‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 14 sur 55 · I11ST01HE · texte numérisé non relu

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Neerwinden, comme on le lui avait recommandé, Neuilly commit la faute de le dépasser, et se déploya dans la plaine. Alors, l'ennemi, un moment étourdi par l'impétuosité de nos soldats, revint rallié, augmenté de renforts considérables, et réussit à reprendre Middelwinden et Overwinden. Le duc de Chartres, placé de manière à pouvoir observer les manœuvres des Impériaux, arrive de front sur le lieu du combat avec les quatrième et cinquième colonnes, conserve son sang-froid malgré la mitraille des batteries ennemies, qui dominaient directement son corps d'armée, fait croiser la baïonnette, traverse les bataillons autrichiens; et, soutenu par un feu d'artillerie bien dirigé, il est assez heureux pour déloger une seconde fois les Impériaux du village de Neerwinden. Mais à cet intrépide fait d'armes, dans lequel il eut un cheval lue sous lui, succède tout à coup une

horrible confusion. Neerwinden était tellement encombré d'hommes, de chevaux, de morts cl de blessés, que l'infanterie, ne pouvanl conserver ses rangs, se débanda cl abandonna i\c nouveau le village

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à l'approche îles Autrichiens. A ce moment, Dumouriez accourt sur ce point, et rentre, pour la troisième fois, dans Neerwinden, après un affreux carnage. Malheureusement l'ennemi, qui s'était aperçu du désordre de nos troupes, venait de réunir de ce côté la plus grande partit' de son centre et de son aile droite. Le brave régiment des Deux-Ponts s'avance un des premiers, et trois cents des plus audacieux tombent victimes de leur courage. Nos bataillons, accablés par le nombre, foudroyés par un feu terrible, opposent une résistance héroïque, et finissent par évacuer encore Neerwinden, si chèrement disputé. Dumouriez ralliait ses colonnes à quelque dislance de ce malheureux village, quand la cavalerie impériale, débouchant dans la plaine entre Neerwinden et Middelwinden, fond sur lui, et le compromet gravement. Valence voit le danger de sa situation, vole, avec ses escadrons, à la rencontre des dragons de Cobourg, leur livre un combat meurtrier, dans lequel il est couver! de blessures, culbute les Impériaux, et se fait transporter à Tirlemont, en cédanl son commandement au duc de Chartres. Cette attaque à peine repoussée, une seconde colonne de cavalerie se montre presque aussitôt par la gauche de Neerwinden, et se déploie avec une égale rapidité, en menaçant la brigade d'infanterie commandée par Thouvenol, sous les ordres du duc de Chartres. Calme et intrépide, Thouvenol attend les cavaliers, les laisse pénétrer dans les rangs, les enveloppe et les moissonne sous le feu de la mitraille et de la mousqueterie.

A la droite et au centre, le combat se trouvait non-seulement rétabli, mais le succès paraissait même certain. A la gauche, les choses étaient bien différentes. Miranda, que nous avons vu, dès le principe, en possession d'Orsmaël, en avait été délogé par les grenadiers de l'archiduc Charles, tandis que l'Autrichien Benjouski, avançant par la chaussée de Tirlemont, essayait de le tourner. Une terreur panique s'empare soudain des bataillons de volontaires nationaux, qui se croient cernés, et prennent la fuite. Les Autrichiens profitent de ce désastre, lancent un gros de cavaliers qui augmentent le désordre et achèvent la déroule des deux colonnes débandées. Cependant Miranda. que Miacsinsky venait secourir avec huit bataillons de troupes fraîches, aurait pu facilement réorganiser ses troupes derrière le puni d'Orsmacl et les ramener au combat. Au lieu de s'arrêter à ce parti

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décisif, il se hisse entraîner sans résistance, donne Tordre de la retraite, el l'exécute précipitamment en deçà de Tirlemont, à plus de deux lieues du champ de bataille. Dumouriez, tout occupé de sou centre et de sa droite, contre lesquels s'acharnait particulièrement

l'ennemi, se crut complètement victorieux, dès qu'il n'entendit plus le feu de la gauche.

Toutefois, vers la fin de la journée, la droite des Autrichiens. n'ayant plus rien à redouter de l'aile de Miranda, se jeta brusquement sur la droite et le centre de notre armée. Une rencontre terrible eut lieu sur le chemin de Saint -Tron. Bien que fatiguées par une lutte opiniâtre soutenue depuis le malin, nos troupes se défendent d'abord avec une rare bravoure; puis, saisies d'un funeste pressentiment, en reconnaissant le corps d'armée qui avait dû en venir aux prises avec notre gauche, elles faiblissent et demeurent abattues. En effet, Dumouriez, passant du doute à l'inquiétude la plus vive, se dirige vers Heylissem, trouve le village de Laer abandonné par Dampierre. Il continue sa course jusqu'au pont d'Orsmaël, échappe à des hulans autrichiens, et arrive, vers minuit, à Tirlemont, où il rejoint Miranda, que Valence ne pouvait décider à se reporter en avant. Le général en chef maîtrise sa colère, et ordonne à Miranda d'aller occuper les hauteurs de Wommersem, le grand chemin et le pont d'Orsmaél, afin de proléger au moins la retraite de la droite et du centre, engagés au milieu de l'ennemi, avec la rivière de Gelle derrière eux.

Ainsi se termina cette bataille, dont la fatale issue allait rouvrir une seconde fois les portes de la France aux alliés et ternir la gloire militaire du vainqueur de l'.Vrgonne. .Néanmoins, tout en maudissant la l'action des jacobins, qu'il accusait de ses revers, Dumouriez conserva sa présence d'esprit dans ces graves circonstances, et lit les meilleures dispositions pour la retraite de la droite et du centre que dirigeait le duc de Chartres. «Celte retraite hère, et faite avec le plus grand ordre, — dit Dumouriez dans ses Mémoires, — a été d'autant plus appréciée des Impériaux, qu'elle ne parcourait qu'environ trois quarts de lieue de terrain, et que l'armée française paraissait reprendre tranquillement sa position de la veille de la bataille. On a dû la glorieuse victoire de Jeminapes principalement i la valeur héroïque et au coup d'oeil sûr du jeune due de Chartres.

