‹ Histoire de Louis XIChapitre 3 sur 11 · SUITE^DU RÈGNE DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

SUITE^DU RÈGNE DE LOUIS XI

Dépendance des Parlemens. — Intrigaes da pape. — Griefs de Philippe. — ^Ue réponse da sire de Chimay, son ambassadeur. •»« Trêve d^an an entre la France et l^Angletcrre.-^DévoûmcDtda Parlement de Paris. — Différends entre Loab et le duc de Bretagne. — Nouvelle révolte de la Catalogne. ^ Voyage du roi dans le nord — Sa cupidité. — Inutiles efforts du pape Pie II poQT renouveler les GroiBadei. — Sa mort. — Pontificat de Pierre Barbeao. — Intrigues du roi. <— Mission du bâtard de Rq* bempré. — Députation envoyée par Louis XI au duc de Bourgogne. — RésultaU de cette amboamdc.<*-Faiblt8ae de Loaî«. — Assemblée de Tours. — Mort du duc d'Orléans. — Affaires de Bretagne. — Colère du roi. — Ligue du Bien public— Manifeste du duc de Berry. — Adhésion des nobles à la ligu« des Princes. — Conseils du duc Philippe au comte de Charolais. — Les Bourj guignons devant Paris. — Retraite du comte de Charolais. — / Marche des armées.»*- Bataille de Montlhéry. — D^ouragement des deux armées. — Jonction de Tarmée des princes. — Conseil des princes. — Siège de Paris. — Principe de désunion entre les alliés. — Députation des princes au Parlement. -^^ Secours araeqéa par le roi aux Parisiens. ^ Négociations avec les prioccs.— Défection des Normands. — Traité de Conflans. — Refus du Parlement d'enregistrer les traités. -«-Méfiance inspirée par U roi. — Elatdes affaires. — Intrigues du roi. — Louis XI se rend maître de la Normandie. — Succès de ses négociations avec le duc de Bourgogne. — Propositions au duc de Berry. "— Nouvelle assemblée à Paris. — Députation au comte de Charolais. — Ruine de Binant. — Situation des esprits en France. — Vengeances exercées par LoQif . -*- Peste et famine de Paris.— Affaires d'Espagne. — Ambassade de Warvick ep France. — Retour de Warvick en Angleterre. — Mort de Philippe, duc de Bourgogne. — 'Dlsposi.

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lions militaires. — Négocialions avec le nouveau duc de Bourgogne.— Mission du cardinal La Balue. — Défaite des Liégeois.

— Efforts du roi pour se concilier la faveur populaire. — Envahissement de la Normandie par les princesligucs. — Négociations. — Convocation des Etats-Généraux à Tours. — Discours de Juvénal desUrsins. — Délibération des Euts. — Ses effets. — Orgueil du connétable deSaint-Pol. — Meurtre d'un bourgeois de Condé.

— Sévérité du duc. — Supplice du meurtrier.*— Mariage du duc avec Marguerite d'Yorck. — Son imprévoyance. — Victoire de Louis sur les Bretons. — Traité d'Anccnis. — Cruautés de Louis XI. — ^Procès de Charles de Melun. — Talens militaires de Dammartin. — Congrès de Cambrai.

Dépen- J^g comte d'Armagnac avait rempli avec tant ae»Par. Je succcs les intentions du roi en Roussillon

iMuens. ^ -

et en Catalogne, que, pour le recompenser, il le créa pair et duc de Nemours. Mais le Parlement refusa long-temps d'enregistrer ces lettres patentes , ainsi que celles du duc de Nevers et de Rethel.

Jusque là les rois n'avaient créé de pairie qu'en faveur des princes de leur sang, et le Parlement craignait qu'on n'avilît cette haute dignité en la prodiguant.

Le roi, dont le but constant était de ranger la pairie dans sa dépendance et d'abaisser les grands, persista dans sa volonté; il fut obéi.

Les Parlemens n'offraient plus que de Êiibles images de ces anciennes cours, composées de vassaux immédiats , et de ce bai*onage sans le consentement duquel saint Lôùis disait qu'il

ne pouvait faire ni guerre, ni traité , ni même marier son fils.

