‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 4 sur 55 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Le Mais-Royal. — Naissance de Lonis-Philippe. — Le chevalier de Bonnard. — Madame de Genlis. nommée gouvernante des princes d'Orléans — Plan de leur éducation. — L'Emile de Jean- Jacques Rousseau — Portraits du duc rie Monlpensier, du duc de Beaujolais, de mademoiselle Adélaïde. — Gvmnaslique. — Voyages — Fête donnée aux eaux de Spa à la duchesse d i Irléans.

— Le château de Frani hi il — Le baptême d'un vaisseau. — Le mont Saint-Mii hel — La

cage de fer- — Le prisonnier. — I a rosii re de Passais

Le Palais-Roval fut élevé, en 1629, par le cardinal de Richelieu. Dans un de ces moments où le rusé ministre savait se faire pardonner sa loute-puissance par quelque acte d'humilité ou de courtisanerie. il offrit sa magnifique résidence à Louis XIII (1636). Habité, pendant la Fronde, par la régente Anne d'Autriche et ses enfants, le palais du cardinal, plus communément appelé le Palais-Cardinal, reçut la dénomination définitive de Palais-Royal. Plus tard, il fut dédaigné pour le Louvre par Louis XIV. devenu roi de fait, et servit de refuge à la veuve et à la fille de Charles I'r. Philippe de France en prit possession le 51 mars 1661, le jour même de son mariage avec Henriette d'Angleterre; mais, comme nous l'avons dit, il n'en obtint réellement la propriété qu'en février lli'.l'i. Depuis, ce domaine a toujours été partie intégrante de l'apanage d'Orléans. Témoin des orgies du régent, ■ i orgies, dit Lemontey, dont l'imagination du peuple, irritée par le mystère, exagérait la licence. >> le Palais-Royal devint, avec Louis d'Orléans, le sanctuaire des vertus ; el Louis-Philippe, son fils, si justement surnommé te roi de Paris, pour l'affabilité avec laquelle il ac-

cueillait tous 1rs gens de mérite sans exception, Louis-Philippe (il de la demeure de ses pères le séjour familier des arts et des lettres. Un incendie détruisit le Palais-Royal, en 1763. Rapidement réédifié, il reprit son ancienne splendeur, cl fut plus que jamais, en 1770, le rendez-vous d'une société nombreuse et brillante. Toul ce qui portait un beau nom dans la noblesse, la magistrature, l'armée et les sciences, y trouvait une royale hospitalité. A cette époque, la comtesse de (ienlis s'y vit admise à titre de dame d'honneur de la duchesse de Chartres, en même temps que son mari était nommé capitaine des gardes du due d'Orléans. A l'avénemenl de Louis XVI au trône, on supposa que le Palais-Royal serait en grande faveur, parce que la princesse de Lamballe, intimement liée avec sa belle-sœur, la duchesse de Chartres, était la favorite de la nouvelle reine. Les choses tournèrent différemment.

Cependant le 6 octobre 1773, un événement important \int répandre la joie parmi les luîtes illustres du Palais-Royal. La duchesse de Chartres donna le jour à un fils, auquel Dieu réservait une étrange destinée; car il devait, presque au déclin d'une vie éprouvée souvent par les plus cruelles vicissitudes, fonder la dynastie de la branche cadette des Bourbons, sous le nom de Louis-Philippe Ier. roi des Français.

Louis-Philippe d'Orléans recul, à sa naissance, le titre de duc de Valois. De là l'erreur innocente ou calculée que ses partisans essayèrent.de propager en 1850.11 eut pour gouvernante la marquise de Rnchanibeau, et madame Desrois pour sous-gouvernante. A l'âge de cinq ans. il fut confié aux soins du chevalier de Bonnard, que Buffon avait présenté au duc de Chartres.

Le chevalier de Bonnard était connu par d'honorables services dans l'artillerie et par quelques succès littéraires. Il versifiait assez joliment; mais il manquait de goût, au dire de madame de Genlis qui ne l'aimail pas. bien qu'il lui adressât parfois de petites gracieusetés rimées, comme celle-ci.

Ces drames si beaux, si parfaits, Ne sont pas ceux de vos oirt rages Que j'aimerais mieux avoii faits.

DE LOUIS-PIULIPPE. ",

• < Ce n'est là, ilil madame de Genlis, ni un bon ton, ni un bon français; ce ton et des manières très-mielleuses l'avaient rendu fort désagréable à M. le duc de Chartres, qui mettait beaucoup trop d'importance ;inx choses de ce génie. »

Celte boutade est évidemment dictée par l'humeur. Madame de Genlis avait une réputation de pédanterie et d'orgueil, bien méritée, si nous en jugeons encore par l'animosité qu'elle montre an sujet de ces quatre antres vers de M. de Bonnard :

.No parler jamais qu'à propos F.sl un rare et grand avantage: Le silence est l'esprit ries sols El l'une des vertus du sage

ci Le silence, s'écrie-t-elle, n'est ni une vertu ni un vice; car il peul être criminel ou vertueux, suivant l'occasion. «

Ce jugement est pins spécieux que logique; c'est donner à un aphorisme spirituel une trop grande portée ; c'est torturer à plaisir la pensée du poète. Nous dirons pins : madame de Genlis fait ici une guerre de mois. Sans doute, le silence n'est ni une vertu, ni un vice: mais, en cette circonstance, il est caractéristique et non caractérisé. En effet : le sol, qui a la conscience de sa nullité, montre un certain esprit en sachant se taire devant des hommes instruits: tandis que le sage se distingue par une réserve louable, en préférant, dans le monde, le rôle d'observateur à celui de bavard. Il ne s'agit donc pas ici des conséquences plus ou moins heureuses que peut entraîner le silence d'un sol ou d'un sage.

