IX)U1S XI
» complètement oublié les importans services » que lui a rendus notre maison. »
Le comte termina son discours en assurant l'ambassadeur que^ sans le respect qu'il devait à son père , il aurait exprimé sa pensée en termes plus énergiques et plus âpres.
Le duc de Bourgogne dit aux ambassadeurs qu'il suppliait le roi de ne point se laisser prévenir légèrement contre lui ni contre son fils, * et de leur conserver sa bienveillance.
On apporta^ suivant l'usage, le vin et les épices, et lorsque les envoyés de Louis prirent congé, le comte de Charolais s'approchant de l'archevêque de Narbonne qui sortait le der- *
nier, lui adressa tout bas ces mots : « Recom- » mandez-moi très-humblement à la bonne » grâce du roi , et lui dites qu'il m'a bien fait » laver la tête par le chancelier, mais qu'avant M qu'il soit un an il s'en repentira. »
Louis ne crut pas devoir se venger pour le Faibic«e moment du refus qu'on lui faisait de toute sa-^*^*^** tisfaction relativement à l'affaire de Rubempré. 11 avait parlé avec violence^ mais il se conduisit avec une sorte de faiblesse; car^ au lieu d'insister sur la réparation qu'il exigeait, il s'efforça d'apaiser le duc de Bourgogne, en remplissant ponctuellement ses promesses concernant la cession du duché de Luxembourg.
Cette condescendance apaisa le ressentiment du duc Philippe, mais ne désarma point son fils : le comte de Charolais, décidé à se venger, multiplia ses intrigues , forma des liaisons avec tous les mécontens de France, et, malgré les conseils de son père , rassembla de tous côtés des hommes d'armes et des soldats.
Assemblée Pcndaut cc temps, le roi réunit dans la
* * *'""• yjjjg dg Tours une grande assemblée composée
du roi de Sicile, des ducs de Berry, d'Orléans, de Bourbon, de Nemours, des comtes d'AngoulêmC; de Ne vers, et de plusieurs autres sei^ gneurs.
* Le chancelier, après avoir déclaré que Sa Majesté les prenait pour arbitres entre le due de Bretagne et lui, leur exposa les griefs nombreux dont on demandait le redressement.
Le roi , prenant ensuite la parole , fit un tableau fort exagéré de la situation malheureuse . où il avait trouvé le royaume, et s'étendit avec complaisance sur l'état prospère dans lequel il venait de le replacer. (cMais cette étonnante }) prospérité, dit-il, ce fruit de mes soins assi- 1) dus , je ne le dois qu'aux conseils des prln-*- » ces, à l'appui des nobles, au zèle des peur » pies; car un homme tout seul ^aurait été » incapable de porter un pareil fardeau et d'at-^ » teindre à un tel but. Aujourd'hui , daiis une
j» circonstance aussi critique ^ je compte plus » que jamais sur votre assistance; mon espoir » est fondé sur votre affection ; je n'ignore pas >i que la force d'un État ne peut résulter que » de l'union du chef et de ses membres. On » vous a fait connaître les sujets de plainte que 1) me donne depuis long-temps le duc de Bre- » tagne. Ce prince est égaré par de funestes » conseils; il est aussi téméraire dans ses pro- » jets que faible dans ses moyens; et vous dé- » ciderez vous-mêmes, si sa conduite ne me » force pas à user de toute mon autorité pour » le rappeler à son devoir. »
On connaissait trop Louis pour croire à la ^
sincérité de ses paroles. Chacun savait qu'il aimait mieux être obéi que conseillé; aussi le roi de Sicile, au nom de l'assemblée, et sans ouvrir aucune discussion , remercia le monarque de la confiance qu'il lui témoignait. Aussitôt chacun, suivant la coutume, jura de sacrifier sa vie pour l'iotérêt de Sa Majesté. Louis, satisfait, invita le roi de Sicile à écrire au duc de Bretagne pour l'engager à se soumettre.
Le duc d'Orléans seul , trompé par l'apparente franchise du roi,' et persuadé qu'il voulait réellement qu'on lui dît la vérité, se permit quelques observations sur les nombreux.
abus de l'administration, et entreprit même de justifier la conduite du duc de Bretagne. Mon da Un long exil en Angleterre avait peut-^tre léans. fait oublier au duc d'Orléans les mœars de la cour; son erreur fut promptement dissipée; le roi lui répondit aigrement et lai reprocha avec amertume sa partialité pour un rebelle. Jusque là tous deux restaient dans leur carûotère. Mais le prince, trop humilié de la réprimande du roi, en conçut un chagrin A vif qu'il tomba malade et mourut peu de jours après.
Une captivité de vingt-cinq ans en Angleterre aurait pu mûrir sa raison, mais elle avait amolli son courage. Il fallait que depuis un demi-siècle l'autorité royale eût fait de grands progrès , et que la fierté des grands se (ut bien abaissée, pour qu'un prince du sang montrât une telle faiblesse et fût attéré par une seule parole.
Ce même prince, pourtant, dans sajeunesseï avait vu les maisons d'Anjou, d'Orléans^ de Bourgogne , d'Armagnac dominer le tr6ne^ le combattre et lui dicter des lois.
Le duc d'Orléans laissait un fils , qui d^nis régna sous le nom de Louis XIL Une de ses filles fut abbesse de Fontevraull ; l'autre épousa Jean de Foix, vicomte de Narbonne.
Dés que l'assemblée fut séparée , le roi fit A(r.ires partir des envoyés pour la Bretagne^ mais le Brangoe. duc ne voulut pas les recevoir,
Pont-1'Abbéy qui les remplaça^ fut plus heureux dans sa mission. Le duc le vit et l'écouta* « Prince^ lui dit-il ^ vous avez répandu contre >) le roi d'odieuses calomnies ; vous souffrez » qu'un de vos parens reste au service de la » Grande-Bretagne; vos liaisons avec le mo- » narque anglais sont connues. Ces offenses » contre votre souverain ne peuvent rester im- » punies. Croyez- moi , si vous avez suivi les » conseils de^quelques amis imprudens^ sacri- » fiez-les à voti« sûreté ; votre soumission apai- » sera le roi. Ouvrez les yeux sur le péril où » Ton vous jette y et songez que si vous appelez » les Anglais à votre secours^ vos États devien- >i dront le théâtre d'une guerre destructive » dont vous recueillerez seul toutes les cala-* » mités. »
Le duc y sans promettre aucune soumission^ ne répondit aux reproches qui lui étaient adressés que par des excuses vagues. Il convint de ses négociations avec Edouard ^ mais prétepdit qu'il n'avait rien stipulé de contraire aux intérêts de la France; et^ comme on l'accusait d'avoir donné dans ses lettres au monarque anglais le titre de son souverain seigneur^ il dit ne
Favoir fait que pour se conformer à une vieille étiquette, et pour flatter l'orgueil du consdl d'Angleterre.
coWrede Louis, justemeut irrité d'une tell^ réponse, ^°'"'* résolut de se faire raison par les armes ; mais il ne ta,rda pas à apprendre que, de son côté, le duc de Bretagne venait de conclure contre lui un traité d'alliance avec le comte de Charolais et le roi Edouard.
Cependant le monarque anglais, hésitant encore sur le parti qu'il devait prendre, venait de donner à Louis quelque espérance fondée de réconciliation. Son mariage avec la prin-» îi cesse Bonne de Savoie devait être le gage de la paix; toutes les conventions étaient réglées> lorsque soudain Edouard, aussi facile à sé-> duire qu'à irriter devint passionnément amoureux d'une de ses sujettes, Elisabeth Rivers^ veuve de Jean Gray. Il sacrifia toute considé^ ration politique à cet amour, épousa sa maîtresse et partagea son trône avec elle.
Cette union inégale blessait l'orgueil du peuple anglais; mais le comte de Charolais, qui voyait avec satisfaction cette nouvelle cause de querelle entre ce monarque et le roi de France, envoya à Londres un ambassadeur, accompa* gné de trois cents gentilhommes, pour féliciter Edouard sur cet hymen. Un hommage si écla-*
tant releva la nouvelle reine dans Fesprit du peuple mobile.
* Malgré ce contre-temps, Louis XI persis-: Ligne ai tait dans ses projets de vengeance contre le duc bucr' de Bretagne. Celui-ci profitait habilement, pour faire tête à l'orage , des haines que le roi avait partout suscitées contre lui.
Le duc de Bourbon , beau- frère de Louis, était irrité par le refus qu'on lui avait fait de l'épée de connétable ; il entra l'un des premiers dans la ligue que le duc de Bretagne cherchait à former contre le roi.
L^ duc de Berry lui-même ne tarda pas à s'y associer : son apanage était trop modique pour son ambition.
Le duc de Bourgogne voulait éviter de nouvelles querelles ; mais sa sagesse ne put résister aux instances de son ami le duc de Bourbon , qui l'entraîna dans son parti.
Le clergé voyait avec humeur que le roi consentait, en abolissant la Pragmatique, à sacrifier ses libertés au saint Siège.
Les peuples gémissaient sous le poids desim-
pots.Tous les ministres et favoris de Charles VII,
disgraciés, n'attendaient qu'une occasion pour
venger leurs injures. Les princes et les nobles,
persuadés , par tous les actes du roi , que son
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but était de les asservir^ lorsqu'ils auraient laissé tomber^ sans les secourir, les plus grands vassaux de la couronne y s'empressèrent de contracter une union défensive et offensive, à laquelle ils donnèrent le nom de ligue du Bien public.
La plupart de ceux qui entraient dans cette grande conspiration étaient jeunes, présomptueux et si imprudens^ que pour concerter leurs projets, au lieu de les couvrir d'un voile mystérieux,, ils se réunissaient fréquemment le soir dans l'église de Notre-Dame de Paris. On ne conçoit pas comment un prince aussi cauteleux que Louis XI , et dont beaucoup d'histo* riens vantent l'habileté, ait pu si long-temps fermer les yeux sur ces conciliabules, q[u'il aurait pu déjouer par la rapidité de ses opérations; mais, au lieu de tomber sur le duc de Bretagne, avant que ses amis fussent à portée de le défendre, il se laissa tromper par ce prince , qui lui promettait de se soumettre, et ne demandait que du temps, afin de s'assurer du consentement de ses États.
Le roi lui accorda un délai de trois mois. Ce fut encore son penchant pour la ruse qui lui fit commettre cette grave faute. U cherchait alon à corrompre la maîtresse du duc de Bretagne, et Lescun, son favori, parce qu'une fois assuré
d'eux, il aurait disposé de leur maître à sa volonté : mais ils aperçurent le piège, et tie s'y prirent pa^.
Trompé dans cet espoir, le roi , tardivement averti, commençait à se méfier des projets de son frère, et ce fut précisément cette méfiance qui favorisa les desseins de ses ennemis. > '
Louis , à la tête d'un corps de troupes asse2 considérable, s'était avancé en Poitou pour menacer de plus près les Bretons; et craignant que son frère ne pût se soustraire à sa surveillance, il le força de marcher à sa suite.
Lescun profita de ce voisinage ; il s'entendit liiaDiresu secrètement avec le duc de Berry et lui en-^^fifrl^.** voya des hommes sûrs, avec lesquels, au Afiilieu d'une partie de chasse , il se sauva et arriva en Bretagne, d'où il publia un manifeste contre la tyrannie dont il se prétendait victime. Ce jeune prince se regardait comme le chef des rebelles tandis qu'il n'était que leur instru* ment, et, pour ainsi dire, leur drapeau^ Dès qu'ils le virent à leur tête , ils proclamèrent ouvertement leur confédération, et tous, pour se reconnaître, convinrent de porter à leyir ceinture une aiguillette de soie écarlate*
Ce fut ainsi que Louis XI , au moment où il se croyait près de conquérir la Bretagne,, se >^it contraint de ne songer qu'à sa propre dé-
des princes
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fense. Chaque jour la coalition qu'il avait à combattre se grossissait.
AdbësioD Le duc de Calabre, les comtes de Dunois, fuî^uêde Dammartin, d'Armagnac, le duc de Nemours , le maréchal de Lohéac et le sire d'Albret s'y associèrent; de sorte qu'au sein d'un calme apparent, la guerre commença tout-àcoup^ avec la force d'un incendie qui menaçait tout le royaume.
Le roi de Sicile, les comtes du Maine, de Nevers, de Vendôme et d'Eu restèrent fidèles au roi : mais telle était la triste humeur de ce prince, qu'il regardait ses ennemis comme redoutables, et ses amis comme suspects.
Avant de combattre , il essaya ses armes or*dinaires, les promesses, l'argent, les négociations,
La ligue avait publié un manifeste contre les abus de son gouvernement; il y répondit par une justification de sa conduite. Son frère se plaignait, disait -il, injustement, puisque l'héritage de sa couronne lui était assuré s*il mourait sans enfans; la prospérité dont jouissait le royaume suffisait pour réfuter les reproches adressés à soii administration. « S'il » existe, ajoutait-il > quelques abus réels, on » doit m'adresser des remontrances respec- » tueuses au lieu de sui^e les conseils d'une
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» jeunesse imprudente > inexpérimentée , ou les » avis de quelques grands peracmnages qui^ » pendant une longue vie ^ n'ont cessé d'oppri- » mer leurs vassaux et de piller les peuples. »
La ville de Bordeaux promit d'être fidèle au roi ; mais elle le supplia d'accorder au duc de Berry un plus riche apanage.
L'Auvergne y le Dauphiné^ le Lyonnais et la Normandie se déclarèrent et s'armèrent contre les princes ligués. Enfin ^ ce qu'on n'aurait pas dû espérer, le roi d'Angleterre renouvela et prolongea impolitiquement sa trêve avec la France.
Louis écrivit au pape pour l'engager à faire cesser^ par son autorité, lès plaintes du clei^ français; mais Gruel^ son ambassadeur ^ em«ploya dans sa mission un langage hautain qui révolta Toi^eil du saint Siège.
Cependant le roi rassemblait quatorze mille hommes dans le Berry ; la discipline sévère ({u'il prescrivait rassura le peuple et le mit à l'abri du pilla^.
Les comtes d'Eu et de Nevers furent char- ^ de la défense des frontières de Picardie; celle de la Bretagne fut confiée au comte du ^ine , et Torcy ccmvrit la Champagne.
De part et d'autre les succès et les pertes firent d^ord balancés. Les rebelles s'emparèf^
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rent de Bourges; mais le roi ayant pris d'assaut Saint - Amand, Montrond et Montluçon, fit rentrer le Bourbonnais et le Berry dans le devoir ; Bourges même fut bloquée par ses troupes.
Peu de temps après, étant à Saint-Pourçain, il découvrit une conspiration tramée par les comtes de Nemours et d'Harcourt. Us devaient mettre le feu à un magasin à poudre, et profiter de l'explosion pour se saisir de la personne du roi , et peut-être même attenter à sa vie.
Bientôt Louis apprit que le comte d'Armagnac venait d'amener aux princes ligués un renfort de six mille hommes; et; montrant cette fois la même activité qu'il avait déployée.dans sa jeunesse , il marcha contre eux , à la tête de quatorze mille hommes, et les effraya tellement , qu'ils se retirèrent avec précipitation.
Il aurait pu et peut-être dû profiter de cet avantage pour écraser la ligue dès sa naissance ; mais, selon son habitude, il aima mieux négocier que combattre, et diviser que vainere.
Le succès d'abotd parut répondre à ses vœux : une trêve fut conclue ; mais chacun, en la signant, ne voulait que gagner du temps, pour mieux frapper son ennemi.
Tandis qu'on traitait, les ducs de Berry et de Bretagne remontèrent la Loire, avec une
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forte armée y dans le dessein de se réunir mu comte de Charolais, qui s'avançait sur la Somme^ suivi de vingt-six mille hommes. Paris devait être le point de leur jonction.
Louis, s'apercevant un peu tard qu^on Tavait joué, laissa quatre cents lances en Languedoc pour le couvrir, confia la défense du Dauphiné à Galéas, fils du duc de Milan, chargea quatre mille * hommes de protéger l'Auvergne, et marcha promptement avec ce qui lui restait de forces, pour empêcher, s'il en était temps , la jonction projetée par ses ennemis, et pour sauver sa capitale.
Le comte de Charolais, ayant vaincu à force conMi».
mstances la répugnance de son père pour la duc phî.
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guerre civile , commença ses opérations avec comt«H« la double ardeur d'un caractère fougueux et^**^**'"* d'une haine violente.
Lorsqu'il partit, le vieux duc lui dit : « Vous » l'avez voulu, mon fils, combattez; mais, » puisque votre épée est tirée, ne la remettez » qu'avec honneur, et préférez une mort glo- ^ rieuse à une honteuse fuite. Si vous éprouvez » quelques revers , je vous promets de mar- » cher à votre secours à la tête de cent mille ') hommes. »
Tous deux tentèrent inutilement de séduire, P^r de magnifiques promesses, les villes de
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la Somme ; elles restèrent fidèles au roi. Le comte attaqua et prit Roye^ ainsi que Montdidier.Ceprinœ^dèsses premières actions^ fit connaître sa témérité dans le combat^ sa dureté dans le commandement^ sa mauvaise foi après la capitulation.
Les Bour. Précédé par l'efïroi qu'il inspirait^ et trop im* ^dlvant* pétueux pour attendre l'arrivée de ses alliés^ il "''* parut promptement sous les murs de Paris> et leur livra sans succès deux assauts.
Trente*- deux mille hommes défendaient cette ville ; le maréchal de Rouhault les com^ mandait. Le peuple de la capitale aimait peu le roi ; mais il haïssait les grands. La réûstance fiit vigoureuse; et^ après de vains efforts^ les Bourguignons se virent contraints à se retirer sur Saint-Denis.
Peu de jours après ^ le comte vint camper à Longgumeau^ et son avant-^garde^ commandée par le comte de Saint-Pol , occupa Montlhéry. Les relations de cette campagne , écrites par plusieurs auteurs contemporains^ sont peu d'ao^ cord entre elles. Mais celle de Comines parait préférable à toute autre ; car il avait vu ce qu'il racontait /et servait alors sous la bannière du comte; de plus^ étante dans la suite^ entré dans l'intimité du roi , nul ne pouvait mieux que lui connaître avec exactitude la vérité.
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Cet historien prétend qu'au moment où les Bourguignons se montrèrent devant Paris^ ils repoussèrent] usqu'aux portes les troupes qui en étaient sorties^ et répandirent chez les Parisiens une telle épouvante^ que chacun criait: « Les » ennemis sont entrés dans la ville !.«. »
Le sire de Hautbourdin^ l'un des officiers les plus distingués de Charles , dit depuis , que si ce prince eût^ dans ce premier moment^ atrtaqué la ville avec vigueur, il s'en serait emparé ; tous ses hommes d'armes le demandaient à grands cris, et l'on ne comprend pas comment le comte de.Charolais^qui mérita tant de fois dans la suite le surnom de téméraire> put manquer une si glorieuse victoire, s'éloigner comme s'il avait été battu, et se retirer à Saint-Denis.
Arrivé dans cette ville, il convoqua un con- Reiraiie seil pour décider s'il y attendrait les ducs de ^êot^ Bretagne et de Berry, ou s'il marcherait au- *"*• devant d'eux.
Les uns disaient que le comte , ayant passé la Somme et la Marne, avait exécuté ce qu'il avait promis ; que n'ayant pas trouvé ses alliés au rendez-vous indiqué, il pouvait se retirer sans honte ; d'autres, et ceux-ci l'emportèrent, furent d'avis de franchir la Seine.
