RIS TO IRE
faveurs, étaient loin de se désespérer de eet échec. En 1826, le jubilé vient témoigner de la puissance croissante de la congrégation qui se forme, se discipline, étend son influence jusque dans les hais, les concerts, sur la scène. M. de Montlosier lance son premier manifeste contre les jésuites, et M. de Lamennais s'asseoit sur les bancs de la police correctionnelle, pour avoir considéré la religion dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. La loi du sacrilège et celle sur les communautés religieuses passent la tête haute, et la loi sur la police de la presse, que M. de Chateaubriand appelle loi vandale, est stigmatisée du nom de loi de justice et d'amour. Maintenant aux libéraux se rallient les mécontents de toutes les nuances, et chaque jour la résistance s'organise et se révèle dans tous les rangs, dans toutes les classes de la société. Les manifestations hostiles de l'Académie sont sans effet, et les destitutions pleuvent de droite et de gauche. Mais la Chambre des Pairs défait l'œuvre de la Chambre des Députés (17 avril 1827). « Quand une civilisation est grandement avancée, quand un besoin est profondément senti par la société, tout ce qu'on fait pour arrêter cette civilisation, pour comprimer ce besoin, tourne précisément contre le but qu'on s'était proposé. On avait voulu comprimer la presse; l'augmentation du format donna lieu à un système d'annonces, une des branches lucratives des journaux. La presse acquit donc une plus forte énergie, une existence consolidée, un nouveau moyen de publicité. Sans s'en douter, e! en voulant la détruire, la congrégation avait fait de la presse un géant! » Le retrait du projet de loi sur la presse causa dans tout Paris une joie profonde qui se traduisit d'une façon bruyante, et l'intervention de la force armée parut nécessaire au pouvoir, que tout devait alarmer. La situaliou se compliquait de jour en jour. Charles X, obéissant a une fatale inspiration, s'a\isa de vouloir passer une grande revue delà garde nationale; elle eut lieu le 2!) avril par un temps radieux; tout à coup, aux cris de : Vive le mi! se mêlèrent ceux de : A bas les ministres , à bas les jésuites! Et le roi de s'écrier, emporté par le dépit : « Je suis venu ici pour recevoir des hommages et non des leçons. » Le lendemain, la garde nationale fut licenciée. <>n releva les postes sans rencontrer de résistance; il n'y eut pas de mouvement séditieux ; mais ce calme était trompeur. Le pouvoir, le prit pour île la résignation: (•'('■tait le recueillement qui précède la tolère, dont l'explosion est
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d'autant plus terrible qu'elle a été plus longtemps contenue. La dissolution de la garde nationale fut une des grandes fautes de la Restauration. Lue lois isolée de la nation, une fois livrée à ses propres forées, la légitimité allait s'ensevelir sous ses ruines, pour en laisser surgir la monarchie de Juillet.
L'indépendance de la Gréée, à laquelle contribuèrent les Français par l'occupation de la Morée; la victoire île Xa\arin "10 octobre), ajoutèrent à notre gloire militaire, sans calmer la fermentation des esprits. Les funérailles de Manuel avaient donné lieu a des désordres pareils a ceux causés par les funérailles du due de Lianeourt. Le rétablissement de la censure et la dissolution de la Chambre furent de nouveaux aliments a la grande agitation libérale. Tous les partis de l'Opposition, se réunissant dans une cause commune, suivirent alors, pour le- élections, l'exemple offert par les royalistes en 1824. après la [Tuerre d'Espagne. De son côté, le ministère déploya toutes ses ressources; mais la presse élevait plus que jamais sa voix formidable, et agissait avec unanimité. Elle avait peine à conserver le secret de ses sympathies; en signalant le mal. elle indiquait le moyen d'v remédier; elle poussait l'audace jusqu'à la provocation d'un changement de dynastie, et jusqu'à nommer tout haut le chef qu'appelaient les vœux de toute la nation. « Echangez \os armoiries ducales contre la couronne civique , s'écriait Cauchois— Lemaire dans un écrit intitulé Lellreà M. le dite d'Orléans. — Allons, prince, un peu décourage! il reste dans notre monarchie une belle place à prendre, la place qu'occuperait Lafayette dans une république, celle du premier citoyen de France. Votre principauté n'est qu'un chétif canonicat auprès de celte royauté morale. Le peuple français est un grand enfant qui ne demande pas mieux que d'avoir un tuteur : soyez-le, pour qu'il ne tombe pas en de méchantes mains, afin que le char si mal conduit ne verse pas. Nous avons fait de notre côté tous nos efforts, essavez du vôtre, et saisissons ensemble la roue sur le penchant du précipice. » Cet écrit, hardi et énergique, aurait dû servir d'avertissement a la Restauration; car il était l'expression du mouvement libéral, et faisait pressentir une révolution, d'autant plus facile a réaliser, que le but et les moyens en étaient connus; car maintenant que toute illusion avait disparu, tous les hommes d'un jugement sûr annonçaient comme inévitable et prochaine .la chute de la branche aînée.
