‹ Histoire de Louis XIChapitre 9 sur 11 · ambitieux · texte numérisé non relu

ambitieux

chaque jour un cours plus rapide et plus de ce étendu. Ayant acquis à prix d'argent les du- **""*"*' chës de Gueldres, de Zutphen, de Juliers, et s'^tant emparé de Nimègue, il s'avançait avec toutes ses forces en Lorraine pour enlever ce duché au petit-fils du roi de Sicile , nommé René, comte de Vaudemont, qui l'avait reçu en don de la princesse lolande d'Anjou, après la mort du duc de Calabre.

La marche des Bourguignons fut si rapide qu'ils se saisirent de la personne de René. Mais le roi, par représailles, fit arrêter un parent de l'empereur attaché au service de Charles , de sorte que telui-ci fut contraint de relâcher soh captif. Toutefois , en lui rendant la lil^erté, Charles, aussi astucieux dans cette circonstance que Louis , extorqua du prince Icwrrain un ear gagement par lequel il s'obligeait à ne confier la défense de ses places frontières qu'à-des ofiîciers dévoués au parti bourguignon.

Depuis long-temps le ducVe Bourgogne, en étendant ses frontières, tantôt par des acqui-

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sitions^ tantôt par des héritages^ et en méditant la conquête de la Lorraine, de l'Alsace^ et même de rHelvétie, avait pour but principal de se soustraire à la suzeraineté de la couronne de France, et de faire ériger ses immenses possessions en royaume. 11 n'existait pi us de Tûitique empire romaiiji que son ombre, son uodel et on ineffaçable souvenir. Cependant, depuis Othon, les nouveaux empereurs, de pluçen plus afiaiblis, se voyaient enchaînés par les mille bras de l'hydre féodale. Leur pouvoir n'avait guère plus de réalité que celui des monarques finançais dans les derniers temps de la race carlovingienne. Un orgueil chimérique survivait seul à leur grandeur passée. Inférieurs en autorité à la plupart des grands princes leurs contemporains, ils se prétendaient encore audessus des rois qu'ils daignaient parfois nommer leurs grands vicaires, lorsque quelque nécessité politique contraignait ceux-ci à rhiimiliante obligation de recevoir en rougissant cette investiture. Au commencement de la guerre des rois d'Angleterre contre les Yaloi», nous avons vu un monarque anglais se déccH rer de ce titre de vicaire de l'Empire pour grossir la ligue qui menaçait le trône du roi de France. •

L'ambitieux Charles ne négligea pas de flat-

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ter ce préjugé des Césars modernes pour s'en faii'e un litre au sceptre qui était Tunique ol> jet de ses vœux. Les deux appuis sur lesquels il compta pour se faire décerner le nom de roi furent son épée et la main de sa fille. Il offrit celle-ci à Maximilien, dans le cas oùJ'empèreur Frédéric, son père, consentirait à s'allier à lui, et à le reconnaître comme roi.

L'espoir de s'assurer un si riche héritage éblouit Frédéric , qui consentit à tout. Ils se réunirent tous deux à Trêves et y renouvelèrent solennellement leurs promesses. Ce rêve ambitieux, qui sauva Louis XI d'une ruine probable , fut bientôt la cause réelle de celle de Charles ; mais dans la suite nous verrons que ce même rêve se changea pour Maximilien en réalité , et donna naissance à la colossale puissance de la maison d'Autriche.

Quoiqu'il en fût, Louis XI, assiégé par mille inquiétudes que lui donnaient tour à tour sa santé chancelante, les menaces d'Edouard et l'infatigable turbulence du duc dp Bourgogne, parcourait ses provinces en cherchant, par tous les moyens qui étaient en sdn pouvoir, à se mettre en état de défense , à grossir ses forces, et à calmer les mécontentemens que ses méfiances et ses rigueurs avaient si généralement répandus. Un jour, comme il traversait les rues

58tk LOUIS xï.

d'Âlençon , une femme qui se tenait à sa fenêtre pour le voir passer^ poussa , sans lë vouloir, une lourde pierre qui tomba aux pieds du roi en déchirant sa robe. Le superstitieux Louis crut qu'un miracle lui avait sauvé la vie; il se signa , baisa la terre, ramassa la pierre , et la fit déposer* ainsi que sa robe déchirée, dans le monastère du mont Saint-Michel, où il alla rendre grâces à Dieu de l'éclatante protection qu'il lui avait accordée.

Les orages qui grondaient au pied des Fy« renées forçaient constamment le roi à diviser ses forces. Pour mettre fin à ces contrariétés , il conclut un traité avec le roi d'Aragon, et lui promit de lui restituer le Roussillon et là Ger^ dagne , dès que ce prince lui aurait payé l'argent qu'il lui devait. Le vieux roi René de Sicile fut compris dans cette convention. Alliance Louis XI, cettc mêmc année, signa une alavries liance avec les villes anséatiques d'Allemagne, rilTiiqa"! sorte de république fédérative , alors puissante **^!r' P^'' ses richesses, par ses flottes et par son commerce. Louis maria dans ce même temps ses deux filles. Jeanne épousa le duc d'Orléaitf^ depuis Louis XII. Ses vertus et ses malbeuTB la rendirent célèbre. Anne donna sa main i Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu.

Les hostilités et les négociations continuaient

Bourgogne et Loui». Le connétable de Saint-- Pol commit alors la haute folie de tromper^et de trahir à la fois ces deux princes vindicatifs, dont le plus faible aurait sufii pour l'écraser. S'efforçant de persuader à chacun d'eux qu'il agissait pour le servir, il s'empara de 3aint-> Quentin et le garda. Le roi dissimula son ressentiment pour mieux assurer sa vengeance.

Le duc de Bourgogne ne croyait plus devoir garder aucune mesure avec son souverain. Déclarant qu'il ne relevait plus de lui et agissant en roi, il établit un Parlement 4 Malinea, et' ensuite envoya un corps de ses troupes envahir le Nivernais. Louis les en fit chasser, et reprit les places qu'on lui avait enlevées!

A cette époque *, l'oisiveté des cloîtres en- QuereUet tretenait l'animosité d'une nouvelle querelle ^et. théologique qui avait succédé aux anciennes disputes de l'Église sur Platon et surAristote. Les deux partis, qui prenaient le nom de /^olistes et de nominaux* s'attachaient Jes uns aux mots, les autres à leur sens, c'est «à- dire aux choses ; et moins ils se comprenaient, plus ils étaient acharnés les uns contre les autres. On ne ^ait ce qui en serait résulté, si l'autorité se fût déclarée pour l'un des deux. Le

roi eut le bon sens de les mépriser également. Leurs écrivaips alors fameux , Ockam et Buri* dan, furent bientôt enveloppés dans un profond oubli. Ce n'était pas l'époque où Ton craignait les armes du fanatisme ;. celles des fiu^tions étaient alors les seules redoutables. Louis, qui avait de fortes raisons pour les craindre , redoublait chaque jour de précautions pour mettre sa vie à l'abri de toute embûche. Ce fui le premier de nos rois qui créa des compagnies françaises de gardes-du-corps.

Une mort signala cette année; ce fiit celle du comte du Maine, oncle de Louis XI, puis^ sant sous Charles VU, caressé par Louis à son avènement, et depuis éloigné, parce que sa vertu gênait l'hypocrite monarque.

Complot "^ Un complot menaça les jours du roi* U

contre ï«« , , , , ,

jours da avait ete trame par un ancien officier du dac de Guienne qui voulait venger son maître. Cet officier, nommé Ithier, chargea un de ses domestiques, appelé Hardi, d'empoisonni^ Louis. Hardi, dans le dessein d'effectuer ce crinie, tenta de corrompre , par l'offire de vingt mille écus, Lachenay, cuisinier du monarque. . Celui-ci feignit d'y consentir, reçut le poison, et découvrit tout au roi. Hardi fut ar^te. Le gouverneur de Paris Gaucourt, le corps

roi.

de vilte et le prévôt de la capitale jugèrent raccusé: Oh' le mît à la question. Il ayôua tout, fut traîné sur une claie et ensuite éçartSlé: On; plaça sa tête sur une pique en face de^lliôtel-^ de^ville^ on livra son corps aux ilammes, et ses quatre membres furent attachés sur des poteaux aux quatre frontières du royaume. Ithier^prit laTuîte; les pluiai odieux soupçons suivaient, la découverte de chaque crime ; ils tombèrent cette (bia sur le duc de Çourgdg^ : les mxcurs rendaient tout croyàUe., méitiB là calomnie. - *^

Le traité avec rÂragod n'avait été ^e piXH visoii;e. Le monarque éi^pagnol envoya des Bm** bassadetirs à Louis paur consolider la paixl Le roi, qui regardait la fraude cbtnme la seule, politique., différa . de jour en jour raùdiénCè qù'<>n lui demandait. La patience des^ ambassadeurs se lassa, ils partirent et furent arrêtés à Lyon sous le prétexte ironique dç. v^ler à leur sûreté qu^pn disait menacébw Féndapt.ces délais, le roi d'Aragon restait ^^vé dé' hou^ velles, tandis que les troupes iraniçaishs se réunissaient et marchaient contre lui. L*àrt2ficieux Louis levant alor^ le masque, et oubUatyt ses anciennes promesses, diédarar que T^ragon et Valence lui appartenaient du ch^'de sa grand'mère lolande. • '

Ainsi la guerre reconcimença et les Ârftgouais perdirent plusieurs places. fortes. Il fallait des taf es pour soutenir toutes ces injustices ; elles fatiguaient le peuple; celui de Boui^^es se souleva , rémeute fut étouffée, et le roi envoya au supplice ies plus ardëi^s instigateurs de cette révolte.