Le vice-K^hancelier de Bretagne arriva sur ces entrefaites. « Il avait, dit Comines, des
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1) blancs-seings de son maître^ et s'en aidait à D faire nouvelles et écrits , comme le cas le re-* j* quérait. Il était Normand, très-habile homme^ M et besoin lui en fut pour se tirer des mur- » mures des gens qui s'élevèrent contre lui. »
Ce ministre annonçait à chaque instant l'arrivée de son maître et forgeait des nouvelles de succès, pour calmer l'impatience des Bourrguignons.
Lorsque ceux-ci se furent établis à Longjumeau et à Montlhéry, on apprit soudainement, par la lettre d'une dame de grande importance , que le roi , parti du Bourbonnais , s'avançait à grandes journées , démarche hardie, car alors il voyait la plus grande partie des seigneurs de France révoltés contre lui. Son pian était hardiment conçu. S'il attendait la réunion de toutes les forces ennemies , il était infailliblement perdu, tandis qu'il lui était possible de les attaquer séparément et avec succès. Le duc de Bourgogne était le plus redoutable, et s'il parvenait à le vaincre, les autres seraient facilement dispersés.
Marche La marchc de Louis fut prompte comme sa xnëes. pensée. En moins de dix jours il parcourut les soixante lieues qui séparent Montluçon de Montlhéry, et prit en chemin plusieurs places. Il était temps qu'il arrivât. Déjà les ducs de
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Nemours, d'Armagnac et d'Albret venaient d'amener des renforts aux Bourguignons ; et le comte du Maine , envoyé par le roi pour retarder la marche des ducs de Berry et de Bre* tagne, lui écrivit que, malgré ses efforts, ces ducs, secondés par Dunois, par Lohéac, Dammartin , Beuil et une foule d'autres mécontens, le forçaient de céder à la supériorité du nombre. Lui-même, quittant sa troupe, se rendit en diligence près de Louis.
Les forces royales se composaient, pour le moment, de ^,200 hommes d'armes, de l'arrière-ban du Dauphiné et des milices de quarante ou cinquante seigneurs.
Le roi rassembla un conseil ; il y appela le comte du Maine et le grand-sénéchal Brézé. Là, on entendit avec surprise le monarque, si ardent jusqu'alors , ouvrir un avis timide : son opinion était d'éviter le combat et de s'enfermer dans Paris.
On s'aperçut bientôt que sa méfiance accoutumée l'entraînait à ce parti peu honorable. Il se défiait du comte du Maine , et comptait peu sur la fidélité du sénéchal. Tous deux furent d'avis de livrer bataille. On se sépara sans avoir rien décidé; mais en sortant du conseil, le sénéchal dit à un de ses amis :c< Je mettrai aujour- >) d'hui Louis et Charolais si près l'un de l'au-^
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» tre que bien habile sera celui qui les pourra » démêler. »
Brézé voulait peut-être se défaire de tous deux. Au reste y s'il était perfide^ il en fut puni^ car il périt un des premiers dans le combat. Louis XI; dans la suite , raconta lui-^même cette anecdote à Gomines.
Bataille Lc 2^ juillct i465, Tavant-gardc royale, meihéry" née par Brézé,- s'approcha des murs de Mont- Ihéry. Saint-Pol en fit prévenir le comte de Gharolais, qui s'était posté à deux lieues en arrière , sur un terrain qu'il avait choisi pour combattre.
Les hommes d'armes et les archers de Saint- Pol étaient à pied; les chariots servaient de retranchement à sa troupe. Saint-^Poli rappelé par le comte de Charolais^ lui écrivit que sa retraite serait regardée comme une fuite, et découragerait l'armée. Le prince alors lui en*voya un renfort nombreux commandé par le bâtard de Bourgogne > et se décida lui'-mâanie enfin à le suivre.
Déjà les Français, et les Bourguignons se trouvaient à portée du trait; un fossé seul les séparait. Le vice-chancelier de Breti^e et un traître nommé Madray, qui avait livré le pont de Saint- Maxence aux Bourguignons, voyant que la bataille allait s'engager
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sans les troupes des ducs de Berry et de Breta^ gne^ s'épouvantèrent et prirent la fuite.
Lorsque le comte de Gharolais arriva^ il trouva le comte de Saint-Pol à pied^ les archers remplis d'ardeur^ et réchauflant leur courage en défonçant plusieurs tonneaux de vin.
• Presque toute la gendarmerie monta à cheval par les ordres du prince^ excepté quelques vaillans preux ^ tels que d'Esquerdes et Philippe de Lalaing qui voulaient^ suivant les préjugés du temps^ mériter la palme de la bravoure en combattant à pied. Ceux-ci se mêlèrent aux archers, et comme leur exemple excitait un grand nombre d'hommes d'armes à les imiter^ cette incertitude leur fit perdre du temps. L'armée royade en profita pour s'avancer, et pont remporter, dans le premier choc, quelque avantage. Plusieurs Bourguignons périrent dans cette première mêlée , entre autres Philippe de Lalaing.
C'était le corps commandé par le roi qui faisait cette première attaque. Au commence^ ment il n'était que de quatre cents hommes d'armes , et ne se fortifiait que lentement par l'arrivée du reste des troupe, qu'un défilé forçait à ne marcher qu'en longue colonne.
Le sire de Contay, qui s'en aperçut, vint dire au comte de Charolais que le moment
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était favorable s'il voulait décider la victoire ; qu'il fallait charger brusquement les ennemis avant qu'ils pussent être plus nombreux et se déployer. Mais des avis opposés faisaient hésiter le comte , et ce flottement refroidissait le courage des siens ^ quoiqu'ils fussent beaucoup plus nombreux que leurs ennemis.
Cependant, s'étant retranchés dans deux ou trois maisons y ils dirigèrent de là un feu assez vif contre les troupes royales, qui commencèrent à s'ébranler : une partie même de leurs hommes d'armes remontèrent à cheval, et prirent la fuite; mais en fuyant, les royalistes poussaient de grands cris ; ces cris répandirent l'effroi dans les rangs de l'armée bourguignonne, de sorte que des deux côtés il y eut terreur oLdéroute.
Les ardhers bourguignons, traversant des champs de blé et de fèves, marchèrent sans ordre ; les l^rançais ralliés , qui les poursuivaient, les serraient de si près, en franchissant les fossés et les haies, qu'ils ne leur laissaient pas le temps de lancer leurs flèches.
Gomines dit à ce sujet que les troupes bourguignonnes s'étaient tellement amollies par l'oisiveté d'une longue paix , que sur douze cents honunes d'armes on n'en voyait pas quatre cents qui port^^ent la cuirasse; presque au-r
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cun d'eux ne savait coucher sa lance en arrêt; les hommes de leur suite étaient mal armés.
Le bon duc Philippe , uniquement occupé à soulager le peuple^ à réformer les abus^ à créer pour les pauvres des institutions charitables, avait négligé le soin d'exercer ses gens d'armes et de les tenir au complet ; de sorte que cette nombreuse armée ^ réunie par ses oixlres, et dont la force semblait présager la victoire , trompa son espérance^ et fit évanouir tous ses rêves de triomphe.
Tandis que Saint-Pol combattait ainsi sans vigueur, le comte .de Charolais s'était porté sur sa droite, loin de lui, et en arrière du château de Montlhéry; l'aile gauche de son armée ^ commandée par le seigneur de Ravenstein , fut entraînée par la défaite de Saint-Pol. Tous deux complètement battus , et ne se fiant plus même à l'abri que leur offrait l'enceinte de leurs chariots , continuèrent leur* fuite pendant unedemi-lieue,etne s'arrêtèrent qu'à l'entrée d'une forêt, où ils se rallièrent à quelques troupes d'infanterie qui les vinrent rassurer.
Ainsi le corps à la tête duquel le roi marchait Crut qu'il avait remporté la victoire et terminé la journée , puisqu'il avait mis en déroute Saint-Pol , ainsi que le centre et l'aile gauche des ennemis.
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Néanmoins rien n'était décidé , et la fortune suspendait encore son arrêt; car le comté de Charolais^ qui ne se doutait nullement de la défaite de son aile gauche , chargeait dans ce moment avec intrépidité les troupes royales qui lui étaient opposées , triomphait de leur résistance, les enfonçait, les dispersait et les poursuivait avec la plus grande rapidité.
Son ardeur l'avait déjà emporté fort loin, lorsqu'un gentilhomme de Luxembourg, Antoine Le Breton, vint l'avertir que derrière lui on voyait paraître un grand nombre de royalistes ralliés, qui voulaient couper sa retraite, et qui le jetteraient daps le plus grand péril, s'il ne se sauvait promptement.
Le comte, insensible à ces paroles, conti-* nuait sa poursuite imprudente , lorsque le sirs de Contay, accourant près de lui , lui représenta avec tant de force le danger de sa poa^ tion, qu'il tourna bride sur-le-champ, et fit bien , dit Gomines ; (c car s'il eût couru trois » portées d'arc de plus, il eût été infaillible^ » ment pris , comme le furent ceux qui gale* » paient devant lui. »
Il rencontra même un gros bataillon qui voulut l'arrêter. Mais quoiqu'il n'eût pas alors plus de cent chevaux avec lui, il traversa cette infanterie. Cependant un soldat, ayant
fait Yolte-face, lui porta dans l'estomac un coup de pique qui le couvrit de sang; le comte le renversa à ses pieds , et , lorsqu'il s'avançait rapidement près du château de Montlhéry, il vit, à sa grande surprise, la garde du roi sur les remparts. Se détournant alors avec précipitation, il se vit assailli par seize hommes d'armes qui s'élancèrent sur lui , l'entourèrent et tuèrent son écuyer tranchant.
Le comte se défendit avec opiniâtreté, et reçut y dans cette mâée, un coup' d'épée à la gorge ,dont la cicatrice lui demeura toute la vie.
Charles, malgré sa vaillance, affaibli par ses blessures, était prêt à succomber sous le nombre des coups qu'on lui portait; déjà même l'un des assaillans l'avait saisi par sa ceinture, ^^ en lui criant : ce Monseigneur, rendez-vous; je » vous connais bien; ne vous iaites pas tuer; » lorsque le fils d'un médecin , nommé Jean Cadet , qui suivait sa bannière , s'élança avec son lourd et gros coursier au milieu de ce groupe, écrasa ceux qui le serraient de plus près , et parvint à le dégager.
Au même moment, le prince, ayant aperçu l'enseigiiç du bâtard de Bourgogne et quelques soldats cachés dans les fossés, se jeta au miUeu d'eux.
Peu d'instans après, Comines l'ayant re-
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joint avec trente hommes d'armes , lui donna un cheval frais, et rallia encore autour de lui quelques faibles bandes de fuyards , harassés et blessés, qui n'auraient pas tardé à se rendre, si l'ennemi eût poussé plus hardiment ses avantages. Mais il ralentit sa poursuite, et le comte fut encore rejoint par quarante hommes d'armes, que commandait Saint-Pol, et qui arrivaient à son secours avec une lenteur assez suspecte.
Enfin le prince parvint à rallier une faible infanterie et huit cents hommes d'armes, qui se postèrent derrière un grand fossé, et à l'abri d'une haie assez haute. Jamais on ne vit, de part et d'autre , deux armées saisies d'une pareille terreur, et s'abandonner à une fuite si honteuse.
Du côté du roi, le comte du Maine et huit à neuf cents hommes d'armes avaient été mis en pleine déroute sans presque livrer aucun combat. Un des grands personnages de la cour du roi s'enfuit jusqu'à Lusignan, en Poitou, ht l'un des officiers du comte de Gharolais jusqu'au Quesnoy. « Ces deux-là , comme le dit » naïvement Gomines, n'avaient gaide de se » mordre l'un l'autre. »
Enfin, les deux armées ayant repris position et s'étant rapprochées, se tirèrent encore plu-
sieurs coups de canon et se tuèrent beaucoup de monde, sans qu'il en résultât aucun avantage décisif.
L'armée royale nïontrait un grand décou- Decouraragement; la présence du roi la retenait à peine /e«Teux sous ses drapeaux, et, si Von en croit le sei- ''^"'^*' gneur de Hautbourdin> les Bourguignons l'auraient entièrement détruite, s'ils avaient trouvé seulement cent archers enétat de tirer sur elle. La nuit sépara les bombattans.
On croyait que le roi, pour s'assurer l'hon-^ neur de la journée, côucberait sur le champ de bataille, mais il se retira à Corbeil.
Saint-Pol et Hautbourdin' firent amener les chariots, derrière - lesquels ils Retranchèrent leurs troupes. *
Quelques corps de l'alrmée royale, qui croyaient kfe ennemis totalement dispersés, retinrent ^atié défiatice sur leurs |)as , et tombèrent au milieu des postes bourgaignons, qui fen niassacrèrent un grand nombre.^ î '
De part et d'autre on perdit à peu près deux mille hommes, et Pon fît un nombre égal de prisonniers. v- *
On devait s'attendre à ivoir les deux princes emiétois marquer leur gratitude aux braves qttî s'étaient montrés fermes dans le péril , et flétrir, par un juste châtiment, les lâches qui ^
r46 LOUIS XI.
avaient abandonné leurs enseignes. « Mais^ dit » ComineSy ils jugèrent comme hommes, et non » point comme anges. Tel perdit ses offices et » états poor avoir pris la fuite , lesquels furent » donnés à d'autres qui avaient fui dix lieues » plus loin. Un des officiers de notre côté per- » dit sa charge et fut même exclu de la pré- » sence de son maître ; mais un mois après^. il » était plus en faveur que devant. »
Les Bourguignons étaient si abattus et si découragés^ que d'abord ils s'attendaient à voir les Parisiens sortir de leurs murs^ fondre sur eux , et consommer leur ruine. Le soir même, ie comte donna Tordre à cinquante hommes d'armes de faire une reconnaissance^ pour s*mformer de ce qui se passait dans le quartier du roi. Vingt seuls obéirent, «t cependant trois jets d'arc les séparaient à peine du camp eiH nemi ; ces coureurs revinrent , et dirent cpié le roi était parti.
Alors le prince bourguignon respira^ reprit quelque espérance y et permit que l'on s'occupât du pansement de ses blessures.
Tout était dans un tel désordre , que , pour l'asseoir, on fut obligé d'éloigner qiAtre ou cinq corps morts de la place où il se trouvait. On lui apporta aussi quelques alimens. Mais à peine avait-il commencé son triste repas^
LOUIS XI. i47
qu'un de ces prétendus morts ^ qu'on avait écarté^ et déjà dépouillé^ se leva sur son séant, et demanda d*une voix forte : A boire ! On le satisfit ; il reprit ses forces , fut pansé et guérit.
Dans la nuit, on tint un grand conseil. Le comte de Saint-Pol dit que le péril devenait imminent, qu'il fallait partir au point du jour, brûler les équipages , et reprendre le chemin de Bourgogne. Ce serait ,^ ajoutait- il, une grande folie que de s'obstiner à rester ainsi à découvert sans vivres, et placés entre la garnison de Paris et l'armée du poi.
Plusieurs généraux étaient de cet avis. Le
seigneur de Hautbourdin lui-même l'appuyait,
lorsque le sire de Contày s'éçi^a : « Le parti
» qu'on vous proppse est de tous le plus
» honteux et le plus funeste. Dès que te bruit
» s'en répandra, l'épouvante sai^ra l'armée.
» Elle se débandera, et , poursuivie dans cette
» déroute, elle sera taillée en pièces, prise ou
» détruite. Plus nôtre danger esit ^prand , plus
» il faut cacher avec soin noire détresse. Le
M seul moyen d'imposer à l'ennemi et d'empè^
» cher qu'il ne marche sur nous , c'est de l'at-
» taquer nous-mêmes brusquement; en un mot,
» cette résolution de vaincre ou de mourir
» est à la fois la plus honorable et la plus sûre ;
l48 LOUIS XI.
» la retraite ne serait qu'une fuite lâche et » désastreuse. » *
Le comte de Charolais adopta l'avis de Gontay ; en conséquence chacun reçut l'ordre de se reposer et de se tenir prêt à marcher, au premier son de la trompette.
Peu de temps après , quelques coureurs apprirent que l'armée ennemie avait décampé : cette nouvelle remplit de joie les Bourguignons. i( Parmi eux , dit Comines , il y avait assez de » gens criant qu'il fallait poursuivre l'ennemi » à outrance, lesquels gens faisaient bien mai- » gre chère une heure avant. »
Dès que. le soleil fut levé, et qu'on eut pris les ajrmes, le comte de Charolais se fit amener vm cordelier, qui assurait avoir, vu, non loin de là, l'armée du duc de Bretagne; le bruit s'en répandit rapidement, et alors de. toutes parts les fuyards s'empressèrent de rejoindre leurs drapeaux.
;. On vit aussi revenir le vice-chancelier Breton et Madray accoi^pagnés de deux archers du duc de Bretagne ; l'espérance que leur arrivée ranima fit oublier leur honteuse désertion de la veille. ï
L'orgueil du comte de Qiarolais reparut en même temps que ses craintes s'évanouisc^iMt^ et il commença dès ce moment à parler de
LOUIS XI. i49
cette journée comme d'une victoire incontestable.
Le lendemain , les ducs de Berry et de Br©- Jonction tagne réunirent leurs forces à celles ^u coitite n»^«* J^s ^ de Charolais. Dunoi8,Dammartin, d'Amhoise, et d'autres mécontens, renforcèrent encore cette armée, qui, devenue formidable, s'élevait à près de six mille hommes d'armes.
Les princes sommèrent le château de Mont- Ihépy de se rendre ; mais il leur forma ses portes, et ils ne jugèrent point à propos de perdre à ce siège un temps qu'on pouvait mieux employer.
Le roi se trouvait alors à Corbeil; lorsqu'il apprit cette jonction, que «es efforts n'avaient pu prévenir, il jeta une paitie de ses troupes dans Paris, et se rendit promptement. en Normandie pour y rassembler de nouvelles forces.
Son absence fit courir le bruit de sa mort, et ce bruit excita dans l'armée de la ligue une joie universelle. Déjà le duc de Berry croyait monter $ur le trône , dont les princes et lels seigneurs ses alliés se disputaient d'avance les débris. Cette illusion dura peu.
Les princes s'étant réunis en conseil dans la consdi vifte d'Etampes, résolurent de s'approcher de^ pnnccs. Paris, afin de détentiiner cette ville à entrer qans la ligue. On se croyait certain que, si elle
î5o LOUIS XI.
prenait ce parti, les autres cités du royaume rimiteraient , tant était déjà grande l'influence de la capitale sur le royaume.
Dans ce conseil des alliés^ le duc de Berry, jeune, sensible, et doué d'une grande bonté naturelle , se montra vivement affecté des calamités que la guerre civile entraînait, et des flots de sang français qu'elle faisait répandre.
Cette douceur candide déplut au fier comte de Charolais , qui dit en sortant à ses amis : « Entendez vous les paroles de cet homme V » Il se trouve ébahi pour sept à huit cents » blessés qui ont attristé ses regards, quoi- » qu'ils ne lui soient ni proches, ni connus. » Jugez comme il s'ébahirait , si le cas le » touchait de plus près. Il serait capable de » capituler bien légèrement avec le roi, et de » nous laisser en la fange. Il ne faut paa ou- » blier les anciennes haines et guerres qui ont » eu lieu par le passé, entre le roi Charles » son père, et mon père le duc dé Boui^;ogne. » Croyez que ces gens -là se tourçieraient » bientôt contre pous. C'est pourquoi ^ il est » nécessaire de se pourvoir d'autres amis. »
Frappé de cette idée , le comte envoya, un prélat au roi Edouard, pour lui demandei'^la main de la princesse Marguerite sa sœur> et l'inviter à former avec lui une alliance étroite?