Au surplus, ce qui prouve combien l'opinion de madame de Genlis sur M. de Bonnard était sévère, c'est que le duc de Chartres disait un jour à Buffon : « Je suis charmé de vous revoir, monsieur, pour vous remercier du choix que vous nous avez fail faire : tout le monde nous en dit du bien. »

u Les personnes qui vivaient beaucoup avec M. de Bonnard, raconte Garât, découvraient en lui un esprit solide et capable de grandes choses, lorsque son talent ne montrait encore au public qu'un esprit agréable. »

INSïnlIi

Madame de Picnlis avail d'autant plus torl de se montrer accessible m ces petits sentiments, qu'elle possédait un mérite réel; or la supériorité ne devrait-elle pas toujours être incompatible avec l'espril <lc dénigrement? Du reste, comme écrivain, elle fut elle-même, durant toute sa vie, l'objet de la haine la plus violente. Cependant, quelquesuns de ses ouvrages, à pari le style — généralement lourd el incorrect, se font remarquer par une observation fine, une délicatesse de sentiment exquise, mie morale pure. Elle excellait surtout dans la critique, quoiqu'elle y mil parfois trop de rigueur, comme «m l'a vu. En un mot, " elle était, ibi un écrivain, aussi connue par ses grâces cl sa beauté

que par de grands succès littéraires d'une nature plus solide que les femmes n'ont coutume d'en remporter. »

En L778, madame de Genlis, que le duc et la duchesse de Chartres avaient prise en affection, lut nommée gouvernante de leurs deux tilles jumelles, à peine âgées de onze mois (1). Quelques écrits su 1 l'éducation, le succès avec lequel elle avait fait celle de plusieurs enfants, justifiaient ce choix, que les résultats ont consacré si glorieusement.

Comme c'était pour elle moins une tâche qu une véritable passion, elle voulut répondre par le dévouement le plus absolu à la confiance intime de la famille d'Orléans, et renonçantau momie, pour n'être pas distraite, un seul moment, de ses nobles fonctions, elle se fixa au couvent de Belle-Chasse. On lui bâtit, au milieu du jardin, et sur ses plans, un joli pavillon, qui communiquait au cloître par unlong berceau de treillage, recouverl de toile cirée et chargé de vigne. L'arrangement intérieur de ce pavillon lui permettait de veiller sur le> jeunes princesses a\ ec une sollicitude de chaque instant : tout y révélait une prévoyance minutieuse, une appréciation profonde de l'importance de ses devoirs personnels. Sa chambre à coucher était contiguë à celle des enfants: et, grâce à une porte de glace sans tain et sans rideau, quelle avait fait pratiquer dans son alcôve, elle voyait, de son lit. tout ce qui se passait chez elles.

Auteur de la chambre des princesses régnait une tapisserie, représentant peints à l'huile sur fond bleu, et d'après les médailles, les portraits en grisaille des sept rois d ■■ Home, des empereurs et des impératrices jusqu'à Constantin le Grand. Au-dessus des portes on voyait des traits particuliers de la même histoire, avec la date et le nom des personnages inscrits sur chaque médaillon. Deux grands paravents offraient la série des rois de France. Des sujets mythologiques ornaient les écrans montés, les écrans de main et le sommet de la porte de la salle à manger. Des cartes géographiques, qu'on détachait pour les leçons, étaient suspendues le long du mur de l'escalier. — celles du Midi dans le bas, — celles du Nord dans le haut. Enfin, au-dessus de la grille, qui fermait la retraite de madame de Genlis el de

I Elles étaicnl nées le 23 aoùl I"

ôiî HISTOIRE

ses élèves, on ;i\ail gravé, en lettres d or, celte maxime d'Addison :

Trw happiness is 0/ ai tirtà nature and au enemij lu fum/j and noise (>'

Toutes ces dispositions intérieures ne présentent qu'une faible idée de l'excellent système d'éducation que madame de Genlis avail en vue pour les princesses d'Orléans, el auquel elle ne donna lous ses développements que plus tard; car son rôle (levai! s'agrandir bien autrement qu'elle ne l'espérait.

Le duc de Chartres, dont la tendresse pour ses enfants était infinie, ne voyait pas, sans inquiétude, la direction que le chevalier de Boi:nard imprimait au caractère de son lils aîné. Son esprit, qu'éclairaient déjà, par intervalles, les lueurs soudaines de l'orage qui menaçait la vieille société, son esprit, plein de bon vouloir mais d'impuissance, pressentait avec effroi quelles luttes terribles allaient s'engager entre le peuple et la monarchie. Déplorant la frivolité de son éducation personnelle, il eut du moins la généreuse pensée de faire pour ses lils ce que l'on avait négligé pour lui; — de les préparer, par des études fortes et sérieuses, aux grandes destinées qui les attendaient.

