‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 20 sur 55 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE

d'Orléans ou celui de la monarchie constitutionnelle, que redoutait le Directoire, elle comprit que le succès de ses démarches dépendait d'un désaveu public à cet égard. Renier son passé, ses premières affections, ne suffisait pas pour convaincre le gouvernement de la sincérité de ses principes politiques; mais c'était donner des gages pour l'avenir. 11 faut ajouter quelle obéissait à un ressentiment personnel et voulait se venger de ce qu'on lui avait retiré mademoiselle Adélaïde. Dans ce double but, elle publia à Hambourg une brocbure intitulée : Précis de la conduite de madame de Genlis pendant la révolution. C'est dans cet écrit quelle inséra, à l'adresse du duc d'Orléans, une lettre dont la véritable destination n'était que trop évidente. Composée avec un art infini, avec la prudence qui caractérisait cette femme astucieuse, cette lettre se distingue par un ton de bonhomie et de tendresse apparentes qui fait singulièrement ressortir l'audace de ses admonestations et le mordant de sa critique. A des vérités qui témoignent de son esprit d'observation se trouvent mêlées, le plus souvent, des insinuations perfides. On sent que le jugement qu'elle porte sur son élève ne manque pas de justesse, mais qu'il révèle cette préoccupation sous l'empire de laquelle elle écrivait. S'érigeant en prophète hardi, elle lui dépeint, sous de vives couleurs, le rôle dangereux que ses partisans veulent lui faire jouer; résume rapidement la situation politique de la Fiance, ses besoins, son avenir, et déclare au fils aîné d'Egalité que ce n'est pas à lui qu'il peut être donné de gouverner avec éclat un grand empire. Madame de Genlis avait raison de se défier alors de l'inexpérience du jeune duc d'Orléans; mais depuis, les événements ont en partie donné tort à ses prévisions. Cette lettre, qui eut un certain retentissement à son apparition, acquiert aujourd'hui un nouvel attrait de curiosité, et, malgré la futilité de quelques détails, il convient de la livrer intacte à l'appréciation des lecteurs.

« Dv Silk, pays du Holstein, ce 8 mars noc.

« Ignorant absolument, monsieur, depuis près de deux ans, le lieu que vous habitez, et n'ayant avec vous aucune espèce de correspondance depuis dix-huit mois, je prends le parti de rendre cette lettre publique; De cette manière, elle vous parviendra, dans quelque lieu

que vous soyez. Tant que j'ai pu vous être utile, ainsi qu'à votre intéressante et malheureuse sœur, j'ai dû conserver avec vous des rapports intimes; c'est ce que j'ai fait, et ce que je désirerais faire encore si vous aviez besoin de moi. A l'époque où j'ai quitté la Suisse (au mois de mai 1794), nous étions séparés, vous et moi, depuis un an; vous étiez fort loin de moi; vous deviez votre asile à la recommandation d'une personne aveu laquelle je n'avais nulle liaison; une juste reconnaissance vous a inspiré pour celte personne autant de confiance que d'amitié; ses conseils pouvaient vous être plus utiles que les miens, puisque j'étais seule avec mademoiselle d'Orléans, renfermée dans un couvent où j'ai passé avec elle un an dans la plus profonde solitude, uniquement occupée à soigner sa santé et à perfectionner les talents que je lui ai donnés. Quand je suis arrivée (il y a vingtetun mois) dans ce pays, j'ai désire y vivre absolument ignorée; de sorte que, vous écrivant très-rarement et ne voulant point confier mon secret à la poste, je ne vous ai point mandé où j'allais. Cependant, j'ai trouvé le moyen, sans vous dire mon nom supposé et le lieu que j'habitais, de vous donner de mes nouvelles, et en même temps je vous indiquais une adresse pour m'écrire; c'est au mois d'octobre 1794 que j'ai reçu de vous la dernière lettre qui me soit parvenue. Elle ne contenait, ainsi que les précédentes, que l'expression de votre reconnaissance et de votre tendresse pour moi; et le doux nom de mère, que vous m'y donnez toujours, doit me convaincre que, malgré le mystère de votre conduite, votre cœur est toujours pour moi ce qu'il doit être; car, depuis celte époque, n'ayant eu aucune sorte de relation avec vous, je n'ai rien pu faire qui ait dû jeter du refroidissement entre nous. 11 y a environ dix mois qu on m'envoya une lettre pour vous, imaginant que je saurais votre adresse; tout le monde assurait que %ous étiez dans ce pays, et même ou nommait votre correspondant. Je lui fis demander le nom du lieu que vous habitiez; il repondit qu'en effet il le savait, mais qu'il ne pouvait me le dire. Je n "insislai point et j'envoyai la lettre. Je n'entendis pas parler de vous, et je ne fis aucune démarche pour vous voir et pour vous écrire; mais, je vous le répète, si j'avais eu la moindre espérance de vous être de quelque utilité, j'aurais été vous prévenir et vous chercher avec le plus vif empressement. J'ai lu dans les papiers publies de ce pays une lettre sous votre nom. qui