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« Mes amis, disait M. de Monta livël à ses lils. une révolution nous menace; elle peut être terrible; elle peut, comme la première, renverser les fortunes les mieux établies, détruire les positions les plus brillantes; travaillez, devenez hommes, afin de pouvoir résister à l'adversité si elle arrive, et de vous protéger vous-mêmes par votre eapaeité. Au reste, je le vois clairement, le due d'Orléans seul peut arranger nos affaires; il montera sur le trône et relèvera le gouvernenient constitutionnel. » Et cette espérance adoucissait l'agonie de Stanislas (iirardin , quand, sur son lit de mort, il adressait au duc d'Orléans, pour adieu, ces paroles prophétiques : « J'emporte du
moins avec bonheur au tombeau la pensée qu'avânl peu vous serez roi! » Cri suprême el profond d'une âme qui, prés de retourner dans le sein de l'Eternel, embrassait déjà les horizons de l'avenir. « Autour du duc d'Orléans, est-il dit dans {'Histoire de la Restauration, ne se groupait plus alors seulement le parti patriote de 17N!); mais encore les hommes de la Restauration qui la voyaient s'éloigner de son but et de sa grande origine, tels que MM. Mole et de Talleyrand. Le ducd'Orléans était une chance; ils devaient s'en rapprochera mesure que le pouvoir se perdait dans des folies de parti. On prévoyait une chute possible, et le dépit de la disgrâce se mêlait à cette clairvoyance de l'avenir. Alors, l'histoire,, la poésie, tout vivait par les rapprochements de la révolution de 1688; on exploitait cette idée anglaise; lés doctrinaires la caressaient comme une pensée d'ordre
après la tempête, Gonime une question d'érudition H de philosophie résolue par un avènement qui secouerait le moins d'existences. M. le due d'Orléans, sans prendre d'engagement avec personne, fort bien en cour et avec l'Opposition, favorisait tout ce qui se rapprochait de cette idée, qu'il caressait comme l'espérance d'une couronne; mais ses tentatives n'allaient pas au delà: il profitait des fautes , et l'on en faisait tant! » Tel est le rôle réservé dans lequel le prince se renferma jusqu'au dernier moment , usant surtout d'une prudence infinie dans sa correspondance avec les révolutionnaires, qui le sollicitaient de s'associer à leurs projets. Un jour que Lafayette lui recommandait des réfugiés, le duc lui répondit : « Vous ne faites que me rendre justice, mon cher général, en comptant sur le plaisir que j'éprouverais à concourir à la bonne œuvre dont vous m'entretenez dans la lettre que je viens de recevoir de vous; mais ma position, loin de me fournir un moyen de réussir, n'est qu'une difficulté de plus, ajoutée à toutes celles qui existent déjà, et que votre longue expérience doit unis empêcher d'ignorer. Je n'ai été que trop souvent dans le cas de reconnaître l'impuissance de mes efforts en de telles occasions car j'en ai eu beaucoup dans ma vie), pour ne pas craindre qu'ils pussent même produire un effet contraire; je vous avoue, mon cher général, que je ne cherche pas plus à m'attribuer le mérite du succès m on parvenait à l'obtenir, qu'à faire connaître l'inefficacité de mon intervention dans le cas contraire; veuillez croire a la sincérité de mes regrets ainsi qu'à celle de tous mes sentiments et de toute ma considération pour vous;
« Loi is-Phiuppe d'Obléans. »
« Paris, le 2!) mai 1830. «
Le triomphe des libéraux aux élections de Paris provoqua le ressentiment du ministère, et les fusillades de la rue Saint-Denis réprimèrent une joie qui parut séditieuse. La majorité delà Chambré devait être constitutionnelle; le cabinet recula devant elle. MM. de Villèle, Corbière et Peyronnel se retirèrent du combat avec les honneurs delà pairie. C'est dans ces tristes circonstances queM. deMartignac entra au pouvoir.
Le nouveau ministère, avec un système «le sages réformes, se concilia l'opinion, quoiqu'il lut encore entravé dans ses nobles