«C'est dans le gouvernement républicain, dit Montesquieu, que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation. On peut y définir la vertu politique, l'amour des lois et de la patrie. C'est à l'inspirer que l'éducation doit être attentive. »

Sans prévoir assurément que, sur la pente rapide où la philosophie entraînait la nation, la monarchie disparaîtrait pour faire place à la république, le duc de Chartres comprimait fort bien que le règne de l'intelligence ne tarderait pas à devenir absolu et qu'alors le prestige du rang ne serait compté pour rien. Une fois entré dans la voie révolutionnaire, où s'arrêterait-on? — Il l'ignorait; car, selon le motde Cromwell : «On ne va jamais si loin en révolution que lorsqu'on ne sait pas où l'on va. » — Or. comme la conduite du duc d'Orléans, quels que fussent les événements, devait servir d'exemple à ses (ils, il importait de leur inculquer de bonne heure ces idées de libéralisme

1 C'est dans la soliin.li i" rou\i le vrai bonlicw et non pas au milieu des grandeurs et du

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qui lui avaient déjà valu à lui-même les honneurs de la persécution. M. de Bonnard étail loin. non-, le répétons, de remplir son but. Appréciateur sincère du mérite de madame de Genlte, le prince résolut de lui confier ses craintes el ses projets.

a Un soir, —c'est madame de Genlis qui parle, — un soir que M. le duc île Chartres vint, comme à l'ordinaire, entre huit el neuf heures, à Belle-Chasse, il me trouva seule, el nie dit sur-le-champ qu'il n'avait plus de temps à perdre pour nommer un gouverneur; il me consulta sur le choix, et je proposai M. de Schomberg; il le refusa, en disant qu'il rendrait ses enfants pédants; je proposai le chevalier de Durfort; il dit qu'il leur donnerait de l'exagération et de l'emphase ; je parlai de M. de Thiars; M. le due de Chartres répondit qu'il était trop léger, et qu'il ne s'en occuperait pas du tout. Alors, je me mis à rire, el je lui dis : c< Eh bien, moi ! — Pourquoi pas? reprit-il sérieusement. » Je proteste que je n'avais cru faire qu une plaisanterie, et que, dans les conversations précédentes, rien a avait jamais dû me préparer à une idée aussi singulière. Mais I air el le Ion de M. le due de Charlres me frappèrent vivement : je vis la pos

3S 11IST0IBE

sibilité d'une chose extraordinaire et glorieuse, el je désirai qu'elle |iùl avuir lieu. Je lui dis francheinenl ma pensée. M. le duc de Char- Ires parut charmé el me dit : «Voilà qui est fait, vous serez leur gouverneur. » Ce furent ses propres paroles. Jl me quitta, en ru'annonçant qu'il viendrait le lendemain de très-bonne heure. Il \inl en effet, à Iniil heures: nous décidâmes huis les arrangements. Il fut convenu que l'on conserverait M. de Bonnard el I abbé Guyot, précepteur qui avait été aussi plan'1 à ma recommandation; que ces messieurs amèneraient les princes tous le-- malins à Belle-Chasse, à midi, el les remmèneraient à dix heures du soir: que l'on achèterait une maison de campagne, pour y passer, tous les ans, huit mois, cl que je serais maîtresse absolue de leur éducation, .le refusai le traitement de 20,000 l'r. que m'offrait le due de Chartres. L'usage du Palais-Royal était de donner 12,000 IV. au gouverneur, un appartement, et, à la lin de l'éducation, le roi leur donnai! le Cordon bleu; c'était le traitement qu'avait eu M. le comte de Pont. Madame la duchesse de Chartres vil. avec une joie extrême, que je me chargeais de tous ses enfants. M. le duc de Chartres, avant de le déclarer publiquement, alla à Versailles, en faire part au roi: nous imaginions qu'il blâmerait celle singularité; tout au contraire, il l'approuva de premier mouvement, en lui disant : « Vous faites très-bien, cl je le trouve bon. »

Les princes furent remis, le 5 janvier 17S2. entre les mains de leur institutrice. Le duc de Aalois avait huit ans: le duc de Montpensier.siv el quelques mois. Le comte de beaujolais ne lui fut confié qu'en 1785 (1).