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A Neerwinden, on lui eut l'obligation du salut de la droite el du

centre de l'armée, dont il exécuta la retraite avec un sang-froid intrépide, qui arrêta la poursuite des généraux de l'armée ennemie, qui l'admirèrent. »

De son côté le général en chef, venu dé Tirlemonl avec l'aile gauche de Miranda, tenta de la ramener en avant, pour contenir les Autrichiens sur la gauche de la ligne, pendant que le duc de Chartres repasserait les trois ponts de la Gettc. Mais ces malheureux, découragés par le souvenir de leur récente défaite, refusèrent de marcher, et restèrent exposés à une artillerie foudroyante. Comme Dumouriez les excitait à charger à la baïonnette, un boulet abat son cheval. A la vue de leur général renversé et couvert de terre et de sang, les soldats reculent épouvantés; mais il se relève avec vivacité, s'empare d'un nouveau cheval, et parvient, non sans peine, à les maintenir sur le champ de bataille.

Toute cette journée se passa en manœuvres et en exercices, entremêlés de quelques canonnades et fusillades qu'échangèrenl les tètes des deux armées; et l'on bivaqua, le soir, à peu de distance les uns des autres. Le lendemain Dumouriez franchit la grande Cette, et se replia en arrière de Tirleinont. sur les élévations de Cumptich. Le 21, il se rapprocha de Louvain , et, le 22 , il fut attaqué par Pellenberg , Corbeck et le bois de Mirandaël. Dans cette affaire, qui dura dix heures entières, les Impériaux perdirent neuf cents hommes, et se retirèrent. Le 23, la retraite continua sur Bruxelles, que l'armée traversa le 25, pour aller camper à Alh, le 27. Là, Dumouriez eut une entrevue avec le colonel autrichien Mack, et lui confia tous ses coupables projets de contre -révolution. A la suite de conventions arrêtées à ce sujet, il fit avancer ses troupes jusqu'à Tournay.

Quand on connut, à Paris, l'échec de Neerwinden, le conseil exécutif dépêcha trois commissaires, choisis parmi les jacobins, pour sonder Dumouriez sur ses futures intentions. Le citoyen Proly voulut le voir seul d'abord, et le trouva dans la maison habitée par mademoiselle Adélaïde el madame de Genlis. Le général était en compagnie des généraux Valence et de Chartres. Aigri par ses revers, il ne dissimula ni sa colère ni son indignation contre l'assemblée el les jacobins, qu'il traita avec un profond mépris. Les trois espions obtinrent

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une nouvelle entrevue le lendemain. Cette fois encore, Dumourîex, se répandant en menaces contre les conventionnels, enl l'audace de révéler une partie de ses projets, de déclarer qu'il était assez fort pour se battre devant et derrière, et que. dût-on l'appeler César, Crorawell ou Monck, il sauverait la patrie.

«Vous ne voulez donc pas de constitution? disent les envoyés à Dumouriez. — Non, répond-il, la nouvelle est trop bête; et, pour un liommo d'esprit. Condorcel n'y a rien entendu. — Mais, que mel- Irez-vous donc à sa place? — L'ancienne, toute médiocre qu'elle soit. \ la bonne heure! mais sans royauté, sans doute? — Avec im roi... car il en Huit un absolument. »

Ici, l'un des trois interlocuteurs s'écrie que pas un Français n'y souscrira, qu'ils ont tous juré le contraire; qu'ils aimeront mieux mourir jusqu'au dernier, et que pour lui le nom de Louis...

«Peu importe, réplique Dumouriez en l'interrompant, qu'il s'appelle Louis ou Jacobus. — Ou Philippin, » termine le commissaire l'roly.

« A ce mot, Dumouriez se livre à un mouvement violent, dit que c'est une atrocité des jacobins, qui, depuis longtemps, lui reprochent d'être du parti d'Orléans, parce que, après l'affaire de Jemmapes, il avait rendu un compte avantageux de la conduite courageuse de ce jeune homme qu'il forme au métier (I). » Après quelques observations nouvelles, les commissaires prirent congé de Dumouriez, et, de retour à Paris, exagérèrent la gravité de leur entretien, en ce sens qu'ils enveloppèrent dans leur procès-verbal toutes les personnes que Proly avait vues la veille auprès du général.

La haine de l'assemblée ne tarda p;is à ('dater. Dumouriez et le duc de Chartres soupaient ensemble aux Boues de Saint-Amand, quand le premier recul par un courrier l'ordre de venir rendre compte de sa conduite. Comme le duc, persuadé que ce message était un arrêt de mort, exprimait Ions ses regrets au général, celui-ci ouvrant nue seconde dépêche : «A votre tour, mon ami, dit-il; voici une lettre qui renferme pour vous la même invitation. » En effet, le comité de sûreté générale, devenant plus impératif, manda par un décret Dumouriez elle duc de Chartres à la barre du tribunal. Quatre com-

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missaires, Bancal, Quinette, Camus, Lamarque, et le ministre de la guerre Beurnonville, furent chargés d'exécuter le décret et d'amener les deux généraux à Paris. Lorsqu'ils se présentèrent au camp de Saint-Amanil, Dumouriez était en proie cà une agitation extrême. A la vue de Beurnonville, il court à lui, et l'embrasse avec l'effusion d'une vive et ancienne amitié. Puis il interroge les députés sur le but de leur mission. Camus notifie le décret dont ils sont porteurs. Dumouriez refuse d'abord d'obéir, sous prétexte que son armée a besoin de sa présence, et, sur la sommation réitérée de se soumettre aux volontés de la Convention, il déclare n'être pas assez dupe pour se livrer au tribunal révolutionnaire, qui demande sa tête. En vain l'on essaye de le rassurer; il persiste dans sa conviction et dans son refus. «Citoyen général, répète Camus tout troublé, voulez-vous obéir au décret du comité et vous rendre à Paris? — Pas dans ce moment, répond le général. — Eh bien, ajoute Camus, je vous déclare que je vous suspends de toutes vos fonctions. Vous n'êtes plus général : j'ordonne qu'on ne vous obéisse plus, el (pion s'empare de vous. Je

vais mettre le scellé sur vos papiers. — Ceci est trop fort, reprend Dumouriez avec vivacité; il est temps enfin de mettre un terme à tant d'impudence! À moi, hussards! >> crie-t-il en allemand. Les hussards accourent. «Arrêtez ces quatre hommes, et qu'on ne leur fasse aucun mal. Arrêtez aussi le ministre de la guerre, mais laissez-lui ses armes. » Puis, se tournant vers Beurnonville, qui désirait partager le sort de ses collègues : «Je crois vous rendre un véritable service, mon ami, dit-il, car je vous arrache à l'échafaud. » Les cinq commissaires, escortés par les hussards de Berchiny, partirent le soir même pour Tournay, et de la furent transportés à Maëstricht, où les Autrichiens les reçurent, non comme prisonniers de guerre, mais comme otages, et les retinrent jusqu'en 17ÎI0.