annonçait (il y a quelques mois) que vous partiez pour l'Amérique. Comme vous n'avez point désavoué cette lettre, je dois la croire de vous, et je suis persuadée par conséquent que vous êtes en Amérique. Je vous félicite d'avoir pris ce parti ; vous pouvez vous souvenir que je vous disais, il y a trois ans, que c'était le meilleur pour vous.

<i 11 me parait impossible que vous ne sachiez pas que Ion a écrit, dans plusieurs papiers français, que vous aviez un parti en France et des part isans dans les pays étrangers qui voulaient vous placer sur le trône. Si vous ignoriez ce fait, ce serait vous rendre un très-grand service que de vous en instruire. Pendant les dix années de soins si constants que je vous ai consacrés, j'ai eu le temps d'étudier et de connaître votre caractère, et je n'y ai jamais démêlé le moindre germe d'ambition. Je m'en applaudissais, certaine que vous en seriez plus vertueux et plus heureux. Depuis votre éducation finie, dans les trois années où nous avons eu ensemble des rapports si tendres et si intimes, je vous ai vu constamment le patriotisme le plus exalté, le désintéressement le plus pur et le plus vrai, et la plus parfaite droiture de sentiments. Vous m'avez écrit des volumes de lettres pendant mon séjour en Angleterre; je les avais confiées à un ami qui me les a renvoyées. Je les ai toutes, ainsi que celles que vous m'avez écrites dans les premiers temps de notre séjour en Suisse, entre autres celle •pie vous m'écrivîtes au moment où nous entrâmes au couvent, et dans laquelle vous me montriez une si vive reconnaissance de ci' que j'avais eu le bonheur de pouvoir faire pour vous en quittant Zug, et de ce (pie je me dévouais à votre malheureuse sœur, dont j'étais alors l'unique ressource. Je conserverai ce recueil de lettres toute ma vie; on y voit sans doute quelquefois des principes exagérés et quelques idées peu réfléchies, légers défauts si excusables à votre Age; on y yoit aussi qu'à cet égard nous n'étions pas de même avis; mais, malgré ces petites différences d'opinions, je trouve, en relisant ces lettres, la récompense de tout ce que j'ai fait pour vous; j'y trouve la certitude que nous êtes incapable de vous prêter aux desseins qu'on vous suppose. Vous aviez vingt mi* lorsque vous écrivîtes. les dernières lettres de ce recueil, monument précieux de votre reconnaissance, de votre affection filiale pour moi, et de tous les sentiments qui peuvent honorer. un jeune homme. Vous aviez vingt ans... l'eut-on se démentir ensuite à vingt-trois, à moins dune faiblesse absolument