Cel événement rempli! de stupeur et de colère tous les hommes du Palais-Royal qui aspiraient à la place de gouverneur; la ville blâma d'abord le choix du duc de Chartres, el la calomnie la plus odieuse chercha à l'expliquer. A celte époque, madame de (îenlis publia \dele et Théodore, dont la première édition fut enlevée en moins de huit jours. Cet ouvrage, en lui rendant la faveur du public, fortifia la haine de ses ennemis. Le chevalier île Bonnard. dont les espérances se trouvaient si cruellement déçues, ne lui pardonna pas cette profonde humiliation. «Obligé de reconnaître les talents de madame

i-Philippc d'Orléans, duc de Muiilpcnsier, était né au Palais-Ko; îles d'Orléan île de Beaujolais ua.iuil iu Palais-Rov.il le 1

DE LOniS-PHILlPPE. r,i

ilo Genlis, dil Garàl, M. île Bonnard ne l'était pas de lui soumettre ses principes et ses vues sur L'éducation, i[iu n'étaient pas les i lutines ; un restent, il eût été forcé de la combattre, tous les jours, ou de lui obéir; l'un el l'autre lui parurenl également impdssibles; il céda la place tout entière. » Madame de Genlis, surprise et affligée de la détermination de M. de Bonnard, ne négligea rien pour l'en faire revenir: le chevalier persista, e( sur la demande de celle dont il pavait le dévouement par l'ingratitude, il reçut, en se retirant, le Lraitemenl d'ordinaire accordé aux sous-gouverneurs qui avaient achevé l'éducation, bien qu'il n'eût rempli ces fonctions que pendant dix-huit mois. Un pareil procédé ne changea rien aux sentiments jaloux de l'obligé, dont le dépit ne (it que s'en accroître. L'abbé Guyot resta. M. de Bonnard fut remplacé par M. Lebrun qui avait été, pendant plusieurs années, secrétaire de M. de Genlis.

Madame de Genlis eut alors 1 heureuse idée d'appliquer le système, créé par .1 -.1. Bousseau dans X Emile, à l'éducation île deux enfants. nés du sang des rois. « et qui devaient concourir par leurs vertus à faire adorer encore davantage ce sang auguste; de deux enfants, appelés par leur naissance à vivre autour du trône, à parler souvent dans ces lieux, où se règlent les destinées de- hommes, cl où une parole peut quelquefois sauver une nation; de deux princes qui, sanentrer même pour rien dans la puissance publique, devaient avoir, un jour, comme princes du sang, une puissance particulière el personnelle aussi étendue peut-être que celle de beaucoup de souverains »

Ces prévisions de Garât, auxquelles les événements ont semblé longtemps devoir donner un triste démenti, se trouvent aujourd'hui réalisées bien au delà de la pensée du prophète.

Cependant la lâche, que s'imposait madame de Genlis. ajoutai I par sa grandeur cl ses difficultés, à la singularité de sa mission, \ussi fut-ce avec l'énergique volonté du succès qu'elle tenta l'essai de la sublime théorie de Jean-Jacques; et elle réussit avec un tel honheur que, quelque futilité qu'on trouve à certains détail- de cette éducation-modèle, nous croyons utile d'en tracer le récit, pour la gloire de Rousseau, de madame de Genlis et de ses illustres ('lèves. Bien mieux . alin dedqnner tonte -a valeur à ce curieux récit : afin de fane pénétrer la conviction plus avant dans les esprits, eu offrant à Ion- la pos-ihililé

il) UISTOIRE

déjuger par comparaison, nous inscrivons ici succinctement, 'comme l'éternel fronlispicc d'une u'uvre magnifique, les balles fondamentales de l'éducation d' Emile. Celte lecture fera rêver el méditer; tes plus incrédules s'inclineront, et l'exemple de madame de Gehlis trouvera peut-être des imitateurs.

Mais écoutons J.-J. Rousseau, écoutons-le religieusement :

<< Forci' de combattre la nature ou les institutions sociales, il faul opter entre faire un homme ou un citoyen; car on ne peut f;iire l'un cl l'autre.

■ < Pour être quelque chose, pour être soi-même et toujours un, il faul agir comme on parle; il faut cire toujours décidé sur le parti qu'on doit prendre, le prendre hautement, el le suivre toujours. J'attends qu'on me montre ce prodige pour savoir s'il esl homme ou

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citoyen, ou comment il s'y prend pour être à la l'ois l'un et l'autre.

a Dans l'ordre naturel, les hommes étant (ous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme, et quiconque est bien élevé pour celuilà ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent. Qu'on destine mon élève à l'épée, à l'église, au barreau, peu m'importe. Avant la vocation des parents, la nature l'appelle à la vie humaine. Vivre est le métier que je lui veux apprendre. En sortant de mes mains il ne sera, j'en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre : il sera premièrement homme; tout ce qu'un homme doit être, il saura l'être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit, et la fortune aura beau le faire changer de place , il sera toujours à la sienne.

« On ne songe qu'à conserver son enfant ; ce n'est pas assez : on doit lui apprendre à se conserver étant homme, à supporter les coups du sort, à braver l'opulence et la misère, à vivre, s'il le faut, dans les glaces d'Islande, ou sur le brûlant rocher de Malte.

« Exercez les enfants aux atteintes qu'ils auront à supporter un jour. Endurcissez leur corps aux intempéries des saisons, des climats, des éléments; à la faim, à la soif, à la fatigue : trempez-les dans l'eau du Styx.