Les temps étaient bien changés. Les États- Généraux eux-mêmes ne retraçaient que l'ombre des anciens champs-de-mai; et, en leur absence , les grands corps de l'Etat ne jouissaient que du droit de remontrance , droit encore contesté et que la volonté souveraine rendait presque toujours illusoire.

Louis XI s'appuyait toujours de l'autorité des Parlemens, lorsqu'ils servaient d'instrument à sa politique, et cassait leurs arrêts lorsqu'ils contrariaient son intérêt ou ses caprices.

Ce fut ainsi qu'à cette même époque, lorsque le pape, irrité du frein qu'on voulait mettre aux exactions et à la cupidité du saint Siège , menaçait d'excommunication tous ceux qui appelleraient au roi de ses actes, le roi fit enregistrer en i464> au Parlement, une déclaration qui réprimait sévèrement ces abus, et prohibait toute levée d'argent ordonnée par d'autres que par lui.

Pie II et son successeur Paul avaient tenté ,„f^| de susciter contre le roi des ennemis intérieurs ^"p«p«et extérieurs; mais leurs efforts furent inutiles. Les ministres de Charles VII avaient formé le peuple à l'obéissance. Les rois d'Angleterre et d'Espagne avaient trOp d'affaires chez eux

lOO LOUIS XI.

pour se mêler des nôtres ; et si Louis vit bientôt armer contre son pouvoir une ligue d*ennemis puissans^ ce fîit lui seiil qui^ par sa mauvaise foi et par sa fausse politique , les souleva contre lui.

Griefs de Ce princc trouva même le moyen d'exciter, vMip^. par son ingratitude, le courroux de Philippe le Bon, dont Fappui lui avait été si utile; car, après avoir promis de lui rendre le duché de Luxembourg, il différait, sous de vains prétextes, l'exécution de cette promesse.

Enfin, le duc, choqué d'une pareille conduite, lui envoya le sire de Ghimay pour le sommer définitivement de tenir sa parole. Chimay, aussi fier, aussi audacieux, aussi franc que Louis était cauteleux, froid et dissimulé^ s'a* perçut, en arrivant, que le roi cherchait chaque jour quelque nouvelle raison pour retarder son audience. L'impatient Bourguignon s'en irrita, vint au palais , s'établit à la porte de l'appartement royal, jura qu'il y resterait, et força ainsi le monarque à le recevoir. B«ue ri' Admis en sa présence , il exigea une réponse

pODM du .. l'I.* 1 «•

tir de cbi- positive OU uuc dcclaratiou de guerre. Louis,

rûb'a^! étonné , lui demanda si, pour prendre avec

*"'* lui un pareil ton, le duc de Bourgogne se

croyait cTun autre métal que les autres prin^

ces. « // le faut bieriy répondit Chimay, puis-

JLOUIS XI. lOl

» q^Cil vous a reçu qt protégé quand personne ^ » excepté lui, n'osait le faire. »

Leroi^peu accoutumé à une telle hardiessei. sa taisait de surprise. Le brave Dunois^ indigné,, s'écria : c< Comment osez-vous tenir à un grand w monarque un propos si insolent ? — Si j'é- » tais à cinquante lieues d'ici ^ répondit le fier » Bourguignon, et que le roi eût tenu, sur le 1) compte de mon maître, un langage si mé* n prisant, je serais revenu à toute bride pour JD lui répondre aussi énergiquement que je l'ai » fait ! n

Au reste, de part et d'autre, les griefs étaient nombreux et les plaintes fondées. La fausseté du roi, la violence du comte de Charolais, ar*retaient à chaque pas les négociations. L'im. éludait tous ses engagemens, l'autre rompait à chaque moment toute mesure. Une rupture semblait inévitable, et les agens du roi d'Angleterre multipliaient leurs efforts pour pousser* les esprits à la guerre.

Cependant la sagesse du duc de Bour^ Tr^« gogne détourna encore momentanément cet en°reu orage. Il se chargea même du rôle de média- ' ad^»^ teur entre l'Angleterre et la France, qui jusque là n'avaient jamais pu s'accorder que pour suspendre leurs hostilités par de courts intervalles.

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Il fut favorablement Qpouté, parce qu'Edouard craignait l'alliance du monarque français avec l'Ecosse, et que, d'un autre côté, Louis XI, toujours indécis lorsqu'il fallait tenter le hasard des armes, leur préférait les intrigues et les négociations , genre d'escrime où il se croyait plus fort que ses adv^ersaires.