Le 4 avril, Dumouriez sortit de Saint-Amand, accompagné de MM. de Chartres, Thouvenot, Montjoie et d'une faible escorte, pour se rendre à Coudé, où l'attendaient les chefs autrichiens, dans le but de renouveler les conventions préparées à Ath. Rencontrant, à une demilieue du rendez-vous, une colonne de trois bataillons de volontaires marchant sur Condé avec artillerie et bagages. — il songe à leur envoyer l'ordre de rebrousser chemin, quand les bataillons se divisent subitement, et. le poursuivant avec les cris : Arrêtez! font siffler les balles à ses oreilles. Surpris de cette démonstration, il s'élance avec son escorte vers un fossé que les volontaires avaient l'intention de lui intercepter ; mais son cheval se refuse à franchir ce fossé ; alors Dumouriez se jette dedans, et le traverse à pied, au milieu d'une grêle de balles. C'en était fait de lui et de ceux qui l'accompagnaient, sans la présence d'esprit de Baudouin, palefrenier du duc de Chartres. Pour donner le change aux cavaliers qui poursuivaient les fugitifs, Baudouin feignit d'être blessé, et s'assit sur le bord de la route, près d'une meule de foin, derrière laquelle il avait eu la précaution de cacher son cheval. Effectivement, les soldats ne tardèrent pas à venir l'interroger sur le chemin qu'avaient pris Dumouriez et ses compagnons. Baudouin leur indiqua une fausse direction, et se hâta, dès qu'ils furent éloignés, de rejoindre le prince, dont il voulait suivre la mauvaise fortune. Enfin, la petite escorte, échappée à ce danger, arriva le soir à Bury, où Dumouriez eut une entrevue avec le colonel Mack et le prince de Cobourg. Le lendemain, il lui prit fantaisie de retourner parMauldeau milieu de son armée. L'accueil, (pie lui firent

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quelques (soupes de ligne, fut mêlé d'affection et de défiance. Il en ressentit une douleur profonde qui s'accrut surtout à la nouvelle que loule l'artillerie s'était ralliée avec d'autres divisions, à Valenciennes, sous les ordres de Dampierre. Ce fut un coup cruel pour lui ; il comprit qu'il ne pouvait plus compter sur son armée. Son àme de bronze s'émut douloureusement, quand il se vit l'objet d'une répulsion générale; des larmes glissèrent lentement sur son pâle visage; peut-être eut-il repentir de sa défection! Hélas! il n'était plus temps de revenir sur le passé: en restant, il se livrait au bourreau. Sa résolulion fut prompte : après avoir fait mettre le trésor et les équipages de son armée sous la protection de l'avant-garde cantonnée à Rumégies, il adressa de touchants adieux à ses braves soldats, qu'il avait conduits si souvent à la victoire; et, suivi d'un nombreux état-major, des deux frères Tbouvenot, du duc de Chartres, des colonels Montjoie et Barrois, et de tous les hussards de Berchiny, qui ne voulurent pas l'abandonner, il se rendit à Tournay; de là, il se dirigea sur Mons avec MM. de Chartres, Montjoie, Barrois et Thouvenot le cadet, car le reste de l'état-major s'était arrêté à Leuze.

A peine la Convention sut-elle l'arrestation de ses commissaires, qu'elle mit à prix la tète de Dumouriez. Elle lui substitua Dampierre dans son commandement, et lit arrêter, à titre d'otages, les parents des officiers de son armée, comme aussi les personnes qui, par leur naissance, leurs relations ou leurs opinions, pouvaient être soupçonnées d'avoir cherché ou désiré le rétablissement de la royauté; accusation aussi vague qu'injuste, et qu'on lançait déjà de toutes parts à l'adresse de la famille d'Orléans. Le duc se présenta sur-le-champ au comité avec Sillery, et tous deux sollicitèrent vivement un examen scrupuleux de leur conduite. Le comité, prit acte de leur déclaration. Bientôt, cependant, les nouvelles devinrent si alarmantes, que, redoublant de rigueur, on délivra des mandais d'arrèl contre madame de Genlis, le général Valence, les ducs de Chartres et de Montpensier, Montjoie et Sauvan. Mais, chose déplorable qui prouve avec quelle légèreté on disposait de la vie des citoyens, toutes ces mesures arbitraires, loin d'émaner de la Convention même, étaient simplement l'œuvre d'un comité sans pouvoir et signées du nom inconnu de Dubem.

