‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 26 sur 55 · HISTOIRI · texte numérisé non relu

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porter encore. » Puis, accompagné de mademoiselle Adélaïde, il partit

pour rejoindre sa famille à Twickenham.

M. Fleury de Chaboulon répéta les paroles de Louis-Philippe a Napoléon, qui en parut Grappe et lui demanda, au bout dé quelques instants, s'il n'avait pas une lettre de la duchesse d'Orléans. M. de Chaboulon la lui remit ; l'Empereur la lut et ajouta : « Je veux que sa mère soit traitée avec les égards qu'elle mérite. » Effectivement, il ordonna que la duchesse, dont les biens venaient d'être remis sous le séquestre, recevrait annuellement du trésor publie 300,000 francs d'indemnité.

Cependant, les royalistes opposaient quelque résistance au rétablissement du gouvernement impérial. Les armées de la Prusse et de l'Angleterre étaient encore dans la Belgique ; la guerre civile se rallumait dans le midi et la Vendée. Mais la duchesse d'Angoulénie échoua à Bordeaux et lit voile pour l'Espagne <, tandis (pie le due d'Angoulénie, forcé de capituler, ni- dut la liberté qu'à la générosité de Napoléon, et s'embarqua à Cette le 18 avril. Les couleurs nationales reparurent successivement a .Marseille, a Toulon et à Avignon, et bientôt tout le midi fut pacilié. Néanmoins la position du gouvernement était aussi critique; caria Sainte-Alliance, engagée par son traité du î2o mars à rétablir Louis XVIII, faisait de grands préparatifs de guerre, quoique Napoléon, pour satisfaire l'opinion, répétât dans toutes ses déclarations qu'il voulait la paix et le maintien du traité de Paris. Déjà, pour témoigner de ses bonnes intentions, il avait appelé au ministère les républicains Carnot et Louché. Mais le traître Louché, prévoyant que Napoléon succomberait sous l'effort de la coalition, se tenait prêt à tout événement, et servait secrètement tous les partis à la fois. Les embarras se multipliaient donc autour du trône, quand l'acte additionnel, plus libéral et plus populaire que la Charte, fut pourtant mal accueilli des patriotes, qui avaient la majorité dans la Chambre des députés ; et dès lors la ruine de l'Empereur fut résolue. Le 20 mai, il passe en revue quinze ou vingt mille ouvriers des faubourgs Saint-Marceau et Saint-Antoine; le 1er juin, il assiste à la solennité du Champ de Mai, dans le Champ de Mars, témoin de la fédération de 1700. Le 7 juin, il ouvre la session en personne ; puis, laissant le pouvoir entre les mains de Fouché et de Carnot, qui exerçaient le plus d'inlluencesur les Cham-

brcs, il quitte Paris dans la nuit du 11 au \i, pour courir avec cent dix mille hommes au-devant de Blùcher el de Wellington. En six jours les destinées de l'empire furent accomplies. On sait contre quelles forces armées le génie de Napoléon avait à lutter. On sait aussi que la trahison arracha la victoire au grand capitaine, dans les champs de Waterloo (18juin). « Journée incompréhensible! Concours de fatalités inouïes! a dit depuis Napoléon à Sainte-Hélène. Grouchy, Ney, d'Erlon! Ya -t-ileu trahison? N'y a-t-il eu quemalheur? Ah! pauvre France! Et pourtant, tout ce qui tenait à l'habileté y avait été accompli! Singulière campagne, où, dans moins d'une semaine, j'ai vu trois fois s'échapper de mes mains le triomphe assuré de la France! Sans la désertion d'un traître, j'anéantissais mes ennemis en ouvrant la campagne; je les écrasais àLigny, si la gauche eût fait son devoir ; je les écrasais encore à Waterloo, si ma droite ne m'eût pas manqué. Singulière défaite, où, malgré la plus horrible catastrophe, la gloire du vaincu n'a pas souffert, et celle du vainqueur augmenté. La mémoire de l'un survivra à sa destruction ; la mémoire de l'autre s'ensevelira peut-être dans son triomphe! »

