‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 30 sur 55 · S6 HIST01KE · texte numérisé non relu

S6 HIST01KE

défendre la liberté de la pensée : « La presse, dit-il, est une nécessité sociale qu'il est impossible de déraciner. »

La suppression du jurj pour les délits de la presse, en détruisant les garanties de la loi, était la dernière expression de la politique rétrograde du pavillon Marsan.

Cependant le carbonarisme, qui avait pénétré en France en 18:20. était dans toute sa force à la fin de 1821. Mais aveuglés par la haine, les meneurs échouèrent dans tous Ictus complots, et ne furent pour ainsi dire utiles au parti que par leur mort : car l'opinion lit à la Restauration un crime de ses moyens de répression. Habiles à profiter des Fautes de la dynastie régnante, les factions devenaient chaque jour de plus en plus menaçantes. La bourgeoisie se jetait résolument dans l'Opposition; tout enfin présageait une résistance au règne des prêtres.

La révolution d'Espagne de 1S20, toujours pure de tout excès . offrait le spectacle d'une harmonie apparente entre ses chefs et le roi Ferdinand, qui se résignait à subir le principe de la souveraineté nationale. Attaquée sur la frontière par des guérillas absolutistes, que soutenait secrètement le cabinet des Tuileries, elle apparaissait aux mécontents de la France comme un sujet d'espérance et comme un point d'appui.

La Sainte-Alliance s'émut de l'insurrection espagnole. Au congres de Vérone, qui s'assembla sur la fin de 1822. on décida le renversement des cortès d'Espagne. Chateaubriand, notre représentant, pensa que la France devait aller combattre le carbonarisme au delà des Pyrénées. A cette nouvelle, l'Opposition jeta les hauts cris à la Chambre. Le conseil regarda ce projet d'expédition comme un malheur. Louis XVIII lui-même en fut alarmé. Il fallait de l'argent, et le trésor était vide, le crédit public ruiné, l'industrie en suspens, le commerce aux abois, et le parti libéral au comble de l'exaspération. Manuel, chassé de la Chambre par le côté droit, pour avoir osé faire ressortir les dangers de l'intervention , ne veut céder qu'à la force; et Foucault, le commandant de la gendarmerie, termine le scandale de celte scène par cet ordre anticonstitutionnel : « Gen-

darmes, enipoignez-rmoi cel homme-la! » Paroles aussi infâmes que fut honorable le refus de Mercier, sergent du poste de garde nationale, de porter la main sur un député.

Les royalistes surmontèrent tous les obstacles, et la guerre d'Espagne fut résolue. Cette expédition remplit toute l'année I82Ô, et, quoique impopulaire au fond, elle n'en fut pas moins glorieuse pour la France, qui n'essuya pas une défaite. Ferdinand Vil fut délivré des mains des rebelles; et le héros du Trocadero, tout vain de son brillant fait d'armes, revint à Paris, et osa passer, pauvre pygmée, sous les voûtes colossales de cet are de triomphe, autrefois préparé pour la taille du géant de l'Empire.

L'entrée des Français en Espagne avait été le signal d'une contrerévolution à Lisbonne, où l'infant don Miguel essaya d'usurper la couronne; mais Jean VI ne tarda pas à retirer la constitution qu'il avait jurée. Le cabinet de Saint-James, hostile en apparence à l'intervention, laissa tout faire. Ainsi le rétablissement de deux trônes absolus et les vengeances du despotisme, furent le résultat de cette campagne, qui ne coûta pas moins de trois ou quatre cents millions à la France. L'impopularité de cette guerre fut telle, que les partisans les plus dévoués de la dynastie s'étaient ralliés à l'Opposition. Ils comprenaient qu'il s'agissait ici de défendre la constitution du pays, dont on allait détruire le principe sur un territoire étranger. « Je crois, dit l'auteur de l'Histoire de la Restauration, que, dès ce moment, des ouvertures furent faites par quelques notabilités à M. le due d'Orléans, pour les chances d'un avenir qu'on pouvait des lors prévoir. «Supposition peut-être gratuite, mais que justifiait la Mille-face des esprits sages, jaloux avant tout des libertés nationales et de la dignité de la France. Ainsi donc, ceci semble un fait incontestable, chaque jour voyait s'étendre insensiblement, autour de la branche cadette, et comme à l'insu de chacun, ces sympathies de la portion la plus éclairée de la nation; car cette popularité, conquise dans la bourgeoisie, n'était pas encore arrivée jusqu'au peuple, dont la colère grondait sourdement, mais sans but et sans issue encore!

D'autre part, le pavillon .Marsan ne gardait plus de mesure. On

cassa la Chambre qu'avait désertée l'Opposition libérale après l'expulsion violente de .Manuel. Les élections générales réduisirent l'opinion constitutionnelle a un petit nombre de représentants f 1 824). Dans son discours à l'ouverture de la session, Louis XN II 1 annonça la septennalité parlementaire comme le seul moyeu d'obtenir le repos troublé par les renouvellements partiels. C'était une atteinte portéeà la Charte, une mesure réactionnaire pleinede dangers; l'opinion publique s'en émut; les hommes de cœur protestèrent énergiquement par l'audace de leurs prophéties. « Dans la carrière où la France va être engagée en dépit d'elle, s'écriait un publiciste courageux, à un jour donné, le régime des coups d'Etat sera mis en œuvre de toute nécessité. La force militaire sera invoquée en vain. Le parti oppresseur, à force de nous refouler vers 1813, ne fera que nous ramener à un 20 mars '. » Le ministère espérait que l'adoption de la septennalité prolongerait son triomphe; mais la division ne tarda pas à se mettre clans la majorité, lors du projet de loi sur la conversion des rentes, présenté par M. de Villèle. M. de Chateaubriand, entré au ministère depuis son retour du congrès de Vérone, fit rejeter la loi à la Chambre des Pairs, et M. de Villèle se vengea en le destituant. Noble et grand dans sa disgrâce, l'illustre écrivain répondit par le calme du mépris à la brutale insolence de son collègue. Quand on lui remit la lettre de destitution, il était dans sa voiture et se rendait au château. Aussitôt il remonta pour écrire le billet suivant : >< .Monsieur le comte, j'ai quitté l'hôtel des affaires étrangères , le département est a vos ordres. » M. de Chateaubriand et tous ses amis allèrent grossir les rangs de l'Opposition, et furent surnommés le parti de la défection. La lutte était alors dans toute sa violence. On vota une nouvelle loi de recrutement et la censure facultative, dans la prévision de la mort prochaine du roi, qui arriva le (> septembre 1824.

Lu mourant, Louis XVIII ne dissimula passes craintes pour l'avenir. «Mon frère, dit-il a Monsieur, j'ai louvoyé entre les partis comme Henri IV, et j'ai par-dessus lui que je meurs dans mon lit, aux Tuileries; agissez comme je l'ai l'ail, et vous arriverez à cette fin de paix et de tranquillité. Je \ous pardonne les chagrins «pic vous m'avez

1 Dttn'jers Je lu sititttiï.m, brochure par M de Silvaml;

causés, par l'espérance que fait naître dans mon esprit votre conduite de roi. » Orgueilleuses et tristes paroles, que démentait ce cri profond arracbé à ses terreurs, à ses funestes pressentiments, quand on lui amena le due de Bordeaux :

« Que Charles X ménage bien la couronne de cet enfant! »

"jfiO HISTOIRE

Page 1