‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 36 sur 55 · CHAPITRE XVII r · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII r

La dëpulalion do la Chambre au Palais-Royal. — Le général Sébasliani cl le prince Je Talleyrand. — Le due d'Orléans accepte la lieutenance générale. — Proclatnalion du prince. — Programme du gouvernement futur. — Opinion de Lafayelte sur la Restauration; sa lettre à Joseph Bonaparte; proclamation du général. — Paroles de M. de Sémonville au due d'Orléans.

— Le lieulenanl général se rend à l'Hôtel-de-Ville; épisodes de cette visite. — Le général Dubourg ; scène étrange enirc lui et le due d'Orléans; lettre du général Dubourg au lieutenant général. — Erreur historique. — Parce que et quoique Bourbon. — Triomphe définitif du parti orléaniste. — Les chefs des républicains au Palais-Royal. — Conversation entre le duc d'Orléans et Lafayelte. — Ce qu'on a appelé le programme Je VHôlel-de- fille. — Mot injurieux de Lafayelte sur le lieutenant général. — Visite de la commission municipale au Palais-Royal.

— La commission résigne ses fonctions. — Maintien provisoire des ministres choisis par l'Hôtelde-Ville. — Aspect de Saint-Cloud pendant la révolution. — la famille royale part pour Xrianon. — Résignation de Charles X. — Départ pour Rambouillet; dangers. — Une dépulation est envoyée à Charles X. — Lettre de ce monarque au duc d'Orléans; réponse de ce dernier. — Abdication de Charles X et du Dauphin. — Perplexités du duc d'Orléans. — Mesures prises pour forcer Charles X à quitter la France. — Expédition de Rambouillet. — Ouverture des Chambres: discours du lieutenant général. — Arrivée du due de Chartres cl de son régiment au Palais-Royal. — Entrevue de Charles X cl des commissaires du gouvernement provisoire.— Départ de la famille royale. — Retour de l'expédition de Rambouillet. — Soulèvement des départements; souscriptions nationales. — Bienfaisance delà famille d'Orléans. —

— Rouget de l'Isle. — Dernières incertitudes du duc d'Orléans.

Le 51, des huit heures du matin, la députalion de la Chambre fui avertie que le duc d'Orléans étail prêt à la recevoir. A neuf heures, elle fut admise. Le prince parut. M. Laffitte prit là parole et lui la déclaration delà Chambre en développanl les motifs qui faisaienl une loi au duc d'accepter 1rs rênes i\u gouvernement sous le titre provisoire de lieutenant général du royaume. « Donnez-moi, j<' \<>us

prie, votre discours, répondit le prince d'une voix émue; ce sera la plus belle pièce de mes archives. » Puis il ajouta, en s'adressant à la députation : « Je suis on ne peut plus touché du haut témoignage d'estime et de confiance que vous venez de m'accorder, tout en déplorant 1rs circonstances douloureuses auxquelles je le dois. » Paroles vagues, qui trahissaient l'indécision du due, manifestement tyrannisé par la crainte et l'espérance; si bien qu'il finit par annoncer sa résolution de consulter une personne qui n'était point là, avant de se rendre au vœu des députés. Aussitôt il rentra dans son cabinet, où était déjà M. Dupin, et où M. Sébastiani ne tarda pas à être appelé. Celui-ci se rendit secrètement chez M. de Talleyrand, qu'il trouva

occupé a sa toilette. Il lui remit un papier cacheté que le prince parcourut rapidement et restitua en disant : « Qu'il accepte. »

Trois quarts d'heure après, le duc d'Orléans, accompagné de MM. Sébastiani et Dupin, rejoignit les députés impatients, pour leur déclarer qu'il acceptait la lieutenance générale '; et la proclamation suivante fut affichée sur tous les murs :

1 Voici en quels termes le général Sébastiani rendit compte de celle visite à la Chambre.

Réunion des députés présents à Paris.

51 juillet 1SÏ0.