LOUIS XI. i5i
Sur ces entrefaites^ le duc de Gahibre amena si«ge de iux alliés un renfort asseï considérable ; ainsi fortifiés, ils jetèrent un pont st^r la Seine , dias- ^rent les troupes royales qui défendaient ce leuve, et établirent leur camp autour de Paris, Leur armée s'accroissait chaque jour, et rélevait alors à plus de cent mille hommes.
Ce fiit au moment de l'arrivée ^u duc de CaJabre , que le comte de Charolais vit pour la première fois , et pour son malheur, un intrij^nt italien, le comte Campo-Basso, qui, depuis comblé de ses faveurs et gouverneur dé Boui^ogne, devint en partie la cause des dé-
$tres qui ternirent son règne et terminèrent tes jours.
Le roi,' en se rendant en Normandie, s'étaitirrêté un jour à Paris. Là, ce prince habile, ]ui jugeiût l'extrême péril dont le menaçait la *éunion des airmées de Bourgogne et de Bre^ agne, déploya toutes les ressources de son es- )rit pour accroître l'affection et raffermir la idélité dés habitans de la capitale.
Sa bonhomie feinte les charma. Il dîna fanilièrement avec les principaux bourgeois, eur raconta ses faits d'armes, les divers dan->^ j;ers qu'il avait courus dans la bataille, enfla antages, amusa ses auditeurs par des ndllei s picpiantes sur les Bourguignons, et
l52 I.OU1S XI*.
gagna ainsi complètement leur confiance.
Dans cet instant ^ #t fort mal à propos pour lui, Guillaume Chartier, évèque de Paris, vint lui adresser de graves remontrances, dans le but de l'engager à réformer les abus dont on se plaignait , et à s'entourer de conseillers plus sages et plus habiles.
Le grand intérêt du roi était alors de se montrer populaii^e. Aussi , loin de laisser éclater, une colère intempestive, Louis parut écouter'avec une bienveillante douceur les reproches du prélat. Il fit plus : ayant appelé à son' conseil six notables bourgeois et douz^ nïembres du Parlement et de l'Université, il supprima les droits et les impôts les plus onéreux, et demanda seulement, en faveur des grands privilèges qu'il accordait à l'Université, que les écoliers prissent les armes, coihme les 'autres citoyens*, '
Fichet, recteur de ce grand corps, refusa d'y consentir, et tie mit aucune modération dans son langage. Louis sembla ne pas -s'en apercevoir; niais lorsque les dangers furent passes, prouvant qu'il avait bonne mémoire, il bannit du royaume le pauvre recteur.
Avant de quitter la capitale, ce prince trouva le moyen de menacer ses ennemis d'une diversion, en formant une alliance avec les Liégeois,
LOUIS XI. i53
peuple turbulent , opiniâtre adversaire des Bourguignons.
On croit que dans ce même temps , Dunois , Principe aussi bon Jbrançais que brave guerrier, lui ren- «ion entre dit un grand service, en s'efForçant de persua-^*E"* der au duc de Berry qu'il devait ne plus faire causé commune avec le duc de Bourgogne; car, disait-il , « il vise au renversement du » trône, et nous, nous ne voulons que l'affai- » blissement d'un pouvoir qui attente à nos * libertés. »
Ce commencement de désunion entre les chefs de la ligue fut plus utile au roi que ses armes. *
Le comte de Charolai», aigri de plils en plus contre le duc de Berry, ne le comprit point dans un traité nouveau qu'il conclut avec le duc de Bretagne. Cependant ces semences de division ne portèrent leur fruit qu'un peu plus tard, et les princes ligués continuèrent d'agir de concert.
Ils envoyèrent des hérauts, avec de^ lettres Depuu-
•' ^ tion des
pour l'évêque, le clergé, le Parlement, l'Uni- pnnce* au
, Parie-
vérsité et les officiers municipaux de Paris. Par mem ei ces lettres, les alliés déclaraient que , ne s'étant de Parii, armés que pour la cau^e du bien public, ils demandaient qu'on chargeât des députés de se rendre près d'eux, pour discuter les grands in-
l54 LOUiS Xi.
térêts de l'État > et les moyens d'épai^ner à la France tous les maux qu'entraîne la guerre.
Leurs vœux furent satisfaits^ et toutes ces autorités nommèrent une députation que Févêque présidait.
Lorsqu'elle parut dans le camp , Dunois prit la parole, au nom des princes : (c Le roi, dit-jl, » attaque toutes nos libertés, il a résolu de » détruire leurs appuis, en anéantissant les » plus grands seigneurs du royaume , les ducs » d'Orléans , de Bourgogne , de Bretagne et d» » Bourbon. Eux abattus, sa tyrannie i^'aunSt » plus de barrière ; on sait déjà qu'il ne vent » plus assembler les Etats-Généraux. Si TOOâ » prétendez conserver encore, à la noUeise » son existence, au clei^é son indépendance, » à la bourgeoisie ses privilèges , au peuple sa » liberté , si vous voulez enfin soutenir digne- » ment la cause du bien public, ouvrez la cs|m* » taie aux princes ici rassemblés. C'est au. sein }) de votre ville qu'ils veulent , éclairés pttr'vos » conseils, réformer le gouvernement, et oon- » traindre le roi à respecter vos droits et les n^ » très. L'intérêt général l'exige ainsi ; nous fMiJ- » ferons la paix à la guerre ; mais le temps ert >» précieux : nous vous donnons deux, joun » pour accepter nos propositions ; mais en eu » de refus , nous serons forcés de prendre V$r
LOUIS XI. i55
» ris d'assaut , et de n'y faire aucun quartier. »
Lorsque la députation retourna dans la ville et rendit compte de cette conférence, la frayeur se répandit dans le peuple. La multitude menaçait de se soulever si Ton n'ouvrait pas les portes aux alliés.
Mais les maréchaux et les guerriers qui composaient la garnison y repoussant une terreur par une autre terreur, déclarèrent qu'ils massacreraient tous les habitans qui proposeraient de recevoir les princes.
Ainsi les députés, à leur grand regret, se virent contraints de reporter au camp un refus positif, alléguant, pour excuse, que dans une telle affaire on ne pouvait rien résoudre sans l'ordre du roi , qui était absent.
Cette résolution étonn9. les alliés. Us hésitèrent, discutèrent, et ne donnèrent point l'assaut.
Cette incertitude enhardit leurs ennemis; cent lances sortirent de Paris, et s'emparèrent d'une soixantaine de chevaux bourguignons. Cependant le peuple de la capitale était consterné, craignant à la fois les périls de l'assaut et la disette.
Deux jours après, tout changea de face ; le secour» roi (eparut à la tête de douze mille hommes. paTuï^i Il fit renaître dans Paris l'abondance et le cou- "".'!!*'''
i56 LOUIS XI.
rage. Là multitude, qui naguère était prête à Pabandonner, Faccueillit avec enthousiasme.
Louis ne pouvait être dupe de ce faux zèle et de ces transports mensongers. Il punit sévèrement leA députés qui avaient marqué le plus de faiblesse, traita l'évêque avec inépris, et fit fouetter quelques séditieux qui avaient. jeté des cris d'alarmé , et cherché à soulever les habitans.
Le roi ne dissimula point la^ crainte que lui avaient inspirée ces pourparlers et ces conférences; il dit même dans la suite à Comines, que si les princes étaient entrés dans Paris, il ne lui serait resté d'autre ressource que de se retirer en Suisse ou à Milan.
Après avoir effrayé le peuple, ce monarque, qui connaissait son esprit léger, l'amusa par des cérémonies, fit reparaître l'orifiamiide qu'on disait perdue, l'alla prendre avec la. pompe accoutumée, et se montra d'auts^nt plus décidé à combattre , qu'il employait plus d'activité à diviser ses ennemis et à les séduire séparément, pour obtenir la paix de tous.
Le roi de Sicile le seconda, et parvint à rompre les liens du duc de Calabre avec le comte de Charolais.
lîientôt chacun des alliés, craignant d'être prévenu, s'occupa de ses intérêts particuliers.
LOjUlS XI. \S^
Les hostilités se ralentirent, il n'y eut plus de vivacité que datis les intrigues.
La guerre se réduisait à quelques escarmouches ; dépendant un jour, l'armée de la ligue > trompée par un faux avis, se réunit et marcha précipitamment sur un point où elle deyait, disait^n, rencontrer un grand nonibre de lances royales disposées, à les attaquer. Mais leur désappointement fut étrange, lorsqu'en arrivant à Fendroit désigné et à la chute d'un brouillard , ces; preux s'aperçurent que les prétendues lances dont on les menaçait n'étaient que de grands chardons, dont \xi\ champ inr culte -se trouva,it hérissé,.
Peu ,.de temps après, on convint de part et d's^utre d'ouvrir des négociations , pt à cet effet on conclut une trèv-e qui ,. de^ deux côtés , int assez mal observée.
Louis était parvenu à excite;r parmi les con- ?^«6~^'*'
* * lions avc<
fédérés line m^fianc^ nuituejje;. lorsque des'«» p*^'" commiss£^ires , nommés pour traiter, se réunirent en conférence à Charenton, le roi vint luir^4nême trouver les prj[ncjBs> et apercevant le comte de Charolais au bord de Ja rivière, il lui cria : (c Mon frère, me promettez-vous sûreté? » — ^Oui, comme frère, >) répondit le comte. Alors, le roi ayant traversé le fleuve, dit au prince bourguignon : « Je vous reconnais pour
ces.
i58 LOUIS XI.
» un vrai gentilhomme de la maison de Fran« » ce. Car, lorsque ce fou de Morvilliérs vdus » adre$sa^ eti mon nom, d'assez dures paroles , » vous chargeâtes l'archevêque de Narbdnne » de me dire que je m'en repentirais avant qu'il » fût un an; or, vous avez loyalement et. trop » promptement tenu Votre promesse, et c'est >) précîsénxent: avec tels gens qui tiennent ce » qu'ils promettent, que je veux atoir à bcso- » gner. »
Les priÈice» ensuite parièrent dies moyens de conclure la paix, et, malgré le beau nom de ligue du Bien public, dont se parait la confédération des alliés, chacune de leurs propositioifs n'avait pour but que des intérêts privée et des vues d'ambition personnelle.
Ce n'était point la liberté du peuplé qu'on voulait relever, mais bien le système iëûdal avec tous ses abus«
Le frère du roi ne consentait à déposer «es armes , que si on lui donnait la Normandie et la Guienne pour apaûage. Louis s'y refiisaity et ne lui offrait que la Champagne , avec le Yermandois et la Brie; il en. exceptait même Meaux , Melun et Montereau.
Le comte de Charolaîs exigeait impérieuse* ment qu'on lui rendit les villes de la Somiue^ déjà rachetées, et dédaignait le comté de Bou-
LOUIS XI. i5y
l<^e^ ainsi que Péronoe , Roye et M ontdidier, dont la cession lui était proposée.
L'énumération serait trop longue, s'il fallait faire la liste des terres, seigneuries, dignités et pensi(ms au prix desquelles les autres ligueurs mettaient leur fidélité. Tous, comme le dit un de nos historiens, jouaient au roi dépouillé, ils regardaient la France et le trésor public comme une curée.
S'ils accusaient le roi de les tromper, ce prince «tait en droit de leur adresser les mêmes reproches : ils ne songeaient qu'à l'accroisc* sèment, lui, de son autorité, eux, de leurs richesses et de leurs privilèges.
La complication de tant d'intérêts opposés aurait pu rendre leur discussion interminable^ des circonstances imprévues eh hâtèrent la fin.
L'évéque de Bayeux trahit le roi, et livra la ville de Rouen au duc de Bourbon. Aussitôt les Normands se montrèrent disposés à quitter le camp royal. En même temps, les Parisiens, auxquels Louis demandait un nouveau serment, murmurèrent, s'agitèrent et donnèrent au monarque de justes motifs d'inquiétude. D'un autre côté , l'armée de la ligue comipcmçait à manquer iie vivres. De sorte qu'une nécessité commune contraignit les deux partis à transiger et à conclure.
l6o LOUIS XI.
Le roi et le comte de Chaçolàis conférèrent ensemble, à peu de di^fance de la ville et du camp ; leurs gens furent renvpyés ; iis re^tjèrent 3euls, et, dî^ns la chaleur dç Fentretien, ils se promenèrent tous deux, et prolongèrent tellement ]eurmarche,"que tout d'un copp.le comte s'aperçut que le roi l'avait insensiblement attiré jusque dans la première enceinte des retranchemens de la capitale. .
Il était déjà trop tard pour reculer. Charles, en cet instant,^ se. rappela le triste sprt dç son aïeul au pont de Montereau ; mais il dissimula sa frayeur, et, à un péril sans remède, opposa une contenance ferme et trapquille. ;
Ses soupçons étaient mal fondée; cajr, après quelques paroles échangées, ayant pris congé dû roi , ce prinée lui rendit son sa^.u|;, a^ec un sourire assez significatif, et le laissa^partir. libi*ement.
' Cependant les Bourguignons, inquiets de son éloignement, étaient déjà montés. à cheval pour courir après lui, et prévenir, s'ils le pouvaient, les suites de sa témérité.
Aussitôt qu'il leur fut rendu , leurs chejls lui adressèrent de vifs reproches. r<Nc me taâcez » pas si vivement^ leur dit-il; ma folie a été » grande, et j'étais déjà presque sur le boule- » vard, lorsque je m'en suis aperçu. »
LOUIS XI. I^f
De jour en jour les conférences redoublé* Tnit^ de rent d'activité. Le roi était d'autant plus pressé, d'en finir, qu'il était plus décidé Â ne rien te« nir de tout ce qu'il promettait. Ainsi, levant toutes les difficultés, il signa la paix à Con*flans, et accepta toutes les conditions que la ligue voulut lui dicter.
Le duc de Berry obtint la Normandie, comme lapanage. Le duc de Calabre^ Mouzon, "^ Sainte-Menehould , Neufchâtel, l'entretien de quinze cents lances pour six mois , et cent mille écus comptant. Le roi renonça à l'alliance qu'il avait contractée avec la Castille et l'Âragon. Il céda au comte de Charolais les villes de la Somme , en se réservant la faculté de les retirer, moyennant le paiement de deux cent mille éçus; le comte obtint encore Péronne, Boulogne, Montdidier et Roye. Louis promit le rétablissement de la Pragmatique. Le duc de Bourbon reçut le don de plusieurs seigneu* ri^ en Auvergne, l'entretien de trois cents lances, et cent mille écus. On abandonna au duc de Bretagne, Montfort, Étampes, et le droit de régale dans ses domaines. Le roi gra* tifi« Dunois d'une compagnie de cent lances. La soumission des comtes d'Âlbret et d'Ârma^^ goac iut achetée par des seigneuries et dM* pensions. Dammartin recouvra ses biens con-'
r63 LOUIS XI.
iisqués; et le commandement d'une compagnie d'hommes d'armes.' Saint-Pol reçut l'épée de connétable, "moins parce qu'il était habile, vaillant, et issu d'une illustre maison, que pour l'enlever au duc de Bourgogne.
Louis ne se montra inflexible que pour Tâiineguy-Duchâtel, auquel il refusa la charge de grand-écuyer, et pour le sire de Beuil, 'qu'il ne voulut jamais nommer grand-amiral.
L'ambition et la cupidité étaient assouvies; après avoir réglé leurs intérêts, on parla enfin dû bien général , mais bu délibéra long-temps sur cet important objet sans rien conclure. Le peuple, toujours victime des querelles des grands, fut plus que jamais grevé d'impôts, et Bammartin dit justement, à cette occasion, « que cette ligue Au bien public aurait été n mieux nommée ligue du mal public. »
Refus du On fit deux actes de ce traité; l'un fut signé ment à.Conflans, avec le comte de €harolais, l'autre irerîfs" ^ Saiut-Maur, avec les autres princes liguée. traites. Lorsqu'ou les présenta au parlement^ cecorps, soit par une noble fermeté, soit pfut obéissance aux insinuations secrètes de Loiii^,* refusa de les enregistrer. Pour motiver et refus, il dit que le traité était extorqué par la' f&rœ, qu'il contenait; de notables aliénationis de domaines, et que, dans un article de cette
LOUIS XI. i65
convention 5 le roi reconnaissait , sur plusieurs points importans, l'autorité temporelle du pape.
Cependant tous les seigneurs ^ lorsque le chancelier demanda leur avis^ ayant opiné pour l'enregistrement et obtenu des ordses itératifs du roi , le parlement céda^ mais' en déclarant qu'il était contraint d'obéir, et se soumettait, sans que cette soumission pût porter préjudice à son opposition.
La cour des comptes montra la même résis- M«*nc«
, inspirëa
tance. Elle ne déplut pas à Louis, car on sut parie roi. depuis que ce prince avait protesté secrètement contre ce traité.
La paix fut publiée le 20 octobre 1 465. Quand tout fut terminé, le roi se rendit sans escorte au milieu de l'armée des princes, et la passa en revue. Le comte et lui s'embrassèrent, et se jurèrent une étemelle amitié; leurs bouches jm)^ nonçaient ce serment, tandis qu'une haine implacable était gravée dans leurs cœurs.
Quelques jours après, Louis reçut, à Vincennes, rhommage de son frère pour la Norman^ die, celui du comte de Gharolais, pour les vil^ les de la Somme , et le serment du connétable pour sa charge.
Un fait suffira pour prouver laméfiance qu-htspirait le roi. 11 attendait le comte de Charo^
l64 LOUIS XI.
lais dans le château de Yincennes, et celui-ci ne consentit à y entrer qu'à une condition honteuse pour la dignité royale : il exigea que cette forteresse lui fût remise pour le temps de son séjour^ et qu'on lui permît de la faire garder plur ses propres troupes.
Le monarque se soumit à cette humiliation , et, commq cependant il ne pouvait convenablement rester à la garde de ses ennemis, après la cérémonie de l'hommage, il revint coucher à Paris. Qui s'abaisse ainsi justifie les soupçons qu'il inspire.
A cette époque, Jacques II, roi d^Écosse, croyant pouvoir profiter des troubles de la France, envoya des ambassadeurs au roi, pour réclamer la cession de la Saintonge qui lui avait été promise par Charles VU. Les ambas* sadeurs joignirent des menaces à leurs instan-* ces; Louis leur opposa un refus formel, et les renvoya.
État des Ce prince ne pouvait plus fermflsr les yeux '^' sur le triste résultat des fautes de sa politique. Il était temps de les réparer, d'apaiser tant de justes ressentim^ns, et de diminuer le nombre de ses ennemis.
Il se décida donc à ne plus affecter si impro« demment le pouvoir absolu. Il appela dans ses conseils les grands du royaume, plusieurs ma*
Loiis XI. i65
gîstrats^ et ceux même des boui|reQîs Doubles doDtrinfluenceet leslumières pouvaient lui être utiles. Ou s'était soulevé contre ses injustices» il les répara. Juvenal desUrsins fut rétabli dans sa .charge de chancelier» et Dauvet dans sa place de président du parlement de Paris. Il ordonna même que lorsqu'il vaquerait quelque office dans cette cour^ elle lui présenterait trois candidats 9 parmi lesquels il en choisirait un.
On aurait voulu , et peut-être espéré , quelque diminution de taxes; mais Louis tenait à Fai^ gent plus qu'à tout. Ne voulant pas alléger les charges qui pesaient sur les bourgeois de la capitale y il flatta leur amour-propre , visita leurs familles^ s'entretint avec eux de leurs intérétSi les fit manger avec lui^ et, au dé&ut de généro* site, réussit par sa familiarité à gagner leur affection.