Feinte rë- Cc princc, qui avait résolu la perte du con-

uoocilia- /Il / • \ t 11*

tion du netable^ crut cette anne^ avoir trouve linstant

roi et du /« 1,1 i • a .

coonëia. favorable pour accomplir sa vengeance. Ayant '''''' fait entrer dans ses desseins le sire d'Imber* court, celui -ci se chargea de proposer >u duc de Bourgogne la restitution de Saint-Quentin, si le duc voulait livrer, Saînt-Pol au roi. Cette intrigue fujt éveintée, le connétable s'en plaignit vivement à Louis, qui désavoua Imbercoqrt^ et se flatta de tromper sa victime par "àe feintes protestations d'amitié,, et 'en lui offiqLDt une entrevue. Le connétable s'y rendit,, mais armé et. bien escorté. Il donna pour excuse de ses précautions, la méfiance que lui inspirait la haine de Dammartin , son ennemi personnel. Louis parut satisfait.

Après de légers éclaircissemens , il feignit d'être convaincu de la loyauté du connétable, l'embrassa, et voulut même le réconcilier avec Dammartîn. Un sujet qui s'est fait une fois crajndre, devrait difficilement croire qu'un

prince tel que Louis pût pardonner sincèrement; mais la dissimulation du roi était si profonde et sa physionomie masquait tellement sa pensée qu'elle trompait les plusclair-^ voyans. « Je brûlerais mon chapeau , disait-il » souvent, si je croyais qu'il sût ce que je » pense. »

Saint-Pol tomba dans le piège et ne tarda pas à ei> être puni. C'était pourtant dans? ce moment même que Louis manifestait aux yeux de tous l'inflexibilité de son humeur vindicative. Le procès du duc d'Alençon venait d'être terminé. Il jfut condamné à nlort. Un des raffinemens de vengeance de Louis était de laisser longtemps planer le glaive sur les têtes qu''il voulait abattre. L'époque de l'exéciltioil du duc fut remise au bon plaisir du roi. Ses biens furent confisqués , mais on en fendit la plus grande partie à son fils.

Ces actes de rigueur, tombant sur les têtes Ligue en-

tre

raire.

les plus illustres et que jusque là la puissance Edouard féodale avait presque toujours mises à l'abri le r/m^ des chàtimens et hors des atteintes âe la j^sticç ^ excitaient de plus en plus dans la noblesse le désir secret de consommer la perte d'un f*oi, dont le pouvoir absolu était à teurs yeuxr la plus odieuse usurpation. Aussi^ le duic deBojttt-

gogne et Edouard, se croyant certains d'iin

588 LOUIS xr.

soulèvement général de la noblesse s'ils pQu* vaient réunir assez de forces pour dissiper ses craintes ^t ranimer son audace^ convinrent définitivement d'envahir la .France et de détrôner Louis. Les Anglais devaient débarquer en Normandie; le roi d'Angleterre promettait au duc de Bourgogne de lui céder îe comté d^ Chanipagne. Ce traité^ tenu secrat, parvint à ; la connaissance du roi d'Ecosse, qui dévoila promptement toute cette iptrigue à Louis.

Un grand conseil fut assemblé. La plupart des membres qui le composaient, voulaient qu'on appelât la France aux armes, qu'on dé^ clarât hautement toutes trêves partielles ou générales rompues ^ et qu'on* prévînt par une rapide invasion celle' dont on était menacée Mais une marche si ouverte n'était pas celle qùi-eonvehait au roi. « Je sais, dit ^ il, -que » Charles, entraîné par une soif insatisi^ de » guerre et de conquête, veut^ avant de fonikre » sur moi, tourner toutes ses forces codI][i& leâ » contrées belliqueuses du Rhin et eontM h » Suisse. Laissons-le courir à sa, pertia; ne \t » détournons pas du péril qu'il va chercher. » Si je m'armais avec éclat, sa témérité s'arrè' » terait; il ne se servirait plus de ses armes » que contre nous : dissimulons nof ressenti' » mens, et préparons-nous sagement, maisea

LOUIS xié 3^9

» secret^ à profiter de» fantes/que M fougueuse » ardeur va lui faire comqaetl^. >)

 cette époque^ Sigi^ônd, due d'Autriche^ cnwié» ayant vendu le comté de Ferrette au due- de Ha*(^-* Bourgogne, celui-rci en avait confié le gouver- *""**' Bernent au sire de Hagenbach , officier bravé, dévoué , mais féroce , et qui fit $ubir le jpug^ le plus intolérable non-seulement aùx'- habitans de Ferrett^, mais aux conùnerçans ^uitees, leurs- voisins. Son nom^et Tappui dès Bpilrgui^ gnoûs répandaient partout la terreur. Xa plupart des cantons suisses ,n quelle c^e fut leur audace guerrière, hésitaient à s'cuwier pour tirer vengeance d'un ennemi sr redoutable. Le canton de Berné, plus hardi, déclara fièrement au duc que, s'il ne miettait pas un frém aux violences de Hagenbach, ils sauraient ea tÎFer une juste et éclatante satisfaction. Gharles> dvt sommet de sa puiss^ce, méprisâmes clamears sorties d^une obscure vallée helvétique; il%outint, encouragea les vexations' de son baCrbare représentant, et n'en poursuivit pas avec moins d'ardeur les projets qu'il venait de former surquelques contrées riveraines du Rhin. -

^Dans( cette circonstance, Louis se montra 7,^^11 véritablement habile. Au lieu d'en vqyer contre "j^"^ le duc de Bourgogne avec jactance, une forte armée qui aurait peut-^tre détourné ce prince

Sgo LOUIS XI.

de son entr^rise téméraire ^ il lA laissa s'y engager^ se contenta .de tenir, ses frontières çn état 'He défense . et - assez garnies de troupes pour pouvoir profiter^ d'tin hasard heureux. En même teitips^ pour encourager les Suisses à déclarer la guerre aux Boui]gpiignons, il leur promit > en cas de miilheyr^ son- appui, s'ofirît pour médiateur entre eux et Sigismond d'Autriche, prêta cent mille florins à cekÛHsi^'afin de le mettre à portée de racheter Je comté de Ferretté, et conclut enfin avec le 'canton .die Berne un traité d'alliance qui servit de* modèle à tous coiix qui, dans la. suite, ont contihué et resserré les liens d'amitié entre cette république et la France. . r- • \

« Par ce traité, le soigneur roi (oe sont les )f termes de l'acte), en toutesr et diacutte de » nos guerres, et spécialement contre )e duc » de Bourgogne, nous doit fidèlement dcmner » aide, secours et défense à ses dépens» Tant » <}u'il vivra, il nous fera tenir et payer tous les » ans, dans la ville de Lyon, en témoignage » de sa charité envers nous, la somme de tingt » mille florins. Si, dans ses guerres , ledit Aei- » gneur roi avait besoin de nos secooftf et BOiu » les requérait, nous serions tenus de lui-ftu^ » nir, à ses dépens, autant de soldats^ anses » que nous le pourrons. La paie ,de chaque

LOUIS XI. 5gx

» soldat sera de quatre florins et demi du Rhin » par mois. Le cas échéant, il fera* tenir à Zu- » rich, Berne ou Lucernei li^ paie d^un mois » pour chaque sc^dat> et à Genève la solde des » deux mois suivans. <

)h Le roi accorde aux Suisses les mêmes droits » qu'à ses sujets. jSi daus quelqu'une de. leurs » guerres, le roi, requis de les secourir, en est » empêché par une autre guerre perSiOmiélle à » lui, il .l^ur fera payer vingt mille florins du » Rhin par quartier. Les Suisses s'engagent, en » faisant la paix ou la trêve avec le diu; de » Bourgoglie ou tout autre, à reserver le roi » de leurs engagen^ens> ainsi qu'ils le feront » pour le pape, Iç Saint^Empire roipain et les » Etats avec lesquels ils ont jusqu'aujourd'hui )> traité. Ledit roi prend à cet ^;aird visnà-vis » d!eux le même engagciment. >i / Rassifrés par cette allianee, les Suisses n'hésitèrent plus a entreprendre uite hitte . héroïque contre le duc de Bourgogne, le plus pciis^ sant elr le plus redouté des {Hinoes de cette époque. ^ .

Edouard avait profois d'attaquer ikFfûticè; Prëu».