« Messieurs, dit-il, la députation, dont j'avais l'honneur de faire partie, s'est rendue hier soir au Palais-Royal Son Alies>e Royale élail absente ; nous avons pris la liberté de lui écrire une lettre pour lui transmettre la délibération de votre réunion ; M. le duc d'Orléans s'est empressé de se

« Habitants tic Paris,

« Les députés de la France, en ce moment réunis à Paris, ont exprimé le désir que je me rendisse dans celte capitale pour v exercer les fonctions de lieutenant général du royaume.

« Je n'ai pas balancé à venir partager vos dangers, à me placer au milieu de celte héroïque population, et à faire tous mes efforts pour vous préserver de la guerre civile et de l'anarchie. En rentrant dans la ville de Paris, je portais avec orgueil ces couleurs glorieuses que vous avez reprises et que j'avais moi-même longtemps portées.

« Les Chambres vont se réunir, elles aviseront aux moyens d'assurer le règne des lois et le maintien des droits de la nation.

« L ne Charte sera désormais une vérité.

« Lons-PiiiLippE d'Orléans. »

Cette déclaration fut saluée par les acclamations enthousiastes de la Chambre; et séance tenante, sur la proposition du président, MM. Benjamin Constant, Bérard, Villemain et Guizot furent chargés de rédiger l'historique de toutes les mesures adoptées jusqu'alors.

11 était conçu en ces termes :

« Français, la France est libre. Le pouvoir absolu levait son drapeau. L'héroïque population de Paris l'a abattu. Paris attaqué a fait triompher par les armes la cause sacrée qui venait de triompher en vain dans les élections. Un pouvoir usurpateur de nos droits, perturbateur de notre repos, menaçait à la fois la liberté et l'ordre. Nous rentrons en possession de l'ordre et de la liberté. Plus de crainte pour les droits acquis; plus de barrière entre nous et les droits qui nous manquent encore.

« Un gouvernement qui, sans délai, nous garantisse ces biens, est

rendre à Paris ; il y osi arrivé hier soir, à onze heures. La dépulation en a été instruite ce matin, el s'est réunie de nouveau à neuf heures. Nous avons été admis en présence du duc; les paroles 'lue nous avons recueillies de sa bouche respiraient l'amour de l'ordre el des lois, le désir ardent d'éviter à la France les fléaux de la guerre civile et de la guerre étrangère; la ferme intention d'assurer les libertés du pays, et, comme Son Altesse l'a dit elle-même dans une proclamation si pleine de netteté et de franchise, la volonté de faire enfin une vérité de celle Charte qui ne fut longtemps qu'un mensonge » M. le général Sébastiani ajoute que M. le duc d'Orléans a déclaré qu'il allait s'occuper sans délai des mesures les plus urgentes, et surtout de la convocation des Chambres. »

aujourd'hui le premier besoin de la patrie. Français, ceux de vos députés qui se trouvent déjà à Pari- se sonl réunis, et, en attendant l'intervention régulière des Chambres, ils ont invité un Français qui n'a jamais combattu que pour la France. M. le due d'Orléans, à exercer les fonctions de lieutenant général du royaume. C'est à leurs yeux le moyen d'accomplir promptement par la paix le succès de la plus légitime défense.

.« Leduc d'Orléans est dévoué à la cause nationale et constitutionnelle. Il en a toujours défendu les intérêts et professé les principes. Il respectera nos droits, car il tiendra de nous les siens. Nous nous assurerons par des lois toutes lesgaranties nécessaires pour rendre la liberté forte et durable:

« Le rétablissement de la garde nationale avec l'intervention des gardes nationaux dans le choix des officiers:

« L'intervention des citoyens dans la formation des administrations municipale et départementale ;

« Le jury pour le- délits de la presse;

« La responsabilité légalement organisée des ministres et des agents secondaires de l'administration;

« L'état des militaires légalement assuré:

« La réélection des députés promus à des fonctions publiques;

« Nous donnerons à nos institutions, de concert avec le chef de l'État, les développements dont elles ont besoin.

« Français, le due d'Orléans lui— même a déjà parlé, et son langage est celui qui convient à un pays libre. Les Chambres vont se réunir, vous dit-il. Elles aviseront aux moyens d'assurer le règne des lois el le maintien des droits de la nation.