I) autre part, aux séances de la Convention présidaient cette irrita-

bililé, celte haine passionnée qui animaient tous les tribunaux de sûreté. Le nom d'Orléans, le plus en évidence par suite des événements actuels, occupait tous les esprits et soulevait maintenant la colère des montagnards, ses défenseurs d'autrefois. « 11 y a cinq mois, s'écrie un jour Barbaroux avec emportement, que nous avons dénoncé la faction d'Orléans, et, pendant cinq mois, nous avons été traités de mauvais citoyens : aujourd'hui vous reconnaissez que nous avions raison. En effet, que demande Dumouriez? le rétablissement de l'ancienne constitution de 1701 ! Quel est celui que l'ancienne constitution appelle au trône? c'est d'Orléans! (4 avril).» Comme les murmures l'interrompent, l'orateur ajoute : « Je me retire de la tribune et demande acte de ma dénonciation. » Cette discussion n'alla pas plus loin, pour le moment; mais en dépit du mauvais accueil fait à la sortie de Barbaroux, elle laissa dans les cœurs des germes fatals: car, trois jours après, elle se renouvela avec un acharnement sans exemple. Dans la séance du 7 avril, Chateauneuf-Bandon prit l'initiative. c< J'appuie, dit-il, la proposition de faire mettre en état d'arrestation la femme et les enfants de Valence et la citoyenne Montesson : mais je réclame aussi cette mesure contre la femme Égalité. Parmi les lettres prises sur le courrier expédié par Valence, il en existe deux d'Égalité fils (duc de Chartres), l'une à sa mère, l'autre à son père. Dans la lettre qu'il écrit à son père, il dit : — « C'est la Convention qui a précipité la France dans l'abîme! » Si Égalité fils écrit dans ce sens, il importe de s'assurer de la mère. Je demande donc qu'elle soit mise en état d'arrestation. » Levasseur succède à Chateauneuf, et s'exprime en ces termes : « Que la Convention se souvienne qu'il est dit dans le procès-verbal des trois commissaires d l conseil exécutif, que Dumouriez a énoncé ses principes, ses projets contre-révolutionnaires en présence de Valence et d'Égalité fils; je ne veux pas d'autres preuves de leur complicité. Quand ce fils d'Égalité ne partagerait pas l'opinion de Dumouriez, il serait coupable par cela seul qu'il ne l'a poinl poignardé lorsqu'il tenait de pareils discours. Je demande qu'Égalité père et Sillery soient gardés à vue. » À ces paroles, dictées par la haine la plus ridicule, et qui prouvent jusqu'où peuvent aller l'extravagance et la mauvaise foi en politique. le duc d'Orléans répliqua : « Le comité de défense générale a rendu compte à la Convention de la demande que j'ai laite de l'examen de

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ma conduite. Si je suis coupable, je dors être puni, cela va sans dire: si mon lils l'est; je vois Br liras. » Ce lui au tour des girondins à écla-

ter. Surpris autant qu'irrités de passer maintenant pour les complices do Dumouriez et de d'Orléans, ils formulèrent leurs accusations avec énergie. Bover-Fonlrède, aussi passionné, aussi aveugle que Levassent" dans sa colère, s'élance à la tribune et s'écrie : « Les Egalité, dil-on, ont servi la libelle? Je ne veux rien devoir, moi, à ces hommes dans les veines desquels coule le sang des rois, et je dois dire ici tous mes soupçons; c'est devant Égalité fils que Dumouriez a lait ses atroces confidences, el il n est point encore arrêté. Je demande qu'il le soil . el traduit à la barre, ainsi que Valence. » Sur la proposition de Buzot, on lut la lettre du duc de Chartres à son père :

« Tournav, 30 mars.

« Je vous ai écrit de Louvain, dur papa, le 21. C'est le premier instant dont j'aie pu disposer après la malheureuse bataille de \eei-

winden. Je vous ai encore écrit de Bruxelles el d'Enghion; ainsi vous voyez qu'iJ n'y a pas de ma faute; maison n'a pas d'idée avec quelle promptitude les administrations et la poste font la retraite. J'ai été dix jours sans lettre et sans papiers publics; il y a dansées bureaux-là, comme dans tout le reste, un désordre admirable.

« Mon couleur de rose est à présent bien passé, et il est changé en le noir le plus profond. Je vois la liberté perdue... Je vois la Convention nationale perdre tout à fait la France par l'oubli de tous les principes; je vois la guerre civile allumée; je vois des années innombrables fondre de tous côtés sur notre malheureuse patrie; et je ne vois point d'armées à leur opposer. 'Nos troupes de ligne sont presque détruites; les bataillons les plus forts sont de A00 hommes; le brave régiment des Deux-Ponts est de 150 hommes, et il ne leur vient pas de recrues; tout va dans les volontaires el dans les nouveaux corps. En outre, le décret qui assimile les troupes de ligne aux volontaires, les a animés les uns contre les autres. Les volontaires désertent et fuient de toutes parts; on ne peut pas les arrêter; et la Convention croit qu'avec de ids soldais elle peut faire la guerre à toute l'Europe! Je vous assure que, pour peu que ceci dure, elle en sera bientôt détrompée... Dans quel abîme elle a précipite la France!

« Ma sœur ne se rendra pas à Lille, où on pourrait l'inquiéter sur son émigration, .le préfère qu'elle aille habiter un village aux environs de Saint-Amand.

« Signé Égalité fils. »

La lecture de cette lettre, souvent interrompue par des murmures, produisit une très-vive et très-longue sensation. Quoique l'assemblée dût se trouver froissée de Tanière critique dont ses actes étaient l'objet, elle n'osa pourtant prendre encore aucune décision contre son auteur; mais il n'en fut pas de même du <luc d Orléans et de Sillery, à I égard desquels on décréta, sur la proposilion de Lareveillère-Lepaux , qu'ils seraient gardés à vue. Sur ces entrefaites, on apprit la fuite de Dumouriez et de son état-major. Il est impossible de dépeindre dans quelle stupeur et quelle rage cette nouvelle jeta la Convention. Impuissante m se venger sur les fugitifs, elle reporta toute sa fureur suites otages qui lui restaient, et le délire de la haine lui suggéra des mesures odieusement injustes. Dumouriez, il faut l'avouer, avail

ajouté à la grandeur de sou crime en livrant aux Autrichiens les cinq commissaires du gouvernement. Néanmoins , fallait-il que la Convention imitât sa lâcheté , et lit peser la responsabilité de sa conduite sur des individus qui n'étaient ni ses complices ni ses conseillers? L'humanité et la justice disent non. Cependant, obéissant à des passions mesquines, indignes d'un grand corps politique, l'assemblée ordonna l'arrestation tic tous les Bourbons indistinctement; Ma rat poussa L'impudence jusqu'à solliciter la mise à prix de la tète d'Egalité lils, étendant cet amendement à tous les Capets fugitifs! Celte proposition, rédigée en ternies incroyables de cynisme , excita une indignation générale"! Mais les premiers décrets reçurent leur exécution immédiate. Le soir même, le duc d'Orléans , consigne depuis le o dans son palais, fut arrêté au moment

où il donnait une leçon d'histoire au jeune comte de Beaujolais. Ils furent conduits tous deux à l'hôtel de ville et diriges ensuite sur l'Abbaye, comme compris dans le décret relatif ù l'arrestation des Bourbons. Malgré les réclamations du prince contre l'illégalité de