Ainsi, les glaives restèrent suspendus; et, en attendant que l'on pût parvenir à terminer cette longue querelle par une paix définitive, Philippe conclut entre les deux rois une trêve d'un an : c'était tout ce que voulait Louis. Et ce fut alors que le roi, pour récompenser le zèle du sire de Croy, dans cette affaire, réalisa ses promesses et le mit en possession du comté de Guines. Par là, il s'assurait de l'appui d'une maison puissante, et blessait l'orgueil du comte de Charolais, son ennemi.

C'était, comme le dit Duclos, le siècle des mauvais fils. Louis XI avait abrégé la vie de son père, en l'abreuvant de chagrins > le comte de Charolais prenait en haine tous les favoris du sien , tels que les Saint-Pol et les Croy. Dans le même temps, le fils du duc de Savoie soulevait le peuple contre l'auteur de ses jours, et le forçait , ainsi que sa mère , à chercher un asile en France. La politique de Louis fomentait activement toutes ces inimitiés.

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. Autant le duc de Bourgogne était aimé, autant on redoutait les emportemens du prince fougueux qui devait lui succéder. Aussi y chaque jour le bruit de quelques complots tramés contre lui était répandu par la haine : on ajoutait foi même aux plus absurdes. On accusa Jean Bruyère, médecin du comte d'Étampesy d'avoir eu recours à des sortilèges, à des envoûtemens pour faire périr les princes de Bourgogne. Cette ridicule accusation fut gravement poursuivie.

La superstition portait les esprits à croire aux sorciers, et une défiance trop fondée donnait de la vraisemblance à tous les méfaits qu'on attribuait à Louis.

Au reste, celui-ci sembla justifier ces injurieux soupçons , en couvrant les accusés de sa protection.

On devait prévoir qu'une telle conduite ferait éclater l'aversion du comte de Charolais contre un roi qui ne négligeait aucune occasion de le blesser. En effets on la vit se manifester à l'occasion de la restitution des villes de la Somme , que, suivant les termes du traité d'Arras, le due de Bourgogne était obligé de rendre à Louis, moyennant quatre cent mille écus.

Le comte de Charolais s'opposa de toutes ses

forces à cette cession. Mais le duc Philippe, loyal dans ses promesses, et d'ailleurs docile aux conseils du sire de Croy, consentit à l'exécution du traité.

j^^^^ Le Parlement de Paris donna alors un grand "p°JJ" exemple de dévoûment au roi et à la patrie; "pwis**^ car il se cotisa, et fournit la moitié des quatre cent mille écvis destinés au rachat des villes.

Louis essaya aussi d'obtenir le recouvrement de Lille, de Douay et d'Orchies. Mais, comme la bonté de Philippe était exempte de faiblesse, ses favoris , quoique vendus au roi , ne purent le décider à ce sacrifice.

L'activité de Louis XI ne comportait pas de repos. Ce prince, qui ne perdait jamais de vue son but principal, celui de détruire ou d'abaisser les grands vassaux, crut qu'il pourrait profiter de son rapprochement avec le duc de Bourgogne pour se venger sans obstacle du duc de Bretagne.

Les torts qu'il reprochait à celui-ci s'étaient ^ récemment aggravés. Le duc, en effet, après s-étre opposé à l'entrée de ses flottes dans les ports de Bretagne, lorsque les vaisseaux de MA^ngleterre menaçaient nos côtes, lui avait refusé tout secours dans la guerre qu'il soutenait contre l'Espagne.

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Le roi rassembla quelques troupes et se ren- Dirre. lit à Tours : de là il envoya sommer le duc ireLolT» le le satisfaire sur ses griefs ; de lui rendre t Breu- 'hommage-lige qu'il avait refusé, et de re- ^"*' loncer à tout droit de régale siu* les évêchés iracans.

Le prince breton , espérant gagner du temps, ^ *éclama l'arbitrage du pape. De plus, il déclara {u'il aimerait mieux appeler les Anglais en Sretagne, et se fier à leur protection, que de K>n8entir à perdre son indépendance, et à rivre , non en prince , mais en sujet du roi. Le lape se déclara médiateur; ainsi Louis se vit ^ntraint de suspendre l'effet de ses menaces.