. • V M.» ^ t ^ lions da

mais ce monarque beili){ueux, vo'yai^ son roi d'Anbeau*frère et son allié engagé^ si im'prudem- * *''"** me(}t du côté du Rhin, et Louis XI makfé de disposer de toutes ses forces pour la défense de

392 l^UIS XI.

ses cotes, se montrait incertain dans ses résolutions. Cependant il écrivit avec arrogance au roi, que, s'il ne lui restituait pas sur-le-çbamp la Normandie, il envahirait immédiatement le royaume, et réclamerait la couronne qui lui appartenait. •

tiouis XI ne répondit à ces menaces que ce peu de mots : tf Je ne vous le conseille paa. » En même temps, il lui offrit en présent un âne, un loup et un sanglier. Quel bizarre esprit que celui qui produisait dans le même instant ime réponse si noble , si fière , et une si plate plaisanterie ! Si c'était une allégorie, elle était bien obscure, et parmi nos chroniqueurs, oiicbn OEdipe n'a trouvé le mot de -cette énigme. F«veart Le roi, suivaut sa coutume, employa autant auzpre- Q activitc pour sc préparer a la guerre, que de

mars im- 19/* *i ^ a * m

primeur», ruscs pour 1 cvitcr; il paTCouTut ses ootes, fortifia ses places, réforma -des abus, chAtia.des concussionnaires, flatta les peuples, ménagea même les grands, et encourageât par sa protection le mouvement du commerce qui lui devait déjà ^a prospérité naissante. Ce fut alors que les premiers imprimeurs de Paris, Gering, Crantz, Michel, Fribulger et Jean Heylih de La Pierre, reçurent de lui des faveurs et des récompenses. ^

On lui a pourtant reproché d'avoir saisi, en

vertu du droit d'aubaine^ et maigre les représentations de rUniversitéy.uue grande quantité de livres apportés à Paris par un libraire de Mayence qui venait de. mourir. Mais revenant à des sentimens plus justes^ il indemnisa magnifiquement le» libraires, mayençais ue la perte xju'il leur av^it Êtit éprouver.

On trouve j, dans la chronique de Jean Molinet > historiographe de Charles leTéméiaire, ces vers que cet écrivain composa au sujet de

la découverte de l'imprimisrie :

Pay veu grant multitude De livres imprimes , Potir tirer en estudes Povres mal argentés.

Par ces nouvelles modes , Aura -maint escollier Décret , bibles et codes Sans grant i^rgent bailler.

Cette année '^, la piort teroûna-les jours du Mort a. roi de Castille Hejiri IV.. Aya^t 4'expirer, il";^ji^' avait fait up testament eu favieur de Jeai^ne, ^^""'"^ qu'il .déclarait sa fille et son unique héritière. L'archevêque de Tolède, le cardinal -d'Espagne et plusieurs grands dn royaume étaient chaçg^ par lui de l'exécution de ses, volontés* E^es fu<^

tle Perpignan*

594 LOUIS Xï.

rent méconnues. Le testament, dépose dans les na£|ins du curé ^.disparut; ce prêtre le (lorta en Portugal. La Castille passa sous le sceptre d'Isabelle et 'de Ferdinand d'Aragon; mais dans la suite y lorsqu'Isabelle mourut, lés doutes sur la légitimité de Jeahne s'élerêrent de nouveau, et il en résulta une guerre entre Ferdinand IV rot de Castille, et Alphonse Y rôt de Portugal ; gtferre dont la France profita pour s'âssnrer à jamais la possession du KouAsillcn. Reprise * Avaut Ic dénouemcut de ce long drame, et au moment où Isabelle et Jeanne se disputaient le trône de Henri, le roi de Portugal avait eatamé ulie négociation avec le vionarque finançais. Louis, dont la duplicité ne se démentait jamais, négociait en même temps avec Isabelle et Ferdinand, qui lui faisaient espérer le mariftge de leur fille avec le Dauphin, et tandis que les fils de cette double intrigue trompaient et enlaçaient les deux partis, le roi acheta le silence des ambassadeurs qu'oq avait enVoyés prés de lui; il s'empara de Perpignan, san^ que le monarque àragonaî^ pût avoir le moindre avis de cette brusque attiaque . ,

Louis XI ti'avait pas oublié la longue rém^ tance des habitans de Perpignan et l'écbec qu'ils avaient fait subir à ses armes. Son pre-

Sg^ LOUIS XI.

et lev25 mars 1475 ^.ils conclurent un traité offensif contre le duc de Bourgogne^ par lëqtiel l'empereur et l'Empire promettaient à Louis d'agir de concert avec la France. Le contingent ,de Frédéric devait être de' trente mille hommes, et celui du roi, de viùgt mille. Négocia. Le bruit de cette alliance efiï^ya Edouard le duc de ainsi que le duc de Bretagne y qui renoncèrent g'!!?.'' modientanément à toute entreprise hostile contre la France, il semblait qu'en pareille circonstance y toute négociation avec Charles le Téméraire devait paraître trop dérisoire pour la hasar^der : néanmoins Louis la tenta; Fintrigue était sa vie. Il chai^ea le connétable de Saint-Pol de proposer au duc un renouvellement de trêve. Celui-ci répondit dédaigneusement: ce Comment le roi ose-*t-il m'^ôfiiir une » trêve lorsque je sais que , de concert avec )) l'Empire, il menace mes. États d'tfne ihva- » sion prochaine? Il m'a souvent trompé et . yi pris au dépourvu, sans qu'il en résultât pour » lui aucun des avantagea sur lesquels il airadt » compté. Que puis-je donc craiijidt^ aujour^ » d'hui , lorsque ses desseins me sont dévoila ^ » et quand je me vois soutenu par les roi& » d'Angleterre, d'Aragon, par le duc de Bre- » tagne, le jeune roi de Castille, le duc de Mi- » lan, la maison de Savoie, les rois de Napl^

LOUIS XI. y^

M et de Hongrie, les Ténitiens, ei|&i pu^ les » priDces palatÎDS do Rhin » doat Taide el les M secours me sODt promis? Âo reste, si Ixniis }} veut suspendre ses armes, je siispeudrai les nmieuDesy pourvu que préalablemeut il me » restitue les villes d-Âmiens et de SainlsQuen^ » tra. »

Tel fiitle sensée cette répouse, tn^ lon'gue pour la rapporter en détail. Mais on aura une idée juste du fiel qui se mêlait à ses paroles » en en citant un passage textuel : ce Maintenant » les gens d'armes ^u roi courent sur les Iron- M tières de mes pays, et cueillent proies de » toutes terres, commes'il n'était pas de trêve » entre nous. Et si je prendais (acceptais) les » trêves que vous mettez au-devant, de quel » parchemin les ferait-K>n ? d^ queHe encre, de » quelles lettres seraient-eHes écrites? de quel n scd, de quelle cire seraient-elles scelléet et » confirmées , quand tant de fois par cii^devant il les a rompues? Par quel Dieu jurerait^il, qui » tant de fois a levé sa main vers le ciel • soi. I) parjurant et maculant son- sermekit? m

Les hostilités ne fiirent point interrompues, la cajnpagne s'ouvrit; le roi se mit lui-même à la tête de ses troupes ; il s'empara de Môntdidiér, deKoye, de Bray, deGprbie, pendra dans l'Artois et livra aux flammes plusieurs villes.

Il s'était approché d*Ârràs; la garnison de cette place tenta uire vigoureuse sortie^ inai» elle fut repoussée avec perte , et Ton fit prisoiiniers presque tous les officiers qui la commandaient. ' Le duc de Lorraine crut le moment fayora-* ble pour s'afiranchir du joug des Bo^i^^gnons; il déclara la guerre à Qiarles^^t envahit à main armée le duché de Luxembourg^.

Depuis plusieurs mois, Charles le Téméraire, sous prétexte de soutenir l'électeur de Cologne , Robert de Bavière^ contre sa noblesse et son cha]pitre qui lui avaient enlevé l'administra^ tion de ses États et l'avaient confiée an landgrave de Hesse^ assiégeait la ville* de Nuys et s'opiniâtrait à la prendre malgré la force de sa position f la vaillance de ses défenseurs et l^appui de l'empereur Frédéric qui marchait au secours du landgrave. L'impétueux dac, divi-^ sant ses forceây en laisse une^partie pour €qiH tinuer le siège ^ et, avec l'autre > attaque le oainp des Allemands. Ses efforts sont- i^poussésy et» après une énorme dépense d'hommes et if ai^ gent, il se voit contraint d^ signer une trêve de neuf mois avec la ville de Nuys, le landgrave et l'empereur. .

Mais ce qui l'avait surtout décidé à un sacri' Ace si contraire à soii humeur impérieuse, c'était la nouvelle de l'invasion de Repé de Lor*

raiae dans le Luxemboui^. Il en (ut tellement irrité^ qu'il ne songea qu'à punir^ de cette attaque téméraire^ M)n nouvel ennemi, et manqua ainsi à la promesse formelle qu'il avait faite au roi d'Angleterre de se rapprocher de la côte de Flandre, où ce monarque s'était enfin engagé à descendre avec une armée.