« Il n'y a qu'une science à enseigner aux enfants, c'est celle des devoirs de l'homme.

u Je ne m'arrêterai pas à prouver au long l'utilité des travaux manuels et des exercices du corps pour renforcer le tempérament et la santé; c'est ce que personne ne dispute: les exemples des plus longues vies se tirent, presque tous, d'hommes qui ont fait le plus d'exercice, qui ont supporté le plus de fatigue et de travail.

« C'est dans l'enfance qu'on prend les premières leçons de courage, et que. souffrant sans effroi de légères douleurs, on apprend par degrés à supporter les grandes.

« Souffrir est la première chose qu'on doit apprendre aux enfants, car c'est celle dont ils auront le plus grand besoin dans l'avenir.

« Le seul qui fait sa volonté est celui qui n'a pas besoin, pour la faire, de mettre les bras d'un autre au bout des siens : d'où il suit que le premier de tous les biens n'est pas l'autorité, mais la liberté. L'homme vraiment libre ne veut que ce qu'il peut et fait ce qu'il lui plaît.

« La moralité élève l'homme à la vertu.

A-î HISTOIRE

«Voulez-vous cultiver l'intelligence de votre éftve? GuJtrvez leforces qu'elle doit gouverner, Exercez continuellement son corps; rendez-le robuste el sain pour le rendre sage et raisonnable: qu'il travaille, qu'il agisse, qu'il coure, qu'il crie, qu'il soit toujours m mouvement: qu'il soit homme par la vigueur, et bientôt il le sera par la raison.

ci La lettre tue et l'esprit vivifie. Il s'agit moins d'apprendre un métier pour savoir un métier que pour vaincre les préjugés qui le méprisent. ÀJ)aissez-vous à l'état d'artisan pour être au-dessus du vôtre. Pour vous soumettre la fortune el les choses, commencez par vous en rendre indépendant : pour régner par l'opinion, commencez par régner sur elle.

«Tout bien considéré, le métier que j'aimerais le mieux qui fût du goût de mon élève est celui de menuisier. Il exige dans l'ouvrier de l'adresse et de l'industrie; et dans la forme des ouvrages que l'utilité détermine, l'élégance et le goût ne sont pas exclus.

L'exercice des vertus sociales porte au fond des cœurs l'amour de l'humanité : c'est en faisant le bien qu'on devient bon: je ne connais point de pratique plus sûre. Occupez votre élève à toutes les bonnes actions qui sont à sa portée; que l'intérêt des indigents soit toujours le sien; qu'il ne les assiste pas seulement de sa bourse, mais de ses soins; qu'il les serve, qu'il les protège, qu'il leur consacre sa personne et son temps; qu'il se fasse leur homme d'affaires ; il ne remplira de sa vie un si noble emploi.

K La véritable politesse consiste à marquer de la bienveillance aux hommes.

ci Généralement, on aperçoit plus de \ igueur d'âme dans les hommes dont les jeunes ans ont été préservés d'une corruption prématurée, que dans ceux dont le désordre a commencé avec le pouvoir de s'y livrer. \ussi. ces grandes et nobles fonctions de sagesse et de raison, qui distinguent el honorent l'homme par de belles actions, par des vertus, par des soins véritablement utiles, sont toujours l'apanage des premiers, o

Tels furent les admirables principes de l'éducation des enfants de Louis-PhilippeJoseph. Pour suivre jusqu'au bout un plan aussi vaste, aussi nouveau, il fallait une persévérance à toute épreuve. V une instruction exceptionnelle, à une grande indépendance d'idées,

à "un jugement sûr, il fallait joindre relie force d'âme qui soit lutter contre les préventions e\ contre les difficultés de la tâche même. Les merveilleuses créations du génie ont cela de particulier que,

tout en inspirant le plus sincère enthousiasme, elles sont toujours accueillies par le doute et l'incrédulité. On les considère si généralement comme des utopies, qu'un esprit supérieur peut seul oser accepter la responsabilité des résultais d'un système excentrique; car, si le succès absout, l'insuccès couvre de ridicule. Madame de Genlis possédait les qualités nécessaires en cette occasion, et ses défauts mêmes servaient ses vues. Elle était impérieuse et d'une fermeté poussée jusqu'à l'obstination. Résolue à vaincre tous les obstacles et dédaignant les clameurs de ses ennemis, c'est avec courage et dévouement qu'elle se mit à l'œuvre ; et sans que nous ayons besoin d'indiquer, par des commentaires, les singuliers rapprochements qui existent entre ses élèves et celui de Jean-Jacques, chacun reconnaîtra, non sans un profond étonnement. que le citoyen de Genève aurait pu, vingt ans plus tard, écrire son Emile, en prenant les premiers pour modèles. N'y a-t-il pas là de quoi venger suffisamment l'immortel auteur du Contrat social, des critiques sanglantes dont il s'est vu l'objet, même de la part de Voltaire? Bizarre et affligeante contradiction , chez un homme de génie, qui n'avait aucun bonheur, aucun triomphe, aucune gloire à envier, de descendre au rôle de détracteur, et de nier le génie d'un illustre émule, tandis qu'il exaltait avec une audace sans pareille les talents médiocres de ses humbles adorateurs.