Un roi tel que Louis XI ne pouvait être aine, mais il était craint.Dans sa jeunesse on Tarait vu montrer dans les camps une brillante ludace; on le savait plus riche, plus habile et >lus puissant que presque tous les princes de on siècle; seul, il entretenait une armée réruiière et soldée; nul ne fut ami moins sûr et ;nnemi plus dangereux. Il fut, comme tous es méchans princes, haï, ménagé et même recherché : telle est la pente humaine.

Philippe de Savoie était soutenu, dans sa rébellion, par Sforce , usurpateur de Milan. Le^ iiic^ son père , implora l'appui du roi contré ce fils ingrat. Louis accueillit sa demande, et

détermina le duc de Milan à ne plus protéger cette révolte. Il obtint ce succès, en cédant à Sforce la ville de Savone et ses droits sur Gênes, à condition que celui-ci donnerait au duc d'Orléans deux cent mille écus d'or, pour le dédommager de ses prétentions sur le Milanais.

Le sénat de Gênes, afiaibli par les factions, se soumit à cette décision, prêta serment à Sforce, et lui céda même la souveraineté de l'île de Corse.

Cette même année i463, les Suisses envoyèrent une ambassade au roi, pour l'inviter à protéger leur liberté naissante, contre l'ambition de la maison de Bourgogne.

Dans le même temps, Louis, poursuivant ses travaux intérieurs, établit une université à Bourges. Il publia aussi une ordonnance pour faire un dénombrement exact de la noblesse, ainsi que des fiefs et arrière -fiefs qu'elle possédait. Enfin, il rendit, avec pompe, les derniers devoirs à sa mère, la reine Marie d'Anjou. Cette princesse, par sa douceur, par sa piété et par sa modération, dans un siècle de factions et de guerres intestines, s'était concilié la vénération générale.

îsouveife * Les dissensions de l'Espagne n'avaient été a^clu." qu€ passagèrement assoupies. L'esprit remuant * 1464.

révolte de logne.

des habitans de la Catalogne supportait impatiemment le joug odieux du roi d'Aragon et de sa cruelle épouse. Cette province se révolta de nouveau, et fut appuyée par les armes de don Pèdre, connétable de Portugal.

Ce prince, en s'arrogeant le titre de chef des Catalans, osa même usurper celui de roi d'Aragon et de Sicile. Mais aucun grand talent ne justifia sa témérité. Vainement il fit assiéger Gironne ; Silva, qui commandait ses troupes, y périt, et le siège ftit levé.

Don Pèdre essaya de se concilier la protection de Louis XI; mais ce monarque, peu disposé à favoriser une ambition malheureuse, se montra aussi froid pour lui que la fortune. Pour se venger, don Pèdre voulut soulever le Roussillon, mais son projet échoua.

Si le roi parut favoriser don Juan , en rejetant les offres de don Pèdre, il n'en ferma pas moins l'oreille aux prières du monarque aragonais, qui invoquait son appui pour réprimer les Catalans rebelles. Ce prince n'en obtint que de faibles secours, plus propres à prolonger les troubles qu'à les terminer. Il gardait, en attendant, ses gages, c'est-à-dire les deux provinces que don Juan ne pouvait racheter.

Un nouvel intérêt appelait sa présence dans vo^ag* le Nord. Autrefois Tournay lui avait refusé un ^utTh

Nord.

diié.

asile, lorsqu'il se dérobait par la fuite au oourroux de son père. Depuis qu'il était monté sur le trône , le peuple de cette ville craignait .qu'il ne se vengent de cette injure ; et, dans l'espoir de la faire oublier, elle lui prêta vingt mille écus, dont il avait besoin pour se faire restituer les places de la Somme.

Sa cupi. Aux yeux du roi l'or effaçait toutes les in* jures. Trouvant même l'occasion fiivorable pour se concilier l'attachement d'une population nombreuse, il se rendit dans ses mois, lui confirma ses anciens privilèges, et obtint même de sa reconnaissance la quittance de Fargent qu'elle venait de lui prêter.

