‹ Histoire de Louis XIChapitre 5 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SUITE DU RÈGNE DE LOUIS Xt.

Intrigues de La Balae. — Départ da roi pour Përonne. — ÙfÊtéSh et instances de ses généraux. — » Entrevue des princes. *- C&ttté" rences à Përonne. — Nouvelle rëvoîte des Liégeois. -^ Colère du dac de Bourgogne.—- Ses effets. — Sages remontrances de Comines. — Terreurs du roi. — Incertitudes du duc. -^Nouvelle 'entrevue des deux princes. — Traité de Përonne. — Olrdre du roi de licencier Famiëe. — Refus de Dammartin. — Départ da.roi et du dac pour Liège. — Résolution désespérée des Liégeois. — Courage éclatant de Louis. — Assaut de Liège. — Pillage de la ville.— -Re* tour du roi en France. — Activité de Louis XI pour la réformation des abus. — Ses efforts pour détruire le vagabondage des Bohémiens.—Création des postes. — Etablissement , à Tours, d^un corps de ville. — Divers actes de législation. — Organisation des (x>rporations.— Institution de Tordre de Saint-Michel. — Inamo- Tihilité des charges judiciaires. — Troubles excités par le roi en Catalogne. — Trahison du cardinal de La Balue. — Lettre de La Balue au duc de Bourgogne. —Découverte de la trahison de La Balue. p— Ambassade envoyée à Rome.— Délibération du saint siège sur le procès du cardinal. — Châtiment infligé à La Balue. -«Perfide polilicjne de Louis XI. — Lettre de Louis au duc de Guienne. — Entrevue des deux frères. — Leur réconciliation, -r EfTets de la haine de Louis XI contre les grands. — Nouvelles intrigues.— Affaires d'Angleterre.«^Lettre du duc de Bourgogne à Taroiralde France. — Ambassade du roi au duc. — Naissance du dauphin, depuis Charles YIII. — Rétablissement de la maison de Lancastre. — Alliance avec les Suisses. — Manifeste du duc de Bourgogne.— Convocation d^ une assemblée des notables. — Colère de Charles le Téméraire.— -Nouvelles intrigues du roi en Espagne. — Reprise des hostilités entre la France et la Bourgogne.

24^ ^Louis xr,

— Trèvè. — ^Descente d^Édoaard en Angleterre. — Mort de War- ^rick.-7- Meurtre du prince de Galles.-^ Captivité de Marguerite d^ Anjou. — Secours accordes au duc et à la duchesse de Savoie.

— Mort du pape Paul II. — Nouveau traite entre les princes contre le roi. — Position critique de LOiiift XI. — Empoisonnement du duc de Guienne. — Sa maladie. — Testament et mort de ce prince. — Arrestation de Vabhé de Saint-Jean d'Angeljr.

— Opinions de^ contemporains sur la mort du frère du roi.—- Dispositions de Charles le Téméraire contre la France — Prise et ruine de Neslc. — Manifeste tardif du duc. — S^ëge de Beauvais. — Héroïsme de Jeanne Hachette. —Retraite de Tannée des Bourguignons. •— Mesures prises par Louis pour la défense dn rojraumc. — Récompenses accordées aux habitans de Beanvais. — — • Ravages de la Normandie par les Bourguignons.— Trèreàvee la Bretagne.— Défection de Philippe ^ ComUies.

Intrigues -L'A Balue était parvenu , par une servilité **^ î^^^f*" apparente et par une grande audacç^ à conquérir un irrésistible ascendant sur lé caractère despotique de Louis. Enivré de sa fortune, il eh jouissait-avec une telle ai;rogance, qu'on le voyait Souvent paréourir les rangs de Farmée avec son costume ecclésiastique, et Finspecter comme s'il eût été ministre de la guerre^ Aussi Dammartin, indigné de cette impudence, demanda un jour au roi la permission d'aller inspecter à Évreux le clergé, le chapitre et le séminaire;. et comn\e ce prince montrait la durprise que lui causait une demande si étrange, (( Pourquoi vous en étonner, sire? reprît Dam- » martin; n'est- il pas naturel que je veuille

LOUIS XI. a4l

» veuille passer en revue les prêtres ^ puisque » le cardinal vient faire l'inspection de mes » soldats ? »

La Balue, persuadé que, pour conserver sa laveur^ et devenir de plus en plus nécessaire au monarque ; il allait le délivrer des embarras de la guerre , conçut la malheureuse idée d'arranger une entrevue entre Louis et le duc.