« La Charte sera désormais une vérité. »

Cette proclamation i'ul signée par quatre-vingt-onze députés. Cependant, l'œuvre de la Chambre avait besoin de l'approbation de l'Hôtel-de-Ville; el comme Lafayette j régnai) souverainement, elle ne pouvait être douteuse. Le général savait quelles terreurs réveillait le souvenir de la république; puis, ce qui arrivait n'était que l'accomplissement de ses justes prévisions, et, à moins de se faire taxer d'inconséquence, il ne pouvait rationnellement démentir ses sentiments d'autrefois. Car il n'avait pas été des derniers à juger, d'après la marche des événements, que la France serait témoin d'une

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prochaine révolution. C'était là le texte intarissable de ses conversa-, (ions, et avec cette expérience dos choses, avec cette rectitude d'esprit qu'on lui connaissait, il précisait les symptômes et le dénoûment de cette {fraude catastrophe.

« Mon jeune ami, disait-il un soir à M. Appert, qui avait trouvé chez le général un asile contre les persécutions de la Restauration, vous êtes plus heureux que moi, \ous verrez le triomphe de la liberté, car il est impossible qu'il n'arrive pas enfin, malgré toutes les entraves qu'on lui oppose. Les Bourbons retourneront encore dans l'exil mendier un refuge ri du pain à l'étranger; celle fois, voyezvous, on ne commettra pas de crimes, mais on les chassera certainement; le drapeau national reviendra, et vous le verre/, vous; moi, je ne serai plus.

— Mais, général, répondit .M. Appert, le duc d'Orléans, qui parait franchement libéral, dont l'appui vient au secours de ton! ce qui souffre pour la cause populaire, qui accorde des encouragements aux publications utiles, aux arts, aux sciences; dont l'accueil est plein d'empressement pour tous les membres de l'opposition, qui place ses fils dans les collèges, dont la vie à l'étranger pendant l'émigration a toujours été honorable, ne pourrait-il donc pas, dans le cas d'une révolution, devenir roi de France?

— Mon cher Appert, répliqua Lafayette, ce que vous dites est trèsvrai; moi-même j'estime beaucoup le duc d'Orléans, je le crois sincère dans les sentiments patriotiques qu'il exprime; ses enfants sont très-intéressants, sa femme est la personne la plus respectable; mais, en révolution, on ne peut répondre de rien. Cependant, ce prince aurait bien des chances en sa laveur, et pour mon compte, si j'étais consulté sur un choix en pareille occasion, certainement il aurait ma voix. »

Cette conversation avait lieu en l<S^r>, et sept ans après, le général Lafayette, pressenti sur l'accueil qu'il réservait au duc d'Orléans, manifestait les mêmes sentiments à son égard, en approuvant le choix qu'on avait fait de ce prince comme lieutenant général '. Il se plut à

1 Lafayclle lit lni-tnéme placarder celle proclamation sur les mors :

Aux citoyens de Paris.

• I.a réunion des députés, actuellement à Paris, vienl de communiquer au général en chef la résolution qui, dans l'urgence des circonstances, a nommé M. le duc d'Orléans lieutenant général

répéter que, sans beaucoup le connaître personnellement, il estimait son caractère et la simplicité de ses mœurs; et, toujours conséquent avec lui-même, il fut loin de se repentir des événements de l'Hôtelde-Ville. si Ton en juge par ces quelques lignes qu'il adressait à Joseph Bonaparte le "2(> novembre suivant :

