confiant le commandement de son armée au général Miranda, pendant qu'elle prenait ses quartiers d'hiver, était venu à Paris, dans l'espoir d'être de quelque utilité à Louis XVI. Il essaya d'user du prestige de sa renommée pour entraîner les grandes corporations: mais ses généreux efforts n'aboutirent qu'à le compromettre trèsgravement, au point de l'exposer plus d'une fois aux poignards des assassins. Découragé par la catastrophe du 21 janvier, il offrit sa démission, qui ne fut pas acceptée, parce que ses talents étaient encore nécessaires. Fier de ces démonstrations flatteuses, il crut y voir un retour sur le passé, et sentit se réveiller ses ardeurs de gloire et de conquêtes. 11 soumit au conseil plusieurs plans de campagne. dont l'un, créé dans le but audacieux d'envahir rapidement la Hollande, recul une approbation complète.- Ce plan consistait à marcher de Berg-op-Zoom à Breda pour parvenir jusqu'au Moerdik; à tenter le passage du Bielbos, bras de mer de deux lieues qui conduit à Dordrecht, et là, au cœur de la Hollande, à pousser par Rotterdam, la Haye et Harlem, jusqu'à Amsterdam. Dumouriez prit le commandement en cbef de l'année d'expédition, développa ses projets à ses lieutenants, Valence et Miranda, et leur recommanda de s'avancer le plus près possible de Nimègue. Il mit Tbouvenot en observation sur la Meuse, et quitta le gros de son armée en fixant le point de réunion autour de Liège et d'Aix-la-Chapelle.

Il rassembla en toute hâte 18,000 hommes, partagés en quatre divisions, et partit d'Anvers avec son artillerie, qu'il avait attendue jusqu'alors. Le général Berneroy assiégea Klundërt, petit fort situé au milieu d'un terrain inondé, et s'en rendit maître au bout de deux jours. En même temps, le brave d'Arçon s'emparait de Breda, place forte défendue par deux cents canons et 2,000 hommes, y laissait garnison, et se présentait, le I" mars, devant Gertruydenberg, dont les fortifications et l'accès difficile semblaient devoir inspirer des craintes sérieuses. Comme, par son heureuse situation, celle ville protégeait le passage du Moerdik, elle avait sans cesse attiré plus spé-

eialement l'attention île Dumouriez. Le général d'Arçon eut ordre d'attaquer, malgré la disproportion des forces, et contraignit le commandant de la place à capituler, après quatre jours de lutte. Ces redditions successives nous procurèrent plus de quatre cents bouches à feu, cinq cents milliers de poudre, des bombes et des boulets en quantité, six mille fusils tout neufs, l'excellent port de Gertruydenberg, et enfin trente-cinq bâtiments de transport en bon état.

Pendant que s'opérait avec autant de bonheur que de hardiesse l'envahissement du territoire hollandais, Miranda et le duc de Chartres, revenant du bombardement de Venloo, s'étaient mis en route vers Maastricht, et dès le 20 février, ils en avaient commencé le siège. Suivant les ordres ultérieurs du général en chef, ils ne devaient pas s'attacher, dans une pareille saison, à faire ce siège régulièrement, mais à traiter la ville comme Saxe-Teschen avait traité Lille, c'est-à-dire, à l'écraser de boulets rouges. Poussé avec une grande activité, le bombardement eut bientôt embrasé plusieurs quartiers importants. Néanmoins, la garnison, composée en partie d'émigrés commandés par le lieutenant général d'Aulichamp. ripostait vigoureusement cà notre feu, et nous opposait une défense courageuse et intelligente. Sur ces entrefaites, on apprit que le prince de Saxc- Cobourg, à la tète de 60,000 Autrichiens, s'avançait vers nos places de la Meuse, pour se réunir aux Prussiens rassemblés à Wezel. Ils espéraient interrompre d'abord les sièges de Maëstricht et de Venloo, et, nous repoussant de la Hollande sur l'Escaut, nous obliger à repasser In Meuse, nfin d'attendre eux-mêmes sur cette rivière que Mayence eût été reprise à Custine. Fidèle à la tactique autrichienne, le prince de Saxe-Cobourg avait distribué son armée également sur tous les points, sans vouloir pénétrer vivement sur aucun, de peur d'exposer ses flancs. Instruit de la mésintelligence qui régnait entre nos généraux, il redoubla de vitesse, et profita de l'absence de Dumouriez, occupé dans une autre contrée, pour tomber, le 1er mars, sur Aldenhovcn et Aix-la-Chapelle, où commandaient Dampierre et Slengei. De beaucoup supérieurs en nombre, les Autrichiens traversèrent facilement la chaîne trop étendue formée par nos brigades, et forcèrent nos quartiers à se replier en désordre sur Liège, et de là sur Louvain. Le général Leveneur, qui bombardait Maëstricht, du ("lé de Wick, fut surpris, le 3. par l'archiduc Charles. Cepen-