A cet effets flattant habilement l'orgueil du monarque^ il lui représenta que^ dans cette entrevue avec son ennemi, tout l'avantage serait de^on côté, et que sa supériorité rendrait cette conférence beaucoup plus utile pour lui qu'une bataille. C'était attaquer Louis par son point le plus faible.

Ce prince se croyait, non sans fondement, le plus fin, le plus éclairé des politiques de son temps. Néanmoins, ce ne fut pas sans une longue hésitation qu'il consentit à se livrer, par cette démarche imprudente, aux mains de son plus ardent ennemi. U repoussa plusieurs fois c^te proposition; mais La Balue, ne se rebutant pas , eut recours à d'autres moyens pour l'amener à son but.

Le roi redoutait les grands, les consultait peu, et n'accordait jamais une entière confiance aux hommes qu'il avait revêtus d'une haute dignité. Les personnes avec lesquelles il

s'épanchait le plus librement) étaient des do-mestiques et d'autres subalternes qu'il croyait s'être solidement attachés par ses largesses et par sa familiarité. La Balue ne l'ignorait pas. Aussi l'astucieux prêtre avait pris soin de corrompre et d'acheter Jean Vobrissel, un des valets de chambre favoris de Louis.

Celui-ci ayant fait, sous difierehs prétextes, plusieurs voyages en Bourgogne, dit au roi que le ducy ajoutant peu de foi à tous les négociateurs qu'on lui envoyait, désirait vivement discuter en personne avec lui les question9 qui les divisaient ; qu'il croyait qUe c'était le seul moyen d'aplanir toutes les difficultés, et qu'une entrevue avec le roi était le plus ardent objet de ses vœux.

Alors l'irrésolution de Louis cessa; l'entrevue fut décidée. Mais malheureusement, par un effet de cette fausse finesse et de ce penchant pour la ruse , qui lui fit commettre tant de &Utes, Louis XI avait pris d'avance des mesures qui devinrent la cause réelle du péril 4ans lequel il tomba.

Quelques agens secrets , envoyés par lui à Liège, avaient engagé cette cité taii)ulente à se révolter contre le duc de Bourgogne, dans le cas où ce prince déclarerait la guerre à la France.

Or, dès que le roi se fut décidé à proposer

I^LIUld Al. ^SCf^

une entrevue au duc , au lieu d'abandonner l'alliance liégeoise , il crut suffisant d'envoyer un nouvel agent aux magistrats de cette vi11e> f)our leur conseiller, non de renoncer à leurs desseins , mais de différer leurs hostilités. En même temps , sans attendre leur réponse, il fit toutes se^ dispositions pour se rendre à Péronne, où l'entrevue devait avoir lieu.

Au moment de partir, Dammartin et t^s plus sages de ses conseillers hasardèrent qiiëkjues tentatives pour le détourner d'une résolution qui excitait leurs alarmes ; mais le sort en était jeté, le parti était pris, et une lettre du connétable avait affermi ce prince dans son projet, en l'assurant que le duc, revenu de ses préventions, voulait cottclure avec lui l'alliance la plus étrqi^te, et qu'indépendamment des questions générales qu'on pouvait résoudre pair la voie ordinaire des négociations, il existait certaines affaires particulières sur lesquelles on ue devait rien décider que dans un entretien personnel et secret.

Tout étant ainsi arrêté, le roi, après^ avoir ovpan du reçu un sauf-conduit signé par le duc de Bour- PërôSne! gogne, laissa le commandement de l'armée au comte de Dammartin, et se mit en route le 8 octobre 1468, accompagné du connétable, du duc de Bourbon, du cardinal La Balue,

.dS

^44 LOUiS XI.

avec une faible escorte de quatre-vingts hommes pri^ dans la garde écossaise^ et de soixante cavaliers.