Voici, par exemple, le jugement que le philosophe de Ferney porte de la Nouvelle Héloïse : « Je l'ai lue pour mon malheur, et c'eût été pour le sien, si j'avais eu le temps de dire ce que je pense de cet impertinent ouvrage. »

Puis après une seconde lecture, il ajoute :

« Le roman de Jean-Jacques est. à mon gré, sol, bourgeois, impudent et ennuyeux. »

Évidemment, on reconnaît là le parti pris de déchirer, sans mesure, une œuvre, sinon irréprochable sous le rapport de l'invention, du plan et de la moralité, du moins, élincelanle de beautés dans les détails, admirable par la peinture des passions et la poésie du style.

.Mais revenons aux mesures qu'adopta madame de Genlis pour

l'accomplissement de son projet. D'abord, elle mit ordre aux abus de la première éducation des princes, réforma un maître de musique, que M. de Bonnard leur avait donné, quoique, dit-elle, ils n'eussent ni voix ni oreille musicale, et changea tout le plan d'études. Elle supprima notamment les fables de La Fontaine, Télémaque, Racine, jugeant avec raison ces chefs-d'œuvre trop au-dessus de l'intelligence des enfants. « Comment, dit J.-.I. Rousseau, peut-on s'aveugler assez pour appeler les fables la morale des enfants, sans songer que l'apologue, en les amusant, les abuse; que, séduits par le mensonge, ils laissent échapper la vérité, et que ce qu'on fait pour leur rendre l'instruction agréable, les empêche d'en profiler? Les fables peuvent instruire les hommes ; mais il faut dire la vérité nue aux enfants; sitôt qu'on la couvre d'un voile, ils ne se donnent plus la peine de le lever. » Après avoir substitué aux ouvrages supprimés des livres d'histoire et de morale à la portée de ses élèves, madame de Genlis établit ainsi le programme de leurs études: — les langues anciennes et vivantes, la mythologie, la physique , la géographie, les sciences exactes, les lois, le dessin, l'architecture, la chirurgie, la pharmacie, l'agriculture et les arts mécaniques, dont les modèles, déposés au Conservatoire royal des arts et métiers, furent mis à la disposition des princes. C'était embrasser beaucoup de choses. Cependant, en perfectionnant des méthodes défectueuses, en usant de plusieurs moyens nouveaux , et se dévouant sans réserve à ses élèves, madame de Genlis vint facilement à bout de cette entreprise. Quand ils manifestaient du dégoût pour une étude , loin de la leur imposer, elle savait leur en inspirer le désir, et les amener à demander eux-mêmes le maître, qu'ils eussent refusé sans cet innocent subterfuge. « Si l'on ne doit rien exiger des enfants par obéissance, il s'ensuit qu'ils ne. peuvent rien apprendre dont ils ne sentent l'avantage actuel et présent, soit d'agrément, soit d'utilité: autrement, quel motif les porterait à l'apprendre? L'art de parler aux absents et de les entendre, l'art de leur communiquer au loin, sans médiateur, nos sentiments, nos volontés, nos désirs, est un ail dont l'utilité peut être rendue sensible à tous les âges. Par que] prodige cel art si utile et si agréable est-il devenu un tourmenl pour I enfance? parer qu'on la contraint de s'y appliquer maigre elle, cl qu on le met ;'> des usages auxquels elle ne comprend rien.

DE LOUlS-PHrtriPPE. !.-.

Un enfant n'est pas forl curieux de perfectionner l'instrument avec lequel oa le tourmente; mais, faites que cet instrument serve à ses plaisirs, et bientôt il s'y appliquera malgré vous... J'ajouterai ce seul mol qui fait une importante maxime : c'est que d'ordinaire on obtient très-sûrement et très-vite ce qu'on n'est point pressé d'obtenir. » ( J.-J. Rousseau. )

L'emploi de chaque journée, de chaque heure, fut déterminé avec uneexactitude rigoureuse et constante. Selever à sept heures, prendre, tous les matins, avec l'abbé Guyol. la leçon de latin suivie de l'instruction religieuse : la leçon de calcul avec M. Lebrun, chargé d'amener, à midi, les élèves à Belle-Chasse ; tel était le début de la journée. Madame de Genlis présidait, jusqu'à neuf heures du soir.au reste de leur éducation. Alors avait lieu, >ous sa direction immédiate, et en sa présence, l'étude du grec, de l'allemand, de l'anglais, de l'italien, de la chimie, de la botanique et du dessin. Elle enseignait elle-même la mythologie, la littérature, l'histoire, la géographie et l'histoire naturelle.

