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par de si odieuses réactions. « Le duc d'Orléans, dit-il à Dumouriez, qu'il vit à Londres, esl le seul «le la famille qui suit de son époque; mais il ne peut être question de lui qu'àson tour, et c'est fâcheux. »Les choses en étaient arrivées à ce point, avant l'ordonnance du •") Septembre, que quatre puissances, notamment la Russie, songeaient déjà à la possibilité d'un changement de dynastie. Dans le mois de juin 181(3, les réfugiés de Bruxelles adressèrent à l'empereur Alexandre un mémoire rédigéparM. Teste, sur la situation de la France. L'agent, qui parvint jusqu'à Varsovie, M. de Viel-Castel, y reçut du grand-duc Constantin le plus bienveillant accueil. Ce mémoire, qui impressionna vivement Alexandre, aurait eu des conséquences funestes pour Louis XYIII, sans l'ordonnance du 5 septembre. Ainsi, placé entre le devoir et l'ambition, désigné par l'opinion publique en France et à l'étranger, le duc d'Orléans aurait pu justifier cette maxime du poète latin :
Volenlcm rata Jucunl, nulcntcm irahunt.
Mais s'il avait lieu d'être flatté des vœux dont il était l'objet , s'il s'associait, par la pensée, aux regrets qu'inspirait la situation du pays, il avait trop de dignité, trop de prudence si l'on veut, pour accepter le rôle de chef de parti. Il disait spirituellement au marquis de Ver..., « Je suis trop Bourbon pour les uns et pas assez pour les autres. » Attendre tout du temps, telle était sa devise. Ce n'était peut-être pas de l'abnégation, du désintéressement; c'était du moins de la raison. Il avait le sentiment de sa force, et tout en comprenant les difficultés d'un gouvernement trop tôt déposé dans ses mains, il savait, selon l'expression d'Alexandre, il savait qu'il aurait son tour. « Le nom du duc d'Orléans, dit M. Capefigue, a pu être plusieurs fois indiqué comme le résultat d'une idée nécessaire: voilà tout; le prince n'avait pas besoin d'aller au-devant des événements, caries événements viendraient le chercher. »
Comme les lois suspensives de la liberté individuelle et de la liberté de la presse devenaient nulles à la fin de la session, M. Decazes, au mépris de la Charte qui consacre ces deux principes, lit adopter deux nouvelles lois à ce sujet, (l'était une contradiction Qagrante et déplorable avec cet esprit de modération qu'on annonçait. Toutefois, le mi-
nistère réalisa en partie ses promesses rassurantes. Le due de Richelieu réussit à obtenir des alliés une réduction de trente mille hommes sur l'armée d'occupation, et, le 21 juin 1817, fut signé à Rome le fameux concordat qui annulait le concordat de l'an X et les actes organiques, objet de tant de réclamations de la part du Saint-Siège. L'enseignement mutuel, encouragé par M. Laine, le rétablissement de l'ordre de Saint-Michel, pour récompenser les artistes et les sa\ ants, la réorganisation de l'école polytechnique sous le patronage du duc d'Angoulème, la loi sur les établissements ecclésiastiques, font honneur à la Restauration.