inexcusable? Non, j'en suis certaine, le fond de votre cœur, vos principes et vos opinions sont les mêmes. Vous! prétendre à la royauté! devenir un usurpateur, pour abolir une république que vous avez reconnue, que vous avez chérie, et pour laquelle vous avez combattu vaillamment I Et dans quel moment? Quand la France s'organise, quand le gouvernement s'établit, quand il parait se fonder sur les bases solides de la morale et de la justice ! Quel serait le degré de confiance que la France pourrait accordera un roi constitutionnel de vingltrois ans, quelle aurait vu deux ans auparavant ardent républicain et le partisan le plus enthousiaste de la liberté? Lu tel roi ne pourrait-il pas. tout aussi bien qu'un autre, abolir insensiblement la constitution et devenir despote? D'après les idées reçues en général, il y a moins d'intervalle de la royauté, quelle qu'elle soit, au despotisme, que du gouvernement démocratique à la royauté la pi us mitigée. Pourriez-vous, en montant sur ce trône sanglant et renversé, vous flatter même de donner la paix à la France? Non. sans doute; la prolongation de la guerre extérieure, et, de plus, la guerre civile dans toutes les parties de l'empire seraient les funestes fruits de cette odieuse usurpation. La France, en reprenant la royauté, légitime ellemême les prétentions du frère de Louis XVI. Si le trône est relevé, c'est à lui qu'il appartient; en vous y plaçant, vous n'y porteriez jamais que le plus odieux de tous les titres; de nouvelles factions vous en chasseraient, et vous trouveriez alors dans l exil et la proscription les seuls malheurs que vous n ayez poinl encore éprouvés, et les seuls qui soient insupportables : le déshonneur et les remords. D'ailleurs, quand vous pourriez légitimement et raisonnablement prétendre au trône, je vous y verrais monter avec peine, parce que vous n'avez, à L'exception du courage et de la probité, ni les talents ni les qualités nécessaires dans ce rang. Vous avez de l'instruction, des lumières et mille vertus; chaque état demande des qualités particulières, et vous n'avez poinl celles qui font les grands rois. Vous êtes fait par vos goûts et par votre caractère pour la vie sédentaire et privée, pour offrir le louchant exemple de toutes les vertus domestiques, et non pour représenter avec éclat, pour agir avec une activité constante, et pour gouverner avec fermeté un grand empire. Je suis sûre, monsieur, que vous pensez tout ce que je viens d'exprimer, et je me flatte que les personnes qui vous entourent et les amis que vous avez choisis

sont incapables de chercher à vous inspirer une ambition qui serait aussi absurde que criminelle sous tous les rapports; enfin, je suis intimement persuadée que, si ceux qui vivent avec vous vous donnaient des conseils différents, ce que je n'ai nulle raison de supposer, vous les rejetteriez pour ne consulter que votre cœur, dont la droiture vous guidera toujours bien. En faisant imprimer celle lettre, je crois vous rendre un service, parce qu'elle peut servir à dissuader ceux qui, contre toute apparence, veulent faire de vous un chef de parti. On doit naturellement croire que votre institutrice peut mieux qu'un autre connaître votre caractère, et j'ose répondre que vous avez horreur des projets qu'on vous attribue; rien jusqu'ici dans votre conduite n'a dû raisonnablement fonder cette opinion extravagante; vous avez bien servi votre patrie; vous avez fui pour éviter la mort qu'un tyran sanguinaire vous préparait; vous avez vécu depuis dans l'obscurité, sans jamais cherchera vous faire des partisans; vous êtes pur et irréprochable; conservez toujours ce bonheur, le seul qui vous reste et qui vous rend si digne d'exciter l'intérêt des âmes sensibles et vertueuses. J'ai voulu aussi, en publiant celle lettre, faire connaître à mes concitoyens des sentiments et une manière de penser qui puissent me mettre moi-même à l'abri de toute calomnie, et réfuter celles dont on a déjà voulu me noircir ainsi que vous. Si je n'ai pas fait cette démarche il y a quelques mois, c'est que je voulais rester ignorée dans la solitude que j'ai choisie; je n'avais aucun intérêt à me cacher, mais mon goût me faisait désirer une retraite absolue, et ma situation m'en fait un devoir. J'ose croire que ma conduite, mes sentiments, mes écrits et mes malheurs m'assurent le droit de trouver partout une hospitalité généreuse ; je puis taire mon nom, mais je n'ai nulle raison de le désavouer ; on a découvert l'asile où je me suis réfugiée; j'y suis maintenant sous la protection du gouvernement, qui a daigné m'autoriser (et de la manière la plus honorable et la plus llalleuse) à m'y fixer, si je le désire. Enfin, je sollicite mon rappel en France, désirant vivement y retourner pour revoir ma II Ile et mes petits enfants, et pour aller à Marseille offrir à vos infortunés frères quelques consolations et tous les soins de l'amitié. Voilà, monsieur, et les motifs qui ont inspiré celle démarche et ceux qui me l'ont fait différer. Je conçois qu'elle me ferait d'irréconciliables ennemis, s'il était vrai qu'il y eût des gens qui (à votre insu) eussent le