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celle mesure, I assemblée passa outre. Eu yerlu d un nouveau décret du S avril , il fut transporté dans les prisons de Marseille, avec le comte de .Beaujolais , la duchesse de Bourbon, sa sœur, et le prince de Conli , son oncle. Là, il trouva quelque adoucissement à sa douleur en revoyant son second lils , le duc de Montpensier . récemment amené de l'armée du Midi . où il avait un commandement. Seule, la duchesse d'Orléans, dont la conduite touchante, au milieu de ces événements, inspirait plus d'admiration et de respect que de crainte à tous les partis, obtint de l'ester provisoirement dans le château i\u duc de Penthièvre , à Vernon. Ainsi commença pour celte famille, dont le seul tort était d'être issue du sang des rois, et qui axait donne tant de gages a la révolution, celle série d'épreuves cruelles. Car. il \ eut ceci de remarquable dans les rigueurs île la Convention . qu'elles furent moins dictées peut-être par la trahison de Dumouriez que par la fuite du duc de Chartres. L humeur et I orgueil de I un pouvaient Lien irriter les républicains , mais non sérieusement les inquiéter. Ce n'était pas à cette époque qu'on devait espérer, avec le prestige de ses victoires, contenir le torrent dune révolution. Soldat heureux, Dumouriez, à la tète de son armée, avait à donner, le premier, l'exemple de la subordination, sous peine de perdre son commandement; à Dumouriez traître succédaient vingt généraux habiles; tandis que le duc de Chartres était à la lois un nom. un principe, un drapeau! Sa popularité, conquise par des vertus, par des actions héroïques, par un sage patriotisme, devenait dangereuse aux yeux des girondins et des montagnards, qui déjà, cherchant à se disputer mutuellement le pouvoir, ne s'accordaient plus alors que sur un seul point, la ruine absolue d'un parti rival. Or, malgré sa constante abnégation, ce parti conservait encore assez de valeur morale pour porter ombrage dans un temps où, sur de simples présomptions, on envoyait un homme à l'échafaud. En outre, le bruit avait couru, suivant les insinuations du commissaire Prolv. (pie Dumouriez songeait à placer le duc de Chartres sur le trône avec la constitution de 1794 , et l'idée fausse ou vraie d'un pareil complot était un arrêt de mort pour le (ils du duc d'Orléans. Il est donc facile de concevoir le dépit de la Convention eu se voyant devinée par la victime qu'elle réservait à sa haine implacable. Mais une fois le prétexte donné . elle le saisit

avidement pour sévir contre un prince qu'elle ne considérait plus que comme un embarras, contre Égalité père. Quant aux projets de Dumouriez à l'égard de son jeune lieutenant , leur vraisemblance n'a jamais été démontrée. D'un côté, Dumouriez eut soin de les démentir solennellement par une déclaration remise au comte de Mellernicli, à Francfort, et publiée en ces ternies dans tous les journaux du IG mai 17'J.") : « Ayant appris, dit-il, (pie l'on avait élevé quelques soupçons contre mes intentions , d'après une prétendue convention qu'on suppose exister entre moi et Philippe d'Orléans, prince français; jaloux de conserver l'estime dont je reçois journellement les preuves les plus honorables, je m'empresse de déclarer (pie j'ignore s'il existe réellement une faction d'Orléans; que je n'ai jamais eu aucune relation avec le prince qu'on eu suppose le chef, ou qui en est le prétexte, et que je ne l'ai jamais estime. Quant à ses enfants, ils ont parfaitement servi leur patrie dans les armées que je commandais, sans jamais montrer d'ambition. J'ai une grande amitié pour laine, fondée sur l'estime la plus méritée. Je crois être sûr que, bien loin d'aspirer à jamais monter sur le trône de France, il fuirait au bout de l'univers plutôt que de s'y voir forcé. Au reste, je déclare que, si l'ambition aveuglait jamais le duc de Chartres an point d'aspirer à la couronne, je lui vouerais une haine éternelle, cl j'aurais pour lui le même mépris que je porte à son père. »

D'un autre côté, quelques historiens prétendent que Dumouriez eut en effet l'intention de relever le trône au profit du due de Chartres, sans toutefois mettre celui-ci dans la confidence, de peur de rencontrer des résistances de sa part. Ainsi on lit notamment, à ce sujet, dans le Dictionnaire de la conversation : « Ce qui complique la question, ce sont tous les mensonges, toutes les exagérations qu'alors et depuis mit en avant ce Dumouriez, qui était surtout un vrai fanfaron d'intrigues. >ious n'hésiterons pas à mettre au nombre de ces fanfaronnades le projet, dont il se fit honneur, d'abolir le système républicain, et de créer une monarchie constitutionnelle en laveur du due de Chartres. Bien des gens ont pense qu'il avait connu ce projet, et il est certain que, dans l'armée comme parmi les modérés de l'intérieur, le prince en faveur duquel on faisait de l'ambition aurait trouvé une foule de partisans. Mais à ce plan il ne manquait qu'une chose, l'assentiment du principal intéressé , trop consciencieux pour vouloir

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usurper une couronne qui veuait de tomber dans le sang, Irop bon lils pour autoriser des démarches dont la tète de son père aurait été l'otage; enfin, trop éclaire, trop prudent, malgré son extrême jeunesse, pour se faire l'instrument des projets ambitieux et mal conçus d'un homme tel que Dumouriez. Au reste, qu'il ait connu ou ignoré les véritables desseins de ce général, le duc de Chartres lut contraint de lier un instant son sort à celui de Dumouriez, grâce à l'espèce de soliilarile que" la Convention affectait d'établir entre eux, cl à la défaveur que les meneurs de l'époque attachaient alors au titre de prince. En s'abslenant, d'ailleurs, de suivre Dumouriez, aurait-il é\ilé la captivité sur le sol français? Et, dans cet état de suspicion, absent ou non de France, il n'eût influé en rien pour ou contre la destinée de son père, sous les pas duquel le sol commençait à fléchir , jusqu'au moment où il tomba tout vivant dans le même abime qui avait dévoré Louis \\I. " il \ a donc ici contradiction évidente sur les desseins de Dumouriez avant sa désertion; mais îles deux parts, la version est tout à l'avantage du duc de Chartres, dont la fuite ne lit qu'épargner un crime à la république.