A la fin de la session de 1817, le ministère fut, par des modifications nécessaires, mis en harmonie plus complète d'opinion politique avec la majorité libérale et constitutionnelle, que la loi des élections allait appeler à la Chambre. M. Du bouchage, resté fidèle aux idées de la majorité de 1815, fut élevé à la pairie et remplacéà la marine parle maréchal deGouvion Saint-C.yr, administrateur habile, homme ferme et libéral, qui appartenait au centre gauche par ses principes; puis, après la retraite du duc de Feltre, il accepta le portefeuille de la guerre, qui lui convenait mieux. La marine revint donc à M. Mole, fort avant dans la confiance du duc de Richelieu. La nouvelle combinaison du ministère répondait aux vœux du centre droit et du centre gauche. Des changements, introduits également dans l'administration, firent jeter les hauts cris au pavillon Marsan et au parti royaliste, à ce point que le comte d'Artois s'écria, dit-on : « Puisque le roi veut se perdre, il en est le maître; je vais prendre mes précautions. » Les élections révélèrent les progrès sensibles de l'opinion libérale, représentée par trois partis : les impérialistes, les républicains et les orléanistes. Les impérialistes étaient redoutés sans être redoutables. Les orléanistes n'avaient pas de lien qui les unit; mais ils s'entendaient déjà parfaitement quant au but, sans se préoccuper ni des moyens ni de l'assentiment d'un chef, certains d'ailleurs que le duc d'Orléans ne s'écarterait pas du rôle négatif qu'il s'était imposé. « Au reste, dit un écrivain, les projets de ceux qui songeaient à Son Altesse Sérénissime s'attachaient plutôt au besoin d'un nom, à une similitude historique avec la révolution de 1G88, qu'à un dévouement personnel au prince. On apercevait dans cette combinaison une éventualité de changement politique sans grande secousse, sans
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commotion '. » Les républicains, qui, à plusieurs époques, s'étaient ralliés aux orléanistes, n'auraient peut-être pas hésité à faire encore cause commune avec eux; mais, trop absolus et trop exclusifs dans leurs théories plus généreuses qu'applicables, ils n'auraient vu dans cette union qu'un moyen d'user sans retour les formes monarchiques, et d'arriver par cette dernière transition à l'ordre de choses qu'ils désiraient. Quoique composer d'éléments aussi divers, l'Opposition n'en faisait pas moins au gouvernement une guerre redoutable. La session de 1817 s'ouvrit le o novembre. La suppression des cours prévôtales, la loi de recrutement, présentée et défendue avec talent par M. de Gouvion Saint-Cyr, constatèrent le triomphe de la majorité.
L'esprit public se ressentait des discussions de la tribune. La loi de censure, malgré sa sévérité, ne parvenait pas toujours à étouffer les accents généreux de la liberté. La Minerve, les Lettres sur Paris, d'Etienne, Y Ermite de M. de Jouy. les Analyses de M; Pages, les Tableaux historiques de M. Aignan, excitaient les plus vives sympathies. Mais Béranger et Paul-Louis Courier étaient les plus rudes cham-
pions du parti libéral. Chateaubriand, Fiévée, Lamennais, luttaient contre les libéraux dans le Conservateur , organe principal du parti. Le Censeur européen, V Homme gris, les Lettres normandes échappaient à la censure par les époques de leur publicité. Quant aux feuilles quotidiennes, elles étaient forcément sans couleur et sans énergie. L'éducation constitutionnelle des partis avançait, caries opinions desjour-
' IJist'irc Je lu Restauration, par un homme J'Êlal.
naux étaient le sujet constant des conversations à la cour et dans toutes les classes de la société. La Froideur qui existait entre Louis XVIII et son frère n'avait jamais cessé de s'accroître; elle fut extrême après la conspiralio)i du bord de Veau, à laquelle Monsieur semblait avoir participé.
Indépendamment de ces divisions intérieures, la famille royale se courbait sous le poids d'afflictions imprévues. La duchesse de Berry était accouchée d'un enfant mort. Dernier héritier de la maison de France, le duc d'Orléans * rapprochait chaque jour davantage de la branche aînée. « La princesse Amélie, si bonne, si pieuse, était continuellement chez la duchesse de Berry, sa nièce. M. le duc de Berry donnait des bals d'enfants; il aimait à y voir les jeunes d'Orléans, et surtout M. le duc de Chartres, que la duchesse de Berry avait pris en tendre amitié. C'était une consolation. «(Histoire de la Restauration.)
A cette époque, le duc d'Orléans, tout entier à l'administration de ses propriétés, était occupé de deux procès. La Bourse se tenait alors au Palais-Royal. Cet encombrement pouvait ôter de la valeur à l'immeuble; le prince força les commerçants à chercher un autre lieu de réunion, au risque de compromettre sa popularité vis-à-vis de l'aristocratie financière. Le second procès réveilla des souvenirs pénibles et dangereux. En juillet 1817, le duc d'Orléans avait fait citer le propriétaire du Théâtre-Français en conciliation, sur la demande en nullité de la vente de cette salle, en 1795, par de prétendus fondés de pouvoirs de Joseph-Egalité. « Son Altesse Sérénissime sait, disait la citation, que c'est un devoir de respecter toutes les ventes faites par les corps administratifs et qui sont confirmées par la Charte constitutionnelle et par la loi du 3 décembre 1814; mais qu'il est également de son devoir de réclamer contre les prétendues ventes faites par des particuliers qui, quoique se disant mandataires du prince son père, étaient sans pouvoirs relativement au domaine composant son apanage. » lue polémique s'engagea à (('sujet entre le prince etM. Jullien, etse termina, en 1818, par une transaction, moyennant 000,000 fr. pour la partie apanagère. En outre , le due acheta 400,000 fr. la partie patrimoniale qui consistait en maisons adjacentes.