Ce qui leur plut surtout, c'est qu'il lès exempta du ban et de Tarrière-ban ; ils ne virent pas que c'était une manière adroite de les désarmer, et ils s'en montrèrent si reconnaissans^ qu'ils acceptèrent sans murmure un surcroît d'impôts pour payer les pensions extorquées par la ligue.
Les impositions dans le Languedoc changèrent de forme, et toutes les taxes diverses (fOLOn.
i66 LOUIS XI.
y percevait furent remplacées p^ une taille personnelle.
Si la paix de Conflans délivra Louis XI du péril où il s'était jeté, et le laissa jouir de quelque repos, elle n'en fut pas moins funeste pcmr la France, qui,*par le sacrifice de tant de places fortes, restait ouverte de toutes parts aux invasions des Bretons, des Anglais et des Boui^ignons.
Un des principaux désirs du roi était de regagner l'affection de Philippe le Bon. Dans ce but, il donna sa fille naturelle Jeanne au bâtard de Bourgogne, avec plusieurs villes en Auvergne et en Dauphiné, pour dot.
Intrigues ^^ ^oi u'cntrcvit qu'une ressource pour prédu roi. ygi^jp 1^3 maux qui devaient résulter de cet état
de faiblesse, ce fut de diviser, de brouiller tous ses ennemis et de les opposer les uns aux autres.
En conséquence, il trouva moyen, par l'adresse de Dammartin , d'exciter la jalousie du duc de Bretagne contre son frère Charles de Berry, au sujet de la Normandie; et le duc qui prétendait, avec d'assez justes titres^ à la possession de quelques villes dans cette province, suivit les conseils de Tanneguy-Duchâtel, €t se retira mécontent dans ses Etats.
Le roi profita de ces dispositions. Il demanda au duc une entrevue , dans la ville de
Caen^ le vit^ aigrit ses ressentimens, étendit ses droits de régale en Bretagne, et en même temps lui enleva quatre appuis importans> Dunois , Dammartin , Lohéac et Lescun , qui rentrèrent à son service et qu'il combla de fa-t veurs.
Depuis ce moment il s'efforça de se ratta-* cher tous ceux des mécontens dont la haine pouvait lui nuire et la fidélité le servir utilement,
.Desi caractères inquiet& tels que celui de Louis XI peuvent quelque temps se contraindre et se voiler, mais le naturel triomphe bientôt de Fart, le penchant l'emporta sur la raison , et le masque tombe promptement.
A peine Louis jouissait depuis quelques moif du calme de la paix, que déjà son esprit rcr nouant et vindicatif s'agitait pour rompre les liens qu'il avait été obligé de s'imposer* Aussitôt que la division de ses ennemis l'eut rassuré contre un danger prochain, il ne se fit aucun scrupule de violer ouvertement sa foi. En traitant avec lui, chacun l'avait soupçonné de fourberie dans ses promesses ; sa conduite justifia ces soupçons.
* C'était à regret qu'il avait cédé la Norman- ^°"||*^j' die à son frère; il le voyait avec peine miaUre"*^»™ «*•
* i/jGG. maodie.
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d^tine province qui le rendait voisin des deux princes qu'il redoutait le plus^ les ducs de Bretagne et de Bourgogne. Aussi ^ au moment ou oa s'y attendait le moins , et sans couvrir son parjure d'aucun prétexte, il fit entrer eh Nor-^ mandie un corps de troupes considérable. Elles furent d'abord repoussées j tnais un traître , qui avait déjà livré Pontoise aux princes , les trahit à leur tour, et, gagné par Louis, ouvrit à ses soldats les portes du Pont-de-F Arche. Après ce succès, le roi vint assiéger la ville de Rouen.
Charles, aussi surpris qu'effrayé de cette attaque imprévue, appela promptement à son secours le comte de Charolais et le duc de Bourgogne. Mais ceux-ci étaient alors trop oo- 1:;upés chez eux par la rébellion des Liégeois, pour lui prêter quelque appui.
Les liens de Charles avec le duc de Bretagne étaient rompus j ainsi ce prince, hors d'état de se défendre, se vit obligé d'implorer la justice de son frère, et de le supplier de prendre pour arbitre entre eux les ducs de Calabre, de Bourbon, de Bretagne, le comte de Charolais et les
Etats du royaume.
Louis se montra inaccessible à ses prières ; il n'accorda que dix jours à Rouen pour capituler; cette ville épouvantée se soumit, gt le prince Charles contraint de fuir, se réfugia près
u duc de Bretagne. Celui-ci , trop irrité pour e secourir, fut assez généreux pour ne point ui refuser un asile.
Le comte de Gharolais, en exigeant du roi a cession de la Normandie à son frère, avait TU affaiblir pour long-temps sa puissance. Dès
l'il fut instruit de l'invasion inattendue de «tte province, il envoya au prince Charles son avori Olivier de la Marche ; de sorte qu'il se rouvait à Rouen lorsque le roi y entra.
Ce prince l'ayant fait venir en sa présence, 'interrogea sur l'objet de sa mission. Olivier ^pondit qu'il n'avait été chargé que de com- ^limens et de félicitations pour le duc de Normandie. Alors Louis prodigua les assurances l'intentions pacifiques et les promesses d'amitié, qu'Olivier reçut sans y ajouter foj; et cet envoyé retourna en Bourgogne apprendre à wn maître que toutes ses espérances étaient renversées, par la faiblesse de Charles et par la rapidité de Louis.
Le roi, employant tour à tour la menacé, la rigueur, la clémence et la force , soumit à son joug les Normands, amnistia plusieurs villes, fit raser le château dcf^dhaumont , jeter en prison Jean de Lorraine ; Estemay fut noyé ; on décapita Mauviel , l'un des plus fidèles terviteurs de son frère.
lyo LOUIS Xï.
Les États de la province furent convoqués, . et reconnurent l'autorité du roi^
L'infortuné Charles se vit réduit à vendre sa vaisselle pour faire subsister sa maison ; vainement il requit la garantie de tous les princes signataires des traités de Gonflans et de Saint- Maur; tous plaignirent son infortune, aucun ne s'arma pour le venger.
Ce prompt succès d'une politique déloyale prouvait que le roi connaissait bien l'esprit et la moralité de ceux auxquels il avait affaire. Leurs vues particulières étaient remplies , il ne craignit pas de les voir s'armer pour un intérêt qui ne les touchait qu'indirectement. snccèsûe Cependant, l'équité naturelle de Philippe le ' *ciationr Bon l'alarmait. 11 chargea donc les sirea de La dlTdl Trémouille et de Craon de se rendre auprès ^gn'r ^^ ^^^' comme ambassadeurs, pour justifier sa conduite.
Us lui dirent, en son nom, « que rempli de » tendresse pour son frère, il lui avait accordé, w à son avènement au trône, un duché, des » terres et de fortes pensions ; mais que ce » prince ingrat, peu satisfait d'un apanage égal ^ à celui que jadis le frère de Charles VI avait « reçu, s'était livré aux conseils des factieux, » avait excité dans le royaume une guerre ci- » vile; qu'enfin même, tandis qu'on négociait,
H et sans attendre la signature du traité^ il s'é- » tait emparé violemment de la Normandie. Il » est évident, ajoutaient-ils ^ que le roi n'a pu M céder que par contrainte une province qui » paie le tiers des charges de l'État; d'ailleurs, >» cette cession est illégale, puisque les lois du » royaume, publiées et enregistrées sous les rè- » gnes de Charles V et de Charles VII, ont dé- » claré ce grand domaine inaliénable. En con- >i séquence le roi suppliait le duc de ne point » regarder le recouvrement de ce domaine » comme une infraction à la paix, et de croire « que, fidèle à la voix de la nature , Louis sau- » rait dédommager son frère convenablement M et, sans nuire aux intérêts du royaume. »
Ce langage modéré, ainsi que les instances réitérées des ambassadeurs , réussirent facilement auprès d'un prince pacifique ; il promit de ne point intervenir dans cette querelle.
Louis, tranquille de ce côté, songea aux moyens de détacher du parti de son frère les princes de la maison d'Anjou. 11 y parvint par le don modique d'une pension de vingt-quatre mille livres au duc de.Calabre, qui, depuis, lui resta toujours dévoué.
Pendant la guerre du Bien public, la conduite du comte du Maine avait inspiré quelques soupçons au roi ; il y trouvait assez d'in^
l'J2 LOUIS XI.
dices pour ne pas se fier à lui ^ mais pas aàd» de preuves pour le faire juger ; il borna -donc sa vengeance à lui enlever ses compagnies d'ordonnance et le gouvernement de Languedoc. -Enfin il apaisa complètement les ressenti'^ mens du roi René , en promettant au petit-fils de ce prince madame Anne de France ^ sa fille aînée , avec l'espérance d'une riche dot.
En lïiême temps ^ dans le dessein de s'attacher de plus en plus le connétable de Saint- Pol> il lui fit épouser Marie de Savoie, sœur de la reiiie de France, lui donna le comté de Guise et lui promit le duché d'Eu érigé en pairie. Proposî. Louis XI semblait inaccessible aux plus doux
uoos aa • I.
duc de sentimens de la nature. Il avait détesté son père; son frère était pour lui un objet de soupçon et de jalousie. Cependant, comme la spo«liation de ce prince pouvait exciter contre le roi de puissans ennemis, dont quelques-uns n'attendaient qu'un prétexte pour recommencer la guerre, la nécessité de terminer cette contestation devint si évidente , que Louis prit enfin le parti d'envoyer en Bretagne le duc de Galabre , en le chargeant d'offrir à son frère, comme apanage, le Roussillon OU le Bas-Dauphiné.
Ces offres furent rejetées par le prince Charles ; elles n'étaient à ses yeux qu'un exil mal déguisé. Toute instance fiit inutile, et comme
LOUIS Xi. tji
on ne pouvait riien arracher de plus à Topiniâtreté de Louis^ le duc de Bjretagne irrité promit au prince Charles des subsides et des troupes , pour obtenir la réparation des injus* tices dont il était victime. En même temps ils s'efforcèrent d'attirer dans leur parti le roi d'Angleterre^ et c'était ce que Louis redoutait le plus.
Ses craintes^ %cet égard , ne tardèrent pas à être dissipées^ car bientôt^ contre toute attente^ non-seulement Edouard IV consentit à renouveler sa trêve avec la France , ihais il envoya même au roi le comte de Warvick pour lui annoncer qu'il viendrait incessamment près de lui» dans l'intention de conclure et de signer une paix définitive.
Le caractère méfiant de Louis ne lui permettait de jouir d'aucune des faveurs que lui prodiguait la fortune. Il était aigri de ce qu'on lui refusait; et inquiet de ce qu'on lui accordait. Aussi 5 comptant peu sur la sincérité des avances pacifiques du monarque anglais, il ordonna 5 pour le recevoir, des préparati& tels ({u'ils pouvaient convenir également à la ré* ception d'un ami ou ^à celle d'un ennemi , et commanda tout à la fois des fêtes et des armemens.
Nous avons assez parlé des mœurs de cette
époque; pour n'avoir pas besoin de répéter que c'était celle des méfiances et des soupçons. Dès que le comte de Charolais fut informé 4le la prochaine entrevue des deux monarquesf^ et que les ordres donnés, en conséquence^ aux magistrats de la ville de Beau vais lui furent communiqués, craignant quie le but de cette entrevue ne fût une ligue contre lui, il écrivit arrogamment au roi que la pr^iirôté de Beauvais lui appartenait et ne pouvait recevoir d'ordres que de lui.
Nouvelle Daus cc mêmc temps, Louis, qui n'osait pas
auemblëe i 9 • - 1
à Pari*, gouverner seul et s arroger ouvertement le pouvoir absolu, mais qui voulait cependant faire perdre aux Français le souvenir des as* semblées nationales, anciens parlemens on États-Généraux, venait de convoquer arbitrairement à Paris une réunion de personnages importans, sous prétexte de travailler avec eux à la réforme de l'État.
Cette assemblée , présidée par le comte de Dunois, était composée de l'archevêque de Reims, de l'évéque de Limoges, du premii^ président Dauvet; des sires de Rambure, de Torcy, d'Ëscars , de M ouy, de quelques autres seigneurs et de plusieurs magistrats.
Le roi leur fit donner lecture de la lettre insolente que le prince bourguignon venait de
lui adresser. Il communiqua ensuite à cette assemblée les dépêches qu'il adressait aux ducs de Bretagne, de Bourgogne, d'Alençon, de Nemours, à tous les évêques, sénéchaux et baillis, ainsi qu'à toutes les communes, pour les inviter à lui faire connaître tous les abus civils, ou militaires qu'on pouvait reprocher à l'administration. Il leur demandait principalement des informations précises sur les exactions de tout genre commises en France, depuis trois années, par les agens du saint Siège,
Les membres, ou, pour mieux dire, les commissaires de l'assemblée , conseillèrent d'abor<l aa roi d'envoyer au comte de Gharolais quelques négociateurs chargés de concilier les nouveaux différends qui venaient de s'élever entre le monarque et lui. Cette mission fut confiée aux sires de LaTrémouille et de Rochechouart, ainsi qu'à deux conseillers du Parlement de Paris.
Une mesure si modérée, au moment où il Dëp (allait peut-être réprimer avec énergie Tinjure comte "de laite à la majesté royale , coûtait peu à Louis ; ^*''~'*'** il ne craignait pas d'abaisser sa dignité quand M>n intérêt lui dictait cet abaissement. Or, ce prince n'ignorait pas que , dans cet instant, les princes de Bourgogde, dégagés de la diversion qu'il avait suscitée contre eux, venaient de
utatioo au
176 LOTIS Xf.
vaincre les Liégeois et de qu'ils se trouvaient en état leurs forces contre lui, s*il ressentiment. Aussi le âge
deurs du roi fut doux, c • it; d serent au comte de Char q reproches sur le ton de sa lettre, tinr
satisÊiits d'une l^ère excuse c œ s
au roi sur la vivacité de ses expr c ne
étant l'effet d un premier mouvi i i ré-
fléchi.
Cependant, loin de réparer son offense, ^o^ gueilleux comte insista plus vivement qœ j^ mais sur ses prétendus griefs relativement ans villes de la Somme , et sur la rqNiration qalS^ en exigeait.
Lorsque les ambassadeurs revinrent lendre compte de leur mission, ils furent suivis pv des envoyés du comte de Charolais, qui emo* sèrent, devant l'assemblée, ses droits- ec M motifs de ses plaintes. C'était ce que désinit le roi. Car, en convoquant cette réunion, S091 prétexte de travailler à la réforme des abus et au soulagement des peuples , son but réel élut de se servir de cet instrument docile pour traih ver des prétextes d'accusation, de condamnation et de vengeance contre les auteurs et ki principaux acteurs de la guerre du Bien public
L'assemblée ne trompa pas son espérance, et, après plusieurs séances consacrées à l'exacnen des griefs du comte de Gharolais, le comte de Dunois déclara, au nom dé la commission, que, d'après le traité d'Arras, le comte de Gharolais n'ayant reçu les terres qu'il possédait en Picardie que pour en jouir comme l'avait &it son père , et à la condition de rachat, il ne pouvait exiger l'hommage des vassaux et des villes, ni lever aucune taille dans la prévôté de Beauvais.
Cet arrêt satisfit la haine du monarque, sans le tranquilliser sur l'avenir^ car il prévit ou dut prévoir que le comte ne se soumettrait jamais volontairement à cette décision. Aussi il redoubla d'efforts pour s'assurer de l'Angleterre et pour se réconcilier avec le duc de Bretagne , précaution^ fort sage, car bientôt il apprit qu'un traité venait d'êtreconclu secrètement à Utrêeht entre son frère, le roi de Uanemarck et le comte de Gharolais. Il sut en même temps qu'au mépris de ses récentes protestations, le duc de Bretagne se montrait disposé à entrer dans eette nouvelle ligue , qui comptait en France un grand nombre de partisans.
On aurait cru devoir espérer un appui dans \e caractère sage et pacifique du duc de Bourgogne; mais ce prince^ affaibli par l'âge, ne
résistait plus qu'avec peine à rascendant impétueux de son fils. D'ailleurs, il n'ignorait pas que la' révolte des Liégeois contre leur évêque, Louis de Bourbon, son allié, avait été fomentée par Louis XI, pendant le cours de la guerre dû Bien public.
Cette intrigue l'avait irrité contre le, roi; tellement qu'il s'était armé lui-même, et avait reparu dans les camps avec l'ardeur d'un jeune homme.
Ruine de Lorsquc Dinant fut assiégée par ses troupes et prise d'assaut, il fit passer au fil de Fépée tous ses habitans, et le vieux prince, justifiant mal alors le surnom de Bon, qu'il avait si long-tenaps mérité, se fit porter sur un brancard pour repaître ses yeux de cette cruelle vengeance. Quelques citoyens venaient d'échapper au carnage; il les fit poursuivre et re-* prendre : par ses ordi^s on les jeta dans la Mèuse^ et la ville fut livrée aux flammes.
Les Liégeois, arrivés trbp tard pour la secourir, frémirent à ce spectacle : au lieu d'en-^ flammer leur indignation, ce désastre épouH» vanta leurs esprits; ils se soumirent, livrèrent trois cents otages au duc, reçurent leur évé^ que et lui payèrentVune indemnité ,de six cent mille florins.
Ainsi Philippe, quoiqu'il n'aimât. pas pev^
sonnellemèîit la guerre, n'arrêtait plus que par dé faibles efforts la fôttgue impétueuse du comte de Gharolais , qui parcourait toutes les villes de ses Etats, pour les exciter à la guerre et les afnimer de sa haine contre le rôi.
En France même , liOuis ne rencontrait pas sitv«H<n moins d'obstacle à son désir d'éviter la guerre erFÎÎ^cl. Dans ce temps , la noblesse n'avait d'autre passion que celle des armes. La guerre offrait aux gentilshommes un champ taste à leurs pas* sions; ils ne craignaient que la paix, parc<R qu'aloirs tout rentrait dans l'ordre et dans la dépendance des lois.
Les agriculteurs et les maithands seuls, vie* times des calamités de la guerre, détestaient seuls aussi cet horrible fléau. Ce fut peut-être cette disposition des esprits qui rendit Louis XI populaire, parce que le peuple voyait en lui l'ami de la paix et l'ennemi des seigneurs qui voulaient la guerre. Plus éclairé, il aiurait vu que c'était précisément aux intrigues,* aux perfidies, à la méfiance de Louis, à son caractère ombrageux, inquiet et remuant , qu'il déliait attribuer la renaissance de toutes ces factions, de toutes ces discordes que la sagesse de son père semblait avoir éteintes pour longtemps^ L'assemblée de Paris continua ses opérations
j8o iouts XI.
f)ar un examen qui montra souvent la rigueur d'une iiiquisition; elle mit le roi à pollée d'exercer légalement quelques actes de justice et plusieurs de vengeance.
Veogean- Lc séigncur du Lau ^ auti^efois favori du mo- VlTpu narque , fut enfermé dans un château en Auow». y^rgnC; pour avoir entretenu des liaisons criminelles avec Fétrangerv La même cause fit ôter le gouvernement de la Bastille à Claude de Melun^ dont le fils^ dans la suite ^ fut dé-capité.