Louis nç commettait pas de pareilles fîiutes de négligence. Il visitait ses ports de mer, prévoyait tout, pourvoyait à tout, évitait de ise compromettre , et tantôt par menace , tantôt paf ruse y gagnait chaque jour quelque Qouvel allié. La guerre alhimée entre lui et Charles le Téméraire ressemblait à un combat entre un lion féroce et un serpent rusé. - •

Louis,' incertain du prince d'Orange, avait fait envahir sa principauté ; il seTattàcha pour . touj0ur$ en la lui rendant. Charles avait compté sur l'appui du duc de Bourbqn, autrefbis^zélé membre de la ligue; mais les temps étaient changés. Bourbon marcha <$ontre les Boui^uignons, les battit , fit prisonniers le maréchaldè Bourgogne, te comte de Koucy, lirûla Mailly et s'empara .de Bar^ur-Seine.

LouisXIn'oubhait aucun des^moyeâsquipoi]^ lotrigaci

• -».■• > 3 • * A .'du roi

valent diviser ou séduire ses ennemis. Ayant vpr «vee im pris qu'un héraut d'armes » que le roi Edouard ™™i*u!* lui envoyait pour redemander la Normandie,

4oO LOUIS XI.

était un homme d'esprit et qui Gonnaissait parfaitement la cour d'Angleterre, il le'gagna>.et sut par lui les noms des personnages, qutexer^ çaient le plus d'influence- sur l'esprit du mo-* narque anglais, ainsi que les genres de séduc-* tion qu'on pouvait employer contre eux* .

Louis se tromipait quelquefois sur les vertus de ses eiinçmis, parce qu'un hompe vicieux ne crok pas à la vertu. Mais sa perspicacité n'était jamais en défaut, lorsqu'il s'agissait de démêler. leurs erreurs, leurs penchans,, l^rs faiblesses. Il savait qu'Edouard fatigué de gloire n'en ressentait plus que quelque velléité; cp'il aimait les plaisirs, l'argent, Iç repos hI^^I^ plupart de ses favjoris éprouvaient les mêmes passions, redoutaient la guerre) désiraient la paix et se souciaient peu d'attacher.leiir.fortune à celle de Charles le Téméraire, inconstant dans ses liens, insatiable dans «son ambition, présomptueux dans ses projets, et récemment maltraité par la fortune sur les bords diu ftlûn« Le monarque français en conclut qu'il poutrait facilement dissiper l'orage* qui le, menaçait, arrêter Edouard dans sa marche et ITçngager par des offres séduisantes à. se sépaiieir.de.soa fougueux allié. L'événement justifia «es espérances. - /.;,

D'abord, il affecta de montrer beaucoimd'ia-

différence sur le défi que litt adressait le roi d'Angleterre. Comines, par ses ordres, combla de présens le héraut d'Edouard , et le renroya ainsi très-disposé à répandre dans la cour britannique les germes deJa corruption par laquelle on se flattait dç la désarmer. '

Cependant Edouard, qtii ne pouvait sans oijbar. honte violer les promesses form'elles qu'il avait ^^â*!^* faites y rassembla ses troupes, ses vaisseaux, et ^JJJJIÎ^ vint débarquer à Calais. Il comptait y trouver l'armée bourguignonne ; mais, à sa grande surprise, il. y vit arriver Charles presque seul. Celui-ci s'efforça de justifier la violation de ses engagemens, en alléguant, pour excuses, la guerre du Rhin ,. l'invasioù du Luxembourg et les armemens de la Suisse. En même temps, il promit au roi d'Angleterre de lui faire livrer Saint-Quentin, et, sur sa parole, l'armée anglaise y marcha ; mais le connétable , dont on avait espéré l'appui, loin d'ouvrir les portes de la ville aux Anglais, fit tirer sur eux et les re* poussa loin des murs, r -

Ce premier succès causa une grande joie à Louis, qui éprouvait alors une vive inquiétude, ignorant le p^fti que Saint-Pol se déciderait 4 prendre dans cette circopstance.

Sur ces entrefaites, on amçna au roi un domestique de Jacques Grassay, pris récemment

402 LOUJS XI.

par les Anglais et que ceux-ci avaient mis promptement en libellé. Cet homme ayant demandé instamment de parler au monarque, lui dit que Howard et Stanley, principaux ministres d'Edouard , l'avaient secrètement chargé de les recommander à sa confiance et de solliciter pour eux ses bonnes grâces. Ainsi se réalisaient déjà les promesses faites précédemment par le héraut anglais dont nous avons parlé.

Louis voulut se hâter de profiter de ces dis«positions favorables, mais sans éclat, pour ne point inspirer d'alarmes. Un ambassadeur aurait donné de l'ombrage; un héraut ^ordinaire n'aurait pu rendre le service qu'on en attentendait. D'après le conseil adroit de Contiines, le roi déguisa en héraut un serviteur subalterne, mais intelligent, qui partit pour le camp anglais avec des instructions secrètes. Celui-d s'adressa aux ministres Howard et Stanley, qui l'introduisirent dans la tente d'Edouard.

Le prétendu héraut d'arme!» excusa d'abord le roi de France sur l'accueil fait au comte de Warvick, en assurant que Tunique motif de cette réception avait été le désfr d'opposer ce comte au duc de Bourgogne. « Le roi m'a charge, » ajouta le faux héraut, de représenter à Votre » Majesté que votre commun intérêt doit

•) vous conseiller à tous deux la paix , que la » saison est trop avancée pour vous laisser l'es-

• poir de quelque succès impoi^ant^ et que si^ ) dans le but unique de servir kS passions vio-

• lei^tes du duc de Bourgogne ^ qui n'a pu vous

» amener aucun secours ^ vous prolongez votre ^ u séjour en France , les ennemis nombreux et » acharnés que vous avez laissés dans votre i> royaume ^ profiteront de ce retard pour ral- » lumer les feux mal éteints de la guerre civile. >i Le monarque français est pret^ si vous lé n voulez y à faire cesser à l'instant, par un traité » avantageux aux deux partis , les débats qui n vous divisent. »

Edouard, déjà mécontent de la conduite dé Charles, délibéra sur cette proposition avec ses ministres. Ceux-ci furent d'avis que la paix Rêvait être conclue, puisque déjà l'armée manquait de vivres et que le duc de Bourgognç né réalisait aucune de ses promesses.

Les deux rois nommèrent des plénipoten- Trévé de

^,. . /• , ^ Jky k • 4^ neuf ans

tiaires qui se reunirent près d Amiens. On ne atec i'Ân< parla que pour la forme des anciennes préten-^ * *^^"*' tions d'Édouard^lft couronne. Après de courtes discussions, les^lénipotentiaires anglais , qui étaient, selon les actes de Rymer, Clarence, frère du roi , et l'archevêque de Cantorbéry scèïoncle, convinrent des articles de la paix, et

4o4 Lauis X!.

promirent que l'armée anglaise évacuerait le territoire français , dès (|ue Louis aurait versé dans le trésor du roi d'Angleterre la somme.de soixante millef écus. Elle fut à l'instant payée, et les deux rois signèrent uiie trêve pourjieuf ^ ans '^. On nomma des deux côtés des otages et des conservateurs de la trêve; chacun y comprit ses alliés^ hors le duc de Boui^ogne.

On convint aussi y par un autre acte^qùe les deux rois s'assisteraient contre toute rébellioD, que 1& Dauphin épouserait une princesse d'Angleterre, et que la reine douairière, Marguerite d'Anjou, recouvrerait sa liberté/

La convention étant sign^ée, on parla^d'une Séjour entrevue entre les deux monarques; et, tandis g'aisà qu'on faisait les préparatifs qu^exigeait 4;ette Amiew. conférence, le rétablissement de la concorde amena itne confiance si prompte , que les An* glais quittaient en grand nômbi^ leur camp pour se rendre dans la ville d'Amiens, ou Louis avait ordonné qu'on les défrayât avec magoi* ficence. Ce prince aimait mieux, dans cette occasion, prodiguer les écus et lerflots de vin que le sang français. Quelque^ jpreux l'en blâmèrent; mais il en fut gén#alement touéi malgré la sévérité de ceux qui aui*aient mieux aimé conquérir la paix que l'acheter, *

LOUIS x\. /^oS

Comines raconte plaisammment les détails de ces saturnales où le roi tenait auberge pleine pour ses ennemis. U envoya d'abord dans le, camp anglais une telle multitude de chariots chargés de tonneaux de vin^ qu'ik avaient l'apparence d'un ost en marche. Lés Ânglaia^ selon Comines, étaient moins défîans et moins subtils que les Français; on tirait bon parti d'eux en ne les irritant pas et en leur parlant aTCC douceur et gaité. Les hôtelleries d'Amiens étaient remplies du soir au matin de-ces Bre-« tons, qui buvaient et mangeaient toute là journée sans qu'il leur en coûtât la moindre dépense. Les tables étaient dressées au dehors; plusieurs gentilshommes en faisaient courtoisement les honneurs.