Cependant, les élections de 1818 vinrent jeter l'effroi dans le parti des ultras, et le pavillon Marsan frémit de rage en apercevant, sur la
liste du renouvellement, des noms tels que ceux de Lafayette, Manuel, Benjamin Constant. Déjà le comte d'Artois s'était vu retirer le commandement de la garde nationale du royaume; l'aristocratie, qui n'avait pris que par tactique parlementaire et par rancune le langage des libéraux, et qui implorait en vain l'appui de l'étranger par des notes secrètes, comprit qu'elle perdait chaque jour de sa puissance. Le duc de Richelieu, alors dans toute la popularité de sa fameuse négociation d'Aix-la-Chapelle, qui avait enfin délivré de l'occupation militaire nos campagnes du Nord et de l'Est, le duc de Richelieu eut peur comme les autres et donna sa démission.
Le 29 décembre, M. Deeazes se trouva définitivement à la tète des affaires, et organisa lui-même le nouveau ministère, dont il laissa la présidence nominale au général Dessoles. La Chambre des Députés lui était favorable; mais une opposition redoutable l'attendait au Luxembourg. Il se refit une majorité par la création de soixante nouveaux pairs (o mars 1819). Alors le ministre sentit le besoin de se concilier l'opinion nationale. H y réussit en faisant adopter une loi satisfaisante pour la presse, dont les délits devaient être désormais confiés à la décision du jury. Ce bon accord fut de courte durée par suite d'une discussion sur le rappel des bannis sans jugement, et de troubles survenus à l'école de Droit. Puis la crise du renouvellement de 1819 finit par lui donner à réfléchir à son tour; car toutes les élections étaient hostiles à la dynastie régnante. Dès ce moment, on médita lu changement de la loi électorale. Les ministres de Gouvion Saint-Cyr, Dessoles et Louis refusèrent «le participer à cet acte et se retirèrent. La révolution espagnole, qui éclata sur ces entrefaites (I820j, et l'élimination du député Manuel, augmentèrent encore les divisions. Les nouveaux députés n'exigeaient rien moins qu'une réforme générale de l'administration, et se trouvaient Vivement soutenus dans le conseil par Louis et Dessoles. Louis XVIII et son ministre imaginèrent de recourir aux ultras; mais ce revirement eut un fâcheux résultat pour M. Decazes. Il venait de donner au pavillon Marsan des gages de réconciliation, en expulsant de la Chambre, comme indigne, le conventionnel Grégoire, quand l'assassinat du duc de Berry jeta la consternation parmi les royalistes 15 février 1820).
Quoiqu'on en ait dit, le duc de Berry était loin d'être aimé; il n'emporta les regrets «pie des siens. « 11 montra, à ses derniers mo-
DE LOUIS-PHILIPPE. :,4!i
nieuts, dit madame de Genlis, des sentiments sublimes, demanda lu grâce de son assassin ; sa piété fut telle d'un saint, et son courage celui d'un héros. » On accusa le parti libéral d'avoir armé le bras de Louvel, et l'accusation rejaillit sur M. Decazes, qui fut obligé de donner sa démission. « Il y a des gens, — dit l'historien de la Restauration que nous avons déjà cité, — il y a des gens qui attribuent encore aujourd'hui a la rivalité entre les deux branches de la maison de Bourbon, un crime qui aurait l'ait passer la couronne à la branche cadette. J'affirmerai qu'il n'en fut rien, et j'en prends ma preuve principale dans le caractère du prince auquel ce crime aurait profité, dans ses mœurs paisibles et domestiques. On peut saisir une couronne à l'improviste; mais la chercher sanglante à travers le cœur d'un prince, d'un parent, cela serait atroce, même à supposer! »
Après la retraite de M. Decazes, le due de Richelieu rentra au ministère et accepta la présidence, sous la condition que Monsieur n'entraverait pas sa politique. Le comte d'Artois donna sa parole de gentilhomme. M. de Richelieu s'y confia et s'en repentit. Alors devinrent redoutables les éloquentes protestations du parti libéral contre la réaction déterminée par l'assassinat du duc de Berrv. Fov, Lafa\etle,
lienja