On poursuivit et on condamna en Dauphin'é iin grand nombre de concussionnairesv Plusieurs de ces châtimens furent exercés avec des formes si arbitraires et si rigoureuses , qu'ils répandirent partout la terreur. Quand ces alarmes devenaient trop vives, le roi les apaisait par des amnisties ou des pronxesses, presque aussitôt enfreintes que publiées.
Le comté de Gaure avait éfé enlevé au vicomte de Tartas, qui s'était rendu odieux par ses rapines. Le roi voulut lui rendre ce fief, et le peuple, indigné de retomber sous sa tyrannie, se révolta. Le vicomte assiégea la ville, la livra au pillage, fit pendre ses magistrats,* «es hommes d'armes poursuivirent et massacrèrent les fugitifs jusqu'au pied des autels. On invoqua la justice du monarque, qui laissa le vicomte
LOUIS XI. l8l
impuni^ et parut ainsi son complice. Ce Vicomte était un ami du prince Charles^ et le roi rfë-^ coûtait plus la justice dès quUl trouvait l'occasion de corf oippre et de gagner un des parti"* sans de $on frère.
\jn autre ami de Charles résista noblement aux séductions comme aux menaces de Louis. Apr^s avoir essayé tous les'' moyens de persuasion , il employa l'argent, la plus forte de ses armes. « Sire, lui dit noblem€nt Carbonnel, » vous n'avez pu me convaincre , n'espérez pas- » me corrompre. » Au nvilieu du tableau de tant de trahisons et de bassesses, un irait pareil d'honneur et de générosité repose l'âme.
Le royaume se trouvait alors en proie aux malheurs qui sont là, suite inévitable des discordes civiles.
Un grand nombre de soldats , levés à l'épo- >*•».»« •» que de la guerre du Bien public, avaient formé, Paw. depuis leur licenciement, des bandes de voleurs qui se livraient partout aux plus affreux excès; leurs dévastations , l'interruption des travaux de la campagne, la disette 'qui en résulta et la contagion qui la suivit, firent périr> dans l'année 1466, près de quarante mille hommes. On ne sut opposer à ces fléaux que des processions, des expositions de reliques.
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Enfin vie retour de la JTroide saison mit fin à cette épidémie.
Cette même année "^ vit mourir le duc de Savoie^ père de la reine , et l'h^eureux usurpateur François Sforze, duc de Milan ^ qui, né simple artisan, lie dut son élévation qu'à son audace et a son génie.
La charge d'amiral, jusque là vs^cante, fut dolmée par le roi au bâtai^d de Bourbon, et celle de grand- maître de l'artillerie, à Louis de Làval^ seigneur de Châtillon.
Affaires ^^ discordc régnait toujours au-delà des ^^nT Pyrénées; don Pèdre, après avoir conquis la Catalogne, ayant terminé ses jours, les Cata-: lans, à qui tout maître était indifférent, pourvu^ que ce ne fût pas leur roi légitime, offrirent le sceptre à René, duc jàe Bar, comte d' Anjou. 6t de Provence, et qui se disait toujours roi de Sicile. ' '
Son fils, nommé duc de Calabre , possédait aussi le duché de Lorraine. Lorsque ce choix des Catalans, fut publié, il consterna le roi d'Aragon qui se voyait à la fois -dépouillé par la maison puissante d'Anjou, et menacé par le comte de Foix, dont les surmes venaient d'envahir la Navarre.
Louis, trop occupé par l'assemblée de Paris
LOUIS Xi. i83
et par ses querelles avec le duc de Bretagne , le comte de Charolais jet le prince son frère, ne pouvait lui offrir aucun appui.
Ainsi le monarque aragonnais, assailli de tous côtés , n'opposait à tant de périls que son propre courage et celui de son fils , âgé de quatorze ans. Mais ce, fils si jeune était Ferdinand, et déjà ce prince, par des talens précoces^j annonçait les brillantes quali|jés qui le rendirent en peu d'aimées puissant et illustre.
^ Le soin le plus pressant du roi, dans la posi* tion où il se trouvait , était celui de terminer sa querelle avefe son frère, que l'appui de la Bretagne rendait redoutable, et qui pouvait, s'il parvenait à faire soutenir sa cause par Edouard, replonger le royaume dans toutes les calamités d'une guerre étrangère et ciyile.
Le monarque anglais s'était montré si long* Ambas. temps belliqueux, qu'on pouvait craindre à w^vfck tout moment le réveil de son ardeur guerrière. "" '^""*'*'- Cependant il semblait alors ennuyé des affai* res, et tellement livré aux plaisirs de l'amour, qu'il abandonnait entièrement les soins du gouvernement au comte de Warvick. Celui-ci exerçait si ouvertement son autorité, que les Anglais s'accoutumaient à le regarder comme leur maître. Néanmoins le comte n'avait pas
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vu sans indignation Edouard rompre un mariage négocié et conclu par lui. Il ne pouvait s'habituer à voir Elisabeth -Gray sur le trône ^ son père connétable ^ et toutes les places importantes ou lucratives prodiguées aux membres de cette famille et à leurs cliens.
Le pe'upf e^ irrité contre ces nouveaux favoris, excitait Warvick à la vengeance ; mais il était trop habile pour compromettre sa destinée par une imprudence ; et, avant de faire éclater aes desseins, dissimulant son courroux, il chercha les moyehs de s'assurer d'un appui en <ias de revers : la protection de la France lufi était nécessaire, et il saisit la première occasion favorârble pour se la concilier.
C'était dans ce but qu'il avait persuadé à Edouard de l'envoyer en France sous prétexte de mettre fin aux hostilités renouvelées alors par un Français, le vice-amiral Goulon^^ue de hauts faits avaient rendu redoutatbles , et qui ruinait par ses courses le commerce de la Grande-Bretagne.
Louis , informé des vues secrètes de Warwick, se hâta d'en profiter, trop heureux de réveiller la discorde chez ses ennemis. Aussi, sans examiner si les avances qu'il se décidajit à faire étaient convenables à sa dignité, il vint jusqua Rouen au-devant de l'orgueilleux
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comte ^ et le reçut avec plus d'bonneurs qu'il n'en aurait peut-être rendu au roi d'Angleterre. Par ses louange^ , il flatta sa vanité ; par son accueil familier^ il gagna sa confiance ; lui assigna un logement dans une maison qui communiquait secrètement avec son palais , et passa des journées entières en conférences intimes avec lui.
Le peuple imita le monarque ; et la bourgeoisie, pour plaire au roi y prodigua au comte de' Warwick les bals, les concerts et les fêtes.
Louis XI ne gardait aucune mesure dans ses marques de satisfaction comme dans celles de son mécontentement; et dans sa joie de voir les habitans de Rouen si empressés à lui complaire^ il leur accorda* le droit de posséder des fiefs nobles.
Lorsque ces conférences politiques eurent Retour de cessée Warwick retourna en Angleterre, ac-^^i*" compagne du bâtard de Bourbon, du seigneur de Popincourt et d'Olivier Leroux, revêtus du . titre d'ambassadeurs de Louis près du roi Edouard.
Ces ambassadeurs furent accueillis en Angleterre avec une grande froideur : on leur montra même peu d'égards; le roi ne leur'^ac^ corda qu une seule audience , et partit ensuite pour Windsor, en laissant à des commissaires
terre.
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le soin de conférer avec les envoyés frani Warwick considéra cet accueil inconveDaiit comme un affront qui lui était person4el , et,, trop irrité pour dissimuler son ressealiment il dit à tous ceux qui voulaient l'eutendre : « Le roi est trompé ; ses favoris le maitnsent; » il n'est entouré que de tf aitres. w
Sur ces entrefaites , le duc de Clarenoe vint visiter les ambassadeurs , et laissa éclater de^ vaut eux la jalousie qui Tanimàit contre kl parens de la reine^En même temps il de en mariage la fille du comte de \^ de semaines après^ cet hymen fut conclu Ctlais y et les ambassadeurs du roi revinr t en France , moins choqués de leur froide réception^ que satisfaits d'avoir jeté et faitécloreen Angleterre les germes d'une guerre cÎTile. Mort de Lg contentement que ces événemens donduc de naient à Louis ^ fut troublé par une grande S'"-- nouvelle qu'il apprit en arrivant à Paris : c'^ tait celle de la mort de Philippe le Bon, duc de Bourgogne 9 qui termina ses jours à Bruges le i5 juin 1467.
Ce prince^ justement célèbre, dont chacun respectait la puissance et chérissait la bontéi laissait en mourant ses peuples heureux , sei Etats agrandis , et un trésor qui contenait quir Ire cent mille écus d'or, soixante-douze milk
ires.
d'argent en vaisselle, et un mobilier îlevait à près de deux millions, immenhesse» que devaient bientôt dissiper lam- 1, la prodigalité ^t les téméraires entredu comte de Charolais son fils.
jeune prince, la plus impétueux, le plus lé , 1(2 plus aventureux des guerriers de cle , --méritait , par toutes ses actions, le m de tyran ou d'insensé; mais ses con- 3rains ne lui donnèrent que celui de té-r ire : la postérité^l'a consacré.
ut ^poir de calme et de paix devait s'éva- nuposi- '. à l'apparition de Charles; et dès que*'°",""'' \ apprit son élévation, il ne douta pas que erre ne fût prochaine et inévitable. Aussi, perdre de temps, il augmenta son artilleirdonna le rassemblement das francs-ar- >ela sous sa bannièt^e la noblesse de landie et du Poitou, répartit les compar ; d'hojmmes d'armes sur les frontières de lagne et de Picardie, se bâta d'apaiser juerelle qui s'était élevée entre les habile Mouzon et ceux d'Yvoy, et recommanda mte de Dammartin d'éviter soigneusement ce qui pourrait exciter le mécontentement Jégeois, protecteurs de Mouzon.
amartin, autrefois proscrit par lui, jouisors de toute sa confiance : il avait reconnu
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la nécessité de sacrifier sa haine à son intérêt, et n'eut jamais lieu de s'en repentir, car ce grand capitaine le servit avec la même fidélité qu'il avait précédemment vouée au feu roi. Négocia- ï^ouis , après avoir fait toutes les dispositions *J^°'„*^*'' militaires que ses méfiances, justes cette fois, de" Bour^l ^"^ suggéraicut , crut cependant qu'il devait gogne. envoyer un ambassadeur au nouveau dite de Bourgogne. Le connétable de Saint-F^ fut chargé de cette mission, dont l'objet principal était de réconcilier Charles avec les Liégeois. Il était difficile de choisir un négociateur moins conciliant, et la hauteur dû connétable aigrit l'humeur du duc, au lieu de la calmera Les habitans de Liège, dont l'humeur légère et turbulente passait successivement de Taudace à la peur, de l'orgueil à la soumission, et de l'épouvante à la révolte, venaient de s'armer contre la ville d'Huy , dont ils s'emparèrent. Le duc regarda cette entreprise comme une infraction au dernier traité. Dans le premier moment de sa colère, il voulait faire pendre les trois cents otages que Liège lui avait laissés. Heureusement le plus sage de ses conseillers, le sire d'Imbercourt, le détourna de cette funeste résolution. Il parvint, par une noble et courageuse hardiesse, à lui prouver que cette sanglante exécution serait une tache ineffa-^
çable qui flétrirait sa mémoire. Charles rendit la liberté aux otages^ mais en lem* déclarant qu'ils seraient pendus si jamais ils étàieiït pris en portant les armes contre lui. '
Le roi, en se préparant avec activité à combattre y ne renonçait point à son habitude de négocier et d'essayer jusqu'au dernier moment ses. armes familières, celles de l'intrigue.
Il envoya donc un nouvel ambassadeur au Mmion duc Charles. Ce fut le cardinal La Balue, fourbe nj lI^I adroit, honteusement célèbre, qui trompait '"** tout le monde, à commencer par son maître. Cet hommjB, dont le père était artisan, venait de succéder dans la faveur du roi à ce JofFredi, qui avait si mal servi les intérêts du monarque dans ses négociations avec la cour de Rome. JofFredi disgracié vivait alors retiré dans son archevêché d'Alby.
La Balue, souple, artificieux, hardi, s'attacha d'abord à révêque de Poitiers, Jean Jq vénal des Ursins. Ce prélat, qui le prit en grande amitié, le nomma en mourant son exécuteur testamentaire. La fialue s'appropria la plus grande partie de sa succession. Ce fut ainsi par le yo) et par l'ingratitude qu'il débuta dans sa carrière ambitieuse. Un autre évêque, celui d'Angers, Jean deBeauveau,lenomma $on grand- vicaire, €t le fit connaître à Jean de M elun , alors fa-
igo LOUIS x[.
TOri du roi, et qui le présenta au inonarqiK.
De» que Louis XI le vit, une sympathie niturelle s'établit entre leurs caractères. Ce prince lui ayant d'abord donné une place'd'uim6nier, ne tarda jjas à être séduit par l'adresse de cet esprit délié qui devinait ses intentions^ rép(mdatt à ses pensées et n'était àrrêtédans ses doseins par aucun scrupule. Bientôt il obtiot l'évéché d'Ëvreux, et fut revêtu de la charge d'intendant des finances.
L'ingratitude lui avait trop bien réussi ponr qu'il yn-enonçàt. Son bienfaiteur, Jean de Beauveau , avait été promu au siège d'Ârras , La Balue trouva le moyen de le rendre suspect, de le faire déposer et d'hériter de sa dépouille. Ce fut lui qui persuada à Louis XT de forcer le Parlement à enregistrer Tédit qui abolissait h Pragmatique, et par ce service signala, il: la faveur du pape Paul II, de sorte que life le revêtit de la
Tel était le vil per de l'esprit du pi point que ce prince son conseil. Son génie' tontes les aflaircs du la politique, de la guei celles de son diocèse.
La Balue se rendît
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pagné d'un légat du pape. Tous deux s effoi>cèreiit d'engager le duc à ne pas combattre les liégeois alliés de Louis^^ ou du moins à trouver bon, s'il le faisait, que le roi en usât de même avec le duc de Bretagne, allié de Charles. Le duc^e montra inaccessible à leurs instances, on plutôt déterminée ne<lonner aucune réponse claire et décisive. Il se bornait à dire que Louis le blesserait vivement s'il attaquait les Bretons, Enfin, au moment où il montait à cheval, le connétable de Saint-Pol, impatient, lui adressa ces paroles: « Choisissez donc, m*onsei- » gneur, car il n'est pas juste que, selon votre bon » plaisir, vous iassies^ la guerre à nos amis et M que vous veuilliez nous forcer à rester ina6- » tifs contré nos ennemis ; c'est ce que le roi » ne saurait supporter. » Charles aussitôt répondit : « Les Liégeois sont en armes et ih'atn tendent; dans trois jours je leur livrerai ba- )) taille : si je la gagne, vous laisserez en paix » les Bretons; si je la perds, vous agirez comme » il vous plaira. Il faut d'ailleurs que les place» » de la Somme , qui m'ont été cédées du con- M sentement des paii*s du royaume , mîe restent » en toute propriété: je ne crains pas la^eire; » si le roi fait deux pas dans mon pays , j'en » ferai quatre dans le sien, et je soumettrai les » Liégeois, en dépit des efforts de leurs pro-
. » lecteurs. Louis me reproché mes liens avec » le roi d'Angleterre ! je n'y ai pensé .que lors-^ » que j'ai su les démarches qu'il avait faites » lui-même pour s'allier avec. Edouard. Aptuel- » lement ma papole est donnée : j'ai promis -» d'épouser la sqeur diï roi d'Angleterrie, et je ». ne peux plus m'en dégager avec honneur. »
Enfin., s'adressant partiqulièremeht au connétable, «Mon cousin, lui dit-il, vous êtes » mon ami; c'est pourquoi je vous avertis de » Tousdéfier du roi, qui vous trompera comme )) il en a trompé tant d'autres : au reste, vous » êtes lihrç de vous fixe^ chez lui; je souhaite, » sans l'espérer, que vous puissiez y vivre long- ' » temps en sûreté. »
Ce qui dut surprendre Louis XI, ce fut que le légat du pape, qui avait accompagné son stmbassadeur, resta dans l'armée du diic, ordonnant partout des prières solennelles pour le succès des armes bourguignonnes^.
La marche de Charles fut rapide , saî valeur impétueuse, son succès prompt,, complet, éclatant.
Défaite Les Liégeois furept taillés en pièces à Saiat- ^M." Trond ; ils y perdirent leur artillerie et leurs bagages; leur ville paya vingt mille florins pour se racheter du pillage; on démolit ses remparts; dix chefs des rebelles furent décapités. .Ce peu-
LOUIS xj- • igp
pie 9 naguère si prés(>ipt>tueux ^ se mapitn^it abattu et cotistenié. Trois cents des plus notar» blés. bourgeois sortirent de la ville, pieds nus et en chemise, pour pï*ësenter a,u sire tflmbercourt les clefs de la^ville^ et implorer la clé-r» mence du vainqueur. Le duc entra dans Liège en triomphe. Il fit décapiter dix otages> qu'onl avait pris les armes à la main, et ht populatiônî entière se vit forcée de gémir raus le poids 4es taxesles plus onéreuses. -
Quelques chroniques prétendent qu'avant là . bataille^ l'armée liégeoise avait été renforcée par un corps de dix mille Français* Mâis.ellesr sont^ ainsi que le dit Duclos, démenties par le silence de Comines et'd'Olivier de la Marche, et plus positivement encore pai' une lettre du comte de Dammartin , dans laquelle i) s'exprime ainsi : « Nous n'avons pas Toulu nous » -approcher de Liège, de peur d'y être mal re-
» ÇUS. >)
Cette victoire du duc Charles était une dé- Eirorudù fiûte pour Louis XI; die augmentait Viôi-'ciS" minenee du danger qui le menaçait et efnhar- 'pop*JiX. dissait ses ennemis intérieurs.^A'ussi te roi s'ef-" força plus que jamais, dans cet instant, dese coilkciHer la faveur. pc^Iaire.
Paris avait beaucou:p souffert pendant I9, guerre du Bien public. Depuis , là disette et la
contagion avaient xiépeuplé cette 'Capitale ; Louis voulut rappeler la sécurité , rabondance et la prospérité dans ses murs. . .
Une assemblée des plus notables bourgeois fut convoquée ; Boulangy et deux autres conseillers au parlement la présidèrent. Conformément à leurs avis^le roi permi ta toute personne des'établir à 'Paris avec exemption d'impôts; il étendit même ce privilège à tous ceux qui auraient corn** mis des crimes, hors celui de lèse-majesté.
On rétablit et compléta, les^ corps de métiers ; chacun d'eux eut sa bannière ; les membres même dû dei^ et ceux du Parement y. Tarent enregistrés et y placèrent leurs guidons; Quelques mois après ^ le roi, ayant voulu passer en revue, tous les- habitans, les fit ranger, en ligne depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à Conflans. Il s'y trouva quatre-vingt mille hom^** mes, sur lesqt^els trente mille étaient armés^ On y compta soixante-sept bannières et autant de guidons.
Louis, en jetant un regard de mépris sur cette bourgeoisie guerrière, dit à Crussol : « Voilà dé belles troupes,. sur lesquelles je ne » me fierais pas trop un jour d'action. » Son ingratitude oubliait ain^i le service éminent que lui avait rendu naguère cette brave milice, en résistant avec intrépidité, pour sa cause^
Loiis XI. igS
aux assauts de Charles et aux armes des BourgnigDODS.