L'affluence devint telle qu'elle inspira bientôt d'ass€2 vives alarmes. Le roi ne les partageait point, et repoussait rudement ceux qui voulaient lui inspirer quelques craintes. Cependant, comme on apprit que déjà la ville d'Amiens comptait dans ses murs plus de neuf mille de ces insatiables insulaires, Comines lui-même en prit quelque ombrage , et résolut d'en avertir le roi.

C'était le joui" des Innocens. Or, ce prince supeirstitieux ne souffrait point qu'on l'entretint ce jour-là d'affaires graves ou périlleuses»

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ile Bourgogne, mais qui ne voulait pas uou plus voir le roi délivré totalement de la crainte des Anglais, envoya son confesseur près d'Éilouard pour l'engager à ne point conclure {>romptement la paix , mais à rester^ pendant rhiver, en France, à Saint-Valery et dans quelque autre ville dont il lui garantissait la tranquille possession. Il lui offrit même une somme d'argent considérable pour retarder •on départ. Cette fourberie tourna contre le fourbe. Edouard, las de se voir jouer par Saint- Pol et par les Bourguignons , répondit au confesseur qu'il arrivait trop tard, que son traité était signé ^ et qu'il retournait en Angleterre ; enfin il informa Louis XI de toute cette in* trigue , ce qui acheva de perdre le connétable dans l'esprit du roi.

. Comines et plusieurs autres seigneurs, tant^"'*^**"»^

* ^ ' " des rois

anglais que français, furent chargés par les d'Angiedeux rois de chercher et de fixer le lieu de «le France. l'entrevue des deux ngionarques. On choisit Péquigny , à trois lieues d'Amiens et sur le bord de la Somme.

Du côté de Louis, on V arrivait par une plaine large et unie , tandis 'que le roi d'Angleterre, pour se rendre au point dé^gné, devait parcourir une longée et étroite chaussée bordée de marais profonds; ce qui, suivant le

4o8 Lpuis xr.

dire de Comines^ eût été un bien dangereux chemin pour les Anglais ^ si l'on n'avait pas eu l'intention d'agir de bonne foi avec eux-

Suivant l'usage , on construisit un pont, au milieu duquel , dit Gomines , fut élevé un fort treillis de bois^ comme Voiifak aux cages des lionsQ Les barreaux n'offraient de passagie qu!à la grosseur d'un bras. Â cette occasion, Louis XI rappela à Gomines les détails de l'entrevue àe Gharles VU , dauphin , et du duc Jean de Bour^ gogne, dans laquelle celui-ci fut assassiné. Le souvenir de ces scènes sangljsintes glaçait encore de terreur les princes, et leur dictait toutes ces mesures de méfiance, qui aujourd'hui paraîtraient pusillanimes et extravagantes;-

Le 29 d'août i475, le roi s'avança vers le pont, suivi de huit cents hommes d*armes; peu après, Edouard arriva avec une suite encore plus nombreuse; mais, des deux^mits, douze hommes seuls accompagnèrent sur le pont les deux monarques. Lés vétemens des princes étaient de drap d'or. La tête 4'Édoi]8rd était couverte d'une barrette de velours noir surmontée d'une fleur de lis en diamant. En approchapt de Louis , il ôta sa barrette et s'agenouilla. Le monarque français lé salua dfieotueusement, et lui dit : « Monsieur * mon oour » sin , soyez le très-bien venu. Il n'y a homme

') au monde que je désirasse tant voir que vous, ) et loué soit Difeu de quoi nous sommes iéi > assemblés à si bonne intention. »

Ensuite les deux princes parlèrent des articles du traité , les approuvèrent , se firent apporter le missel ainsi que la croix, et jurèrent faccomplir tout ce qui avait été convenu entre leurs plénipotentiaires. Enfin Louis dit au roi d'Angleterre, en riant, « qu'il fallait qu'il vînt n à Paris ; qu'il le festoyerait avec les dames { n et qu'il lui baillerait pour confesseur inon- » seigneur le cardinal de Bourbon, qui était )) celui qui l'absoudrait très-volontiers dé ce » péché, si aucun il en avait commis. »

Louis présenta (Comines à Edouard, et lui demanda ce qu'il ferait dans le cas où le duc de Bourgogne persisterait dans son orgueil et ne voudrait point de trêve, n Offi*ez-là-luî en- » core, répondit Edouard, et s'il la refuse, n vous en agirez avec lui comme vous vou- » drez. » Louis fit encore au monarque anglais une autre question relativement à la gM^rre qu'il projetait contre le duc de Bretagne. Édouai'd le pria instamment de ne point com-^ battre ce duc, qu'iP avait toujours regardé comme le plus loyal de ses amis.

La conférence terminée , les deux rois regagnèrent, Fun Amiens, et l'autre son armée. En

4lO LOUIS XI.

revenant de la conférence, le roi parut se repentir d'avoir si légèrement -proposé au monarque anglais de venir dans sa capitale, a C'est » un très-beau roi, dit-il à Comines, il aime » fort les femmes, il pourrait trouver quelque )) affétée à Paris qui lui saurait bien dire tant » de belles paroles, qu'elle lui ferait envie de » revenir comme ses prédécesseurs, qui avaient » trop souvent visité Paris et la •Nonnandie. » Cette compagnie,, ajouta-t-il, ne vaut rien w pour.nous de ce côté-ci de la mer. Ce n'est » qu'au-delà de cette mer que je veux bien le » tenir pour bon frêne et ami. »

Il n'était pas trop content , d'ailleurs^ de la réponse d']^douard relativement à la Bretagne, et. chargea M. Dubouchage d'en obtenir nm plus favorable. Mais le roi d'Àngle.terre répondit sèchement que si la Bretagne était attaquée , il reposerait certainement la mer pour venir k son secours. Après cetite réplique» il n'en fut plus question.

MecoD' Le duc de Giocester et plusieurs seigneurs XTel-^^^gl^^^^^^^^^^ls là paix ne convenait pas , n'aao^I vaient pas voulu assister à l'entrevue. Cdoi d'entre eux qui parlait le plus vivemeût à ce sujet dit à Comines : « Le roi d'Angleterre, eo » retournant si brusquement chez lui, ptf^ » plus de. gloire qu'il n^en a^^ie^i#-daii8 UD

LOUIS XI. 4 I ï

» grand nombre de batailles. — Combien en M A-t-il gagné ? repartit Comines*— Neuf, re- » prit cet officier, qui se nommait Bretailljes. — » Et combien en a-t-il perdu? — Une seule, M celle qu'il aurait dû gagner en France. »

Louis, informé de cet entretien, appela près de lui Bretailles, lui donna mille écus, et lui promit de soutenir sa famille, qui habitait la Guienne. « Depuis ce montent, dit Gomines, » on n'entendit plus Bretailles déclamer, contre H la paix. »

Le roi éprouvait tant de joie de se. voir débarrassé des Anglais, qu'il se permit un jour, et tout havit, quelques plaisanteries sur leur duperie Qt sur les moyens qu'il avait pris pour les faire tomber dans ses filets. Mais , s'apercevant tout-à-coup qu'il était écouté par un négociant gascqp établi en Angleterre et qui demandait un passe-port pour y retourner, iL le prit à part, et lui donna un eniiploi de mille livres pour l'obliger à rester en françe, se punissant ainsi lui-même de la faute que l'itidiscrétiôn de sa^ langue luji. avait fait commettre.

Nous avons déjà dit que le connétable de ArtiScct Saint-Pol, habitué à tirer un grand profit des c^m^^il troubles qui agitaient la France , s'était vaine- ^**bîeJ*" ment efforcé de retarder la conclusion de la

4i2 LOUIS xr.

paix. Il faut ajouter qu^au moment où les négociations duraient encore, il avait envoyé près du roi le sire de Treville chargé d'une mission secrète. Lorsque cet envoyé rint chez Louis, ce prince se trouvait avec Gontay, agent et confident du duc de Bourgogne. L'artificieux monarque, entrevoyant qu'il pourrait tirer parti de cette circonstance, fit cacher Contay derrière un paravent , de sorte- que Treville, se croyant seul- avec le roi, lui dit, pour flatter les passions haineuses dont il l6 savait animé contre le duc de Boulogne, que Charles était transporté d'une telle colère contre Edouard, qu'il semblait réellemtentétre tombé en démence; et, à l'appui de Ce propûs, il s'étendit en invectives et en railleries amères contre Charles. Plus elles paraissaient plaire, plus il en chargeait le tableau. c^Loiris XI, après s'être amusé à lui faire répéter toutes ces injures, le congédia et le chargea de complimens affectueux pour le connétal>le. On croit bien que Contay, indigné de ces méchancetés, se hâta d'écrire ati duc de Bourgogne les détails de cette conversation dont le hasard, ou plutôt la malice du roi, l'avait rendu témoin auriculaire.

«*fferins Cc fut à cpttc époquc * que le roi , fidèle à

LouûXI. * i^^5.

son système de duplicité , signa deux traités » Fun avec le roi d'Aragon> l'autre avec le roi de Portagal , en leur promettant à tous deux la possession de la Castille, s'ils parvenaient à W chasser Isabelle et Ferdinand.