Un grand nombre de nobles flamands et bourguignons vinrent au-devant de Louis jusqu'aux bords de la rivière de i)oing. LÂ^ ses méfiances y ses soupçons , ses alaffoes se réveillèrent à la vue de quelquesruns de ses ennemis personnels, tels que Du Lau, révêqiié de Genève y Philippe de Savoie , et plusieurs autres seigneurs proscrits par lui, et qui semblaient le braver arrogamment, en se mêlant aux rangs de l'escorte bourguignonne chargée de le recevoir. £n ce moment, son ^prit superstitieux se rappela une prétendue prophétie qui le menaçait d'une mort prochaine; il se souvint aussi du bruit qu'on avai% répandu de l'apparition d'une comète.

D'ailleurs , les discours de ses serviteurs les ''eZi plu$ dévoués entretenaient le trouble de smi âme. « Le roi, disaient-ils, est encore ici, en- » touré d'amis. Plut au ciel qu'il y restât, et ne » fit point un pas de plus I.Les troupes da duc » Charles se rassemblent de toutes parts, le y) maréchal de Bourgogne lui en amène de » nouvelles; il est suivi par les plus ardens » ennemis de Sa Majesté ; et toutes les préve- » nances , toutes les marques d'amilié qa'on

nslan-

aeraux. a

LOUIS Xl« 245

» affecte, ne sont que des voUes peur couvrir j» une haine violente, et pour entraîner notre » incmarque dans une ruine inévitable, h

JDammartin^ Rouhault, Lohéac, renouvelé* rent alors leurs instances pour chianger la dé^ lermination de Louis. Mais te prince était trop avancé pour reculer. Ce changement soudain aurait paru caprice ou lâcheté. D'ailleurs , en relisant le sauC-conduit du duc , il tie pouvait Croire qu'on osât violer sans pudeur un engageiileiit si solennel. « Monseigneur, lui disait I) Charles dans cet acte, je me recommande )} humblement à votre bonfie grâce. Si votre » plaisir est de venit* en cette ville de Péronnë » pour avoir une entrevue avec inoi^ je voilS^ i) pronftts et je vous jure p par ma foi et sur » tnbq honneur, que vous y pouvez venir d^ » iQeurer et vous en retourner sûrement , soit » à Ghauni, soit à Noyon, à votre plaisir^ » quand vous le voudrois^ , Ubc^tpent^ aant. u qu'aucun empêchement soit donné à vous^ x> ni à nul de vos gens > par moi ni par d'aU^ D très , pour quelque cas qui sciit ou qui puisse i> advenir. £n témoignage de cie , j'ait écrit et >) signé cette cédule de mû. main^ à Péronne, ^ le 8" jour d'octobre, l'an i468i

)j Votre très-humble et très-obéissant sujet ,^

n Charus. »

Eûuwne Lc Foi ii'hésita plus. Le duc lui-^même ac-

det deax ^

prince», courut à sa rencontre; ils s'embrassèrent et continuèrent leur marche avec toutes les démonstrations de l'amitié. Gomines nous fait même remarquer que le roi , en signe de cordialité, appuyait fréquemment sa main sur l'épaule du duc.

Arrivé à Péronne, le roi fut logé chez le receveqr de la ville ^ parce que le château^ depuis Jong-temps inhabité^ était vieux et démeublé.

Presqu'au même moment^ le maréchal de Bourgogne vint camper avec son armée sous les murs de la ville. Ce maréchal nourrissait dans son cœur une haine violente contre Louis. Ce prince, s'efforçant de le gagner à son avènement au trône, lui avait donné en fibf Épinal et son territoire. Mais les habitans et les magistrats de cette ville s'étant opposés à une cession contraire aux droits que leur avaient reconnus d'anciennes lettres patentes, et qui les incorporaient à la couronne, le Parlement décida en leur faveur. Le maréchal voulut soutenir ses prétentions par les armes; m^s, à l'instigation de Louis, le duc Jean de Galabre accourut à la défense d'Épinal. Depuis ce moment , le maréchal jura de se venger d'un tel manque de foi.