Fidèle à seS' habitudes, Louis accepta^ ainsi que la reine, les invitations que leur firent plusieurs boui^;eois de Paris, et ils dinèretit familièreinent chez eux. Ce monarque, ne crai*gnant d'autre opposition à son autorité que* celle des grands vassaux et de la noblesse, était loin de prévoir qu'un jour le tiers-état, délivré du joug féodal, réclamerait la jouissance des droits politiques, et poserait les fondemens de la liberté nationale sur les .ruines du pouvoir arbitraire. Au siècle où il vivait , de telles idées n auraient pu être ni conçues, ni même comprises. Aussi le roi, en abaissant la noblesse et en élevant la bourgeoisie, se rendait populaire, sans que son pouvoir en fût moins absolu, et il trouvait quelque jouissance à humilier la fierté des seigneurs en appelant aux premier res places de l'État ou de la cpur, des hommes tels que le mbiùe Joffredi, l'iotrigant La Balue, elle plus effronté de tous, son barbier, Olivier le Dain.
Les privilèges mêmes de la chevalerie étaient avec soin atténués ou effacés par cç prince. Profitant de l'exemple donné par son aïeul, il avait finobli les bourgeois de plusieurs villes, ou leur avait permis de posséder des fiefs nobles.
igG LOUIS XI.
Aussi dan^ un tournoi qui eut lieu dans Paris, eh présence de la cour, les tenans qui se distinguèrent dans ce pas d'armes et rompirent dés lances aux ysetiX' des dames, furent des. bourgeois, l'un élu, Fautre conseiller. Jean de Troie et- les autres chroniques du temps né citent, parmi eux, qu'un seul champion probablement noble, puisqu'il était échanson du roi.
Il est facile de jcomprendre-H quel point cette conduite politique de Louis XI devait excitier les ressentimens d'une noblesse accoutumée à dominer le peuple et à résister «u poUToir royal.
La marche progressive des monarques Capétiens avait été jusque là lente, adroite et circcm* specte. Us ne s'étaient montrés que sous l'aspect de protecteurs des petits vassaux contre les grands ; mais les mesures violentes et précipitées de Louis avaient dissipé toute illusion,. et chaque seigneur devait voir clairement que le dessein de la couronne pétait de détruire leAr indépendance. , ^ .
La ligue dite du Bien public avait mani^ Testé ce réveil de la féodalité , mais elle s'était réveillée trop tard; ses racines étaient usées. Les funestes batailles de Crécy, d'Âzintourt et de Poitiers avaient moissonné et ruiné cette noblesse belliqueuse. La plupart des grands
fiefe étaient tombés dans la main des rois par des traités, par des ventes, par des confisoa* tions, par des testamens. La lassitude desguerw res civiles et des brigandages avait déterminé la nation entière à permettre au monarque de lever des tailles et de solder une armée. Enfin le luxe et la vanité ayant amolli les mœurs, une gtande partie des gentilshoimmes s'accoutumaient à devenir courtisans et à obtenir de la faveur, d'un maître ce que geignait autrefois répée d'un brave.
Tout ceci peut expliquer la faiblesse dés efforts qui furent alors tentés pour reconquérir une do^ mination perdue et une indépendance détruite,
La présence du frère du roi , à la tête des F.i.v.h).mécontens , soutenait seule alors un reste de **h^lr.* courage et d'espérance. Ce prince, secondé par ^r'hi les troupes du duc de Bretagne et par la milice ^Ij^^" du duc d'^ençon, envahit brusquement la Basse-Normandie et s'en empara presque sans obstacle. Une seule ville, Saint*Lô, résista aux alliés.
Les habitans allaient se rendre. Une femme exaltée leur reprocha cette lâcheté, étonna leurs esprits, enflamma leur courage, s'arma, se mit à leur tête , marcha contre les Bretons , les enfonça et les mit en déroute, après" en avoir tué plusieurs de sa main.
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Dans lajKuite, le roi voulut qu'on lui présentât cette héroïne, et ne lui donna pour récompense que vingt écus d'or. C'était trop ou ti'op peuj l'honneur ne se paie, point par une aumône; le même prince aurait donnécenC mille francs à un agent, à un ministre, à un favori, qui se seraient laissé corrompre.
Tandis que les alliés dévastaient à leur gré une riche province, si Charles le Téméraire se fût hâté, après la défaite des Liégeois^ de venir joindre ses forces à celles des ducs rebellés, le roi se serait trouvé de nouveau exposé aux plus grands périls. Mais, par un caprice inexplicable , Charles choisit cet instant pour conr dure avec Louis une trêve de six mois.
Cependant le roi, assailli plus tôt qu'il ne Savait cru , appela à son secours le roi René de Sicile et le comte du Maine.
Le connétable lui amena toiA les francs archers; jet, ce qui lui fut encore plu? utile, le comte du Perche quitta, le parti des alliés, se soumit, entraîna dans sa défection un grand nombre de gentilshommes*, et chassa les Bretons delà ville d'Alençon, où le roi fut reçu au bruit des acclamations du peuple.
N^ocia- * Ce succès jeta parmi les ennemis des geiv pies de division et de méfiance. Louis aurait * 1468.
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pu en profiter, et pousser vivement ses avantages; mais ayant appris que, malgré la trêve, le duc de Bourgogne faisait filer des troupes du coté de la Somme, il craignit un piège, et se hâta de négocier. Son frère et le duc de Bretagne le désiraient autant que lui, de sorte qu'une suspension d'armes fiit promptedient conclue.
' Aucun des contractans n'était de bonne foi. Tous ne songeaient qu'à gagner du temps pour rq)rendre les hostilités avec plus d'avantage; et,' à cette époque , on se faisait si peu de scrupule de tromper et de manquer de foi, qu'il n'est pas étonnant de voir la mémoire de Louis XI justifiée par plusieurs écrivains. A éta^t^ à la vérité, fourbe et perfide, mais il vivait au milieu de perfides et de fourbes.
Les glaives se reposaient, et les intrigues restaient en pleine activité* D'un côté, le duc de Bretagne négociait secrètement un traité d'alliance offensif avec l'Angleterre contre le monarque auquel il venait de se soumettre. Le duc de Bourgogne entrait dans cette ligue; le frère du roi correspondait avec eux. Le duc d'Alençon, les comtes d'Armagnac, de Foix et autres seigneurs puissans remuaient et s'armaient.
De son côté, le roi, multipliant partout ses
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agçns et ses espions, inquiétait, divisait tous ces princes, corrompait leurs Êtvoris,^ei:citait des querelles entre eux , et portait leurs vas^saux à la révolte. 11 était plus fort qu^eux tous dans ce genre de lutte. Le comte de Foix , las de ses Amis , vint le trouver et lui promit de le sçrvir avec dévoûment
Galéas, nouveau duc de Milan, conclut avec lui un traité. Cependant la maison de Savoie , au mépris de toutes les obligations qu'elle avait contractées avec le roi ,, favorisait de tous ses efforts la rébellion de son frère. . coDvoca. Louis sentit enfin que la présence de ce i[>rince
lion tl«l •!• -1 «/^«^i • •
Ktats-Gé-au milieu de ses ennemis était la vraie racme
Tour^ ik^ mal auquel il devait porter remède ; et ce
fut pour y parvenir qu'il se décida , contre son
inclination naturelle , à convoquer les Êtat9-
Généraux du royaume.
Nul ne connaissait mieux que lui les avantages et les inconvéniens de ces assemblées ; leur, secoure augmentait sa force > mais leurs prétentions excitaient sa méfiance et effarour* cbaient son caractère despotique.
Aussi, dans cette occasion, il se conduisit avec son peuple comme avec tous ceux qui traitaient avec lui : il le trompa. Au lieu d'éleo<tions libres, il insinua ou dicta des choix; de plus> il eut soin de réunir ces États au moment
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OÙ la multitude, fatiguée par l'invasion des Bretons 9 par les menaces des Bourguignons et des Anglais^ par les concussions du clergé romain et par les intrigues de la noblesse , se trouvait disposée à s'unir à lui pour trouver le repos- dans l'ordre et la soumission. De sorte que cette assemblée des États à Tours, en 1468, fut une assemblée plutôt nommée qu'élue, et plus disposée à obéir qu'à discuter.
Je sais que ce succès fut un des titres sur lesquels se fondèrent les apologistes de Louis XI pour lui faire un renom d'habileté. Mais est-ce, en effet, une véritable habileté qu'une politique étroite qui, pour servir des intérêts privés et momentanés , corrompt les caractères , flétrit les vertus, dégrade les peuples, et éteint cet esprit public, qui seul crée la force, la gloire et la prospérité des nations ?
Son premier soin fut d'obtenir de «on frère, relativement à la question qui les divisait, qu'il s'en rapporterait, comtne lui , à la décisioil des Etats- Généraux. Charles n'aperçut point le piégé qui lui était tendu. Il crut se soumettre au jugement d'une assemblée libre, et ilne fut réellement jugé que- par deç hommes influencés par le roi ou corrompus par ses largesses.
Les historiens ne sont pas d'accord sur l'époque précise de la réunion de ces États ; les
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uns la. fixent à 1 année 1467^ d'autres à 1468. Voici. la cause de cette divergence, aile est plus ajpparente que réelle : Tannée commençait alors à Pâques. Les États se rassemblèrent le 6 d'avril 1467 avant cette fête; quelques jours plus tard, ceux qui ont choisi la date de i46â au* raient eu raison.
. L'ouyertura des Etats eut lieu dans la grande salle de l'archevêché de Tours.
Il est à remarquer que cette^salle étant partagée en tro*is parquets, le roi et sa cour occupant l'un, les principaux personnages du royaume étant placée dans l'autre , on réunit dans le troisième les nobles, comtes, barons, hommes 'du conseil du roi et gens envoyés de par les bonnes villes, de sorte qu'ainsi on peut dire que les trois ordres étaient confondus. '
On se souvient que> lorsque Philippe 1q Bel convoqua une assemblée d'États pour prendre leur avis sur ses différends avec la cour de Rome, chaque ordre délibéra séparémeûit, et qu'ils rédigèrent tous séparément les lettres qu'ils écrivirent au pape et au sacré collège.
Il* serait difficile de ne pas reconnaître dans cette innovation le but constant de lapoliti-^ que du roi, celui d'abaisser la noblesse qui. le haïssait, et d'élever, à ses dépens, le tiers-état, dont il ne croyait avoir rien à redouter. ;
(( Ce monarque était assis au premier par- » quet en une haute chaire , en laquelle fallait » monter trois hauts degrés ; laquelle chaire » était couverte d'un velours. bleu semé de M fleurs de lys, relevé d'Or, et y avait ciel et » dossier de même ; et était le roi vêtu d'une » longue robe de damas blanc , brochée de fin M or de Chypre, bien dru, boutonnée au-devant » de boutons d'or, et fourrée de martre-zibe- » line, un petit chapeau noir sur sa tête, et » une plume d'or de Chypre.
» A sa droite, étaient asisii^ le cardinal de » Sainte-Suzanne, évêque d'Angers; às?L gau- » che, le roi de Sicile, duc d'Anjpu, tous deux » sur des chaises à dos. Le duc de Nevers, le' » Qomte d'Eu , le prince de Navarre, le comte de » Foix étaient debout près du roi; un peu plus y> loin et en* arrière, le comte de Dunois, grand- » chambellan. Debout aussi, autour du parquet, » on voyait le sire de Pembrock , frère du roi » d'Angleterre, le vicomte de Narbonne, les )) sires de Tancarville , de Châtillon, de Beuil, » de Longue ville, de Laval, de l'Aigle, de Craon, » de Crussol et d'autres en grand nombre.
» Au second parquet^ étaient assis d'autres » seigneurs , tels que le connétable de France, » le marquis de Pont, les comtes du Perche, » de Vendôme, de Guise, le patriarche de Je-
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» rusalem , ainsi que plusieurs archevêques et » évêques.
» Un troisième parquet, comme nous l'ar » vons dit y offrait un mélange de gentilsbom- » mes^ de prélats, de magistrats et de députés » des communes. »
Le chancelier, ayant pris à genoux les ordm du roi , exposa le sujet de la convocation des États dans un discours qui fut généralement trouvé assez insignifiant. L'orateur, aprésafoîr longuement parlé de la constante fidâité da peuple français pour ses rois , de la confiance qu'il vouait au trône , de Tamour mutuel que se devaient les sujets et le souverain, fit on tableau des nombreux et graves inconlpénieiis qui résulteraient dé la cession au prinoe Charles d'une province telle que la Normandie^ cession extorquée , à la fin de la guerre civile, par le traité de Gonflans. « Cette cession , dit-il, » ouvrirait les portes de la France à ses en- » nemis , et le roi , privé des tributs d*ntie « » riche province, se trouverait dans Timpaîs- » sance d'acquitter les charges de TEtaL Ce » serait, dit-il en terminant, réaliser lea espé- » rances des auteurs et fauteurs des troubles M dont l'Etat est agité; car ils ne cherdieDl » qu'à les perpétuer, en égarant par leurs codn seils le jeune frère du roi ; c'est dans oe bol
ucoars uvé-
LOUIS XI. noS
» qu'ils s'efforcent de*le déterminer à persister 2) da^ns une prétention qui priverait le souye- » rain d'un tiers des revenus de la couronne. »
Lorsque cette harangue fut finie, le roi sortit de l'assemblée, sous prétexte de lui laisser, par son absence, une plus grande liberté d'opinions.
Après son départ, Juvénal des Uysins, ar- ^««j
•*• ^ de J
chevéque de Reims , prenant la parole, et s'a- n«ï.d«« dressant à l'assemblée ^ ainsi qu'au roi de Si^ cile qui la présidait ^ prononça > quoiqu'il fût octogénaire , un discours dont il ne sera pas inutile de faire connaître quelques passages , parce qu'il donne une idée du style, de l'éloquence, des mœurs du.temps, et exprime, sous des formes de déVoûment jet d*obséquiosité presque serviles , plusieurs vérités assez har« dies sur les abus de l'adniinistration. Ces paroles, destinées à frapper l'oreille d'un prince aussi jsLloux de son autorité que Ix>uis XI, enraient pu ,, dans tout autre temps, et devant d'autres auditeurs, réveiller quelques sentîmens de courage , et faire fructifier quelques, germes de liberté. .
« Très-haut et très-puissant prince, dit l'o- » rateur ; vous, très-révérend père en Dieu , et "VOUS, messeigneurs prélats, gens d'Église^, « ducs , comtes , nobles , bourgeois et habitàns
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» des bonnes villes, je vons prie, supplieet re- » quiers très-humblement que si je dis chose » qui semble être dite sans cause de repréhen- » sion, que la veuilliez prendre en gré , et si » aucune chose que je dis mal à propos et non » excusable , que la veuilliez imputer ; à ma » vieillesse et à mon ignorance , et m'en tenir » pour excusé.
» Il m'est aucunement souvenu de ce que fit » ce noble empereur, roi des enfans d'Israël, )) Josué. Car, aprlès qu'il fut ordonné roi , et }) avait le gouvernement des dix enfans d'b- » raél, assembla tous les trois Etats ^ et letirfit » la requête qiie fait à présent le roi, notre » souverain seigneur, et leur réponse iîit en » effet : Nous ferons tout ce que tu voudras et » t'obéirons, et ceux qui ne voudront t'obéir, » soient condamnés à mort ; et laquelle répopae » il me semble que nous devons dire et^fidie » au roi , et lui donner confort et aid^ de » corps et de biens, à le servir loyaumefitjua- » ques à ce qu'il lui plaise ordonner et oonï- » mander. » * . •
L'orateur, continuant à se servir de ces mêmes formes de sujétion anciennement étrangèresaux Francs, introduites depuis par la féodalité , et répétées si fréquemment par tous ces fiers vassaux dont la conduite turbulente et les révol-
hardies démentaient à cbaque-instant les Lpressions servi les; cite, à l'appui de son texte, rérens passages de Cassiodore, de la Genèse des auteurs sacrés. Parlant enfin de lui«ime : u Je l'ai sacré ce roi, dit-il, et épousé à la couronne de Fràtice, lequel sacre il reçut bien dévotement et entendit très-bien à toutes les paroles que je lui disais contenues- en oraisons et en tout le mystère du sacre. Nous lui avons juré ce jour^là obéissance^ confort et aide , ainsi que la contient le texte de mon thème.
» Quant à l'autre point que monsieur le chancelier a touché, de donner un sage avis à notre souverain seigneur, je suis bien faible et débilité d'âge ^ vieillesse, sens et entendement pour donner conseil en si haute matière. Toutefois à l'av^enture je me donnerai aucune (quelque) hardiesse de parler^.
» Un médecin ne peut donner cpnseil à un malade s'il n'a ailcune connaissance de la maladie, et, pour ce, est nécessaire de dé-^ clarer les maladies qui ont cours en ce royaume^ lequel tend comme à finale destructipi), et à le comparer à un corps humain.
n II y a trois manières par lesquelles on peut juger un homme en péril de nior.t,.ou un royaume;^ ou une chose publique à finale
» destruction : la première est» quand lés mem- » bres se sép^irent du chef par pièces et par » morceaux; la deuxième » quand une cré»- }) ture humaine est en une chaude fièvre et en » un état où elle ne peut se tenir; la troisième^ » c'est quand la créature humaine est gorgée de » sang et le jette par divers conduits, tellement » qu'à peine est-elle à finale perditioB, et lor»- » que personne ne se met en peine de Vétan- » cher^ Ensemble et chabunes d'iceUef causes » sont, en ce royaume, par quoi toute la des* » truction peut s'ensuivre, si remède wlftsi » mis-, lequel ne peut s'y mettre , isiûMi pku* le » roi,
» Il vous demande -conseil^ coitaetllCMis loi » qu'il le &sse , et pour déclarer plus pbine- » lïient ce qui a été dit, regardons-si {et os ne )) se séparent pas du chef ou leurs membres. » Les princes sont réputés ces membres yvet les » os la chose publique.
» Nous avons vu que plusieurs partioolien )) se sont séparés du roi qui en est le chef, et » non - seulement séparés , mais ont fiut ts- » sembler des gens de guerre pour résistjer àU » volonté du roi, leur souverain seigneur; qui » est (aire chose défendue et prohibée, et corn- » mettre crime de lèse-majesté.
» Ils sont venus devant la maitreste cité de
LOUI8 XI. ao9
» son royaume^ c'est à savoir Paris» où il était, M et Font contraint à faire certaiiis traités non » tenables. Considérons tous si oa n'est pas » grande séparation des os ou membres de leur » chef, et une maniée dont se ^ont ensuivies » ta mort et totale destruction du royaume» et I» >combieo que l'on die qu'il y eut paix et ac- » cord devant Paris^ car ce serait une paix foi^ » cée et non tenable. Il y a toujours gprande n différence entre le roi et monseigneur Char-^ * n les, son frère, qui demaqde, comme on l'a dit, n 4a duché de la Norm^indie pour son apa-
I) nage.
» Ce ùe serait pas chose à cbnseiller au roi, M ca^. cette duché est annexée à la couronne » par ses prédécesseurs, et ne se doit pas laisser » aller ; mais aussi c'est raison que le roi apa-* »'nage monseigneur Charles tellement qu'il » doive être content. • '
M II est vrai que le roi Charles Y, nommé M le Sage y appès qu'il fut venu à la couronne et » sacré, il assembla ses trois États , et bien no- » tablement lui fîit répondu à Ce qu'il requé;- » rait. De plus, ils lui firent plosieuffs réquê- »'te3^ et entre les autres, la principale fut'qu'il n voulût apanager ses frères Louise Jean et » Philippe , ce qu'il fit , et dont ils ftirent con- >Uens> en considérant que s'il avait autant
IIO LOUIS XI.
j» d'enÊtoSy Mn fils étant roi, aurait bien à J9 apanager ses frères. U fit donc iHie ordonn nance, après grande et mûre délibération , >i que chacun de %e» fibres aurait douze mille n livres -de rente en duché, et fiirent frites » diartes à ce sujet.