« Je connaissais à peine le duc d'Orléans, disait-il. De vives inimitiés avaient existé entre son père et moi. Quelques rapports de parenté et de bons procédés ne m'avaient pas même conduit jusqu'à rentrée du Palais— Royal, et néanmoins je savais, comme tout le monde, qu'il y avait dans cette famille des wrlus domestiques, des goûts simples, peu d'ambition, et un sentiment français auquel l'empereur lui-même avait rendu justice. Je me rappelai le jeune républicain de 89, le soldat de Valmy et de Jemmapes, le professeur de Suisse et le voyageur aux Etats-Unis. Il s'appelait Bourbon, et c'est un nom fâcheux; mais le nom même était plus (pie le vôtre, plus que celui de république, une garantie contre la guerre. Il n'empêchait point de constater, d'exercer le principe de la souveraineté du peuple, de mettre des armes aux mains de trois millions de citoveus nommant leurs officiers, de rendre complète la liberté de la presse, et d'avoir des institutions populaires. Il m'a donc paru utile, dans les

du royaume. Dans trois jours, lu Chambre sera en séances régulières, conformément aux mandais de ses commettants, [tour s'occuper de ses devoirs patriotiques, rendus plus importants et plus étendus encore par le glorieux événement qui vient de faire rentrer le peuple français dans la plénitude de ses impresciiplihlcs*droits. Honneur à la population parisienne !

« C'est alors <pie les représentants des collèges électoraux, honorés de l'assentiment de la France eiuiére, sauront assurer a la pairie, préalablement aux considérations et aux formes secondaires' de gouvernement, loutes les garanties de liberté, d'égalité et d'ordre public que réclament la nalure souveraine de nos droits cl la ferme volonté du peuple français.

« Déjà sous le gouvernement d'un jour et d'influences étrangères, qui vient de cesser cràre à l'héroïque, rapide ci populaire effort d'une juste résistance a l'agression contre-révolutionnaire il élait reconnu que d;ms la session aclue'le les demandes du rétablissement d'administrations électives, communales et départementales, la formation des gardes nationales de France sur les bases de la loi de 91, l'extensiun de l'application du jury, les questions relatives à la loi électorale la liberté de l'enseignement, la responsabilité îles agents du pouvoir et le mode nécessaire pour réaliser celle responsabilité, devaient être dcsobjcis de disrussii us législatives préalables a tout vole de subsides ; a combien plus hurle raison ces garanties cl toutes celles que la liberté cl l'éaa* lité peuvent réclamer, doivent-elles précéder la concession des pouvoirs définitifs, que la France jugerait à propos de conférer! Fn attendant, elle sait que le lieutenant général du royaume, appelé par la Chambre, fut un des jeunes patriotes de S9, un des premiers généraux qui firent triompher le drapeau tricolore. Liberté, égalité, ordre public, fut toujours ma devise. Je lui serai fidèle.

« I AFAÏETTE. Il

circonstances où nous étions, pour la paix du dedans el <lu dehors, que les diverses nuances d'opinions politiques, à l'exception du parti de Charles X, se réunissent sur cette combinaison.

« Mon adhésion n'a pu être l'ellel d'aucune prévention ou affection antérieure.

« Je dois dire aujourd'hui qu'après quatre mois d'intime connaissance, des sentiments de confiance, d'amitié et de cause commune, sont venus se joindre à mes considérations primitives. Quant a l'assentiment général, ce ne sont pas seulement les Chambres et la population de Paris, quatre-vingt mille gardes nationaux et trois cent mille spectateurs au Champ-de^Mars, ce sont toutes les députations des villes et villages de France que mes fonctions me mettent a portée de recevoir en détail; en un mol, un faisceau d'adhésions non provoquées cl indubitables, qui nous confirment de plus en plus (pic ce (pic nous avons fait est conforme a la volonté actuelle de la trèsgrande majorité du peuple français, »

La \isile du duc d'Orléans à l'Hôtcl-dc-Yille l'engageait tout a fait dans la révolution, en le compromettant vis— à— vis de la race déchue; c'était un acte de haute signification, une consécration solennelle du principe en vertu duquel il allait recevoir la couronne. « Dix jours avant, M. de Sémonville, se promenant après le diner, dans le parc de Neuilly, avec le duc d'Orléans, profita d'un moment — où M. Pozzo di Borgo ambassadeur de Russie s'éloignait — pour dire au prince :

« Monseigneur, avez-vous des chevaux?

— Sans doute; pourquoi la question?

— Des chevaux de main, je n'en doute pas; niais des chevaux de poste?

— Que voulez-vous que j'en fasse?