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coupable espoir dé vous voir régner un jour ; je conçois que, dans ce cas, cette lettre si franche et si positive pourrait faire éclore quelques nouveaux libelles contre moi. Je sais dédaigner des calomnies absurdes, des imputations extravagantes, non-seulement faites sans preuves, mais dénuées de toute vraisemblance, et évidemment produites par la baine et le ressentiment; cependant, ces nouvelles méchancetés anonymes (car je n'en éprouve que de ce genre) me feraient une peine véritable, parce qu'elles pourraient vous compromettre aux veux de ceux qui jugent sans réflexion, et que je suis sûre d'avance qu'elles vous affligeraient vivement ; au reste, il serait bien injuste de vous rendre responsable des folies de quelques ambitieux obscurs, et c'est, j'ose l'espérer, ce que ne feront point les personnes impartiales et raisonnables.

« Adieu, monsieur; consacrez-vous à l'heureuse et douce obscurité qui convient à vos malheurs et à votre situation. Vous porterez dans la solitude de déchirants souvenirs, mais vous pourrez aussi vous en retracer de bien doux. Rappelez-vous tant d'actions touchantes de bienfaisance et d'humanité qui, durant le cours de votre éducation, honorèrent tous les jours de votre vie, et qui firent aussi les délices de vos malheureux frères... Rappelez-vous la couronne civique de Vendôme... Des actions brillantes ont illustré les premiers pas de votre carrière; mais désormais vous ne pouvez trouver la véritable gloire cpie dans une profonde retraite. Aimez toujours votre patrie; consolez-vous de ses injustices, en vous rendant le noble témoignage que vous n'avez jamais cessé de la chérir; non-seulement faites des vœux pour sa prospérité, mais désirez qu'elle soit heureuse de la manière dont elle veut l'être; enfin, ne vivez désormais que pour la vertu, ce sera vivre encore pour le bonheur. »

Que d'adresse, que de précautions oratoires, que d'impudence en même temps dans cet interminable factum! Chaque mot y est pesé. Enfanté dans un moment d'humeur chagrine, il met en lumière toutes les faces du caractère de son auteur, cl pourtant rien né semble, de prime abord, y révéler la moindre animosité. On le croirait dicté par l'affection la plus profonde, par la sollicitude la plus vive. Tantôt c'est une mère vigilante qui tremble pour l'avenir d'un fils, tantôt c'est une institutrice éclairée, usant de l'autorité de sa parole pour écarter son élève des écucils qui le menacent. S'aperçoit-elle qu'elle a dépassé

le but, aussitôt elle évoque le souvenir de ses bienfaits pour enchaîner la juste indignation du prince; elle exalte les vertus, le patriotisme et la gloire du héros de Jemmapes, pour les élever comme une barrière infranchissable entre le trône et lui. Mais toujours souple et rampante en face du plus puissant, elle encense le Directoire afin de trouver grâce devant lui. Le due d'Orléans, comme il nousl'apprend lui-même, dédaigna de répondre à cette étrange aberration d'esprit, et madame de Genlis vécut assez longtemps pour voir son élève monter sur ce trône, dont elle l'avait jugé indigne trente-quatre ans auparavant.

Cependant le noble proscrit se mit en mesure de presser son départ pour l'Amérique. Le 50 août, il écrivit à Gouverneur-Morris : « Je viens de recevoir une lettre de ma mère qui m'ordonne d'entreprendre un voyage dans votre pays, et m'annonce que ce voyage doit améliorer sa situation et celle de ma famille. En conséquence, je vais partir en toute bâte. Mes frères aussi doivent faire voile pour Philadelphie. Ceci est certain, car le Directoire m'a envoyé officiellement la lettre de ma mère; par conséquent, il en a connaissance.