La situation de Charles le Téméraire devenait critique. Il se voyait tout à la fois trahi par Saint-Fol 9 abandonné par les Anglais ^ par le duc de Bretagne, menacé par les Français, par les- AUeoxands et par les Suisses. Dans sa détresse , il se vit contraint de faire fléchir son indomptable orgueil. En conséquence, il négocia et conclut, avec les plénipotentiaires de Louis XI, une trêve de neuf ans. Par ce traité, il promettait de rendre au roi Yervins, pourvu que ce prince luîr fit restituer Saint-Quentin.

Le connétable de Saint-Fol s'était jeté, par Projeu ses intrigues, par sa cupidité, par ses arti-* decharfices, dans un péril dont aucun coup da fortune ménin ne pouvait plus le tirer. Edouard avait inter- saîm. cepté «t livré au roi des lettres, dans lesquelles ce connétable accusait les Anglais de lâcheté , et leur reprochait d'être tombés dans les pièges de leur ennemi. Le roi n'ignorait aucune des menées de ce perfide vassal, et Contay avait instruit le duc de Bourgogne de toutes les calomnies que Tréville avait débitées sur son compte.

4i4 LOUIS Xr.

Ainsi le roi et le duc , résolus de se venger^ se sacrifièrent mutuellement leurs aBciens amis. Louis promit au duc d'abandonner ta cause du duc de Lorraine , celle de l'empereur et de la ville de Cologne, et de! joindre contre eux sesf armes aux siennes.'De son cote, Charles déclara , par un acte formel , Louis de Luxembourg, comte de Saint -Pol> connétable de France, traître envers son ancien et son nouveau souverain , et promit de ne lui accorder ni grâce ni appui. Le duc de Bretagne fot compris dans cette convention. Le roi et Ixd amnistièrent réciproquement ceux de leur» vassaux qui s'étaient révoltés contre eux, se garantirent leurs possessions mutuelles, et se promirent dé s'avertii^ réciproquement nky intrigues qui pourraient être tramées, «^contarç leurs personnes. > * •

Les paroles des princes avaient dans oé temps si peu de poids, que, pour leur d<Muier quelque réalité, les parties contractantes ji^rèrent l'observation de c^ traité sûr l'Évangile, sur la redoutable croix de Saint^LÔ, ainsi qœ sur les reliques vénérées de saint Hervé et de sain|: Gildas. Certes, si la gloire se comptait par le nombre des traités comme par celui- deÉ victoires , Louis XI aurait surpassé en renoiiH mée Alexandre et César. Nul prince ne fit ja-*

mais autant^ de sermens et ne les viola avec moins de scrupule.

Dès que le connétable apprit que le roi avait jiiré sa perte et qu'il mslrchait en armes contre lui, il se sauva précipitamment' dans la ville de Mons, dont le gouverneur, Aymeries, était son plus ancien ami. Il espérait trouver sûreté chez lui, et même, par son crédit, obtenir la protection du diic de Bourgogne.

Louis XI entra dans Saint-Quentin à la tête de ses troupes. De là il somma Charles de lui livrer le' connétable; et, afin de le décider à exécuter ses promesses, il chargea La Trémouille de s'avancer sur la frontière de Lorraine avec cinq cents lances. Le duc hésita long-temps. Il haïssait Saint-Pol , mais eAcore plus Louis, et concourait avec peine jt une extradition qui délivrait le roi d'un adroit et puissant ennemi. Cependant , aprè» beaucoup de délais et de subterfuges , s'étant bien assuré que Louis consentait à lui: abandonner définitivement les Lorrains, il ordonna au gouverneur Aymeries de Kvrer le connétable au monarque.

La fraternité d'artnes et la loyauté ti^étaieht Amiaplus que de vains mots. Aymeries aurait pu conLiâsauver son ancien ami. Il obéit et le sacrifia. ****' Cependant à peine Saint-Pol était livré aux

4l6 LOUIS XI.

soldats français^ qu'Aymçries reçut un contreordre de Charles ; mais il n'était plus temps^ le sacrifice était consommé.

sjmpro. Saint-Pol fut conduit à la Bastille et tradwt au Parlement. L'issue de ce procès n'était pas douteuse, puisque les officiers du feu duc de Guienne et le roi d'Angleterre, aû>6i que les ducs de Bourgogne, de Bretagne. et de Bourbon, avaient livré au roi les lettres qui prouvaient tous les complots tramés par l'accusé, dans le but d'armer ces princes contre^on souverain, de lui enlever la couronne et peut-être la vie.

Saint-Fol, dans l'espoir de sauver ses jours par une npuvelle perfidie, après avoir confessé ses crimes, demanda à faire une révélation* On récouta. Il dit que tandisxju'il était à IMÊons, il avait découvert une conspiration con|re la vie de Louis, qu'un des principaux secrétaires du duc de Bourgogne lui avait proposé d'eQr trer dans ce complot » qu'enfin, et plus tard, le duc lui-mcme, venant à l'appui des. insinuations de son secrétaire, avait proféré contre le monarque les menaces les plus exécrables. On méprisa cette dénonciation.

Après plusieurs interrogatoires, et la confession de l'accusé étant écrite , le chancelier lui dit : « Monseigneur, vous avez toujours, éié

» considéré comme le, seigneur le plus, intxé- - M pide du royaumie : ne démentez pas anjàur- M dliui cette réputation; car tous avez besoin » plus que jamais de toute votrç fermeté. » Ensuite il lui. demanda de remettre entre' ses mains le collier de l'ordre dé Saint-Michel et l'épée de connétable. Saint-Pol rendit l'un , et déclara qu'on lui avait déjà pris l'autre.

Enfin le président de Popincourt lui lut l'arrêt qui le condamnait à avoir la tête tranchée. » Dieu soit loué! répondit Saint-PoI. La » sentence est dure. Mon seul désir à présent 1) est que Dieu veuille m'admettre aujourd'hui » en sa présence. »

11 fut conduit à l'échafaud, accompagné de ^■ quatre docteurs, le pénitencier, le curé de Saint-André-des-Arts, un«ordelier et ud augustin. Il se confessa, mangea un^ morceau de pain bénit, entendit la messe, demanda la permission de communier, et éprouva un inexorable refus. Avant de monter à l'échafaud, il dit qu'il avait sur lui soixante écus d'or qu'il voulait distribuer aux pauvres. Cette aumône devint un sujet de dispute scandaleuse entre les quatre docteurs. Chacun prétendait la recevoir pour son couvent. Fatigué de ce débat honteux,Saint-Pol partagea entre eux son or, fit sa dernière prière, salua noblement le chance-

4l8 LOUIS XI.

lier et le peuple^ se mit àgenoux^ et sa tête tomba.

Ainsi mourut^ dit Duclos^ Louis de Luxembourg, comte de Saint-rPol^ connétable de France, issu d'une maison impériale, beaufrère du roi de France, oncle de celui d'Angleterre; grand capitaine^ puissant en terres^ mais ambitieux, ingrat et perfide.

On demanda aux docteurs iqui l'assistaient s'il ne leur avait rien donné en secret , ils répondirent qu'ils n'en avaient reçu que des aumônes > une bague d'or destinée au doigt d'une statue de la Vierge, et un talisman qu'il portait toujours sur lui, comme préservatif contre les poisons. Son intention était de le donner i son fils. Le roi le prit pour lui, et laissa le^ aumôniers disposer du reste, suivant l'intention du donateur. Il confisqua ensuite ses terres et les donna au duc de Bouïigogne. .

Louis XI ne rechercha pas ses complices. Sa colère ne frappait d'ordinaire que les grands. Le vulgaire trouvait souvent grâce préa de lui. La chute de quelques têtes illustres semblait entraîner jBivec elles les colonnes de la puissance féodale. C'est elle qu'il voulait abattre, et ce fut probablemeiit le souvenir de se^sanglans trophées, qui fit dire depuis à François I*f: « C'est Louis XI qui a mis les rois de Fraace » hors de page. »

On fit à cette époque dans Paris une épitaphe pour Saint-Pol. Jean de Troye la rapporte dans ses Mémoires, et je la cite comme nn échantillon du genre de poésie de œ temps, genre auquel certains novateurs voudraient ikii'e aujourd'hui remonter, ou plutôt redescendre nos muses.

Mil quatre cens l'anuet! de grâce Soixante^! n ze , en la grande place A Paris , que Ion nomme Grève , L'an que fut fait aux Anglais trêve , De décembre le dix-neuf.

Sur un èscliaffaut fait de neuf, Fut amené le connétable, ■ A compagnie grand et notable, Comme le veut Dieu et raisou.

Four sa très-grande trahison.

Et làll fut décapite En cette très-noble ciïé.

Le duc de Bourgogne, contraint de renon-cc cer à tout espoir de détrôner Ljouis XI par la t* main d'Edouard, et réduit lui-même à signer '^ une trêve avec ce monarque, ne s'occupa plus que des moyens d'arriver au but principal de son ambition; et, comme le roi lui abandonnait René de Yaudemont, il marcha contre ce prince, et conquit rapidement la Lorraine.