» Or, le roi, notre souverain seigneur, dit n qu'il est content d'en bailler à son fipère plus t» largement. Il semUe donc que, par ce snoyeiiy n cette maladie de la séparation des muatees » qui est la principale, se peut guérir, et n que nous devons conseiller et requérir an >i vrai que très-diligemment le roi y TeuiUe » entendre à tout effet, d
Juvénal ensuite passant à la seconde cause de maladie, c'est-à-dire à celle de la firénésie et fièvre continuelle en laquelle toute la nation est tombée, tant gens d'alise que noUcs, marchands, laboureurs et autres : cr On doit, » dit-il , l'attribuer à la dissension qui existe i> entre le roi et plusieurs seigneurs, œ qoî » cause la grande pauvreté, destruction etoii- M sère du peuple.
» Car ils sont tous détruits, apauvris de dbe- » vances tellement qu'à peine ont-ils du paia » à manger par les excessives tailles quCôn imr M met sus et par pilleries et mangerien qurib i) joij^/v/t/; et combien qu'ils paient kt gens de
LOUIS XI. âll
i> giierre selon l'ordonnance du roi , Cotuteipis »"Ceux-ci rançonnent les villages,- oiit oiseaux n ^ <;hiens ) les officiers royaux , receveur» et » sergens font des exactions indues, à la graqde » charge du peuple, et à leur profita pariicun lier. Enfin, pour abréger, ils sont détruits eu i) Um%, et ifuiperd le sien perd le éem. *.
f> Nous devons donc avertir le roi de ceci en nltti conseillant qu'il y porte remède, qu41 faase M juttieè de oeùx qui sont cause dp la dépopu- , >)iation etAmisère du peuple^ que non-seulet* D ment il ^ rende de^ belles ordonnances, mais » qu'il les fasse garder et c^iaerver; et il est à » croire qu'il le fera, car c'eist le propre d'un i> noi de s'enquérir et de savoir quelles cbo^es v^cmt prbfitiadbles pour . son peuple, et de a metti)e. un remède aux ealâmités et misè-^ »res qjDt'il souffre* d
•Le faon archevêque, citant ensuite ArîsJote, coippare le roi à unjardinier qui, possédanjt un jardin plein c(e beaux arbres fi^iti'ers, en tire un grand profit s'il est bien, labouré et eultivé^ qu'il !doit avoir soin dé n'en laisser aucune partie déserte our en fiicbo, et que son s(Hn le pttts important doit êtrç de le nettoyer de mauvaises herbesi, d'épinear et d'orties, er Ainsi, dit-^ » il , lin ro^ ne doit rieii^ laisser de^ ce quijpeut
» nuire et porter dommage à ses peujiles. Par
2i:2 LOUIS XI.
» ce moyen , ses sujets seront riches^ l'aideront » en cas de nécessité ^ et^ ainsi que le dit Cicé* » ron y il pourra se reposer après a;^6ir assuré » Le repos de son ji^euple^
» Mon ^ opinion est donc- que nous devons M conseiller au roi de noiis délivrer des char- » ges^ oppressions et tribulations qui pèsent » sur nous. L'an 1 555 ^ le roi Jean demanda » aux troiâ États un impôt de six denier» pour « » livre y ce qui lui fut refusé. Mais dans le cas » où ses ennemis lui feraient la guerre ^ on o& » frit de lui entretenir^ pendant quatre rinois ^ » tî*ente mille combattans. ^ ;.
» Il existe plusieurs menues contributions , » dont le peuple est fort tourmenté, et le roi >) doit se souvenir qu'ataht et après son sacre^ » il avait montré Tintention de les supprimer. » La gabelle est aussi une charge tro]^ dure » pour 'le peuple; il faudrait la réduire au taux » où elle fut mise à son origine; et quoique » monsieur le chancelier n'ait fait aucune men- » tion de ces matières , je pense qu'il serait » bien fait d'adresser à ce sujet au roi d'hom- » blés requêtes et supplications. En y adhé- » rant^ il relèverait son peuple^e cette terrible » fièvre et rêverie qu'il veut guérir. ;
» Je sais qu'un certain personnage a dit au » conseil : Imposez et taillez hardimenty car tout
LOUIS XI. ai3 ■
» est vdtre^ Ce sont paroles d'un tyran non di- » gnes ' d^tre entendues, u
L'orateur arrivant ensuite à la troisième cause de maladie^ à cette évacuation du sang qui est un vrai signe de moft^ il s'exprime en ces termes :
« Le sang delà chose publique d'uïi royaume^ » c'est l'or et l'aident; etigiland il manquera^ » .comme il commence fort^ si l'on n'y met pas I) de remède^ il faut conclure que la chose » publique périra et ^era mise à mort.
M Aux temps passés on voyait circuler //lo/i- » nojre blcmche et forte y moutons y francs àche- » s^alyframcs à pied y écus de soixante au marc; » il n'y avait anciennement point ^ d'autres - » monnpyes qui eussent cours. Les .iponnoyçs » d'or et blapches sont bien affoiblies ; mais » encore au regard de l'or^ on n'en fait point » en écus. On voit courir des mailles du Rhin » de diverses espèces ^ des monnoyes d'or et » d'argent de Flandre ^ Bretagne, S9.voie et » autres des pays étnemgers ; les changeurs de- )j vraient les porter à la monnoye ,^ mais ce » sont des écus rognés. D'ailleurs on ne donne »> point au peuple le loisir d'en avoir. IL trem- « ble à la vue d'un sergent qui souyent prend » plus pour sa part que la valeur de l'impôt » qu'il demande.
2l4 LOUtS^ Xt.
» Et si l'on m'interroge et qu'on nie diêe : » Où va donc tout cet argent, puiscfUe le» ar<^ n cbet^ et gens . 'de guerre sont payés par la » tftiné? Je. répondrai que tout, va à Roiim » pour avoir bénéfiGès vacans^ abbayes y grâces M expectatives^ et tout ce qu'avaient aboli Ijss » conciles dé Bàle> dont les décrets avadedt été n approuvée par l'Église de Fràhce^ et publiés n Côtnm^ lois par les ordonnances du roi> qui H a jùré^ à tiàn sacre/de maintenir lêS'fr^Jïdâse» » et libertés de nôtre Église. t
» Il né faut pas écouter ceux qui disf^i^t le » roi fera mal de désobéir au pape^ car ce n'est yi pas lui désobéir^ mais au contraire 4ui gaiv » det^ honneur/puisque lèsdits décrets ont été » approuvés par nos saints pères Bugène et » Nicolas, et que, conformément aiix loi^^ le » pape est tenu d'obéir au^ décrets des ooocî- » le* généraux. ' r '
>) Il est d'autres causes qui vident touft Vtir <et » l'argent de Frànce ; on les prodigue en dîfcaps w de soie, en robes gipponés et cornettes. Les )) pages mêmes de plusieurs gentilshommes et » letfrs valets se vêtissent de draps de^^e; if> et' leé femmes ! Dieu sait comme elle» sent » parées dèsditis draps, et eu robes et cottes' de » plusieurs et diverses inàniéres ! C'est en ces i) choses que l'àme et la substance de là. chose
LOUIS Xl\ ^^5
» publi(|ue s!en vont et jie retiennent point. » Ils se dépensent^ encore en fourrui^ de marn trê et autres pelleteries précieu$es« Au temps )) passé , on a vu que les demoiselles et Itutres » femmes ornaient leurs bas^de robede))eaux )) chats blancs. Mais à présent ! il leur faut des » fourrures et des étoffes précieuses , de kiOgiS » voiles de soie^ des coiffures hautes conpime » des tours f et ce n'est pas de leurs' mi^ria » qu'elles tiennent ces présens ^ ih proviennent ti de la cour et sont tirés des charges, que le *)) roi fait peser sur son peuple.
)) Les nobles et gens d'église ont grande f^rt » à cette évacuation d'argent. Or, si les . sujets » n'ont rien, les monarques ne peuvent rien » avoir; car, ainsi que le dit Isaie : Mon peuple » est -dépouillé par les exacteurs ^t dominé pa4' » lesfeovnes.
» Une a^utre source de l'écoulement de .^^or » vient des excessives. pensions, gag^ ell^rr » gesses, qu'à l'occasion de mariage ott. au|;f*er » ment , le roi fait à son plaisir et sans .cause » nécessaire aux princes de son sang.
» On verra , dans les registres de la oham- » bre des comptes, combien étaient modestes, » au temps passé , les gages et les dons que les » rois faisaient à léuirs officiers : on dit que feu » M. le duc dé Bourgogne^ Philippe, vint voir
2l6 LOUIS XI.
» son frère à Paris y qu'il y séjourna et occupa » une maison près de Charentou* Le roi lui » donna mille francs pour frais et dépens, et le » duc retourna à Paris pour le remercier. • » Mais aujourd'hui on donne des vingt, des » quarante, des soixante mille livrea; on dé- )) fraie plusieurs mariages , on assigne des ga- » ges et pensions excessifs , non-seulement, i » des hommes, mais à des femmea. et autres » personnes inutiles à la chose publique; sans » compter tout ce que reçoivent d'exorbitant » les gens de finance , receveurs et trésorien » des aides. Hélas ! c'est ainsi que s'écoule le ^> sang du peuple. Enfin , en ceintures d'or, eo » Colliers, en parures de femmcîs, en vaisselles » d'or et d'argent, tout se perd ; le peuple, s'il » garde quelque chose , est tenté de le cacher » en terre; et si le roi avait à faire la guerre^ » il pourrait en conscience reprendre toutes » ces richesses données par lui sans nécessité » et qui produisent un tel luxe, qu'il n'y a » presque personne qui ne veuille aujourd'hui » manger en d'autre vaisselle que celle d'ar- » getit. C'est une grande pitié que ces désor- » dres, cette convoitise et avarice générale » dans toutes les classes.
» J'ai expose la source de toutes nos cala- » mités. Si j'ai mal parlé , qu'on le pardonne i
» mon âge. Je conclus en disant que nous de- » vons avertir le roi de tous ces abus, et lui » conseiller d'y porter remède. Au reste, je » m'en rapporte à mon thème : après l'avoir » conseillé^ nous obéirons -et ferons ce qu'il » voudra. C'est en nous conduisant ainsi que » nous obtiendrons , les biens de ce monde et » les joies du paradis. »
L'assemblée^ appelée à discuter de si impoi^ '^Jon d« tantes questions, ne suivit des conseils de l'ar- ^**'*' chevêque, que celui qui rappelait le précepte d'obéissance due au monarque. Oubliant inéme le soin de sa propre dignité, elle ne consacra pas une semaine tout entière à discuter les objets graves sur lesquels elle avait à délibérer^
Tout était convenu d'avance, et, après quelques séances très-courtes, les États adressèrent au monarque lin message pour lui transmettre leur résolution relativement au conseil qu'il leur avait demandé.
a Après avoir remercié Sa M^esté de ce qu'il lui a plu les convoquer, assembler et consulter, ik déclarent qu'ils lui obéiront et le serviront envers tous et contre tous, qu'ils y emploieront leur corps et leurs biens, sahs y rien épargner jusqu'à la mort inclusivement, et le supplienf: de les avoir toujours en sa bonne grâce, comme ses loyaux parens, serviteurs et sujets.
:2i8 LOUIS XI.
» Après s'être étendus en louanges sur les actes des rois de France et sur les siens; ils prononcent^ relativement à la cession du duché de Noroiandie , ainsi qu'aux actes hostiles commis par le duc Charles^ par le duq de Bre^ tagne, et aux liaisons contractées par celui-ci avec les Anglais ^ que la Normandie ne peut^ :eR aucune manière, être séparée de la coiirotiûe, mais qu'elle doit y demeurer annexée^ confisrmément au serment que le roi a fait à son san crede garder les droits de tîélte couronne, et ainsi que l'ont fait le» prédécesseurs de Sa Majesté;
» Que le roi doit déclarer que jamais cette province ne sera démembrée ; que tout acte contraire à cette déclaration serait réputé nul et de nul effet; qu'au reste , pouf dissiper Terreur dans laquelle persiste monseigneur le prince Charles, le roi sera prié de lui tratis^ mettre, aux conférences qui doivent se t^nir A Cambrai, TaVis et résolution des troia États concernant le duché de Normandie;
» Que le roi, en suivant les ordonnances dé Charles le Sage, pourrait se borner, comme.il Fa voulu, à fi^er l'apanage de monsieer le due Charles à douze mHle livres de rente en t^rre^ et d'ériger cette terre en duché, s'il le désire; mais que Sa Majesté peut en outre, comme die
LOUIS Xi. :ii9
en a l'intention, lui offrir une pension annuelle de vingt, trente et jusqu'à quarante-huit mille francs, offre très-généreuse, et qui dépasse d^ beaucoup l'apanage fixé par le vol Charles V.
» Néanmoins Sa Majesté, pour empêcher les conséquences d'utie semblable libéralité ^ de-^ vrait déclarer qu'à l'avenir cet exenâple ne servira pas de précédent ; enfin, que si le prince ou tous autres , persistant dans leurs prétentions , voulaient se servir contre le roi de la voie des armes, lesdits Etats sont tous déterminés à seconder Sa Majesté de to]us leurs effofts. Ils ajoutent que, ne pouvant se rassembler fréquemment, ils promettent de se rendre individuellement auprès du roi , de le suivre , et de le âervii* en tout ce qu'il voudra leur commander.
» Les États requièrent que leiirs délibération et résolution soient communiquées à Cambrai à M. le duc de Bourgogne, en l'invitant, cbmnde membre de la famille royale et pair dé France, à donner son adhésion à leur avis, et à défendre les droits de la couronne.
» Relativement au duc de Bretagne, leB États pensent qu'il a commis une grande, offense en occupant et détenant les places du roi en Normandie; que Sa Majesté ne le peut point endurer, et qu'elle doit , à main forte> recouvrer
lesdites places et réprimer ces excès. Toutefois, si le duc veut se soumettre et réparer ses torts^ le roi est supplié , pour obvier aux dangers d*une guerre civile, d'oublier le pa^sé et de rendre au duc ses bonnes grâces. En cas contraire, les États serviront le roi, dans cette quereMe, de leurs corps et de leurs biens.
» Quant à ce qui concerne les liaisons du duc avec les Anglais, les États y voient un crime qu'on ne peut tolérer en aucune manière. Ils pensent que le roi doit en prévenir les conséquences par tous-les moyens qui dépendront de lui. En quoi, ils le soutiendront de toutes leurs forces et jusqu'à la- mort.
» Les États déclarent que si de seàiblables offenses étaient /renouvelées par lesdits ducs ou par leurs adhérens, et qu'on ne pût en obtenir légalement justice, le roi serait autorisé, sans attendre une nouvelle convocation d^ tats, à prendre toutes les mesures administrar tives, pécuniaires , défensives ou offensives que la circonstance exigerait.
» Cette adresse est terminée par de longs remercîmens adressés à Dieu pour avoir donné à la France un roi si sage , si prudent et si vertueux. Tous les membres de l'assemblée offrent à Sa Majesté de le seconder, ceux du clergé de leurs prières et par leur fortune, tous les au-
très par le sacrifice de leurs corps et de leurs biens.
» Le roi ayant demandé aussi aux États leur avis sur les moyens de faire régner la justice dans son royaume , ils ^y prêtent avec d'autant plus de joie y qu'il leur est démontré que s'il existe à&^ abus, ils ne viennent pas^du monarque^ mais des traverses et obstacles suscités par les rebelles qui se sont armés contre lui. Qu'au reste, puisque 3a^ Majesté désire que les États choissent quelque^ personnes notables pour examiner les questions qui touchent la conduite des gens d'armes, celle des baillis, des sénéchaux, ainsi que les exactions qui ont pu être commises dans la levée des deniers , ils se sont, empressés de se conformer à ses désirs, et ont élu, pour cette mission, le cardinal de La Balue ) le comte d'Eu , le comte de Dunois , le patriarche de Jérusalem, l'archevêque de Reims, l'évêque duc de Langres, Tévêque de Paris, le sire de Torcy, un envoyé du roi de Sicile, un député de Rouen y d'autres de Bor* deaux , de Lyon , de Tojiimay, de Toulouse , de Bèaucaire, de Carcastonne, et i^n deBasse- Nôrmandie.
» Us chargent ces notables dé communiquer à M. le duc Chartes et M. le duc de Bretagne les résolutions prises par lesdits État» , et ils
requièrent le roi de donner à ces notables, ainsi qu'à ceux qu'il leur adjoindra, l'autorité nécessaire pour opérer ce qui leur |>arattrait profitable au bien public. Enfin y ils remercient Sa Majesté de la confiance qu'elle leur a mon*trée en leur manifestant le désir de soulager ses peuples 9 d'accueillir leurs plaintely leurs supplications, et de porter un remède prqmpt aux maux dont ils souffrent. '»
Ainsi finit cette assemblée tTop célèbre» qui, la première., ilérogeant^à la dignité^^ à Fmdé* pendance de toutes les antiques bt xécenleâ assemblées nationales des Français, ouvrit une carrière laï*ge et facile au pouvoir arbitraire du prince le plus disposé non-seulement à en (aire usage , mais à en abuser.
Étrange révolution dans les esprits et .'dans les mœurs ! Naguère oli. avait vu les États* Généraux de la France non-seulement . attar quer, mais presque anéantir le pouvoir de Philippe de Valois, de Jean et de Charlea V; et ainsi que l'observe avec surprise Mably,^ a d'autres États-^Généraux rassemblée à Tourt » approuvent Finfraction des traités les plus » solennels , et deviennent les instrumens du » pouvoir arbitraire dont Louis se voit investi » par eux ! » (
Le roi repondit aux Etats que les désordres
dont rassemblée se plaignait étaient le résul^ tat inévitable des soulèvemens et des discordes excités par ses ennemis /qu'il était fort disposé à y porter remède, et à; revêtir à cet effet de toute la force qui leut* serait nécessaire, les commissaires élus par les États. Un tel enga-* gement lui coûtait peu, puisque l'assemblée avait porté son choi^ isur les personnes qui jouissaient de sa plus intin^e confiance, et qu'il leur avilit désignées.
Ce prince, après la séparation de raseem-seseireo. bïéé , chargea plusieurs ambassadeurs, le con-* nétable, le comte de Tancarville , le président Dauvet, et quelques autres, de se rendre près du duc de Bourgogne , pour l'inviter à se soi# mettre aux résolutions prises par l'assemblée de Tours^, et à joindre ses. efforts aux siens pour rétablir Iq. paix et la tranquillité publique.
La réponse du duc fut hautaine et négative. Alors le roi prit le parti de répandre dans tout le royaume de nombreuses copies des lettres insolentes du duc; il y joignit une circulaire par laq.ueHe il invitait les seigneurs et les com^ "^
munies à s'armer,' puisque la trêve Conclue allait expirer, et que la gfueirre devenait immi*nente.
Cette mesure ferme et hardie effraya le due de Bourgogne, qui craignit que toute la France
ne se soulevât contre lui. D'ailleurs > il était au moment de célébrer è- Bruges son mariage .airec lasœur du roi d'Angleterre, et voulait que ce lien lui assurât une augmentation de force avant de renouveler les hostilités. Eti conséquence, il consentit â conclure une nouvelle trêve pour deux mois, à condition que. le roi s'obligerait à payer à Monsieur, son frère, quatre mille livres par mois.