dant, bien qu'entraîné par ses soldats, il eut le temps de sauver ses canons, avant de passer la Meuse. Malgré cet échec. Miranda pouvait continuer son bombardement par la rive gauche, et attendre Saxe-Cobourg entre Tongres et Maastricht, pour lui barrer le passage. Tout au contraire, il abandonna le siège, et se retira précipitamment versSaint-Tron, en laissant les bagages de ses troupes au pouvoir de l'ennemi. Les Impériaux entrèrent donc sans opposition dans Maëstricht, poursuivirent leurs succès au delà de la Meuse, et s'emparèrent d'une partie de notre matériel. Alors Valence. Dampierre et Miacsinsky jugèrent prudent de rejoindre Miranda à Saint-Tron, pendant que Lamarlière et Cbampmorin, renvoyés de Ruremonde, s'y rendaient par Dietz. Stengel, repoussé vers le Limbourg et recueilli par d'Harville à Namur, suivit la même direction. Enfin, après des difficultés inouïes, nos troupes se trouvèrent réunies à Tirlemont.

A la nouvelle de ces revers, la Convention rappela Diimouriez de la Hollande, et lui enjoignit de revenir prendre le commandement de la grande armée de la Meuse. Renonçant avec douleur à ses plans favoris, le général arriva, le 9 mars, au milieu de ses anciens compagnons d'armes, et son retour releva le courage des troupes démoralisées, affaiblies par les privations et les combats. Habile à profiter de ces bonnes dispositions, Dumouriez combina les moyens d'arrêter la marche victorieuse de Saxe-Cobourg, et distribua sur-le-champ son armée en quatre corps : la droite, composée de dix-huit bataillons, fut confiée à Valence; le centre, de même force, au duc de Chartres; Miranda eut le commandement de la gauche, et le général Chancel, qui devait obéir aux instructions du duc de Chartres, eut celui de la réserve. Les Impériaux tenaient, avec une avant-garde imposante, Tirlemont et l'espace entre les deux Geltes; nous, nous occupions Cumptich en avant de Bauterseim, que nous possédions quelques mois plus tôt. Nos troupes, animées par la présence du général en chef, s' ('lancent sur les Autrichiens avec tant d'impétuosité, qu'au premier choc elles les chassent de Tirlemont, et les poursuivent jusqu'en arrière de la ville. Dans le désordre de sa déroute, l'ennemi avait négligé l'important village de Goidsenhoven, d'où l'on peut foudroyer ou défendre l'espace entre les deux Geltes. Dumouriez envoie de suite deux bataillons avec de l'artillerie s'y installer.

Quand il eut rallié ses troupes, l'archiduc Charles, pour réparer sa

faute, attaqua ce poste avec une énergie désespérée. Les cuirassiers de l'Empereur vinrent soutenir ses efforts, et chargèrent à plusieurs reprises deux lignes d'infanterie, sans pouvoir les percer; mais, repoussés à leur tour, poursuivis par le ô6 de hussards sous les ordres de Valence, et après d'inutiles prodiges de valeur, ils se décidèrent à la retraite, repassèrent la petite Cette, et allèrent prendre position sur les hauteurs de Neerlandcn, INeerwinden, Middlelwinden et Overwinden. Ce combat, où de part et d'autre on fit preuve d'une grande intrépidité, conta neuf cents hommes aux Autrichiens, et eut surtout cela d'heureux qu'il rendit le calme et la confiance à notre armée.

Il était essentiel, pour Dumouriez, de consolider ce brillant avantage. Or, dès le 17, après avoir reconnu les positions de l'ennemi, il songea à livrer, le lendemain, une bataille décisive, dont le succès ne lui paraissait pas douteux. Il chargea la droite, forte de trois colonnes, postées à Coidsenhoven, de s'emparer d'Overwinden, de la tombe de Middelwinden et du village de Neerwinden. Le centre, formé de deux colonnes campées vers la chaussée de Tirlemont, devait prendre Neerwinden de front; et la gauche, composée de trois colonnes, s'étendant d'Orsmaél aux hauteurs d'Oplinter, avait ordre d'occuper Leaw, et d'attaquer Neerlandcn. Le front de l'armée française se développait sur une surface de deux lieues, de Coidsenhoven aux hauteurs d'OpJinter, et celui des Autrichiens, des élévations de Racour jusqu'aux plaines de Leaw. La petite rivière de Gette nous séparait de l'ennemi, commandé, en cette circonstance, par l'archiduc Charles, le général Colleredo. le duc de Wurtemberg, le prince de Cobourg et le comte Clairfayt.

Le 18, entre sept et huit heures du matin, toutes les colonnes s'ébranlèrent à la fois, et passèrent la rivière en bon ordre. Miranda, portant sa gauche sur Orsmaël, en délogea d'abord les troupes légères ennemies, non toutefois sans rencontrer une vigoureuse résistance: el bientôt, les deux armées échangèrent un feu meurtrier d'artillerie, pendant lequel Champinorin, avec la troisième colonne, s'empara de Leaw, où il se maintint. A la même heure, les généraux Leveneur et Neuilly, à la tète des deuxième et troisième colonnes de la droite, abordaient Overwinden et la tombe de Middelwinden avec une telle ardeur, qu'ils les emportèrent d'assaut, et chassèrent en outre les Autrichiens du village de .Neerwinden. Mais au lieu de rester dans

Page 1