— Ah! c'est (pic d'ici a peu de jours vous en aurez besoin.

— Vous croyez ? demanda leprinceavec une expression singulière.

— Oui. Vous aurez à faire un de ces trois voyages : Saint-Cloud, Paris ou Londres.

— Ah! bah! Sémonville; il vient d'envoyer les lettres doses... Il n'y a rien à craindre... Venez mercredi faire votre visite de digestion, vous verrez qu'il n'y aura rien. »

« Le mercredi indiqué, M. de Sémonvillê-ne put faire la visite, parce

(lue c'était le 28 juillet. .Mais le samedi suivant, le duc d'Orléans

ni i ous-iMiiui'i'K. «g

non tait à cheval el faisait le voyage de llïôtel-de-Ville. 'IL Bon-

NEI.UEIt. »

Dès que tout fut prêt à l'Hôtel-de-Ville pour la réception du lieutenant général, les députés vinrent chercher le prime au Palais-Royal. Bientôt il parut habillé en général de la garde nationale, avec le grand cordon rouge de la Légion d'honneur. Cependant, Son Altesse Royale, hésitait à sortir : madame Adélaïde et les dues de Chartres et de Nemours étaient en proieà une vive émotion, lorsque des nouvelles d'une extrême gravité vainquirent les irrésolutions du lieutenant général. « Allons, messieurs, partons! » dit-il; puis, descendant par le grand escalier, il monta à cheval et se mit en route avec les députés. A leur sortir du Palais-Royal, la foule applaudi) avec enthousiasme. Le due d'Orléans précédail M. Laffltte, qu'on transportait dans une chaise a bras. Le cortège s'avançait lentement, et de temps à autre le due s'arrêtait pour parlera M. Laffitte, ce qui excitait les acclamations universelles. « Cela va bien, dit M. Laffitte. — Mais oui, répondit le prince, cela ne va pas mal. » Le long de la route et surtout sur la place de Grève, des eris sinistres se mêlèrent aux cris de joie. Quelques forcenés, dit-on. devaient tuer le due d'Orléans el le jeter a l'eau. Dieu ne permit pas que cet épouvantable forfait s'accomplit. Toutefois, le prince conservait, en apparence, une altitude calme et continuait sa marche a travers les barricades. A son apparition sur la place, le tambour battit aux champs. Lafayetté et la commission municipale s'empressèrent d'aller au-devant de l'illustre visiteur, le reçurent à la descente de cheval sur le perron de l'hôtel, et le conduisirent dans la grande salle de Henri IV. La foule v était immense et agitée de sentiments divers. On était impatient de savoir quel accueil Lafayetté réservai! au due. Tous les veux étaient fixés sur ces deux personnages. Il se lit un silence solennel quand .M. Vienne! prit l'adresse de la Chambre des mains de M. Laffitte pour en donner lecture. A ces mots : « Le jury pour les délits de presse. » Louis-Philippe murmura a l'oreille de Lafayetté : « Il n'yaura plus de délits de presse: » puis il confirma les promesses contenues dans \,\ déclaration en ajoutant : « Je déplore comme Français le mal fait à mon pays et le sang versé; je serai heureux de contribuer au bonheur de la nation. » A ce moment, le général Dubourg. s'avançant devant le duc d'Orléans, s'écria d'un ton brutal :

« Vous venez de prendre des engagements, faites en sorte de les tenir; car, si vous les oubliiez, le peuple qui est là, sur la Grève, saurait bien vous les rappeler.

— Monsieur, répondit le due, saisi de colère et d'indignation à

eette rude apostrophe, vous ne nie connaissez pas... Je suis un honnête homme; quand il s'agit de mon devoir, je ne me laisse ni gagner par la prière ni intimider par la menace... »

Et, se retournant vers Lafayette, il ajouta : « Lafavette, vous l'avez entendu... Si je ne respectais pas les lois, je ferais punir cet hommela à l'instant. C'est une indignité!... ' »

1 Le général Dubourg ne tarda [>as à reconnaître noblement ses torts, ainsi que le prouve la lettre suivante :

A sou Altesse Riryalo le lieutenant général du royaume.