Les autres ennemis du roi étaient accueillis

par le duc avec une telle faveur^ que Louis y commençant à craindre quelque embûche, demanda et obtint qu'on le logeât dans le château, où il espérait trouver plus de sûreté; il s*y établit donc avec sa faible escorte et la suite très^peu nombreuse qui l'accompagnait.

Cependant les conférences commencèrent coo«r«nentre les conseillers du roi et ceux dju duc, et p^^e. en présence des deux princes. Louis promettait la pleine exécution des traités d'Arras et de Conflans , et ne demandait en retour au duc , que de lui jurer fidélité envers et contre tous. Mais Charles, opiniâtre dans ses volontés, ne voulait ni abandonner ses anciens alliés, ni rompre* ses lien&avec le roi d'Angle-* terre.

Ainsi , de part et d'autre , loin de se rapprocher, on s'adressait de mutuels reproches , et l'aigreur se mêlait aux* discussions.

Bientôt une^ nouvelle inopinée vint changer Nouvelle brusquement la situation des esprits , anéantir a^ l^. tout espoir de conciliation^ réveiller les haines, ^'^' et disposer le duc de Bourgogne aux partis les plus violens.

On apprit que les Li^eois, reprenant les armes,' s'étaient portés sur la ville de Tongres, où résidait leur évêque, et que, surprenant la cour de ce prince au milieu des fêtes et des

festins , ils étaient entrés dans la ville , avaient désarmé la garnison ; que l'évêque, les chanoines et le sired'Imbercourt,prisonniers, devaient probablement subir une mort infâme. Déjà les rebelles, dans leur furie, avaient massacré Tarchidiacre et coupé ses membres en pièces. Plusieurs habitans de Tongres , échappés par la fuite à leurs ennemis, attestaient et exagéraient probablement la vérité de ces excès dont Us prétendaient avoir été témoins.

Colère du . Le duc dc Bourgogne était trop disposé, par Bourgo- la violence de soi^ caractère et par sa haine ^** <;ontre Louis, à le croire capable des pluife noires perfidies , pour se permettre le plus léger doute ^ur la fidélité de ce récit et sur la part que ce prince devait avoir prise à cette insurrection. « Cette entrevue, s'écria-t-il , que j'aurais dû » refiiser, n'était donc qu'un piège infamel On » ne l'a demandée que pour m'endormir dans >; une funeste sécurité! mais ma vengeance V est dans mes mains, et je ne Laisserai pas une » si lâche offense impunie. »

Ses ef feu. Uu cffct prompt suivit cette menace. Par ses ordres les portes de la ville furent fermées^ et, sans respect pour les droits de la couronne et de l'hospitalité, il fit garder par une troape d'élite toutes les issues du château, qui, à l'ii^ stant même, se changea en prison.

Cependant, hésitant encore sur l'arrêt que ses lèvres tremblantes étaient tentées de prononcer, tantôt il cherchait quelques prétextas pour couvrir la violation de son serment^ et prétendait qu'un vol de dtamans qui lui avait été fait était la seule cause des ordres rigour^x qu'il donnait; tantôt, n'écoutant que safureur, il s'exhalait en menaces contre les Liégeois et centre les instigateurs de leur révolte ; tantôt il envoyait chercher les membres de son con*seil^ espérant que leur avis, rassurant sa con- ^ience, pourrait colorer sa vengeance de quel^ ques formes légales.

Si par malheur, dans ce premier moment^ il «e fut rencontré quelqu'un de ces courti«sans flatteurs qui enflamment les pâmions des princes au lieu de les combattre, Louis XI ^ ^ djape à la fois f^e ses artifices et de son impré* voyance^ se serait vu jeté da^s un cachot, ou peut-^tre même poignardé.