Déjà maître paisible de la Flaadre^ de l'Artois, d'une partie de la Picardie et des deux Bourgognes , il voulait envahir la Stiisse. Le vieux roi René, souverain de la Provence, proposait de lui léguer l'héritage de cette riche province; et, cette acquisition faite ^Xharles croyait facile de s'emparer du Milanais, dont . les habitans détestaient leur souverain Galéas. C'était de la réunion de toutes ces conquêtes que le duc de Bourgogne espérait former une des plus puissantes monarchies de rEùrope.

Ce plan, tbut gigantesque qu'il parait, aurait pu se réaliser, si cet ambitieux prince avait eu autant de prudence que dé courage. Son armée était nombreuse, ses richesses imniensesy ses généraux habiles, ses soldats intrépides. Il attaquait en masse des Etats divises , des forces disséminées. La fortune lui ouvrait une lai^ et facile carrière; mais la fougue et la cruauté de son caractère tournèrent contre lui les chances qui lui étaient le plus favorables, et creusèrent sous ses pas un abime, dans lequel il se précipita et périt.

Au lieu de marcher avec la prudente majeslé d'un habile général et d'jua gicand prince, il courut contre ses ennemis avec l'ardeur d'un jeune soldat , traita les vaincus en tyran, ai mourut en aventurier.

LOUiS XI. 4^1

Vainqueur des Lorrains ^ il ne garda pi lis de G"«w mesure avec les Suisses ^ et fit saisir plusieurs •«• comre chariots de marchandises appartenant à des de ro. négocians de THelvétie, Leurs effets fiirept °'**° saisis et leurs personnes maltraitées. Cet acte de violence irrita plus qu'il n'effraya ces pâ-^ très, ces montagnards modestes^ mais vaillans. Leurs pères avaient conquis la liberté et renversé la domination autrichienne f la mis-t nace d'une nouvelle tyrannie révolta leur fierté, ils coururent aux armes et se préparèrent au combat.

D'abord ils convoyèrent un noble défi au comte de Romont , qui commandait les .troupes bourguignonnes sur leurs fix)ntières.<c Vous n payez d'ingratitude, lui disaient-ils, leà ser- » vices que nous vous avons rendus pour la n défense de votre pays; nos marchands, nos » messagers, nos hommes de guerre, ont été pris n et tués par vos ordres : ainsi vous avez violé » la justice en nous outrageant. La violence n appelle la violence. Nous voulons donc , et n certes nous y sommes forcés., nous défendre M par voies de fait, si bien que vous disiez » bientôt : C'est assez; et par là nous garde-* » rons notre honneur^ — A Beriye, le i4 ocw tobre 147^ ^'

En même temps, ils envoyèrent de tous cô-

tés des courriers pour Fribourg^ Soleure, Neufçhâtel, Bienne et le Valais^ chaînés* d'exciter leurs alliés à prendre les armes. Tous répoiidirent à cet d^ppel^ et bientôt, de concert ayec les Fribourgeois, ils entrèrent en armes sur les terres où commandait Romônt. Les forces de celui-ci n'étaient en grande partie composées que d'Italiens à la solde de Bourgc^e> et son efiroi fut grand lorsqu'il vit ces intrépides montagnards renverser tous les obstacles qui s'opposaient à leur course^ briser les portes dès villes à coups de hache , et s'emparer sans artillerie de plusieurs forteresses, telles que Morat, Moudon,! Verdun >Grandcourt, et autres- Durs après la victoire comme pendant le combat, ils massacraient ceux qui leur résistaient, et noyaient les prisonniers. On les vit mêkne punir de mort leur bourreau, cpii s'était laissé attendrir par les larmes d'un jeune prisonnier. Les Suisses entrèrent dans le pays de Yaud; Lausanne se soumit et contracta alliance avec eux. Ils s'avancèrent même jusqu'auprès de Genève, qu'ils rançonnèrent. Le duc de Bourgogne assiégeait Nanci, lorsqu'il apprit les hostilités commises par les Suisses , ainsi que leurs rapides succès. Il jura de s'en- venger. Lo^'x* * Louis XI, ne prévoyant pas l'issue de cette * .476. I

guerre, tenta beaucoup d'efforts pour en dé- pour «m. tourner le duc : u craignait de se voir con-duochartraint à secourir ses alliés, ou d'être encore ^ctV taxé de parjure, s'il ne remplissait pas les en- ""tu!^^ gagemens qu'il avait contractés avec eux. Ses conAils ne firent qu'irriter Charles, peu ^is*posé à écouter des avis cçntraires aux siens, et surtout ceux qui lui venaient de l'homme qu'il haïssait le plus.

Sur ces entrefaites, le roi, ayant découvert un complot du comte deXIampo-Basso contre le duc, l'en avertit, et lui dit même que ce perfide Italien lui avait fait proposer de livrer Charles entre ses mains, ou de le tuer. Cet avertisse^ient n'inspira aucune confiance au duc , il ne fit même que consolider la faveur du lâche Italien. « Si l'avis que me fait pa3ser » le roi, dit le prince, eût été vrai, il ne me » l'aurait pas donné. »

Louis n'obtint pas plus de succès dans se$ démarches pour engager les Suisses à se soumettre. Au reste, la démence de Charles ne tar« da pais à se manifester par des signes si certains^ que les craintes du roi se dissipèrent.

Les Suisses, rassemblés à Zurich, envoyèrent Dëpoudes députes au duc de Bourgogne, Ils étaient suiuet ao chargés de montrer un grand désir de la paix, B<mrg^ et de démoder que leur querelle avec le duc *"*'

fût soumise à des arbitres. Charles ne leur répondit que par des reproches- et des menaces^ et déclara qu'il leur ferait expier la ruine du pays de Ferette, la mort du sire de Hagenbach, les dévastations de la Franche-Comté, la confiscation des terres du comte dé Romont, et les instdtes faites à Genève y ainsi qu'au duc dé Savoie- La réponse de^ députés républicains fut courte et fière : a La paix, dirent-ils, vous se- » rait plus profitable que la guerre. Vous n'a- » vez rien à gagner ai^ec nous; nos prisonniers » n'ont que du fer pour vous payer leur rafit- >i çon. Il y a plus d'or et plus d'ai^nt dans » vos éperons et sur les harnais de vos che^ » vaux , que vous n'en trouverez dans toute là » Suisse. »

Tout fut inutile ; les prières du margrave de Bade, les remontrances des Etats de Flandre échouèrent également.Charles répondit à ceo3t* ci : ....

(( C'est la dernière fois que je demanderai » des subsides à mes sujets, au lieu de lese]dger. ; » Je leur prouverai que je suis leur maître^ J'ai » le droit de leur imposer des taxes; s'ils r » sent de les payer, je suis assez puissant » les châtier comme ils le méritent, d ■

Ainsi le duc se mit en mouvement avec son .*. armée. Le roi, instruit de ses dess^ns^ se tiftt

prêt à agir^ suivant les chances quelui offrirait la fortune. Il renouvela d'anciennes prétentions^ relativement aux villes de* la Somme, et reprocha au duc l'inégalité du partage des dépouilles de Saint-Pol. « Nous nous sommes » partagé , dit-il , le renard ; M, de Boui^ogne n a eu la peau qui était fort riche , et moi sleuw lement la chair qui né valait rien. » Quel siècle I quel langage ! quelle horrible railli^ie au sujet du sang versé sur un éqhafaud !

Au reste, Louis, n'ayant pu préserver lesD^pUcii^ Suisses de la guerre, ne songea plus qu'à les en- jLoaïxi. courager par des promesses de secours. Un scrupule agitait son esprit à la fois machiavélique et superstitieux. Il craignait, en prenant part à cette guerre, de violer son serment et la trêve. Aihsi, consultant les casuistes de sa cour, il leur soumit eette question : ce Le Roi » peut-il dès à présent , sans faire de nouvelles M sommations au duc de Bourgogne, le déclan rer rebelle , et souffrir qu'aucun prince , au- » cun Eïtat puissent le combattre et lui porter » dommage ? peut-il le permettre et y concouji rir? j» Â quoi les docteurs répondirent 'ser^ vilement que le monarque, ^ns charger sa '. conscience , pouvait faire entendra aux prin- . ces et Etats dont il s'agissait, qu'il les verrait avec satisfaction s'armer contre la duc de Bout-

gogne /mais sans les requérir formeUement et sans leur prêter aucun secours effectif^ à moins que ledit duc n'eût désobéi aux ordres que le roi lui donnerait.

Cette marche cauteleuse eut de funestes ré* sultats. Plusieurs officiers ou agens de Loois, croyant à sa sincérité , se conduisirent vis-à-yis du duc de Bourgogne comme ils le devaient à l'égard d'un prince allié de leur souTa:ain. Ils en furent punis ^ les uns par la prison^ les autres par la mort ou par la confiscation de leurs biens.

Le roi y informé des promesses faites par le roi René, de léguer à Charles le Téméraire son comté de Provence^ lui envoya des ambassar deurs, qui le menacèrent de le faire juger par le Parlement comme eoupable de félonie, en enlevant à la couronné un fief qui devait lai revenir de droit , et d'ingratitude pour le roi, auquel il devait la délivrance de la reine Marguerite d'Anjou. Enfin, pour donner plus de poids à ses menaces, Louis, suivi d'un corps de troupes nombreux, s'approcha de LyoDf sous prétexte de faire un pèlerinage à Notre- Dame du Puy en Velay.