Par cette suspension d'arme^ intempestive, it tomba dans le piège que lui tendait Louis XI, et donna ainsi à ce monarque le temps et la liberté nécessaires pour agir avec promptitude contre le duc de Bretagne.
^ Charles le Téméraire et Louis XI se créaient sans cesse chacun de nouveaux ennemis , l'un par son orgueil irascible et4mpétueiix> l'autre par ses trahisons, par ses intrigues et par ses vengeances.
Orgueil Le comte de Saint-Pol, connétable de France, tobirSt ^t ^^ même temps vassal du diic de Bourgosaini.Poi.gjjg. haïssait et ménageait^à Id^ fois le roi et le duc, qui le craignaient également. i\ était, après Dammartin , le plus habile guerrier de son temps ; mais ses qualités brillantes êe trouvaient ternies par une ambition sans bornes et un orgueil sans mesure.
Invité par le duc à se rendre dans Bruges
LOUI6 XI. aa5
pour assister à son mariage ayQC ]kb(i^erite.^ princesse d'Yorck , il osa entrer dans oette ville avec une pompe et une suite plus convenables à un monarque cpi'à un simple comte* On le vit précédé* par six trompettes; plusieurs offî* ciers portaient ses bannières, et un alittt aoti épée nue. Six pages Tentouratent ; il était suivi par une foule de gentilshommes. Jjt souverain du pays ne se serait pas présenté à ses sujets avec lin cortège plus fastueux.
Cette pompe attira la foule ; elle admire toujours, ce qui brille ; mais la, cour en fiit dbo* quée, et l'impétueux duc jura qu*il se vengé* rait d'une telle insolence. Le^ nobles, loin de le calmer, excitaient son courroux : c< Nous ne » pouvons soufirir, disaient-ils, que notre égal, » sujet comme nous , affecte une si arrogante » Stipériorité.U ne se serait jamais permis une n telle audax^e sous le règne du duc Phi^ » lippe. »
Le duc lui fit dire qu'il ne serait pas reçu, et ^ue sa présence à Bruges devenait inutile. Saint-Fol prétendit vainement^ pour s'excuser, que ce n'était point cbmme sujet bourguignon, mais comme connétable de France qu'il s'était montré avec une telle suite ; qu'il n'avait fiiit qu'uiser des pci villes de sa charge; qu'à Paris même il ne se serait pas conduit autrement, et
a!i6 LOUIS XI.
que Bruges étant un pays iqui relevait du royaume^ on n'avait rien à lui reprocher; sa justification ne fut point admise.
Tout le peuple , revenu de sa prertiière surprise , se déclarait violemment contre lui. Lé connétable , effrayé de cette explosion géné^ rale> se vît contraint de cacher honteusement dans ses équipages ses bannières ^ ses trompettes, et de dissoudre son cortège. Il s'enfuit eusuite de la ville 9 humblement et à petit bruit ; triste dénbûment d'uiie entreprise si vaniteuse! Mais il sortit la rage dans le cœury et devint , depuis cet instant, l'un des plus implacables ennemis du duc de Bourgogne.
A peu près dans le même tetops, la rigueur
sanguinaiire du duc excita contre lui des hai--
nes non moins vives.
Meurtre Chatclaîn racoutc daus sa chï*onique qu'un
w^u jeune seigneur de la cour de Bourgogne, jouant
aecondrf. yj^ JQ^j. ^ 13^ paumc dans la ville de Gondé,
avait pris pour arbitre, sur un coup domeux, un chanoine qui était au nombre des spectâ-^ teurs. Ce chanoine donna gain de cause à Mn adversaire. Le jeune noble, qu^on nommait La Hamaîde, en devint furieux, et jura de se venger. Le chanoine épouvanté s'était dérobé ^r la fuite à son courroux. Mais La Haàiaide le poursuivit jusqu'à son logis, et n'y trouvant
LOUIS Xlé 22J
que le frère de son ennemi , il assouvit sa rage sur lui^ et^ malgré ses supplicalioQS , lui plongea son jg^aive dans le sein.
Ce meurtre excita une indignation univjerselle. L'assassin la brava. Comme il existait çncore quelques traces de nos antiques coutumes ^ La Hamaide pouvait apaiser la &mille 4u mort, qui demandait vengeance; mais l'org^illeux jeune homme , comptant sur la puissance de ses parens, crut que son crime resterait impuni.
Le duc de Bourgogne voulait, par sa sévé** sMnté rite , ikire craindre et respecter son pouvoir. ** ^'^' Il fit arrêter le meurtrier. Toute la famiUe, tous les amis de La Hamaide implorèrent sa clémence; le duc se montra inflexible, u Voilà >; les pareils dû mort, leur répondit-il; eux >) seuls prouvaient tous faire grâce, moi je ne I» dois &ire que justice, et je ne puis supporter » qu'un semblable forfaitjtombe dans Toubli. » La Hamaide, alors épouvanté, fit agir sa iamille avec tant d'activité, que lea parens de sa victime, gagnés ou touchés, solliçitè^rent la grâce 4^ coupable., : . . ' .
Ils connaissaient mal le duc. Plus l'affaire avait eu d'éclat , plus le sort du jeune accusé excitait dans la ville de commisération, et plus le prince croyait qu'il mériterait le nom de
à*i8 LOUIS xr.
justiciel*^ en se montrant inaccessible aux larmes et aux prières;
Ainsi donc, avant de partir pour aller recevoir la princesse Marguerite au port de l'Éèiuse y il apjpela devant lui le preiaier tnajg^ trs^ de Briiges. (c Dès que la: nuit ft^a venue^ V) lui dit41^ v^iis conduirez le ineul'trief dans » tin bachot ; a» point du jour, vous procéda- )> rè^ cohire lui > suivant la forme acdoattffxiée ; }) vous le Condamnerez, et vous lé fei^exé- » cuter à neuf heures; tel est mon bon ]daî$ir. n En vain le juge adressa au duc les plpà pressantes représentations : « Obéissez , dit le duc ; » vous connaissez ma volonté > se^t coincé- ») qu^nces ne vous regardent pas. i» * Suppliée ^ ^^ partit : la duchesse doùairicire^ sa du meur. j^^j^^q ^ sc jcta eu lafmcs.à ses pièd^ pour lu flédiil*; il céda, mais trop tard; le mall^eiiresDX tt%iistait plus. Il périt, et sa mort fétkétm d'horreu^ et d'eâroi le public, qui^^gnftit'sa jeiinesse, les femmes que toudiait sa be&tité; et Charles, loin de recueillir cette répuiation de jViëticier qu41 ambitionnait, fut ta&é universellement d'orgueil et de cruauté. ,
La puissiante fii.mille du condami^é s'éloîgpa en lui vouant une haine éternelle , et ta noblesse irritée d'une condamnation coaunanidée si arbitraireAient, quand le crime était par-
tner.
donné et expié j sentit douloureusement soua quel joug tyrannique elle était courbée. ^
Les noces du duc et de la sœur du roi d* Ao? N.rUge gleterre offrirent à la ville de Brtiges êiicore «tec Maréplorée le contraste d'un spectacle aussi pom-a'wk. peux que celui d'une exécution barl^re avait été affligeant et horrible. Aucune magni(icel|iee du temps ne fut épargnée pour ces noces : litièT res couvertes de draps d'or^ cavalcades sonrip:^ tueuses ^ cortège des plus riches dames d'Aiir gleterre et de Flandre^ robes de drap d'argent ornées de pierreries^ couronnes de diamans» mystères et comédies représentés, où, mêlaiit le sacré au profane , on voyait Adam et Èvâ dans le Paradis terrestre, et Antoine aux genoux de Cléopâtre. i Toutes ces fêtes entremêlées de festins splettf dides furent terminées par un tournoi, ou joutes dains lesquelles on mettait en action l€s antiques romans de la chevalerie.
Tandis que le duc prodiguait ainsi son temps soa •». et ses trésors , Louis , qui savait mieux mettre to/J^e. à profit ces biens si précieux , se hâtait de ptx>iiter du champ qu'on lui laissait ouvert, et em'^ ployait toutes ses forces pour terrasser lin d^ ses ennemis , tandis que l'autre lui eh laissait si imprudemment le loisir. «
Il n'avait pas d'instans à perdre, car dans
âSo LOUIS XI.
ce momçnt même , le duc de firetagne venait de conclure une alliance avec l'Angleterre ; et de concert avec Monsieur, frère idu roi, s'était avancé en armes sur la Normandie.
7'louT. Louis envoya contre eux. les arrière-bans du iw les Maine, tie TAniou , de la Tourainè , du Poitou
Bretoos. ' J ' i tt
et de la Saintonge avec ses francs-archers. Un corps considérable- de Bretons fut .taillé en pièces ou pris dans les environs de Saint-Lô, et profitant de cette victoire , l'armée française rentra dans'presque toutes les villes dont les ennemis s'étaient emparés. D'un autre côté, le fils du duc de Cakbre, à la. tête d'un corps français, forma le siège d'Ancenis.
Pendant ce temps, le roi, em^Joyant ses armes accoutumées, semait la division parmi les favoris du duc de Bretagne. Il confisqua les terres de la dame de Villequier, maîtresse de ce duc, dont le crédit balançait celui de Tanneguy du Chatel, et empêchait ce sage ministre de ramener le duc à la soumission et à la paix. .
Tanneguy, mécontent et las de voir ses conseils méprisés ,r.quitta la cour de Bretagne, et rentra au service du roi. Sa longue expérience et son habileté' étaient ! incontestables, et, quoiqu'il fut le plus ancien ami de Charles VII, Louis, pour faire une si importante acquisi-
tidi; sacrifia ses vieux ressentimens aux interéts présçns de sa politique.
Ce monarque astucieux s'était rendu malti^ de toutes les communications qui existaient entre ses ennemis^ interceptait leurs courriers , et se trouvait ainsi^ à point nommé, instruit de leurs plus secrets desseins. . ,
Cependant le duc de Bourgogne , réveillé p^r Traité la voix publique, et informé du péril immi-^^^*~'*' nent où se trouvaient ses alliés, prit les armes, rassembla ses troupes, et franchit la Somme pour marcher au secours du duc breton et du frère du roi. .Mais il n'était plus temps. Le duc dé Bretagne, effrayé par les progrès rapides de l'armée royale, venait de signer la paix 4; A0?^ cenis.
On convint par ce traité que Ib- connéta^ble^ et le duc de Calabre régleraient dans l'espace d'un an l'apanage qui devait être assigné au fr^e du monarque, qu'en^ttendant cette satisfaction. Monsieur recevrait la somme de soixante mille livres, et que, s'il n'acceptait pas les propositions qui devaient lui être £adtes, le duc ne le soutiendrait plus dans sa résis-* tance. De part et d'autre, on se rendit les. villes qui avaient été conquises.
Le succès d'une grande entreprise apaisa communément le courroux des princes les plus
:25a LOUIS xi.
animés ; mais il ne produisait pas iiiP<$el effet sur Louis Xl^ et la victoire ne ralentissait nises reskentiméns ni ses vengeances.
Ornantes Le •$ire du La;u avait entretenu des liaisons
de
i.otiw XI. avec ses ennemis ; le roi le fit arrête^, et voulut que, conduit à la forteresse d'Usson/, il y. fût renfermé dans une cage de fer. L'amiral Boiuv nazelle recevant cet ordre tyranniqiie répon-p dit audacieusement à Louis : « Si vous voulez D traiter ainsi vos prisonniers, vous pouvez lëft >) garder vous-même. »
Peu de jours après / du Lau , ayant gagnéses gardi^is, s'évada. Le roi, furieux, cofnmanda à son favori Tristan, grand-prévôt de son hôtel, et digne d'une telle amitié, d'instruire som^ mairement le procès de toutes les personnes qu'on pourrait soupçonner d'avoir favorisé cette évasion. Plusieurs furent arrêtées^ condamnée» ^ morteCexécùtées^ Dans ce nombre, on. compte le gouverneur du gâteau, son gendre^ ainsi que le procureur du roi de Meaux.
Louis XI n'avait oublié aucun de ses griefr contre ceux dont il avait eu à se plaindre peu-» dant la guerre du Bien public.
Procé* Charles de Melun, autrefois son favori et deMeiuu. graud-maitrc de sa maison , le même qui avait reçu de lui les terres con^squées sur Dammartin, avait perdu sa faveur. Dammartin étaât
rentré eu^gràce, et unissait alors ses efforts à ceux du cardinal de La Balue pour perdre leur ennemi commun. Us réveillèrent d'anciens soupçons; Melun fut accusé par eux d'avoir vendu des emplois publics et d'avoir soustrs^it diverses pièces à la justice.
Alors Louis ^ se rappelant de fâcheux souvenirs, lui/ reprocha d'avoir empêché le maréchal de Rouhaûlt de sortir de Paris pendant la bataille de Montlhéry, et de |:omber sur les Bourguignons ; enfin La Balue , aussi vindica^ lif que son maître , accusa Melun d'avoir entretenu des intelligences avec le duc de Bretagne. Son juge fut le bpurreau du roi, le farouche Tristan , qui plaisait au monarque par sa grossière familiarité et par ses plaisanteries brutales contre les malheureux qu'il conduisait au supplice.
Tristan, à la tête d'une commission servi le, , fît brièvement le procès de l'accusé. Il fut d'à- * bord mis à la question, condamné et exécuté. Le premier coup ne fît qu'entamer sa tête , Finfortuné eut la force de se relever, protesta de son innocence et fut achevé.
Dammartin alors possédait au plus haut de-^ Taieos gre la confiance de Louis ; il la mentait par son de Dam. zèle et ses talens militaires; c'était Tépée du roi , comme Tristan en était le poignard. Louis
marlin.
lui donna le commandement de I|lrmée qui
devait couvrir la Champagne et contenir les
Bourguignons.
Son ajscendant dominait ses égaux. Les maréchaux de Rouhault et de Lbhéac consentirent à servir sous ses ordres. On nous a conservé plusieurs lettres que ce général fameux écrivait au roi ; ce sont d'évidentes preuves de l'intimité dans laquelle il vivait avec ce monarque , autrefois son ardent ennem^i. Il en ob« tint l'abolition entière des- arrêts du Parlement qui l'avaient précédemment condamné.
Un autre ministre, autrefois disgracié, rentra dans ce temps en faveur. Le chancelier Mot-
villiers, dont le discours aux Etats avait paru si insignifiant, perdit les sceaux , qui furent rendus à Juvénal des Ursins.
Rien n'égale la surprise dont fut frappé le duc de Bourgogne, lorsqu'il apprit la signature inopinée de la paix à Âncenis. Il refusa même d y ajouter foi , jusqu'au moment où une dépêche du duc de Bretagne lui en certifia la vérité.
Ce traité déconcertait sa haine et renversait pour le moment ses vindicatives espérances. Il s'était avancé pour combattre, et se voyait réduit à négocier. Or, il avait de fortes raisons pour redouter ce genre de lutte, où Louis 1
LOUIS xf. ^35
surpassait de beaucoup en ruse et en fausseté.
Cependant, la cohgrès qu'on devait rassem- cong>^> bler a Cambrai s'y réunit. Le connétable, le cardinal de La Balue et Doriole y parurent en qualité de plénipotentiaires du roi. Chacun/attendait avec inquiétude le résultat des délibérations qui devaient décider du sort de la France. Allait-elle enfin jouir de la paix, ou devait-elle se voir replonger dans toutes les calamités d'une guerre extérieure et civile? Les deux partis étaient sous les armes, et le peuple, si constamment victime des querelles des rois, attendait son arrêt avec anxiété.
Dammartin, les maréchaux et tous les guerriers de Louis montraieint une vive impatience de recommencer les hostilités. « Souffrirons- » nous toujours, disaient-ils, qu'un prince du » sang, qu'un vassal du roi, qu'un duc de » Bourgogne insulte arrogamment son souve- » rain , se révolte contre lui , et unisse seseflbrts » à ceux de l'Angleterre pour consommer la )) ruine du royaume? A quoi servent tant de » traités , tant de négociations qui ne prouvent » que notre timidité? Un sujet insolent o^era- » t-il sans cesse traiter de puissance à puis- » sance avec le roi? Notre cause. est juste, nos » forces sout nombreuses. Tranchons par un » seul coup les nœuds de toutes ces intrigues.
» Le temps s'use en» trêves aussitôt violées- que » conclues. Tombons surles Bourguignons^ et » tarissons par une victoire décisive la source » de tous ces désastres qui nous ruiiient^ et » qui, depuis un siècle^ nous livrent en proie » aux fureurs de l'étranger. »
D'un autre côté, les grands seigneurs et les capitaines de Bourgogne , non moins ardens pour la guerre y enflammaient par leurs cris et par leurs reproches ironiques le caractère iras* cible de Charles le Téméraire. « A quoi nous » servira, diàaient-ils, votre timide condescen- » dance? Le passé doit vous éclairer sur rave* » nir. Il n'est point de paix possible avec un » monarque aussi perfide que Louis. Il n'est » pas d'autre moyen de mettre fin à ses trahi* » sons, que de le réduire à Fimpuissanoe d'agir, » ou de le précipiter du trône et d'y placer le » duc Charles son frère. Nous l'avions vaincu » à Montlhéry; il a juré la paix et. l'a violée. » Rien n'est sacré pour lui. Chaque serment » qu'il prête est suivi d'un parjure. L'assemblée » de Tours lui était vendue, il lui a dicté le» » conseils qu'il en a reçus. Ses desseinis funestes » rie sont plus voilés pour personne. Û veut » des esclaves et non des sujets; la ruine des » princes et des nobles, voilà son but. 'Il y » marche tantôt les armes , tantôt le poignard
» à la main ; toutes les cours sont remplies de » ses espions; partout il excite des complots ou >i des -révoltes. Combattons-le donc jusqu'à la ^ mort; la France , lasse de sa tyrannie , ne y^ verra pas en nous des ennemis, mais des li- » bérateurs. »
A ces excitations belliqueuses, la bourgeoisie répcHidait par de sages remontrances sur les funestes conséquences d'une guerre qui devait achever l'épuisement du commerce et la ruine de l'agriculture. Le clergé, soit par piété; soit par la peur de voir exposer au pillage ses riches abbayes et ses gras p&turages, adressait à. Dieu et au prince de ferventes prières pour la con- ^vatit>n de la paix; enfin, les miaistres du duc et du roi s'efforçaient de les ramener à des sen* timens pacifiques , parce qu'ils savaient qu'en cas de guerre leur crédit serait éclipsé par celui des généraux, tandis qu'on leur laisserait tout l'embarras d'une administration chargée de dépenses insolvables.
Le duc de Bourgogne , porté par son caractère au parti violent, se montra long-temps opiniâtre ; la haine et l'ambition l'éloignaient de tout conseil pacifique. A la fin cependant, pressé par les vives instances des plus sages membres de son conseil, et peut-être effrayé du vide de son trésor, il consentit à déposer ses
armes pour le faible prix de cent vingt mille écus d'or que le roi lui offrit , d'après l'avis de La Balue et au grand déplaisir de Dammartin. Celui-ci voulait à toute force que son armée envahît la Bourgogne. On signa donc à Cambrai une trêve, mais cette .suspension d'armes ne terminait rien , car le duc refusait hautement de souscrire au décret publié par les états de Tours contre ses alliés.
Le duc insista, sans vouloir céder, pour que •le comte de Nevérs, qu'il accusait de sacrilège et d'attentat contre lui, fût forcé de comparaître et de se justifier devant le chapitre de l'ordre, de la Toison- d'Or. Le comte refusa de comparaître, et renvoya au duc le collier dont il était décoré.