Heiireusement Philippe dç Gomiues^' oham* sages re bëllan du duc, se trouvait alors de service^ ""ers alT' C'était un homme d'esprit, sage,.hid:ûle, adroit, ^"'"^' et qui frémit à l'idée des malheurs incalcur' labiés où tout le royaume serait précipité par l'attentat que la fureur de son maître lui fai-* sait craindre. Il chercha donc, sans choquer ouvertement un aussi fougueux caractère, à

25o LOUIS XI.

Fadouciv par degrés et à gagner du temps. Il fut secondé dans ses efforts par un bourgeois estimable^ Charles de Yisen^ valet de chambre du duc.

TerreuM Cependant, les nouvelles de Liège et les éclats de la colère de Charles avaient promptement retenti jusqu'au château. On peut concevoir facilement , quand ce bruit parvint au roi, quels furent sa surprise, son repentir et sa terreur. •

A ses yeux, et non loin de l'appartement qu'il occupait, s'élevait, comme un fantôme effrayant, l'antique et sombre tour où jadis Charles le Simple, enfermé par le comte de Vermandois, avait vu sa liberté ravie, son trône perdu et ses jours tranchés.

Louis n'avait encouragé la rébellion des Liégeois que dans l'espoir de rendre plus fa* ciles, par cette diversion, ses négociaticms avec le duc ; mais il était loin de croire que ce soulèvement dût être si prompt et pût s'exécuter dans l'instant même où il se trouvait sous la puissance de son ennemi. Triste et tardive réflexion! Louis, qui se croyait le plus rusé, des hommes, se trouvait pris honteusement dans ses propres pièges. Hier monarque puissant, dictant ses volontés aux États de la France, écrasant ses grands vassaux du poids de son

LOUIS XI. 25l

sceptre , el forçant ses plus fonnidables enne* mis à lui demander la paix> il se voyait. au-* jourd'hui faible, désarmé, captif, liihré au ca^ price d'un prince foujg^eUx, son sujet, et menacé d'une catastrophe tout à la fois tragique et ridicule.

Les cris, les menaces, les clameurs d'un peuple irrité peuvent frapper de crainte l'âme la plus ferme ; mais l'isolement, la solitude et un silence funèbre inspirent encore une ter- . reur plus profonde. Louis est seul dans sa prison ; sa garde est éloignée de lui. Aucun de ses amis ne peut lui apporter des consolations , et nul autre objet né s'offre à ses yeux que cette tour sombre où périt jadis un monarque français. La peur glace son front , la rage agite son cœur, et, s'il entend enfin quelques pas humains retentir sous les voûtes du château, ce sont ceux de quelques domestiques qui ont obtenu la permission de l'approcher; mais ils ignorent tout ce qui se passe au dehors, et ne peuvent rien lui apprendre sur sa destinée.

Pendant ce temps, le duc de Boui^;ogne, au-* incartitii. trement , mais non moins violemment agité , dœ. forme tour à tour les plus sinistres projets. Quelquefois il veut. condamner le roi à une captivité perpétuelle, un moment après il jure que ce prince périra, et que son trône sera

renversé ; et dans d'autres instans il s'effiraie de sa propre fureur et des périls dans lesquels son emportement peut le précipiter.

Enfin y il rassemble un conseil ; la voix des courtisans enflammesa colère; le maréchal de Bourgogne surtout le presse ^ le conjure de satisfaire une juste vengeance^ et de ne plus s'exposer^ par une générosité-imprudente, aux perfidies d'un prince pour qui nul «ennent n'est sacré. Durant quelques instans, la majorité du conseil incline vers la rigueur, et Tavis qui semble prévaloir est celui par lequel on propose de faire descendre le roi du trône et d'y placer son frère ; enfin quelques ccmseillen plus sages représentent avec énergie au duc qu'il se couvrirait d'un opprobre étemel, et soulèverait toute la France contre lui^ si, violant un sauf-conduit signé de sa propre maioi il osait frapper ou détrôner le roi , ou démembrer le royaume.