Benjamin Constant, jetèrent du haut de la tribune de chaleureuses paroles qui, mal écoutées à la Chambre, trouvaient toujours un écho dans les masses. L'émeute déjà commençait à gronder dans les rues. Au milieu de cette tempête générale, le ministère obtient, à la majorité de cinq voix seulement, le vote d'une nouvelle loi électorale qui eta-
blit deux espèces d'élections, et donne aux électeurs les plus riches le droit de voter deux fois. Les députés contraires à l'adoption de cette loi sont insultés et frappés au sortir de la Chambre. Plusieurs jours de suite, la cavalerie disperse les rassemblements. Les écoles de Droit et de Médecine s'associent aux ressentiments populaires, et se battent à coups de pierre avec les gendarmes. Les sociétés secrètes s'organisent par toute la France, et les clubs de 89 reparaissent dans les ventes du carbonarisme. La découverte de la conspiration dite du 19 août vint augmenter l'irritation des royalistes et servir de prétexte à de nouvelles rigueurs; mais le ministère opposa une résistance ferme a ce mouvement désordonné et dangereux pour la monarchie. L'espoir qu'il naîtrait un lils à la duchesse de Berry soutenait la confiance du pavillon Marsan. Dans la nuit du 6 au 7 mai, Gravier, ancien officier de l'Empire, avait vainement essayé de provoquer un avortement par l'explosion d'un petit baril de poudre déposé sous la fenêtre de la princesse; le 29 septembre suivant, une salve de vingt-quatre coups de canon annonçait à la France la naissance du duc de Bordeaux '. Cet événement, d'une haute importance, souleva des doutes et des commentaires animés; et l'on alla jusqu'à nier, dans une foule d'écrits, la naissance du lils posthume du duc de Berry. Celte question touchait au principe même du gouvernement monar-
1 la letlre suivante, adressée au prince deCondé, à propos de la naissance du duc de Bordeaux, prouve que le duc d'Orléans n'a jamais été aussi indifférent qu'on a bien voulu le dire aux prérogatives de son rang.
« Ncuilly, 1er octobre 1820.
« Comme je sais, Monsieur, que vous désirez savoir d'avance ce que j'apprends sur les cérémonies auxquelles nous sommes invités, je m'empresse de vous informer de ce que M. de Brézé est venu me dire hier au soir, relativement au Te Dcum qui doit être chanté mardi à Notre- Dame, en action de grâces de la naissance du duc de Bordeaux. Il m'a dit que le roi n'y serait pas, mais que Sa Majesté serait censée y être ; que, par conséquent, son fauteuil serait placé au centre de nos pliants qui seraient tons sur la même ligue, avec un carreau devant chaque ; qu'il avait ordonne que les neuf pliants fussent pareils ainsi que les carreaux et de la même étoffe; que Monsieur mènerait dans sa voilure M. le duc d'Angouléine, vous et moi, et que nos voilures précéderaient immédiatement les leurs dans le cortège. D'après cela, j'ai dit à M. de Brézé que j'irais à la cérémonie, et je serai mardi malin à dix heures chez Monsieur pour l'y accompagner. Je serai en grand uniforme, en buttes, avec le curJon bleu sur l'habit, et M. de Brézé doit nous faire savoir si les voilures du cortège seront à huit chevaux ou à deuv, afin que nos allelages soient pareils ù ceux de nos aînés. S'il ne me faisait rien dire, je mettrais la mienne à huit chevaux. Madame la duchesse d'Angoulème mènera de même toutes les princesses, qui seront par conséquent cinq dans la \oilure.
Je profile, avec plaisir, Monsieur, etc.
« !.. Tu . d'Obi.é*:*s. »
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chique, el sa solution laissait la branche aînée des Bourbons sans rejeton, ou éloignait encore du trône la branche cadette. Un document tendant à prouver l'illégitimité du duc de Bordeaux, et attribué au due d'Orléans, fut inséré dans le Morning Chronicle ' ; lorsqu'il fut connu en France, le prince accourut au château pour le démentir;
1 Voici la teneur de ce document, intitulé Protestation du duc d'Orléans, publié à Londres en novembre 1820 :
« Son Altesse Royale déclare par les présentes qu'il proteste formellement contre le procès-verbal daté du 29 septembre dernier, lequel acte prétend établir que l'enfant nomme Charles-Ferdinand Dieudonné est lils légitime de S. A. R. madame la duchesse de Berry.