Le désastre de Waterloo jeta le deuil dans toute la France; mais dans cette consternation générale il y avait moins de sympathie pour le vaincu que d'effroi pour le vainqueur. On était déjà trop habitué à la pensée de se débarrasser de Napoléon pour se préoccuper d'autre chose que de savoir quel sort nous réservait une coalition de 800,000 hommes. La Chambre et le gouvernement , sous la fatale influence de Fouché, étaient décidés à provoquer l'abdication de Napoléon ou à prononcer sa déchéance, quand il arriva à l'Elysée, le 21, à quatre heures du matin, après avoir recommandé à ses plus habiles généraux de rallier les troupes et d'essayer de changer la déroute en retraite. Lafayette, qui ne s'aperçoit pas qu'il est l'instrument des desseins de Fouché, parle, à la Chambre des députés, au nom de la patrie, et entraine ses collègues à une défection. A seul heures, Napoléon convoque son conseil des ministres, et demande la dictature temporaire. Mais , animé d'une haine implacable contre l'homme généreux qui l'avait arraché des prisons d'Olmùtz, Lafayette combat, à la Chambre, la proposition de Bonaparte et insiste pour son abdication immédiate. De toute la nation, le peuple seul restait fidèle à son empereur malheureux! Napoléon finit par se rési-

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gner au sacrifice qu'on lui imposait, et abdiqua en faveur de son fils Napoléon II, Hélas! c'était encore là une illusion que la réalité détruisit. On nomma une commission de gouvernement, composée de Carnot, Fouché, Grenier, Quinelte et de Caulaincourt, et qui ne tint aucun compte de Napoléon II. Elle était particulièrement chargée de négocier avec les armées alliées, de suivre les rapports avec les deux Chambres, d'organiser la défense, et d'éloigner Napoléon. Toutefois, Fouché s'était tracé un rôle à part qu'il joua avec une rare dextérité. Lafayette éliminé, à son grand regret, de la commission executive, accepta la mission de porter des propositions aux souverains alliés, et partit avec ses collègues, MM. d'Argenson, Séhastiani, de Ponlécoulant et de Laforest. Les instructions, rédigées par M. Bignon et revues par le duc d'Otrante, étaient pleines de dignité, et Fouché persuada aux plénipotentiaires de ne soutenir la régence qu'autant que cette combinaison pourrait assurer l'appui de l'Autriche et faire obtenir de meilleures conditions. « La question du prince est peu de chose, dit-il, lorsque nous aurons une bonne constitution ; proposez le duc d'Orléans, le roi de Saxe, Napoléon II ; l'essentiel c'est l'intégrité du territoire. »

Arrivés à Haguenau , où se trouvaient les souverains, les plénipotentiaires entamèrent la négociation, et demandèrent d'abord un armistice, que lord Slwart prétendit ne pouvoir accorder, sous prétexte que le gouvernement de fait, établi à Paris, en acquerrait trop de force. Ce fut une occasion de discuter la question du gouvernement de droit, et Lafayette notamment s'expliqua de la sorte à cesujet : « Il est important de bien se persuader que tout conviendrait à la France, excepté la branche aînée des Bourbons , il n'y a pas de système possible avec eux ; ils n'excitent aucune sympathie nationale ; dans six mois ce serait à recommencer. Voyez comment ce trône a été renversé. » Pendant le cours de ces conférences, Fouché, qui redoutait la présence de Bonaparte, manœuvra si bien qu'il le décida à s'éloigner: l'ex-empereur quitta la Malmaison le 29 juin, et se rendit à Rocbefort, avec l'intention de s'embarquer pour les Etats-Unis d'Amérique. Alors, il eut la fatale pensée de venir à bord du liellérophon, où, au mépris du droit des gens , les lâches suppôts de Wellington le retinrent prisonnier, pour le jeter sur le rocher de Sainte-Hélène.

DE LOUIS-PHILIPPE. Tr>3

Depuis le 28 juin, Paris était en état de siège, et la commission provisoire avait repoussé les services de Napoléon, qui s'offrait comme simple général, comme soldat. Le 3 juillet, le maréchal Davoust décida, non sans peine, Wellington et Blûcher à accepter une capitulation, qui stipulait l'évacuation de la capitale dans trois jours, la retraite de l'armée derrière la Loire avec tous ses bagages, et la continuation de la police de la ville par la garde nationale et la gendarmerie. Le 0, les alliés firent leur entrée : la commission de gouvernement se sépara; les Chambres législatives furent fermées, pendant la nuit, en l'absence des membres ; et, le 8, Louis XVIII remonta pour la seconde fois sur le trône de> Capets.

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