Cependant, les girondins, quoique bien supérieurs à leurs adversaires par l'éloquence, comprenaient que la partie n'était pas égale pour eux, en lace de la force populaire dont disposaient les montagnards. La défection de Dumouriez porta le dernier coup à leur influence. Elite fut inévitablement le prétexte des mesures que nous venons de rappeler, et le signal de maux inouïs. On décréta la création d un comité de salut public, investi dune autorité immense H» avril), cl la formation d'un camp sous Paris. Le sanguinaire Marat demanda soixante mille têtes. Mis en accusation et déféré au tribunal révolutionnaire, il lui absous cl porte en triomphe. Il ne manquait plus à ces luttes parlementaires que les horreurs de la guerre civile; car déjà 1 insurrection, fomentée par les émigrés et les prêtres, soutenue par des armées de 20,000 hommes, grandissait dans l'ouest, cent lois plus redoutable pour la France que la coalition étrangère. 'elle suite continuelle de revers offrait aux jacobins l'occasion de calomnier les républicains modérés. Bientôt l'exaspération des partis devint si grande, qu'il leur lut impossible de demeurer en présente*. Pour frapper (dus sûrement les chefs de la Gironde échappés à leur fureur, le 10 mars, les jacobins soulevèrent les sections, et cachèrent

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leurs complots sous les apparences «le la légalilé. I.es girondins essayèrent de résisler en confîanl à une commission composée de douze membres le soin de démasquer les projets formes contre la représentation nationale. Vains efforts! l'énergie et la franchise même de cette commission lui furent fatales, et perdirent les grondins, dont la proscription était résolue. L'arrestation du substitut du procureur, de la commune, Hébert, rédacteur d'une feuille intitulée le PèreDuchène, et dégoûtante de cynisme, lit éclater la colère de la commune, qui exigea son élargissement. La Convention l'accorda d'abord, el revint sur son vote le lendemain. Ce fut le signal de 1 orage. Le 20 mai. de fàcbeiises nouvelles sur la situation militaire dans le nord de la Vendée , en augmentant l'irritation des esprits, multiplièrent les dangers autour du parti modéré. Le jeudi 50, les commissaires des sections se déclarent en insurrection; le tocsin retentit à Notre-Dame, le canon tonne; I SO.000 bommes prennent les armes pour forcer la Convention à leur livrer trente girondins. Ces scènes de desordre durent trois jours. Enfin, les girondins, voulant se retirer, se dirigent vers le Carrousel; Henriol fait pointer le canon sur cu\, et le peuple leur ferme les issues. Rentrés dans l'assemblée, ils s'y entendent proscrire, el assistent au triomphe de la Montagne. Quelques-uns se constituèrent prisonniers, aux termes du décret du 2 juin, et payèrent plus lard de leur tète leur résistance aux mesures sanguinaires des Danton, des Maral, des Robespierre, des Saint-Just et des Couthon; les autres, éebappant à leurs bourreaux, portèrent leur vengeance dans les provinces, et réussirent à soulever plusieurs villes où le mécontentement ne demandait qu'une occasion d éclater. Ainsi, à Lyon on avait déjà fermé le club jacobin, à la suite d'un combat sanglant; à Marseille, on avait substitue un comité central a la municipalité, et Rebecqui improvisait une armée de 10.000 bommes prête à marcher sur Paris. Bordeaux, toutes les villes de l'Ouest, de la Bretagne et de la Normandie, proclamant leur indépendance, n'attendaient que le signal pour imiter l'exemple de Marseille. Buzot, l'un de ceux qui avaient refusé d'obéir au décret du 2 juin. Buzot souleva les départements de la Normandie, et par ses soins une reunion extraordinaire de députés normands et bretons se constitua à Caen pour résister aux oppresseurs de la Convention, qui, tout en faisant face aux dangers du dehors et du dedans, trouvait encore le temps de

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décrétée une nouvelle constitution, adoptée en iftoins de lniil jouis

(24 juin).

Mais un événement étrange allait consommer la perte dos fédéralistes. \ Caen, centre principal de l'insurrection, vivait, à celte époque, une jeune fille d'une rare beauté, nommée Charlotte Corday. Enthousiaste comme la plupart des femmes de colle époqpe^ et par-j lageant sur la république les généreuses illusions des girondins, elle résolut de les venger par la mort de l'un dos chefs de la Montagne. Une lois décidée ou sacrifiée de sa vie. elle part, arrive à Paris, choisi! pour victime Marat. le plus cruel ennemi des girondins à ses yeux, se rend chez lui à huil heures du soir, et le poignarde dans son bain (l-'i juillet). Elle avait conçu et exécuté son projet courageusement ; elle subît avec calme les outrages ignobles de la populace, et son caractère ne se démentit pas sur l'éçhalaud. Marat lut 1 objet d une apothéose ridicule, et son corps dépose au Panthéon.