« Je vous ai déjà informé que j'ai écrit à M. Paris'h pour lui demander qu'il donne à ma sœur une lettre de crédit de 500 livres sterling prise sur les 4,500. Il m'a envoyé dire que la somme qu'il avait à ma disposition était seulement de 400 pounds, et qu'il ne pouvait pas la délivrer par petites sommes et sans mon reçu. Je lui ai donc envoyé mon reçu pour ces -400 pounds. J'en ai transmis 100 à ma sœur et j'en garde -100 pour moi. Je vais partir immédiatement pour Hambourg, où je m embarquerai sur le premier vaisseau. \dieu, mon ami, je vous embrasse.

« Signe L. P. d'Orléans. »

Gouverneur-Morris était en mission dans l'Allemagne quand lui parvint la lettre du prince. Aussitôt il transmit à ses correspondants de New-York l'ordre d'ouvrir à son jeune protégé un crédit illimité pendant toute la durée de son séjour aux Etats-Unis. Désormais libre de tous soucis pour l'avenir, le due d'Oijéans arrêta son passage sur le vaisseau américain l'Âmerica, capitaine Ewing. bâtiment régulier de commerce entre Hambourg et Philadelphie. H avait pris dans ses passe-ports la qualité de sujet danois. Au moment où le vaisseau se

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disposait à lever I ancre, il survint de grands vents d'ouest qui re-

tardèrent le départ. Le prince en profita pour annoncer son embarquement à sa mère : « Il y a déjà longtemps, ma chère maman, lui écrivit-il, que vos ordres seraient exécutés, et que je serais part; pour Philadelphie, si un vent d'ouest permanent ne nous empêchait pas de sortir de l'Elbe. Comme il me sera impossible d'écrire au moment où nous mettrons à la voile, je laisserai cette lettre à un négociant de Hambourg, qui voudra bien se charger d'y ajouter l'époque du depart de V America. Je suis sur un très-bon vaisseau américain, doublé en cuivre et fort bien arrangé intérieurement. Le capitaine est un fort bon homme, et nous sommes parfaitement nourris. Soyez sans aucune inquiétude pour ma route, ma chère maman. Le ministre de France m'a délivré les passe-ports que j'avais demandés pour moi. Il a même eu l'attention d'y joindre une lettre pour le ministre de la republique près les États-lnis '. Ainsi, vous pouvez être parfaitement tranquille sous tous les rapports. 11 me larde beaucoup d'avoir des nouvelles de mes frères, dont je suis privé depuis si longtemps. Les gazettes ne nous avant pas annoncé leur départ, je crains qu i! ne soit pas encore effectué. J'en attends la nouvelle avec une impatience bien vive.

(1) Charles Reinhard, honorable diplomate

iiKiri à Paris le 23 décembre 1837.

pair de France par Lonis-PbilippeIerI ci

iil HISTOIRE

« Nous trouverez joint à cette lettre un exemplaire tlu petit écrit dont je vous ai parlé dans ma première.

« Adieu, ma chère maman; votre (ils vous chérit et vous embrasse de toute son âme. C'est aussi de toute son âme qu'il souhaite que le voyage qu'il entreprend puisse avoir l'effet que vous en attendez, et améliorer enfin la cruelle position des siens qui pèse sur son cœur depuis si longtemps.

« Signé L. P. d'Orléans. »

L America sortit de l'Elbe le 2î septembre 170G. 11 n'y avait à bord, outre le duc d'Orléans, connu de Baudouin seul, qu'un passager de cabine. C'était un émigré français, ancien habitant de Saint- Domingue, qui comprenait fort peu l'anglais et le parlait plus mal encore. Mais s'apercevant que son compagnon, dont il était loin de soupçonner le rang, possédait parfaitement celle langue, il lui demanda s'il connaissait le français, et, sur sa réponse affirmative : « En effet, ajouta-t-il, vous ne le parlez pas mal pour un Danois, et je vous prierai de me servir d'interprète. » Pendant près de trois jours, les brouillards les plus épais enveloppèrent le navire, et ne se dissipèrent que le 27 au soir. On se trouvait en ce moment à la hau-

teur de Calais. Un corsaire français v conduisait deux bâtiments da-

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