Ce voyage avait encore un autre but : il s'agissait d'une entrevue avec le duc de Bourgogne pour l'engager à ne point mettre obstacle à ses desseins contre la Bretagne,

Le duc, toujours aussi disposé à la coDciliation que Louis l'était à l'intrigue, ouvrit un avis trop sage pour qu'il fût possible de le rejeter. Il proposa au roi de soumettre ses pré* tentions à l'arbitrage du comte du Maine, oncle de Louis, et dont la sage influence avait tant contribué aux succès du roi Charles VIL

Louis reprochait au duc de Bretagne ses infractions aux libertés de l'Église gallicane, sa désobéissance aux arnsts du Parlement; il l'ac-

cusait surtout de méconnaître sa suzeraineté et de s'arroger le titre de duc de Bretagne pas* la grâce de Dieu.

Il serait aussi fastidieux qu'inutile d'entrer ici dans les détails nécessaires pour éclaircir cette vieille question de la dépendance et de rindépendance de la Bretagne. Elle est aujourd'hui sans intérêt pour nous^ et d'ailleurs^ ceux qui voudraient l'approfondir trouveront dans un ouvrage estimé ^ dans l'Histoire de cette province, par le comte Daru, tout ce qui peut satisfaire leur curiosité sur cette longue contestation ; car cette querelle n'est au fond qu'un de ces procès politiques que la diplomatie embrouille, que l'esprit de parti probnge, et que la force seule décide.

Au reste , la guerre du Bien public ajourna ce grand procès. Mais, quelque imminente que fût cette croisade contre Louis XI, on se crut un instant plus près d'en voir recommencer ane nouvelle contre les Turcs.

Les grandes passions des rois et des peuples changent avec les mœurs; mais, lorsqu'elles ont été violentes, on en voit encore, jaillir des étincelles long-temps après qu'on les a crues éteintes.

La folie des Croisades se reveillait de temps inntii en temps, mais par de faibles accès. Il était na- ^ p.*^

es

efToits du

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p»e H turel que la chute de Constantinople et Ta-

pour re- ^ * *

nouveier grandisscmcnt colossal des Musulmans ravivât sadc». ces antiques souvenirs. Pie II avait cherché à ressusciter l'enthousiasme religieux des princes chrétiens. Le duc de Bourgogne, animé d'une foi sincère, répondait à son appel. Il rassembla une nombreuse armée et se dirigea vers Fltalie; mais, par défaut de prévoyance, elle manqua de vivres et se dispersa : le zèle n'était plus assez fervent pour braver de tels obstacles.

Le pape, seul alors enflammé de ce fanatisme qui jadis précipitait en foule r£urope sur l'Asie, convoqua les cardinaux, leur reprocha vivement la corruption de leurs mœurs, le scandale de leur ambition et de leur luxe, attribua les malheurs de la chrétienté à leur relâchement dans la foi, et déclara qu'il voulait lui-même se mettre à la tête de cette croisade et rétablir la croix sur les ruines du croissant.

Sa mou. En effet, prodiguant ses trésors, appelant les chrétiens aux armes, il les prie, les excite, les menace, les réunit, et vient dans la ville d'Ancône leur promettre, pour le sacrifice de leur vie, les palmes delà gloire ou celles du martyre; mais les unes tentèrent peu ces cœurs en» gourdis, les autres les effrayèrent. Vainement il voulut établir, dans cctle foule de chefs sans

expérience, de soldats sans ardeur, un peu d'ordre et de discipline; on méconnut son autorité , on brava ses menaces , et l'anarchie dispersa une seconde fois cet attroupement dont il avait voulu faire une armée.* Son indignation et la honte d'avoir échoué dans cette sainte entreprise, accablèrent son esprit et le conduisirent en peu de jours au tombeau.

Pierre Barbeau, Vénitien, fut élu pour luiponiiEcat succéder sous le nom de Paul II. Ce nouveau B„bou7 pape ne tarda pas à être convaincu qu'il était impossible d'entraîner loin de leurs États les princes de l'Europe, trop occupés de leurs propres intérêts pour embrasser la cause perdue de l'empire grec qui venait de s'écrouler.