Ces remontrances ébranlaient l'esprit impérieux du duc ^ mais sans pouvoir encore le per suader. Vingt-quati*e heures se passent daos cette indécision, et chacun attendait avec anxiété le mot décisif qui sortirait de la bouche de Charles pour sauver le monarque ou poor consommer sa ruine.

Le caractère de Louis XI conservait, dans

LOUIS xr. 253

cet extrême dan(i[er^ son empreinte ordinaire; car, privé de tout moyen de force, on le vit encore fonder son espoir sur l'artifice et la corruption.

Ce prince avait apporté à Péronne beaucoup d'or et de pierreries; il les prodigua pour gagner secrètement les personne» qui jouissaient près du duc de la plus intime Êtveur. Quelques domestiques, autorisés à lui chercher et à hii apporter des alimens, lui servirent d'agens et d'émissaires. Lorsqu'il se vit, par leur moyen, assuré de quelque appui, il ofirit à Charles de conclure la paix aux conditions que le duc lui dicterait, et promit de contraindre avec lui les Liégeois à réparer et à expier leurs^ offenses.

Le duc lui fit attendre deux jours sa réponse, et soit qu'il sentit le besoin d'être plus calme pour se déterminer , soit qu'il craignit de se laisser entraîner par des conseils trop timides ou trop violens, il se tint étroitement renfermé dans son palais , ne gardant auprès de lut que le s|re deComines, un chambellan et déut valets- de chambre. Heureusement c'étaient les personnes les plus disposées à le détouitier" du parti le plus extrême. Us le laissèrent d^abord exhaler en liberté ses fureurs, et profitèrent des instans où il semblait apaisé ou épuisé pour

a54 LOUIS xt.

lui soumettre avec prudence quelques sages observations.

NouTdie Enfin, après avoir passé deux nuits sans ferdesdeox jner les yeux, le duc se décide, et des que l'aurore du troisième jour paraît, il sort, se fait ouvrir les portes du château, et entre précipitamment chez le roi. Là, encore ému d'une colère que trahissaient son attitude hautaine , son ton bref et son œil ardent, il lui dit : ce Con- » sentez-vous à signer sans hésitation le traité » que je vous apporte et tel que je l'ai rédigé? » —Oui, répondit le roi, je le signerai. — » Consentez-^vous encore, reprit le duc, à par- » tir avec moi pour Liège ^ afin de châtier la w rébellion de cette ville, et de venger un évê^ » que issu de votre sang royal ? » Le roi dit : (c Dès que la paix entre nous seiu signée, je » vous accompagnerai à Liège avec le nombre » de troupes que vous fixerez. »

Trailéde Alors Ic traité fut posé sur une table * Louis le signa et en jura l'observation sur .un morceau de la vraie croix qu'il portait toujoun avec lui. La paix étant conclue, tout changea de face, les portes s'ouvrirent, les communications fiirent rétablies. Plus la constemati<Mi avait été profonde , plus les expressions de la joie générale furent vives et éclatantes; chacun

* 14 octobre 1468.

setnbldit dégagé d'un pesant fardeau, le roi seul sentait douloureusement dans son âme le poids de l'humiliation à laquelle sà fierté se voyait réduitei

Philippe de Gomines dit, dians ses Mémoires, que c'était lui qui avait trouvé le moyen de communiquer secrètement avec Louis, et de lui persuader qu'il devait consentir à tout sans discussion , s'il voulait conserver sa couronne et ses jours. En efiet, depuis, le roi avoua publiquement qu'il devait son salut à Gomines beaucoup plus qu'à ses moyens de corruption; car l'agent chargé de distribuer près de vingt mille écus d'or parmi les conseillers et officiers de la maison du duc, en avait gardé pour luimême sans pudeur la plus grande paetie.

Voici quelles furent les principales dispositions du traité de Péronnè.

D'abord on renouvela les engagemens stipulés dans les traités préçédens ; leur pleine exécution fut garantie pour tout ce qui concernait le duc de Bourgogne et ses alliés , sans qu'on pût alléguer contre eux les liens récens qu'ils avaient Contractés avec le roi d'Angleterre.