Massacre Tandis qu'il faisait ce voyage, Charles, po^l^ nisonde suivant ses desseins, attaqua la ville de Grauranson. ^^^ ^ défcnduô par cinq cents Suisses , la foiÇ*

de se rendre à discrétion^ et massacra impitoyablement tous les prisonniers.

Pour juger de l'impression que produisit dans l'opinion publique cet acte de férocité, il suffira de lire la courte relation de cet événement, écrite par Molinet, chroniqueur aux gages du duc de Bourgogne , et qu'il avait nommé son historiographe.

ce Quand monseigneur le duc Charles , dit- D il, eut conquis la ducé de Lorraine , où il as- H sist fort bonne et souffisante garnison es » villes principales, jusques au nombre de » quatre cents lances, il mena très-forte et » puissante armée au pays des Suisses , où il » assiégea la ville de Granson , garnie d'envij» ron cinq cents Allemands bien accoustés pour » la défendre , et après qu'elle eust esté horri- » blement battue de courtéaux et des serpen- » tines, elle fut prinse par un très aspre et » cruel assault et pillée nettement. Les gens » de guerre qui l'avaient en garde se retirèrent » au chastel, lequel fut vistement suivi d'une * » bombardelle qui s'adressa contre une tour j» esbranlée; puis les Bourguignons affustèrent ji une grosse bombarde , nommée la Bergère , » dont ils furent tellement espoventés qu'ils se JT rendirent à la volunté de monseigneur le duc, M et laquelle volunté porta que, saAs excepter

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jf un seul^ tous les hommes de guerre qui >i furent' illecq trouvés, seraient no;fés, pen« » dus et estranglés , et furent iceux hommes » livrés au prévost des mareschaux nommé » Maillotin le Barré, lequel, sàtus pitié et mi* » séricorde, en-fit pendre par trois bourreaux, » aux arbres prochains , le nombre de quatte » cents ou environs, et les aultres furent noyés » au lac. Il n'estait si dur cœur qui ne deusist » avoir pitié de regarder les pauvres hommes » pendus aux branches des dits arbres, en » telle multitude qu'elles rompaient et chéaient » sur la terre , avec les hommes à demi morts, » qui piteusement par cruels satellistes estaient » mutilés. » 4

Bataille jjçg Suisscs u'avaicut pu se réunir à tempi Granson. pour ravitailler et secourir l'infortunée garnison de Granson. Mais dès qu'ik apprirent le massacre de leurs compatriotes, ils juràrent d'en tirer vengeance. Le cri, aux armesl reten^ tit dans les montagnes; il s'y répandit avec une incroyable rapidité. Morat vit bientôt io* courir près de ses murs les milices de Zuridii de Baden, de l'Argovie, de Bâle, de Lucerne^ de Golmar, de Schélestadt; les vieilles lignei de Schwitz, Uri, Unterwalden, Zug, Claris; les soldats de Saint-Gall , dé Schaffouse, d*Ap* penzel.

Cette armée s'éleva bientôt au nombre de vingt mille combattans. Elle s'avança jusqu'à la vue du château de Vaux-Marcus , situé sur le chemin de Granson à Neufchâtel. Les Bourguignons s'en étaient. rendus maîtres sans résistance. Un de leurs postes^ et le plus avancé , l'occupait. A quelque distance en arrière ^ Charles avait établi son camp dans une vaste plaine qui lui offrait L'avantage de pouvoir déployer ses forces et sa nombreuse cavalerie.

Ses plus vieux et ses plus sages capitaines lui conseillaient d'y attendre l'ennemi^ mais il méprisait trop ses rustiques adversaires pour consulter l'expérience et la raison. Enivré de colère et d'orgueil^ il taxa de timidité la pru<* dence du grand bâtard de Bourgogne ^ qui s'ef* ibrçait de modérer son ardeur. Il s'avança donc imprudemment vers Neufchâtel ^ et s'engagea dans un défilé étroit dont les Suisses garnissaient les hauteurs. Dès que ceux-ci aperçurent *son avant -garde, ils descendirent de leurs montagnes avec intrépidité ; et lorsqu'ils lurent en présence de leur superbe ennemi, tous se jetèrent à genoux, demandant humblement à Dieu de protéger la justice de leur cause. •

Charles, trompé par ce mouvement, s'écria: ce Voyez ces vilains, qui demandent merci, ni

» nous déclarent la guerre^ et n'osent pas la » commencer. Par samt Georges I nous aurons » bientôt détruit ces chiens, et tout ce qui Içur » appartient sera le butin des Bourguignons. » L'erreur ne fut pas de longue durée.

A l'instant les républicains , relevés, s'avancent en bataillons carrés , fondent sur Favantgarde bourguignonne en phalanges serrées, hérissées de longues hallebardes. Vainement le duc chargea vaillamment ces braves cohortes et en enfonça quelques-unes, les montagnards se rallièrent, reprirent l'avantage, et contraignirent leurs ennemis à se rMirer jttsqu'aux bords de l'Arnon , où se trouvait le camp retranché dont ils n'auraient pas dû s'éloigner. Un. grand nombre de Bourguignons avaient péri dans le combat , entre autres le sire d'Aymeries, Jean de Lalain et le sire de Poitiers.

Charles espérait, ayant rejoint le corps de son armée , qu'une bataille livrée sur un terrain plus favorable ramènerait la victoire sous sa bannière. Mais tandis qu'il s'y préparait^ l'armée suisse, continuait à gagner toutes. les hauteurs , débordait et investissait son eamp. Bientôt on entendit les airs retentir de ce. cri de vengeance : Gransonl Grarmonl accompagné du bruit effrayant de deux cornes énormes TP^\y selon la tradition populaire, avaient èà

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jadis donmées à l'Helvétie par Gharlemagne. Leurs sons rauques et lugubres étaient répétés par les échos des montagnes^ et répandaient parmi les rangs bourguignons la même épou- Tante dont le souvenir glaçait encore' les Autrichiensi, lorsqu'ils se rappelaient les terribles oombats annoncés par ces deux trompes ^ que le peuple nomma le Taureau dVri et la Fâche d*Unterwalden.

Le duc lui-même parut consterné lorsqu'au lieu d'une poignée de paysans qu'il croyait détruire par un faible effort ^ il sç vit de toutes parts cerné par vingt mille guerriers qui s'avançaient contre lui d'un pas ferme, sans qu'aucune; charge pût rompre leurs rangs, sans que les coups de sa redoutable artillerie semblassent y jeter le plus léger désordre.

Neamnoins'Charles déploya dans ce danger oëraiie son impétuosité ordinaire et son bouillantjcou- guîgoons! nige^ mais sa cavalerie dispersée porta l'épouvante dans ses rangs.. Les Italiens à sa solde prirent les premiers la fuite. Dans ce moment, lesSui^ises, découvrant leurs canons , foudroyèrent son infanterie ébranlée. Vainement le duc les rappelait à grands cris , leur prodiguait les ëpithètes les plus injurieuses , et les frappait à gnands coups; la terreur rendait l'obéissance impossible. Aucun n'osait attendre ces batail-

^ : i:^ jamps que dans le ^'^ij :'aison, iU exposaiei .■.:f-vt' U'iirs plus richi > iicme leurs arcliives.

- ucs JÏ'.els voulait iimtilei . .i Mtiît' ilaiis le pillage.

.une si uiagniiique proie c * je ces rustiques guerrii .Liiis uii enchantement qi ■lasàVcciiter la voix dé 1<

profit; nul d'entre eux ne connaissait le prix des richesses qui tombaient entre leurs mainS; La vaisselle d'argent était prise par eux pour de l'étain ; ils la vendaient pour quelques sous ; les vases d'or leur semblaient trçp pesans ; ils les changeaient; pour avoir un peut d'acier ou de fer; les diamans même n'étaient à leurs yeux que de grosses pierres inutiles; ils en pri* rent trois énormes dont Fun^ vendu par eux à an curé pour trois écus^ passa de main en main ^ et après avoir^ en courant^ enrichi beau-" coup de familles ^ tomba finalement au pouvoir du pape Jules second. Un autre ^ marchandé par un sultan et par Charles-Quint, fut acheté par Henri VIII , roi d'Angleterre , dont la fille Marie le porta à l'arrière-petit-fils du duc de Bourgogne , de sorte que la maison d'Autriche en hérita; Un troisième^ nommé le Sanci,9Liprès beaucoup de voyages, appartient aujourd'hui à la couronne de France. Quant aux riches tapis, aux tentures de soie et de velours, ainsi qu'aux étoffes d'or et de Damas, et aux précieuses dentelles qui paraient les tentes bourguignonnes, on les laissa long -temps entassés • dans de lourdes caisses, et les pâtres belliqueux de lUelvétie ne les en tirèrent que pour les vendre aux étrangers, comme de la toile com-^ mune.

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