Louis XI se voyait au moment de recueillir iDtHgoei le triste fruit de ses perfidies et de ses artifices. Le duc de Bretagne répandait partout le bruit d'un noir complot tramée par le roi contre la vie des princes de Bourgogne. Ce monarque intercepta ses lettres; il en fit distribuer une immense quantité de copies dans le dessein de faire connaître les intrigues ourdies par le comte de Charolais et le duc de Bretagne, pour travailler, de concert avec l'Angleterre, à la ruine de la France. Il courut ensuite en Picardie, y rassembla des troupes et demanda une entrevue au duc de Bourgogne, dans la ville

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d'Hesdin. Son dessein était de lui dévoiler les intrigues criminelles de son fils.

Il aurait peut-être réussi selon ses désirs^ s'il eût cherché franchement cette entrevue; mais il rendit lui-même toute explication impossible, par un acte de violence que la méfiance et la haine interprétèrent comme une preuve de desseins encore plus coupables.

Ayant appris que le vice-chancelier de Bretagne , caché sous un habit de dominicain , s'était rendu en Hollande dans le but d'y n^ocier un traité secret entre son maître, le roi d'Angleterre et le comte de Charolais,il voulut se saisir de sa personne ainsi que de ses papiers. Mission Le bâtard de Rubempré, homme de tête et ^dJ*Ru-^de main, intrigant et hardi, se chargea de bemprë. ^|^ missiou. Il s'embarqua sur un bâtiment armé qui portait vingt-cinq hommes d'équipage* Sorti de l'embouchure de la Somme , il jeta l'ancre à Walcheren, l'une des îles de Zélande. LÀ, étant descendu avec deux compagnon^ déterminés, il se rendit de nuit, et par des chemins détournés, à Gorcum , petite ville hollandaise, dans laquelle il espérait trouver et surprendre le vice-chancelier breton.

Or, le comte de Charolais, qui dans ce même temps % vivait en mauvaise intelligence av^ » 1464.

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son père ^ s'était retiré comme en eiul à Gorcum. L'arrivée secrète, la conduite mystérieuse de Rubempré, excitèrent les soupçons; il fut arrêté, et, ainsi que le dit Monstrelet, u sur la » réputation qu'il avait d'être un aventurier et )} un téméraire, ou plutôt, comme on le quali- » fiait alors , un garnement, chacun dit et rém péta qu'il n'était venu en Hollande que dans » le deseib d'enlever le comte d^ Ch^rc^ais, » après quoi on se serait rendu maître d|i duc » Philippe de Bourgogne, son père, et de Sjft ' » fille Marie. »

Le comte lui-même, disposé à tout croire et à tout craindre de Louis XI, en fut si effrayé qu'il chargea son maître-d'hôtel, Olivier ,de kt Marche, de porter en toute hâte cette.nouvelle au duc, son père, qui attendait le roi à Hes* din, et cet homme, par son récit, et peut-être même par les circonstances qu'il y ajouta, pro* duisit une telle impression, que le duc, au lieu de recevoir le monarque, qui devait le lendemain dîner chez lui, partit brusquement à cheval pour Lille, en laissant le soin au duc de Clèves, son neveu, d'attendre le iroi, ai oç prince persistait à venir dans Hesdin.

Dès ce moment, le bruit d'un si lâche attentat s'étant répandu , les camps , les châteaux, \^ bourgs, les places publiques, les maisons parti-

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culiéres, les chaires des prédicateurs retentirent d'imprécations contre Louis XI, et des noms de tyran et d'assassin dont on le flétrissait. Aussitôt que le roi apprit ce déchaînement, il fit éclater son indignation , se retira en Normandie et envoya des ambassadeurs au duc de Bourgogne pour demander raison de l'injure qui lui était faite.

Dépnu- Ces envoyés furent le comte d'Eu^ prince v^*)^ârdu sang, vénérable par son âge et son expé- ][^j"^*ifience ; l'archevêque de Narbonne, prélat sage Bourgo- g|. considéré: enfin Pierre de Morvilliers, chanôelier de France, magistrat austère, dur, et dont le langage violent était plus propre à aigrir les diflërends qu'à les concilier. Il aurait fallu pourtant , dans une telle circonstance , un négociateur adroit et modéré.