Deux valets de chambre, l'un Allemand, l'autre Italien , furent placés auprès des princes avec la recommandation expresse de ne leur parler jamais chacun que dans sa langue maternelle. Quand

Genlis commença ses lectures d'histoire, le duc de

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Valois était d'une inapplication inouïe; il n'écoulait pas. s'étendait, bâillait, et quelquefois, couché tout de son long sur le canapé, il posait ses pieds sur la table qui était devant lui. «Pour faire connaissance ensemble, dit madame de Genlis, je le mis sur-lechamp en pénitence; je lui lis si bien entendre raison, qu'il ne m'en sut aucun mauvais gré : il avait un bon sens naturel, qui dès les premiers jours me frappa; il aimait la raison, comme tous les autres enfants aiment les contes frivoles ; dès qu'on la lui présentait à propos et avec clarté, il l'écoutail avec intérêt : il s'attacha passionnément à moi, parce qu'il me trouva toujours conséquente et raisonnable. II fallut le défaire d'une foule de mauvaises locutions et d'une infinité de manières ridicules. Il craignait les chiens; aussi M. de Bonnard avait-il eu l'attention . dans ses promenades au bois de Boulogne, de l'aire marcher en avant deux valets de pied, pour chasser tous les chiens qui pouvaient se trouve]' sur la route que monseigneur devait parcourir. Je n'eus besoin que d'une seule conversation pour faire sentir à M. le duc de Valois la sottise de cette pusillanimité. Il m'écouta attentivement, m'embrassa, et me demanda un ebien; je lui en donnai un; il vainquit sur-le-champ sa répugnance qui était devenue très-réelle. Depuis ce jour, il n'a pas donné la moindre marque d'aversion pour les chiens. Il avait aussi horreur de l'odeur du vinaigre, manie que je lui fis perdre aussi facilement que son antipathie pour les chiens. Je reconnus promptement qu'il avait une mémoire ('tonnante, je me Halte d'avoir su développer et cultiver en lui ce beau don de la nature. »

Le duc de Valois possédait, en effet, trois qualités précieuses : île l'esprit, de l' amour-propre et un bon cœur. Elles furent pour lui le mobile d'une émulation excessive. La vie de Henri IV le remplissait (1 émotion et d'orgueil; au récil de sa mort il versait des larmes. Un jour, frappé de l'histoire touebante du duc de Bourgogne, l'élève de lenélon. il s'écria avec un accent de profonde douleur: « On ne pourrail encore rien dire de moi. »Puis, émerveillé des grandes eboses accomplies par les Coudé, les Turenne, etc.. il promettait naïvement de faire ses efforts pour Ggurer dans le dictionnaire des hommes illustres. Il serait facile de citer une foule de traits qui honorent l'enfance du duc de Valois.

Pour la littérature, madame de Genlis gradua l'importance de ses

DE LOUIS-PHILIPPE. il

lectures. Elle commença par les poêles el Ions les auteurs du troisième et du second ordre, s'appliquant à inculquer aux jeunes princes nu excellent esprit de critique, et surtout à les tenir en garde contre

une admiration aveugle, quand elle estima leur raison assez formée pour comprendre les chefs-d'œuvre de nos premiers écrivains; car rien ne gâte le goût et u' arrête le progrès de l'intelligence comme la prévention, de quelque nature qu'elle puisse être: indulgente ou sévère, elle fausse le jugement. N'imposant jamais son opinion à ses élevés, l'institutrice les instruisait à signaler eux-mêmes les défauts et les beautés des ouvrages. Dans l'enseignement de la géographie, elle leur donna une connaissance générale des mœurs et des coutumes des différents peuples de la terre anciens el modernes, sans négliger celle des monuments remarquables et des curiosités naturelles qui se trouvent en Europe et dans les autres parties du monde. Ils étudièrent les caries et la sphère sous la direction de M. Allvon, un de leurs professeurs. Pour exciter leur émulation. madame de Genlis suivit avec eux leurs cours de chimie et de pharmacie: car. pénétrée de celte vérité — que la pharmacie a sur l'histoire naturelle el la chimie l'avantage d'être d'une utilité plus complète, en ce qu'elle tient à l'une, dont elle embrasse les trois règnes par les substances qu'elle emploie ; et à l'autre par l'analyse el le mélange de ces substances, — elle voulut que ses élèves connussent les propriétés des drogues, leurs doses et surtout le danger de leur usage ; — qu'ils apprissent à saigner, et, dit-elle, « qu'à l'exemple des héros d'Homère, ils lussent en étal de mettre le premier appareil sur une plaie. »

l.'étude de l'anatomie se borna à quelques démonstrations faites sur des imitations eu cire, el relatives au cœur, à la circulation du sang et aux organes de l'ouïe et de la vue, auxquels se joignit une étude particulière de la myologie d'après l'écorchr. M. Lebrun enseigna seul aux jeune-- princes les éléments de la géométrie, et présida à leur cours de droit, commencé longtemps avant la révolution , et qu'ils continuèrent depuis, en y ajoutant la comparaison des lois de notre ancien code avec les lois nouvelles.

Voilà quelles furent leurs études réglées et suivies. Mais madame de (leidis. pour les initier à une infinité d'autres connaissances. donna toujours à leurs récréations un but instructif el varié. En hi-

IB BISTOIRE

ver, elle les conduisait, tous les huit jours, à la Comédie-Française, ayant soin (Je choisir de bons onvrages, < | n i 1 s n'eussent jamais vu jouer. Uniquement occupée d'eux, pendant le spectacle, elle étudiait leurs sentiments, leurs sensations , el rectifiait, au besoin, leurs idées. Le lendemain matin, ils dictaient l'extrait des pièces auxquelles on avait assisté la veille; puis elle le corrigeait sur-le-champ.