Cet assassinai, attribué aux girondins, provoqua contre eux de telles fureurs, qu'ils finiront par succomber. Pendant ce temps, nos armées étaient battues à l'Est et au Nord . cl l'ennemi., s'emparant do Mavence, rejetait Gustine jusque derrière la Scarpe. La Vendre triomphait aussi et ralliait à sa cause de nombreux partisans. Enfin, l'Espagnol llicardos avait franchi les Pyrénées et occupait Bellegarde. Toutes ces nouvelles étaient desespérantes; toutefois la Convention ne s'en émut pas, cl prit les mesures nécessaires au salut de la république. C'est à cotte occasion «pie Barrère laissa tomber ces paroles du haut de la tribune : « La république n'est plus qu'une grande ville assiégée, il faut que la France ne soit plus qu'un \aste camp. » On ordonna une lovée générale de soldats , et , pour subvenir aux liais qu'elle devait occasionner, Cainhon fil adopter la conversion do tous les contrats des créanciers de l'Etat en une inscription sur le grand-livre, désigne dès lors sous le titre de <jnmtl-livrc de la dette publique. Ce plan, habilement conçu, fut d un heureux résultai, et soudain la Convention put opposer aux coalises une résistance lormidahle. Carlaux délai! les Marseillais et soumet le Midi. Ivleher et Marceau repoussent les Vendéens do I autre cote do la Loire; et, de tous les chois dos rouilles. Charrette et Stofflet , restes seuls, sont impuissants à soutenir la lutte dans cotte guerre d extermination. En effet, la république, triomphante partout, voyait luire pour elle une

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ère éclatante de gloire et do glanas capitaines; et Carnot, reeenimenl admis an comité de saint public, organisait <\v'\h la victoire!

Fière de ses succès, sans en être éblouie, la Convention mit en vigueur la loi contre les suspects, et songea à sacriCer de nouvelles victimes à sa puissance ombrageuse. La création d'un tribunal révolutionnaire complétait, avec le comité de salut publie, celle dictature effrayante, qu'appuyait la guillotine en permanence. Custine ouvrit la marche de celte horrible hécatombe, que devaient grossir un jour les bourreaux eux-mêmes. Marie-Antoinetle monta sur l'échafaud le 1G octobre ; puis ce fut le tour de madame Elisabeth, des girondins, de madame Roland, d'André Cbénier, de Couslard, du vertueux Bailly, de Malesherbes , le courageux défenseur de Louis XVI , et de tant d'autres illustres martyrs de I humanité. Le duc d'Orléans, « dont la mort, dit un écrivain, devait servir de réponse à ceux qui accusaient la Montagne de vouloir en faire un roi. » le due d'Orléans fut. l'un des premiers, atteint par la vengeance de ses ennemis. Ce prince et le comte de Beaujolais, on se le rappelle, avaient été diriges sur les prisons de Marseille, où se trouvait déjà le duc de Monlpensier. Là, jetés tous trois dans de noirs cachots, ils subirent les plus indignes traitements, les plus cruelles privations. Leurs réclamations lurent vaines: leurs plaintes redoublèrent la barbarie des gardiens. Lu vertu d'un décret du 4(5 avril , le duc d Orléans lut interrogé, le 7 niai, par le président du tribunal criminel des Bouehes-du-Rhône. Cet interrogatoire n'eut aucune portée, par l'absence de toutes charges contre le prévenu. Alors, les prisonniers lurent transfères au fort Saint-Jean , où leur séquestration devint plus rigoureuse encore. Le comte de Beaujolais se ressentit tellement de l'insalubrité de ce séjour, qu'à la sollicitation de son père il obtint, non sans peine, la faveur de prendre l'air tous les jours, sous la surveillance d'un administrateur. Il faut lire les touchants Mémoires du due de Monlpensier , pour se faire une idée de 1 horreur de cette captivité. Les premières investigations et l'inventaire des papiers du duc d'Orléans ne fournirent pas d'indice défavorable à sa cause; et la commission chargée d'instruire le procès déclara, le 21 juin, par l'organe de Rhull, qu'elle n'avait rien trouvé qui pût être incriminé; et cependant, le 15 octobre suivant, la Convention dépêcha trois commissaires à Marseille pour ramener le due d Orléans. « Le 25, à cinq heures du matin, raconte le duc

île Montpensier, je lus réveillé par mou malheureux père, qui entra dans mou caeliot avee les scélérats qui allaient le faire égorger. Il m'embrassa tendrement : — Je viens, mon cher Montpensier, me

dit-il, pour Le dire adieu, car je vais partir. — J'étais si saisi, <pi il me lui impossible de proférer une parole. Je le serrai contre mon cœur en versant un torrent de larmes. — Je voulais, ajouta-t-il, par.Hr sans te dire adieu ; car c'est toujours un moment penihle; mais je n'ai pu résistera l'envie de le voir encore avant mon départ. Adieu, mon enfant; console-toi, console ton frère, et pensez tous deux au bonheur que nous éprouverons en nous revoyant!... — Hélas! ce bonheur ne nous était pas destiné! »

Le duc d'Orléans, transporté à Paris dans les cachots de la Conciergerie, comparut, le <> novembre, déniant le tribunal révolution^ naire. Son attitude en lace des juges fut ferme et digne, et sa complète sécurité étonna tout le monde. Après la lecture de son arrêt de mort, pour lequel on osait invoquer la loi du 10 décembre 1792 sur le bannissement des Bourbons, dont seul il avait été excepté5; le prince

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dil sans trouble au tribunal : « Puisque vous étiez décidés à me faire périr, vous auriez du cherche/ au moins des prétextes plus plausibles pour \ parvenir; ear vous ne persuaderez jamais à qui que ee suit que \ous m avez cru coupable de tout ce dont vous venez de me déclarer convaincu, et vous, moins que personne, vous qui me connaissez si bien , ajoula-t-il en regardant fixement le chef du jury Antonelle, ex-marquis et son ancien ami. Au reste, puisque mon sort est décidé, je vous demande de ne pas me faire languir ici jusqu'à demain , et d'ordonner que je sois conduit à la mort sur-lechamp. » L'infâme Fouquier-Tinville n'eut garde de lui refuser cette triste faveur; et le même jour le prince fut prévenu que I beure du supplice était arrivée. Toujours calme et resigné, il partit avec son confesseur. « J'étais, — raconte Beaulieu, écrivain royaliste et par conséquent l'ennemi du duc, — j'étais alors enfermé à la Conciergerie. Je l'ai vu traverser la cour et les guichets de celte prison. Il était escorté par une demi-douzaine de gendarmes, sabres nus. On doit le dire, à sa démarche Gère et assurée, et à son air vraiment noble, on l'eut pris plutôt pour un général qui commande à ses soldats, que pour un malheureux que l'on mèneà l'échafaud. » I.e prince s'élança dans la charrette, encombrée déjà de victimes de tout âge et de tous rangs. « Tout Paris, est-il dit dans les Mémoires de Froment, préfet de police sous la Convention, tout Paris a vu ou su (pie le fatal cortège qui conduisait le duc d'Orléans à l'échafaud, suspendit sa marche en face du Palais-Royal ; et on a observé que le due d Orléans se soulevait sur la malheureuse charrette, qu'il jetait des regards inquiets et impatients sur ce palais, qu il ne devait plus habiter. Les opinions ont bien varie sur le résultat de cette circonstance; car les uns croyaient que c'était I ellet du hasard, ou l'agglomération de la foule en cet endroit: d'autres quelle avait été méditée et exécutée pour lui faire boire le calice amer de la mort goutte à goutte. Rien de tout cela n'est vrai ; la station avait été préparée pour sauver le duc d'Orléans. Plus de cent personnes années étaient dans le Palafe-Royal avec les personnes qui devaient donner le signal et diriger le mouvement.

