‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 17 sur 55 · H1ST01HE · texte numérisé non relu

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— Non, prince, répondit M. Monod.

— Vous êtes en défaut peut-être pour la première fois de votre vie, mon cher pasteur; comment! vous auriez perdu le souvenir de M. Corby, de ce jeune M. Corby?

— Non, monseigneur, je m'en souviens toujours; mais je ne sais ce qn il est devenu.

— Eli bien, mon cher monsieur, ce M. Corby, pour qui vous avez eu tant d'obligeantes attentions, est devant vous.

Et le prince de serrer avec effusion une des mains du pasteur, qui ne pouvait en croire ses veux.

Le duc d'Orléans vivait depuis longtemps dans une sécurité complète, quand il crut, un jour, son incognito découvert. A la suite d'un déjeuner en ville, il était allé passer le reste de la journée à la campagne avec la famille du banquier chez qui il se trouvait. Au moment du retour, le fils du banquier dit à haute voix : » La voilure de M. le duc d'Orléans ! » Personne heureusement ne remarqua l'embarras du prince; mais voici l'explication de cet incident. Le jeune homme, dans un vovage à Paris, avait tant de fois entendu jeter cette exclamation à la sortie de l'Opéra, que, par un hasard vraiment singulier, il lui était venu à l'esprit de la répéter, au lieu de demander simplement sa voiture.

Le duc d'Orléans partit de Christiania pour s'avancer tout à l'ail dans la partie septentrionale de la Norwége, à travers les vallées de Gulbraudsdalens et les hautes montagnes de Dovrefield. Il y étudia l'exploitation des mines et des bois, et acquit des connaissances précieuses sur les forges et les fonderiesde fer et de cuivre. De Drontheim. où le bon accueil du gouverneur, le baron de Krog, le retint quelques jouis, il longea la côte jusqu'au golfe de Salten. Mais arrivé à cinquante lieues de Drontheim, il ne put continuer son voyage à cheval : le pays devenait de plus en plus aride et accidenté; et à peine si l'on rencontrait quelques Lapons nomades, seuls botes de ces contrées stériles. Nos voyageurs se virent donc obliges de descendre dans des chaloupes pour côtoyer un rempart de rochers formidables et sombres. De loin en loin apparaissaient des huttes délabrées, destinées à servir de refuge aux pêcheurs norwégiens et lapons quand ils ont achevé la pèche de la morue, spectacle auquel le prince eut l'occasion d'assister. Il visita les pêcheries renommées des îles Loffoden, dans l'océan Glacial ;

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le Malstrom1, gouffre dangereux, dont le bruit horrible se fait entendre à plusieurs lieues en nier; et débarqua à Saltdalm, petit port sans importance. A ce moment il avait dépassé de trois degrés le cercle polaire, et se trouvait par conséquent à moins de vingt degrés du pôle arctique. Après avoir choisi un guide interprète, il quitta les bords de la mer, vers le soixante-neuvième degré de latitude, et s'avança jusqu'à vingt-cinq lieues dans les terres. Cette partie du voyage, qui dura trois semaines, fut laite à pied, et en campant tous

les jours. Des rennes portaient le bagage des voyageurs et les provisions, qu'on n'avait garde de négliger dans un pays où le lait et la viande de renne composent toute la nourriture des habitants. La hardiesse du duc d'Orléans et de ses compagnons à gravir les montagnes, à braver les dangers d'une roule bordée de précipices et de torrents, émerveillait les pasteurs lapons qui leur servaient de guides.

Le 2-i août 1795, le prince arriva à Heinersfeld, situé dans les îles Qualoe, à la pointe la plus septentrionale du cap Nord. 11 se trouvait alors à dix-huit degrés du pôle arctique, c'est-à-dire à cinq degrés plus près que les deux seuls Français qui, avant lui, eussent eu le courage d'y pénétrer. L'un, c'est le savant Maupertuis, avait eu du

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