» Le duc d'Orléans produira en temps el lieu les témoins qui peuvent faire connaître l'origine de l'enfant et de sa mére ; il produira toutes les pièces nécessaires pour rendre manifeste que la duchesse de Berry n'a jamais été enceinte depuis la mort infortunée de son époux, el il signalera les auteurs de la machination dont cette très-faible princesse a été l'instrument.
« En attendant qu'il arrive un moment favorable pour dévoiler toute celte inirigue, le duc d'Orléans ne peul s'empêcher d'appeler l'attention sur la scène fantastique qui, d'après le susdit procès-verbal, a été jouée au pavillon Marsan.
« Le Journal de Paris, que tout le monde sait être un journal confidentiel, annonça le 20 août dernier le prochain accouchement dans les tenues suivants:
« Des personnes, qui ont l'honneur d'approcher la princesse, nous assurent que l'accouchement de Son Altesse Royale n'aura lieu que du 20 au 28 septembre.
« Lorsque le 28 septembre arriva, que se passa-l-il dans les appartements de la duchesse ?
« Dans la nuit du 28 au 29, a deux heures du matin, toute la maison était couchée el les lumières éteintes; à 2 heures el demie, la princesse appela ; mais la daine de Valhaire, sa première femme de chambre, était endormie; la dame Lemoiuc, sa garde, était absente, el le sieur Deneux, l'accoucheur, était deshabillé.
« Alors la scène changea: la dame Bourgeois alluma une chandelle, et toutes les personnes qui arrivèrent dans la chambre de la duchesse virent un enfant qui n'était pas encorcdelacué du sein de sa mère.
-> Mais comment cet enfant elait-il placé?
a Le médecin Baron déclare qu'il vit l'enfant placé sur sa mère, el non encore détaché d'elle.
« Le chirurgien Bougon déclare que cel enfant était placé sur sa mère el encore attaché par le cordon ombilical.
u (les deux praticiens savent combien il e>l important de ne pas expliquer plus particulièrement comment l'enfant elail placé sur sa mère.
' Madame la duchesse de Reggio fait la déclaration suivante:
« J'ai été informée sur-le-champ que Son AllesseRoy.de ressentait les douleurs de l'enfantement, j'accourus auprès d'elle à l'instant même, et en entrant dans la chambre, je vis l'enfant sur le lit et non encore détaché de sa mère.
• Ainsi, l'enfant était sur le lit, la duchessesur le lit, et le cordon ombilical iniroduilsous la couverture.
k Remarquez ce qu'observa le sieur Deneux accoucheur, qui, à deux heures cl demie, fut averti que la duchesse ressentait les douleurs de I enfantement, qui accourut sur-le champ auprès d'elle, sans prendre le temps de s'habiller entièrement, qui la trouva dans son lit et entendit l'enfant crier;
.' Remarquez ce que dit madame de Goulard. qui, à deux heures el demie, fui informée que la duchesse ressemait les douleurs de l'enfantement, qui vint sur-le-champ, et entendit l'enfant crier;
» Remarquez ce que vit le sieur Franque, garde du corps de Monsieur, qui était en faction à la
mais Louis XVIII parut accueillir sa justification avec méfiance. « Son Altesse Sérénissime fit cependant une démarche qu'elle devait à sa maison ; elle s'adressa à M. le maréchal duc d'Albuféra : — Monsieur le maréchal, je sais votre loyauté; vous avez été témoin de l'accouchement de madame la duchesse de Berry; est-elle réellement mère d'un garçon? — Aussi bien que Son Altesse Sérénissime est père de M. le duc de Chartres, répondit le duc d'Albuféra avec entraînement. — Cela me suffit, monsieur le maréchal. Et M. le duc d'Orléans et sa famille allèrent féliciter la duchesse de Berry et saluer celui qui devait être leur roi. (Histoire delà Restauration^. » L'abbé
porle de Son Allesse Royale, et qui fui la première personne informée de l'événement par une dame qui le pria d'entrer;
a Remarquez ce que vit M. Laine, carde national, qui était en faction â la porle du pavillon Marsan, qui fut invile par une daine â monter, monta, fut introduit dans la chambre de la princesse où il n'y avait que le sieur Deneux cl une autre personne, el qui, au moment où il cuira , observa que la pendule marquait deux lieures trente-cinq minutes;
« Remarquez ce que vit le médecin Baron, qui arriva a deux heures trente-cinq minulcs, et le chirurgien Bougon, qui arriva quelques inslanls après;
