‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 28 sur 55 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Conséquences de l'ordonnance du a septembre. — Conduile réservée du duc d'Orléans. — Pensionnaires du Palais-Royal ; Casimir Delavigne, Alexandre Dumas. — I.e duc d'Orléans encourage les lettres cl les arts; anecdote. — P.iroles de l'empereur Alexandre. — Situation politique; concordat du 21 juin 1817; excellentes mesures du ministère Richelieu. — Modifications ministérielles. — Progrès de l'opinion libérale. — Session de 1817. — Esprit des journaux de l'époque. — Procès du duc d'Orléans. — Élections de 1818. —Démission du duede Richelieu.— Fortune politique de M. Decazes. — Politique intérieure.— Assassinat du duc de Berry. — Be- Iraile de M. Decazes. — Symptômes de révolte ; émeutes. — Conspiration du 19 août. — Naissancedu duc de Bordeaux. — Document curieux attribué au duc d'Orléans. — Lettre du prince au duc de Bourbon — Propagande révolutionnaire. — Mort de Napoléon. — Annulation de la garde nationale par ordonnance. — Session de 1824 ; triomphe des ultras. — Chute du ministère Pasquier. — Tendances rétrogrades du nouveau ministère. — Le carbonarisme. — Révolution d'Espagne; intervention française. — Ouvertures faites au duc d'Orléans par l'Opposition. — Sympathies de la bourgeoisie pour le prince. — Élections de 1881. — Seplennalité parlementaire; irritation des esprits. — Courageuse prophétie de M. de Salvandy. — Disgrâce de M. de Chateaubriand. — Mort de Louis XVIII : ses dernières paroles.

L'ordonnance du 5 septembre était le signal du retour à un système de tolérance et de concessions; c'était un appel à de nouvelles élections. En effet, elles furent surveillées avec soin, et le ministère y obtint un triomphe complet dans le sens de la prudence et delà modération ; car il fut appuyé par une majorité constitutionnelle lors de la discussion de son projet de loi électorale. Cette loi parut aux royalistes subversive des doctrines monarchiques, puisqu'elle assurait définitivement la suprématie de la classe moyenne sur la rjrande pro-

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priété , dont les partisans combattaient avec acharnement les tendances de Louis XVIII. Ferme à poursuivre les conséquences de l'ordonnance du 5 septembre, le roi résistait aux attaques et s'inquiétait peu des sarcasmes et des clameurs du parti royaliste. Les pamphlets à son adresse pleuvaient à la cour; mais, loin de s'en émouvoir : «Je suis habitué, disait-il, à l'esprit de ces messieurs, cela date de loin. Je ne suis allé qu'en troisième ligne à Coblentz. » Pourtant une lutte aussi opiniâtre devait finir par lasser cette énergie que trahissaient déjà les forces d'un corps usé par l'âge.

Le duc d'Orléans, complètement étranger aux débals législatifs, se tenait surtout éloigné de ces intrigues de famille, et ne protestait que par son silence contre les maladresses du pavillon Marsan. Ami des lettres et des sciences, riche des souvenirs de la jeunesse et de l'exil, il accueillait avec empressement les notabilités indépendantes, que la cour avait la sottise de repousser; réparait les disgrâces et les injustices, et secourait toutes les infortunes. Que d'écrivains devinrent les pensionnaires du Palais-Royal! L'auteur de Louis XI y fut admis lorsqu'en 1821 il quitta la chancellerie. « Je serais charmé, dit le prince à un de ses amis, que M. Casimir Delavigne retrouvât chez moi ce qu'il perd ailleurs, en attendant tous les succès qu'il ne peut manquer d'obtenir. Mais évitons l'ostentation, je la crains autant que l'air de censurer les autres et de me produire comme le redresseur de leurs torts, quoique pourtant j'aie toujours bonne envie de le, faire. » M. Alexandre Dumas, cet écrivain si célèbre par une fécondité merveilleuse, était employé dans l'administration des forêts delà maison d'Orléans, lorsqu'il lit jouer au Théâtre— Français son magnifique drame de Henri II I, qui lui ouvrait une si brillante carrière. Quelle distance incommensurable entre la vie régulière et monotone du simple copiste aux appointements de douze cents francs, et la vie aventureuse et princière du puissant dramaturge, du Monle- Ciisto de la littérature, dont tous les écrits se changent en pluies d'or! pluies bienfaisantes pour lui-même, l'heureux enchanteur, comme pour les théâtres, les journaux el les libraires. Le duc d'Orléans n'aimait pas moins à encourager les artistes; et Gérard, Gros, Girodet, Michalon, Géricault, Horace Yernet et tant d'autres, enrichirent sa galerie de chefs-d'œuvre, en retraçant nos grandes campagnes et les souvenirs de noire révolution ou de l'exil du prince.

Affable ei poli avec IohI le monde, il avait des mots charmants pour tous. Visitant un jour la coupole de Sainte— Geneviève, œuvre

du baron Gros, — c'était en IS2i, — il fut entouré d'un grand nombre de curieux qui se pressaient sur ses pas. L'artiste cherchait à écarter la foule. « Tant mieux, dit en souriant le duc d'Orléans, plus il y aura de spectateurs, plus vous aurez d'admirateurs. » Entouré de la pléiade illustre des éloquents défenseurs de nos libertés, Foy, Girardin , Laffitte, Dupin, Casimir Périer, d'Argenson, — le duc d'Orléans ne déguisait pas son opinion sur la marche du ministère et de la branche aînée; il signalait et déplorait leurs fautes, et par la profondeur de ses vues en politique, par l'étendue de ses connaissances, par ses doctrines libérales, la noblesse de ses sentiments et ses vertus privées, il faisait germer dans les cœurs, et à son insu, des espérances que l'avenir devait réaliser. Du reste, la conduite du gouvernement ne mécontentait pas le pavs seulement, elle révoltait les puissances étrangères: et l'empereur Alexandre, qu'animaient les intentions les plus généreuses, exprimait hautement son peu de confiance dans la Restauration, en plaignant ce beau royaumede France, déchiré

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