Nous avons parlé de l'arrangement intérieur de Belle-Chasse, où chaque objet . chaque meuble, chaque place résumait, comme dans un tableau synoptique, des souvenirs d'histoire, de mythologie et de' géographie. M. Myris, le professeur de dessin, composa, sur la demande de madame de Genlis, avec les principaux traits de ['histoire sainte et de l'histoire grecque, une lanterne magique dont les élèves donnaient l'explication aux heures de loisir. A l'aide de petits palais, faciles à démonter et à remonter, ils étudiaient, en jouant . tous les ordres d'architecture, el connurent de cet art, au bout de dix ans, ce que la théorie en peut apprendre. Ils s'instruisaient

dans l'agriculture el dans la botanique, en cultivant, sous la surveillance duo jardinier allemand, un carré de jardin, réservé pour

di-: Loi'is-riiiuri'i-

chacun d'eux dans le parc de Saint-Leu. Ils s'exercèrent aussi à différents métiers, et excellèrent à fabriquer des portefeuilles de maroquin, des lacets, des rubans, de la gaze, des cartonnages, des plans

en relief, des fleurs artificielles, des grillages de bibliothèque en laiton, du papier marbré, des paniers en jonc et en osier, la dorure sur bois, etc.

Le duc de Chartres et le due de Montpensier apprirent, en outre, la menuiserie, et firent, pour l'ameublement d'une pauvre paysanne de Saint-Leu , dont ils avaient soin , une grande armoire et une table à tiroir, aussi bien travaillées que par le meilleur menuisier. On

employait les proi lades à visiter les manufactures, les usines,

les cabinets d'histoire naturelle et de tableaux, les monuments,

les églises, les collections. Dans les courses relatives aux arts, les visiteurs étaient toujours accompagnés d'une personne capable de diriger leurs jugements sur l'architecture, la sculpture et la peinture.

Le coins de manufactures offrait un double avantage, celui de l'inslruction el celui non moins précieux de fortifier les princes et de leur ôler une foule de petites délicatesses incommodes et ridicules, en les habituant à supporter gaiement les odeurs les plus fortes el les plus désagréables, l'humidité des souterrains, la chaleur étouffante des fourneaux, le bruil étourdissant îles marteaux, des enclumes, le dégoût de certains ateliers , elles dangers que l'on peut courir durant quelques opérations.

Un jour qu'il assistait à une fonte d'argent chez un orfèvre, le duc de Valois, alors âgé de treize ans, et devenu duc de Chartres par la mort de son aïeul, s'approcha trop près el recul à la jambe

une éclal ssure qui le brûla grièvement ; mais il eut assez de force

d'âme pour ne pas se plaindre, el c'est à la lin de l'opération seulement, que l'on s'aperçut de sa blessure, en voyant son bas déchiré' et sanglant. Ce fait est peu de chose en lui-même; cependant, dit l'auteur A' Emile, « la physionomie ne se montre pas dans les grands traits, ni le caractère dans les grandes actions; c'est dans les bagatelles que le naturel se découvre. »

Non contente de cultiver, d'étendre et de perfectionner les facultés intellectuelles de ses élèves, et convaincue, comme J.-J. Rousseau, que« l'oubli de toute religion conduit à l'oubli des devoirs de l'homme,» madame de Genlis eut le bonheur de leur inspirer des sentiments profondémenl religieux el l'amour de la vertu. Après avoir développé chez eux les qualités de l'esprit, après leur avoir enseigné les devoirs du citoyen, c'était noblement couronner celle éducation forte et libérale que de graver dans leur âme, tendre el sensible, ces sublimes paroles de son éternel guide : o L'exercice des vertus sociales porte au fond des cœurs l'amour de l'humanité : c'est en faisant le bien qu'on devient bon: je ne connais point de pratique plus sûre. Occupez votre élève à toutes les bonnes actions qui sont à sa portée; que l'intérêt des indigents soit toujours le sien: qu'il ne les assiste pas seulement de sa bourse, mais de ses soins; qu'il les serve, qu'il les protège, qu'il leur cous, nie sa personne el son temps; qu'il se fasse

leur homme d'affaires : il ne remplira de sa vie un si noble emploi. »

Les enfants de Louis-Philippe-Joseph ne s'écartèrent jamais de ces

principes de pieuse charité, et, dès leurs jeunes ans, la bienfaisance fut

leur vertu la plus chère et, pour ainsi dire, la plus facile. Ils en ont donné maintes preuves pendant tout le cours de leur vie.

Une femme de chambre de mademoiselle d'Orléans avait le défaut grave de mentir sans cesse, après quelques remontrances sévères, mais inutiles, delà part de madame de Genlis, elle fut remerciée, et reçut néanmoins, en récompense de ses services, une grali- Gcation de soixante louis et deux mille francs de pension viagère. Celle pauvre fille fut inconsolable de sa disgrâce, et mourut. Aussitôt les princes, instruits qu'elle laissait un père infirme et pauvre, lui assurôrehl nue peu-ion viagère de six cents francs. In

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