Le roi pouvait difficilement se justifier d'un' acte qui violait ledroit des gens; n'eût-il voulu qu'enlever, en pleine paix , le ministre du duc de Bretagne, sur un territoire étranger, il restait inexcusable aux yeux de l'Europe; et si les autres intentions qu'on lui supposait manquaient de preuves , on ne pouvait pas dire au moins qu'elles manquassent de vraisemblance. Récemment il avait protégé le comte d'Étampes, acctisé de projets criminels contre le comte de Charolais. Un autre motif donnait

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encore quelque consistance à ces odieuses imputations.

Jean Constain^ sommelier. du duc de Bourgogne, ayant conçu l'idée d'empoisonner le comte de Charolais, avait chargé un gentilhomme, nommé Jean d'Ivy, de lui rapporter d'Italie le poison le plus subtil. Celui-ci s^acquitta de sa commission. Il en exigeait la récompense ; mais, au lieu d'argent, n'ayant reçu que des injures, il courut, dans sa fureur, dénoncer ce noir complot au prince bourguignon.

Gonstain fut arrêté, jugé et condamné à per« dre la tête. Avant de mourir, il demanda la grâce de révéler au comte un secret important^ et l'obtint. Les témoins de cette audience , qui dura une heure, ne purent entendre ce qui s'y disait ; ils remarquèrent seulement que le comte, à différentes reprises, donna des marques d'étonnement, d'indignation, et qu'il faisait, presque à chaque mot , des signes de croix. Au reste, le dénonciateur Ivy n'éprouva pas un sort plus doux ; car, ayant naïvement avoué qu'il aurait gardé le secret du comploft si Constain lui en avait payé le prix , il fut décapité.

Rien ne prouve que Louis ait pris pact à des crimes si lâches : mais, n'est-ce .pas diéjà, poUr

sa mémoire, une grande flétrissure qpe d^avoir

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inspiré tant de fois à tous ses contemporains de si odieux soupçons?

Sur des entrefaites^ Philippe le Bon étant tombé grayement malade , son fils revint auprès de lui y répara ses torts ^ en montrant un repentir sincère^ et regagna ainsi l'affection paternelle.

Ràaitets Le duc lui permit d'assister à l'audience

as cette

unbu. qu^il donna a^lx ambassadeurs du roi ^ mais en lui recommandant de contenir son ressenti'* ment let de réprimer son impétuosité.

Lorsque les envoyés parurent, le chancelier^ leur orateur^ prit la parole et dit curogamment a qu'ils venaient demander satisfacticui » d'une grave injure ; c'était^ prétendait-il^ sans » aucun motif et sans respect pour l'autorité » royale, que le comte de Gharolais avait or- » donpé diD saisir un navire de guerre (ran- » çais; il a même osé plus encore, ajoutaHnil, » il s'est emparé d'un sujet du roi, du baiard » de Rubempré, l'a fait jeter eh prisim, en M ^upposai^ et publiant que ce gehtilhomme )> était Tenu à Gorcum pour commettre un » attentat contre sa personne. Ce bruit c«r » lomnieux a été répandu et principalement » accrédité à Bruges, rendez-vous de toutes » les nations de l'Europe , par un chevalier * » bourguignon nommé messire Olivier de la

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D Marche. A ces causes > dit Torateur^ le roi^ si jo gravement blessé par cette calomnie^ re- » quiert de la justice et de la fidélité du duc » Philippe y qu'il envoie le dit Olivier prison- » nier à Paris ^ pour lui faire subir le châti* » ment mérité par son mensonge et par son A) insolence. »

ce Messieurs^ répondit le duc^ messire Oli- M vier de la Marche ^ né dans le comté de » Boui^ogne et mon maître -d'hôtel^ n^st • point justiciable de la couronne; toutefois^ I) s'il a fait et dit chose qui fût contre Ffaon-* H neur du roi , et qu'ainsi fût trouvé par in-* D formation^ j'en ferais la punition telle qu'aux » cas appartiendrait. Quant à ce qui regarde M le bâtard de Rubempré^ il est vrai que ses » signes et contenances aux environs de la » Haye y où &e trouvait alors mon fils> l'ont fait » arrêter* Si le comte.de Çharolais e»t défiant^ >i ce n'est point de inoi qu'il tient ce. défaut, jti mais de sa mère , qui avait été la plua sovip* » çonneuse dame qne j'eusse jamais connue. M Mais nonobstant que, comme je vous Fài » dit, je n'aie jamais été soupçonneux , si je » me fusse trouvé, au lieu .de mon fils, à l'heure » que ce bâtard de Rubempré hantait les en-> )» virons, je l'aurais fait prendre comme il l'a- » vait été. A& reste , si on ne trouve contre ce

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» bâtard aucun indice qu'il a voulu enlever » mon fils, J6 le ferai incessamment délivrer w et renvoyer au roi.