n Remarquez ce que vit le maréchal Sucliel, qui était logé par ordre du roi au pavillon de Flore, et qui, au premier avis que Son Alless? Royale ressenlail les douleurs de l'enfantement, se rendit en loule hàle à son appartement, mais n'arriva qu'a deux heures quarante-Cinq minutes, et qui fui appelé pour assister à la section du cordon ombilical quelques minutes après ;
<i Remarquez ce qui doil avoir été vu parle maréchal de Coigny. (pli était logé aux Tuileries par ordre du roi, qui fut appelé, lorsque Son Altesse Royale était délivrée, qui se rendit en hâte à son appartement, mais qui n'arriva qu'un moment après que la section du cordon avait eu lieu;
« Remarquez enlin ce qui fut vu par toutes les personnes qui furent introduites après deux heures et demie jusqu'au moment de la scelion du cordon ombilical, qui eul lieu quelques minutes après deux heures Irois quarts. Mais où étaient donc les parents de la princesse pendant cette scène, qui dura au moins vingt minutes? Pourquoi durant un si long espace de temps affectèrent-ils de l'abandonner aux mains de personnes étrangères, de sentinelles et de militaires de tous les rangs? Cet abandon affecte n'esl-il pas précisément la preuve la plus complète d'une fraude grossière et manifeste? N'est-il pas évident qu'après avoir arrangé la pièce ils se retirèrent à deux heures el demie, et que, placés dans un appartement voisin, ils attendirent le moment d'entrer en scène et de jouer les rôles qu'ils s'étaient assignés?
« Et, en effet, vit-on jamais, lorsqu'une femme, de quelque classe que ce soit, était sur le point d'accoucher, que pendant la nuit les lumières fussent éteintes, que les femmes placées auprès d'elle fussent endormies, que celle qui était plus spécialement chargée de la soigner s'éloignât, que son accoucheur fut déshabillé, et que sa famille, habitant sous le même toit, demeurât plus de vingt minutes sans donner signe de vie ?
« S. A. R. le duc d'Orléans est convaincu que la nation française et tous les souverains de l'Europe sentiront toutes les conséquences d'une fraude si audacieuse el si contraire aux principes de la monarchie héréditaire et légitime.
* Déjà la France et l'Europe ont été victimes de l'usurpation de Bonaparte. Certainement une nouvelle usurpation de la part d'un prétendu Henri V ramènerait les mêmes malheurs sur la France et sur l'Europe.
t Fait à Taris, le 30 septembre 18:20 »
de Montesquiou, qui était bien vu de Ions les membres de la Famille royale et tlu dm- d'Orléans, racontait avec quelle franche sympathie Son Altesse Sérénissime avait salué la naissance du duede Bordeaux. « Depuis 1814, ajoutait-il, je crois le duc d'Orléans très-dévoué a la branche aînée. Je me souviens que j'eus l'honneur de traiter auprès du roi Louis XVIII l'affaire des domaines de Son Altesse Sérénissime. Je réussis à les faire rendre a la famille d'Orléans. Avec quelles expressions chaleureuses contre la révolution, contre ce qu'elle appelait ses égarements de 1780 et de 17!>2, Son Altesse Sérénissime ne s'exprimait-elle pas! Le lendemain, je la trouvais dans le cabinet de Louis XVIII, témoignant toute sa reconnaissance au roi qui l'écoutait avec bonté; M. le duc d'Orléans était d'une émotion difficile à peindre; c'était justice, il s'agissait de la restitution de ses vastes domaines. »
Pendant que les royalistes se livraient sans réserve à leur joie, depuis la naissance de l'enfant de V Europe, la propagande révolutionnaire portait enfin ses fruits et pénétrait chez tous les peuples à la fois. En Espagne, en Portugal, à Naples, en Piémont, en Allemagne, en Angleterre, la cause de la liberté exaltait les esprits. On se crut à la veille d'un cataclysme politique universel. D'un côté, l'Angleterre aspirait a son bill de réforme; d'autre part, les universités allemandes s'insurgeaient ouvertement contre les gouvernements du pays. Enfin les carbonari d'Italie soulevaient toute la Péninsule et imposaient la constitution au roi de Naples. Le Piémont s'était révolte; la Lombardie n'attendait qu'un signal; Home, Florence, Parme, Modène, tous les petits Etats du centre liaient prêts. L'arrivée des Autrichiens empêcha l'éclat delà tempête.
