‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 15 sur 55 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Exil. — Le duc de Chartres au quartier général de l'année autrichienne. — Il refuse de porter 1rs armes contre la France — Le duc arrive à Cohlenlz ; anecdote. — Il rejoint sa saur et madame de Genlis à Schaffhouse. — Tous les trois se font passer à Zug pour une famille irlandaise. — Mademoiselle Adélaïde et madame de Genlis entrent au couvent de Sainte- Claire. — Le duc de Chartres est force d'errer dans les montagnes. Humanité du duc de Chartres. — Voyagé en Suisse : Neufchàlel, Unterwald, Uri, Burglen, Kussnachl, Grindelwald, le Schrcckhorn — Les religieux du mont Sainl-Gothard lui refusent l'hospitalité. — Anecdote. — Le marchand, le prêtre et le batelier. — Générosité du duc de Chartres ; anecdote. — Le prince entre, en qualité de professeur, au collège de Reichenau. — Il revient à Iiremgarten. — Lettre de madame de Flahaut à Gouverneur-Morris. — Gouverneur-Morris invile le duc de Chartres à passer en Amérique. — Le prince quitte lireuigartcn. — Hambourg; anecdote.— Voyage dans le nord de l'Europe : Copenhague, Elsencur. — Le duc arrive en Suéde. — Lettre du duc à Gouverneur- Morris. — La Nôr'wége. — Anecdote. — Drontheim. — I.aponie suédoise; le cap Nord. — Retour. — Stockholm. — Les mines de Eahlun; la ferme de Mura; l'arsenal de Carlscrona. — Le duc repasse le Sund, et se lixe provisoirement à Frédéricksladt.

Aptes avoir échappé iiti\ plus grands dangers, le duc de Chartres atteignit Mous , où se trouvait le quartier général de Parmée autrichienne. Le prince de Saxe-Cobourg l'accueillit avec distinction et lui offrit d'entrer au service "de l'Empire, avec le grade <|tt il avait dans l'armée française. Mais le jeune général refusa de porter les armes contre sa patrie, et ne demanda que des passe-ports pour lui et César Ducrest, son aille de camp. Après avoir eu soin défaire connaître son

départ à sa mère, gardée à vue dans le château du due de Penthièvre, le duc prit le nom de Coroy , voyageur anglais, et se dirigea sur Liège, puis sur Aix-la-Chapelle et Cologne. Il ne pouvait se défendre d'un sentiment d'orgueil mêlé d'amertume en traversant presque furtivement ces contrées témoins de triomphes dont il avait eu sa part. Obligé d'user de précautions inlinies pour se soustraire aux regards des émigrés, il évitait même de dîner à table d'hôte, de peur de trahir son incognito. Il se rendit à Coblentz, où, quelques mois avant, le comte de Provence trônait au milieu d'un simulacre de cour. Mais le canon de Valmy avait mis en fuite cette foule de nobles, que le découragement commençait à gagner ; et les frères de Louis XVI, brouillés avec le roi de Prusse, raillés par tous, et cédant au torrent, étaient allés planter ailleurs leur tente et leur drapeau. Quel grave sujet de méditation pour le duc de Chartres, de retrouver, lui proscrit et fugitif à son tour, les derniers vestiges de celte monarchie, que, vainqueur, il avait vue proscrite et fugitive devant nos armes! Confondu désormais parmi les ennemis de la liberté en dépit de ses services, accusé de trahison, malgré la pureté de son patriotisme, il se réveillait, un jour, entre l'ingratitude de ses concitoyens et la haine doses compagnons d'exil. N'était-ce pas rudement débuter à l'école du malheur? Aussi dut-il s'armer de philosophie pour résister à celte cruelle épreuve, la première de toutes celles (pie Dieu lui réservait. Dans l'auberge où il était descendu à Coblentz, le jeune prince lut surpris devoir son portrait el celui des membres de sa famille. Il lit mander l'hôte, et le questionna sur cette singularité : « C'est un souvenir de leur passage ici, répondit celui-ci; je les ai Ions logés. — Tous? reprit le duc. — Oui, tous sans exception. » Et pour appuyer son mensonge, l'aubergiste, bien loin de soupçonner à quel voyageur il essayait d'en imposer, s'empressa de le conduire dans les appartements que ces grands personnages avaient, disait-il, occupés dans sa maison.

Le prince apprit à Francfort l'arrestation de son père et de ses frères. A cette nouvelle, il eut la pensée de revenir partager leur sort. Inutile héroïsme! car il se lut perdu sans les sauver. Il continua sa route vers la ville de Bâle, et, du sommet d'une colline, aperçut le drapeau tricolore llottaut sur les tours d Huningue. A Bâle, le duc de Chartres, reconnu par mademoiselle de Coude el par un capitaine de royal-

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