‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 32 sur 55 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Situation politique a l'avéncmenl de Charles X. — Abolition Je la censure. —Loi d'indemnité. — Sacre de Charles X. — Le roi accorde le cordon bleu au duc de Chartres. — Lafayelte aux États-Unis. — Mort du général Foy; souscription nationale. — Le jubilé. — Puissance du clersé. — M. de Montlosier. — M. de Lamennais. — Loi de justice et d'amour. — Revue et dissolution de la garde nationale.— Occupation de la Morée ; victoire de Navarin. —Funérailles de Manuel. — Influence active de la presse. — Lettre de M. Caucbois-Lemaire au duc d'Orléans. — Paroles de M. Montalivel à ses fils. — Prédiction de M. Stanislas Girardin, à son lit de mort. — Lettre du duc d'Orléans à Lafayelte. — Triomphe des libéraux aux élections.

— Emeutes de la rue Saint-Denis. — Avènement du ministère Marlignac. —Prévisions de Na- ]K)léon à Sainte-lléléne. — Aveuglement de Charles X. — Le ministère Polignac. — Séance royale de 1S29; incident curieux; discours du roi. — Adresse des 221. — Le roi et la reine de Naples à Paris. — Fête du Palais-Royal. — Colloque entre le duc d'Orléans et M. de Salvandy.

— Expédition d'Afrique; [irise d'Alger. — Ordonnances du 26 juillet.

Louis XVIII ne fut pas regretté. Cependant la transition de son règne à celui de Charles X offrait quelques dangers, car Monsieur était excessivement impopulaire. Son avènement semblait présagerait pays le retour complet de l'ancien régime. En effet, il est à remarquer que le comte d'Artois, n'ayant jamais modifié son caractère, est peut-être le personnage qui a le moins changé en politique. Doué d'une certaine dose d'esprit, et gentilhomme dans la force du mot, avide de renommée, il avait des idées invariables, marchait droit à son but avec un entêtement aveugle. Ses intentions étaient nobles et généreuses; seulement, n'ayant nullement profité à l'école des révolutions, il se trompait sur les moyens. Ce fut le 6 septembre 1824 qu'il monta sur le trône. Il avait

sur son frère l'avantage de ne pas être impotent; il se montra à cheval et fît applaudir quelques mois tout faits. L'abolition de la censure fut le premier acte de son règne; mais cette mesure n'avait rien de sincère, et le discours du roi, à l'ouverture de la session législative 22 décembre , laissa deviner ses projets. Le sacre devail rendre à sa dynastie le principe d'hérédité par la grâce de Dieu, et le milliard d'indemnité, en enrichissant l'émigration, allait cimenter la paix entre le passé et le présent. Ce n'est pas que l'indemnité lût injuste: la Restauration récompensait parla ses serviteurs ruinés pour elle, et consacrait en même temps l'inviolabilité de la propriété territoriale. Néanmoins, une vive opposition accueillit celle mesure, impolitique à une époque où les finances étaient en mauvais état, et où l'on demandait une augmentation de liste civile. Dans le partage, le duc d'Orléans eut plus de 1 i millions; le général Lafayette 430,682 francs ; le duc de Choiseul, 1,100,000 francs; le duc de Liancourt, 1,400,000 francs; M. Gaétan de La Rochefoucauld, 428,200 francs: M. de Thiars, 357,850 francs, et M. Charles Lameth, 201,090 francs. Vinrenl les magnificences du sacre, à l'occasion duquel Charles X lit unepromotion des ordres royaux, et donna le cordon bleu au duc de Chartres. Ce fut pour le commerce une occasion de lucre, pour l'Opposition un objet de ridicule, une cérémonie de prêtres, où un roi dévot s'engageait à respecter la Charte par un serment qu'il devait audacieuse— ment violer cinq ans plus tard. Le retour de Charles X n'excita pas l'enthousiasme qui avait salue son avènement, (l'est (pie toute espérance d'un avenir meilleur s'était évanouie; c'est que de sinistres pressentiments avaient dissipé les dernières illusions; c'est qu'enfin le roi apparaissait aux yeux tel qu'il était réellement, le champion du passé, l'expression de la contre-révolution hautaine. D'abord le désappointement l'ut immense; bientôt l'opinion libérale reprit une énergie nouvelle, et plus (pie jamais se prépara a cette lutte qui s'annonçait terrible el périlleuse. La trêve du sacre, pour employer l'heureuse expression d'un écrivain, fut de courte durée , e| les hostilités recommencèrent. Lafayette visite les Étals-Unis, et la nation le proclame son hôte 5 octobre 1825 . Le général Foy meurt, et les regrets populaires accompagnent sa dépouille mortelleà la tombe : deux faits qui protestent hautement contre l'esprit rétrograde du pouvoir. Le duc d'Orléans partagea la douleur du pays et envoya sa voiture au

convoi de l'illustre patriote. La cour lui en lit un reproche. « Ma voiture n'a été remarquée, répondil le prince à Charles X, que parce qu'élu était la seule: el je croyais que quand un grand citoyen mou-

rait, tout ce qui aime la pairie devait prendre pari a son deuil. » Foy était pauvre. Une souscription s'ouvrit dans les bureaux des journaux pour élever un monument à sa gloire, et assurer une existence honorable à ses enfants. Laffitte s'inscrivit pour oO.OOO francs, le duc d'Orléans pour 10,000, Casimir Périer pour 10,000. Au bout de quelques mois, on avait réuni un million ! Manifestation expressive des sentiments du pays! Le gouvernement comprit la menace, sans profiter de la leçon; mais la confiance du parti libéral s'en augmenta, car il axait pu mesurer ses foreeset compter ses rangs qui chaque jour grossissaient dans des proportions redoutables. Ladivisionprogressive de la propriété financière, favorisée par l'égalité des partages entre enfants, dérangeait les vues des partisans du privilège. Ils osèrent présenter le projet de loi sur le droit de substitution et ledroil d'aînesse, ces deux principes de la féodalité; il fut repoussé et retiré'. Toutefois les royalistes, appuyés par une majorité' de trois cents députés pourvus de

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