L'Espagne alla plus loin. Lasse du joug des moines, elle avait chassé les jésuites, aboli l'inquisition et forcé les cachots du saintoffice. Dans sa frayeur, Ferdinand VII se hâta de convoquer les Cortès et de jurer la constitution. En Portugal, Jean AI, revenu exprès du Brésil, ne put arrêter l'effervescence populaire qu'en prêtant aussi le serment constitutionnel. L'insurrection valaque et moldave du généreux Vpsilanti, sacrifié par l'inaction russe, fut alors le prélude du glorieux réveil de la Grèce.
Timide et incertain dans sa politique, le ministère Richelieu parut à peine s'apercevoir de cette fièvre démocratique qui s'était emparée de tous les peuples à la fois.
Au milieu de ces grands événements, et tandis qu'on préparait en
France les fêtes du baptême du due de Bordeaux, une nouvelle remplit l'univers d'une émotion profonde. Napoléon venait de s'éteindre le o mai 18:21, sur le rocher de Sainte-Hélène. C'était un ennemi de moins pour la maison de Bourbon; mais, en réveillant toutes les douleurs de ses partisans et les colères de l'armée, la mort du grand empereur laissa le champ libre aux folles prétentions des héritiers de son nom, et les complots se tramèrent à l'envi dans toutes les \ illes de garnison.
L'annulation de la garde nationale par ordonnance annonça la défiance du gouvernement envers le pays et les projets du parti des émigrés; quant à la session législative, elle n'offrit que le triomphe continu d'une forte majorité royaliste, due à la nouvelle loi. Le roi prévit les suites d'un tel succès: «Nous serons débordés, monsieur de Richelieu, dit-il; vous sera-t-il possible de contenir une telle majorité?» M. de Richelieu répondit : «Nous avons la parole de Monsieur. » Il ne tarda pas à reconnaître qu'il avait eu tort de compter sur cette parole, et que le pouvoir, s'échappant des mains débiles de Louis XVIII, allait tomber dans celles de son frère.
A l'ouverture de la session de 1821 , les royalistes, maîtres du terrain, se montrèrent exigeants, impérieux, intraitables, dans la rédaction de l'adresse, qui produisit sur Louis XVIII une impression douloureuse. Ce roi, si intelligent dans sa modération, souffrait avec impatience le dévouement maladroit des ultras ; mais la vieillesse el les infirmités commençaient a abattre son esprit. Il n'essayait plus de lutter contre les membres de sa famille. La congrégation, cette puissance naissante qui révélait, par anticipation, les tendances du règne du comte d'Artois, le fatiguai) de ses pieuses remontrances : les caresses de madame du Cayla tirent le reste.
Le 14 décembre, les royalistes renversèrent le ministère Pasquier. « C'est moi qui le^ ai relevés, s'écria le duc de Richelieu avec amertume, el voilà comment ils me traitent! » Le comte d'Artois ne se croyait obligé ni à la reconnaissance, ni à l'exécution de ses serments. Les hommes de 1815, derechef en possession du pouvoir avec \ illèle, Corbière et Peyronnet, débutèrent par une loi très-restrictive sur la presse, qui soustrayait les auteurs au jugement du jury. Une nouvelle loi, l'œuvre de M. de Peyronnet, sur la publication des journaux, fut substituée à la censure; mais les discussions en furent violentes et significatives. Le côté gauche la combattit vigoureusement, et se rendit plus que jamais populaire par son opposition au ministère.
« Le masque est levé, s'écria M. de Coreelles; on ne craint plus de nous présenter toutes les lois destructives delà presse; nous l'avions prévu; nous avions tout fait pour sauver le reste de nos institutions; nos efforts n'ont pas été couronnés du succès. Tel est le malheur de la France, que la cause du pouvoir est devenue hostile contre la cause publique. » M. Royer-Collard trouva des paroles généreuses pour