» Il est fâcheux pour Sa Majesté qu'on ait » donné généralement créance aux bruits qui 1) se sont répandus. Quant à moi, je n'ai ja* » mais donné lieu à de pareils soupçons, et » je n'y crois pas légèrement. J'ai quelquefois » manqué de parole aux femmes, mais jamais » aux hommes. »

Le chancelier, dans sa réplique, all^^ales griefs de Louis contre le duc de Bretagne, et reprocha vivement au comte de Gharolais de s'être lié secrètement avec ce duc, lorsqu'ils étaient venus voir le roi à Tours, (c Us ont fait » échange, dit-il, de leurs sermens, de leurs » scellés, en présence de Tann^;uyHlu-Châ<* » tel ; ils ont contracté alliance et se sont juré » fraternité d'armes, ce qui est un crime » énorme pour un prince de la famille de » France. »

Le comte de Charolais .voulant alors l'interrompre, le chancelier lui coupa la parole en lui disant : c< Monseigneur de Charolais^ je » ne suis pas venu pour parler à vous , mais à » monseigneur votre père.» Et, comme le comte irrité suppliait son père de l'autoriser à ré* pondre : « J'ai répondu pour toi, lui dit le duc.

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» comme il me semble qu'un père doitrépon- » dre pour son fila. Toutefois ^ si, tu eu as si » grande envie, réfléchis-y aujourd'hui, etde- » main dis ce que tu voudras. »

Morvilliers termina cette conférence en disant au comte « qu'aucun motif légitime ne n justifiait son alliance avec le duc de Breta- » gne, si ce n'était la perte d'une pension et » du gouvernement de Normandie que le roi » était bien libre de lui ôter, comme il l'atVait » été de les lui donner. ».

Ainsi se termina cette audience, où le mépris du duc pour le caractère de Louis XI se montra manifestement.

Le lendemain, les ambassadeurs furent de nouveau introduits ; ils virent le comte de Char rolais à genoux sur un carreau de velours ,. et qui demandait à son père la permission de prendre la parole. L'ayant obtenue, il se dis* culpa des reproches qui lui étaient adressés ; son langage était calme, par obéissance, mais son maintien fier et son regard courroucé : il soutint que l'arrestation de Rubemprjé avait été juste et fondée sur des motifs raisonnables; les circonstances mystérieuses du voyage de cet aventurier, ses propos, sa conduite l'étaient réunis pour le rendre suspect ; enfin il n'appartenait qu'à la justice de

décider eîitre les accusateurs et Faccusé.

Prenant ensuite vivement le parti d'Olivief de la "Marche, le prince dit que cet officier, animé d'un zèle louable pour ses maîtres, était suffisamment justièé dans ses soupçons contre un homme tel que Rubempré , et qui passait pour être capable des crimes les plus hardis.

' (r On m'accuse encore , continua le comte,

y) d'avoir formé des liens d'amitié avec le duc » de Bretagne ; je suis loin de nier cette fra- » ternité d'armes ; elle est pour tous les princes )j de France d'usage et de droit Mais ce que je '• » puis attester, c'est qu'il n'a été conclu entre

» nous aucun traité contraire à l'intérêt et à la » sûreté du roi.

» Au reste, à toutes ces plaintes vagues, je » puis en opposer de réelles , car il est certain » que le roi a promis quatre cents lances au » comte d'Étampes , pour appuyer sa révolte et >) l'aider à nous enlever le Brabant.

» Je garderai lé silence sur l'injure qu'on nâ'a )) faite en m'enlevant le gouvernement de Nor- )) mandie, car je me trouverai toujours assez » de puissance, tant que je conserverai la ik-» » veur de mon père. Nous sommes certains a«h » jourd'hui que si le roi garde le souvenir des » torts imaginaires qu'il nous suppose, il a

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