T.uii, le S noùt IS30.

" Altesse lloyale,

» Prévoyant que l'on chercherait à se servir de min nom pour exciter, sinon des troubles, du moins des inquiétudes sérieuses, j'envoyai dimanche le commandant Guibert, pour savoir quand Votre Altesse Royale voudrait me recevoir. Il ne put parvenir jusqu'à vous. Voici a peu prés ce que j'aurais eu l'honneur de dire à Votre Ailes c Royale.

« Monseigneur, le peuple en armes m'avait spontanément déféré une autorité que je viens de

Alors;, M. Hippolyte Bonnellier, secrétaire de la commission municipale, s'élança au-devant delà poitrine du due et lui dit d'une voix vibrante d'émotion : « N'ayez crainte, nous somme- là pour vous défendre! Ce n'est pas un prince tel que vous qui manquera a sa parole! » Lafavelte entraîna le prime vers la fenêtre, lui mil en main un drapeau tricolore et l'embrassa aux acclamations joyeuses de tout le peuple. Ainsi l'alliance de l'Hôtel-de-Ville et du lieutenant général terminait la révolution. Le duc reprit le chemin du Palais-Royal. Son retour fut une véritable marche triomphale, et comme il allait descendre de cheval, il fut enlevé par la foule et porté jusque dans son palais. Il manquait quelque chose au bonheur du prince: sa famille n'était pas la pour le partager; mais cette douce satisfaction lui fut donnée; car, à neuf heures du "soir, une de ces voitures publiques qu'on appelle Carolines ramena de Neuilly madame Adélaïde, la future reine des Français et ses enfants.

Tue fois le gouvernement de la bourgeoisie constitué, il fallut songer à l'affermir. Le courage, le patriotisme, les vertus de Louis- Philippe ne suffisaient pas pour changer les sentiments des partisans de la dynastie déchue et vaincre les antipathies des républicains pour

déposer cuire les mains du général en chef Lafaycttc, renonciation i|iic j'ai faite livs-cerlainement a contre-cœur, mais uniquement par patriotisme, et parce que je m'apercevais que ma popularité subite faisiit ombrage. C'est parce que les citoyens m'avaient vu au premier rang là où était le danger, qu'ils m'apportèrent les Insignes du commandement, et me prièrent avec instance de m'en revélir; on ne saurait nier que j'ai contribue a délivrer la patrie d'un pouvoir devenu odieux-, infâme même.

« Aujourd'hui, je \ iens me soumettre à l'autorité du lieutenant général du royaume. Loin d'èirc anarchiste, je souhaite ardemment le bonheur de la France sous uu régime légal cl constitutionnel, et Votre Allcssc Royale est digne de commander a un peuple libre. Je regrette que Voire Altesse Royale se soit méprise sur le sens des paroles que j'ai eu l'honneur de lui adresser à l'hôtel de ville. Je croyais, et telle était mon intention, lui exprimer respect et confiance.

« Je désire servir mon pays et le gouvernement; la meilleure preuve que je puisse donner de mes bons sentiments, c'esl de demander au lieutenant général du royaume un emploi civil ou militaire qui ne soit pas au-de-sous de ma réputation et de celle surtout que j'ai acquise dans ces derniers jours de gloire. Ma parole esi sacrée, et mes sentiments d'honneur sont bien connus : je suis le premier officier qui ail refusé de servir sous B lunnont. En 1S15, je donnai ma démission décommandant du Pas-de-Calais pour ne pas servir sous les ordres de ce irjilre : je ne sache |«s que cet exemple ait trouvé beaucoup d imitateurs.

« Ce serait avec un véritable chagrin, monseigneur, que je verrais les jaloux et les envieux lernir aux yeux de Voire Altesse Royale, la pureté et la loyau é de mon caractère.

« J'offre à monseigneur le lieutenant général du royaume les expressions de tout mon r, spect.

<• Tels sont les sentiments qu'aurail exprimés à Vo'.re Altesse Royale, son très-humble cl trêsobassanl serviteur,

f TIcRorin:. »

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