« Deu\ cabarets, qui sont pies l'un de l'autre, a l'entrée de la rue Saint-Tbomas-du-Lou\re et de celle de Chartres, étaient remplis de canon niers de la section de I Arsenal, de celles des Gravilliers et Poissonnière, d'un grand nombre d'autres émis-aires (mis armes, cl enfln

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de plusieurs sections. Lue partie de la gendarmerie était gagnée, et on avait lancé dans la foule un nombre considérable d'hommes armés dont la plupart étaient habillés en femmes; on en portait le nombre à huit cents.

« A un signal donné, et qui devait partir du Palais-Royal, tout cela devait agir simultanément , faire diversion dans la foule, désarmer ou disperser la force armée qui eût voulu faire résistance, délivrer le duc d'Orléans, se porter chez Robespierre, le mettre à mort, et reporter le prince triomphant à l'assemblée nationale.

« On connaît maintenant la cause des regards inquiets et impatients que le duc d'Orléans jetait sur le Palais-Royal. Il avait bu deux bouteilles de vin de Champagne avant de sortir de la Conciergerie. On peut chercher à s'étourdir dans des circonstances moins violentes. Il n'a pas pâli un seul instant.

« Le signal devait être donné par trois personnes. Par une de ces causes imprévues, et dont la plus petite produit ou empêche quelquefois les plus grands événements, Robespierre n'était pas rentré chez lui lorsque le fatal cortège se mit en roule. Il était resté au comité de salut public, dont il était membre. Or, il n'était pas facile, il était même impossible d'aller l'attaquer dans cet endroit. Pendant la station du cortège, les émissaires qui observaient sa maison vinrent cendre compte de ce contre-temps. Un moment après, d'autres vinrent rapporter que la séance de l'assemblée était levée, et qu'il allait sûrement rentrer. Mais il ne rentra pas; et si on calcule la distance du Palais-Royal jusqu'à la maison où Robespierre demeurait, à l'autre bout de la rue Sain t-Honoré, presque vis-à-vis celle Saint-Florentin, on trouvera que ces courses, et les hésitations qui en durent être la suite, exigeaient au moins huit à dix minutes, ce qui fut en effet à peu près le temps (pie le cortège resta vis-à-vis du Palais-Royal. Cependant, il fallait agir ou marcher; I impossibilité d'agir fit que l'on marcha et que le signal ne fut pas donné.

« Une fausse lueur d'espoir, donnée parquelques-unesdes personnes qui environnaient le cortège, fit qu'il s'arrêta encore vis-à-vis de la rue de l'Échelle; mais on était déjà trop loin du Palais-Royal pour recevoir le signal donné, le fil était rompu; et d'ailleurs, cette lueur lut bientôt dissipée : Robespierre n'était pas rentré; il fallut donc encore une lois continuer la fatale marche, après une pause d'environ

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deux minutes, et tout fut consommé bientôt après |HHir le ducd'Orléans!... Oli! quelle longue et affreuse agonie, mon Dieu !.. »

Telle lut la lin malheureuse de ce prince, sacrifié à la haine et à la sécurité des partis, dont il fut éternellement le jouet. Son erreur avait été de croire qu'il pouvait mpunéinent abdiquer tout d'un coup ses litres, son rang et son nom, pour vivre en eitoven désintéressé dune république. Mais il était trop irrésolu de caractère pour dessiner nettement son rôle dans la révolution , et sa popularité créa un abime entre la cour et lui, sans lui valoir jamais la confiance entière de ses partisans. De là ces attaques injustes, ces calomnies infâmes auxquelles il lut en butte toute sa vie, et qui longtemps l'ont poursuivi même au delà de la tombe. L'histoire aujourd'hui le juge avec moins de sévérité, et chaque jour l'opinion réagit de plus en plus en sa laveur. <> 11 m'est bien prouvé , disait Napoléon , que le due d'Orléans n'était pas un méchant homme. S'il avait eu les vices dont on entacbe sa mémoire, rien ne l'aurait pu empêcher d'exécuter le projet qu'on lui a supposé; il n a été que le levier dont se sont servis les meneurs de cette époque, qui l'ont compromis avec eux... Je n'approuve pas ce qu'il a fait, mais je le plains, et ne voudrais être le garant de personne si le sort l'avait jeté dans une situation semblable...»

En rapportant ces paroles de Napoléon dans ses Mémoires, le duc de Rovigo, ministre de la police sous l'empire, nous apprend que luimême « il sentit son opinion personnelle se redresser, » à la lecture des papiers de la maison d'Orléans qui étaient à son ministère. En ^815, le prince régent d'Angleterre, devenu roi sous le nom de Georges IV, dit à Londres à madame Adélaïde : « Vous trouvez ici le portrait de votre père, parce que je n'ai jamais cru à un seul des crimes qu'on lui imputait. » Charles X avait la même opinion sur Louis-Philippe-Joseph, et se plut à répéter plus d'une fois : a 11 n'était pas méchant. » (Dictionnaire de la Conversation.)

Un mot achève de peindre ce prince, et nous l'empruntons à Rivaroi : « Contre toutes les lois de la perspective, le duc d'Orléans a grandi en s'eloignant. »

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