DE LOUIS- PII IU1TK
noïs qu'il venait île capturer; il vira île bord et voulut visiter / 'America. Grande lut la frayeur de l'émigré à l'approche du canot du corsaire; et vite il courut se réfugier dans la cabine. Déconcerté par le sang-froid du duc d'Orléans, qui restait sur le pont, il s'écria avec dépit : « Ma foi, monsieur, si vous étiez Français comme. moi, vous ne seriez pas si à votre aise dans ce moment-ci. » Les corsaires, montés à bord, examinèrent les papiers du capitaine : « Ali! fort bien ! dirent-ils, de Hambourg à Philadelphie, c'est de port neutre à port neutre, nous n'avons rien à dire à cela; continuez votre route, mais serrez la côte d'Angleterre, elle vaut mieux que celle de France. » Et ils s'éloignèrent sans s'occuper des passagers. Le duc d'Orléans se hâta d'aller rassurer l'émigré, qui, remis enfin de son émotion, dit assez plaisamment : « Ali ! ils sont partis ! Que le diable les emporte! Mais ils m'ont donné là une fière venelle. »
Le navire acheva sa traversée sans autre incident et jeta l'ancre devant Philadelphie le 21 octobre suivant. A la vue de celle terre libre à laquelle il venait demander l'hospitalité, le duc d'Orléans, jugeant inutile de prolonger son incognito, arbora la cocarde tricolore, et
seulement alors les passagers apprirent le nom de leur compagnon de voyage.
Le due de Monlpensier et le comle de Beaujolais furent moins heureux que Louis-Philippe. Condamnés à une captivité rigoureuse dont
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ils ne prévoyaient pas le terme, ils avaient essayé de s'évader en 179") ; mais cette tentative échoua, par suite d'une fracture que se lit M. de Montpensier, et son frère, ne voulant pas l'abandonner, revint se livrer lui-même. Le Directoire, enfin, n'hésita plus à les embarquer pour l'Amérique, dès qu'il eut la certitude du départ de leur frère aine, et, le 5 novembre, ils furent rendus à la liberté.
« Nous ne dormîmes pas de la nuit, raconte le duc de Montpensier dans ses Mémoires, et dès sept heures du malin, nous nous rendîmes avec le général Willot, le consul américain Cathalan, et la bonne madame de la Cbarce, à bord du vaisseau suédois le Jupiter, Le peuple de la ville, instruit de notre départ, se rassembla bientôt en foule pour nous voir. Le port et le rivage voisin étaient couverts de monde; le fort, garni de gens aux fenêtres et sur les parapets. Pendant ce temps, le général Willot nous exprimait à la bâte ses vœux sincères pour notre heureuse traversée. La bonne madame de la Chance avait le cœur déchiré, et, prête à s'évanouir, elle fut obligée de quitter le bâtiment sans nous dire adieu. L'ancre se leva les voiles s'enflèrent; ceux qui devaient rester en France descendirent à la hâte dans leurs canots; tous les adieux se répétèrent mille lois, Vn vent frais s'élevant, nous nous éloignâmes rapidement de cette terre ou nous avions été si malheureux, et dont cependant nous n'avions pas cessé de souhaiter le bonheur. Le vent étant devenu contraire quelque temps après, et nous ayant retenus vingt-trois jours dans la Méditerranée, nous fûmes obligés de relâcher à Gibraltar. Le général O'Hara, qui en était alors gouverneur, nous rendit le très-court séjour que nous y fîmes extrêmement agréable. Après une traversée de quatre-vingt-treize jours, non moins pénible que longue, nous arrivâmes en Amérique le 8 février t7!>7. Toutes nos peines y furent sinon oubliées, au moins bien adoucies par l'idée de nous retrouver en possession de notre liberté, et par le bonheur inappréciable de serrer dans nos bras un frère chéri que nous avions si longtemps désespéré de voir. »
DK l.OUIS-FHILlPr'K.