(( Il fut convenu que si le roi manquait à ses engagemens, il serait déchu de tout droit de souveraineté sur la terre du duc de Bourgo-

gné. En revanche^ si le duc manquait à ses obligations 9 toutes ses terres et seigneuries seraient confisquées au profit de la couronne.

» Le prince Charles de France renonçait au duché de Normandie ^ et le roi lui accordait pour apanage la Champagne et la Brie. »

Telles furent les concessions humiliantes auxquelles le roi souscrivit forcément, pour sortir du piège qu'il avait lui-même tendu sous ses pas.

La conscience de ce monarque Tavertissait assez du peu de confiance qu'inspiraient ses promesses et ses sermens; aussi, dans cette occasion , il proposa lui-même au duc de lui livrer quelques otages, comme garantie de l'exécution du traité.

On voit que Comines , en le servant et en le tirant d'un pas si périlleux, doutait comme les autres de sa bonne foi. Car, en parlant des otages offerts par lui, il s'exprime ainsi : a Ceux )) qu'il nomma s'offrirent hautement; mais je » ne sais s'ils disaient de même à paH;jie me » doute que non , et à la vérité je crois que si on » les eût acceptés , il les aurait laissés sans scrur » pule dans l'embarras! »

Ordre du Âprès la signature du traité, le roi, qui ne

roi de li- • . » • - i i " i • •

cencicr pouvait encoFC agir que suivant le pon plaisir et les ordres de son hôte ou de son geolteri W^-

pédia des courriers pour communiquer à ses principaux officiels les nouveaux engagemens qu'il venait de contracter. II écrivit particulièrement au comte de Dainmârtin, lui apprit qu'il allait partir pour Liège avec un certain nombre de compagnies d'ordonnance ^ et lui prescrivit de congédier le reste de son armée.

Dammartin répondit avec respect^ mais avec fermeté, qu'il ne pouvait obéir à un commandement aussi contraire à son devoir, sans exposer les frontières à de grands dangers. Louis insista : « Choisissez, lui dit-il ^ les compagnies » qui doivent me suivre à Liège, congédiez les » autres , car dès que cette expédition sera ter- D minée , je rentrerai promptement en France, » et croyez que le duc désire plus d'abréger )) mon séjour près de lui que de le prolonger. »

Malgré cette insistance, Dammartin, voyant neibtde que le courrier du roi était accompagné d'un ^ST^ messager du duc, jugea que la démarche do monarque n'était pas libre, et qu'il ne pou^ vai£ mieux servir ce prince qu'en lui désobéissant. Ainsi l'armée ne fût pas congédiée par lui, et il chargea l'officier du duc de rapporter ces paroles à son maître : ce Soyez assuré que » si le roi ne revient pas promptement parmi » nous, tout le peuple du royaume se lèvera et » viendra jouer en Bourgogne une scène plus 0- \:

» sanglante que celle qui se prépare pour le » pays de Liège, car la France n'est pas encore » si dépourvue de gens de bien et d'honneur, » que monseigneur le duc voudrait le croire. )) ?ofe'dl" Charles, dit-on, fut singulièrement frappé duc pour Je cette menace . elle n'abattit point sa fierté ; mais elle l'étonna et l'adoucit. Bientôt un corps de troupes assez nombreux vint rejoindre le roi. II était composé de quatre cents lances et d'une partie de sa maison militaire. Le duc et le cardinal de Bourbon , le connétable ef La Tr^ouille restèrent près de lui; et ce fut à la tête de ce cortège, dont la pompe contrastait avec son abaissement, que Louis XI, arborant hun^blement la croix de Bourgogne, se mit en marche pour faire expier aux Liégeois la rébellion qu'il avait lui-même excitée.

iwsoiu- Cependant les infortunés habitans de Liège, ,,eree de» mcuaccs par leur lormidable oppresseur, trahis par leur protecteur, et ne trouvant même plus d'abri à l'ombre de leurs remparts si récemment démolis, opposent à l'orage qui va fondre sur eux le courage du dèsespoîr; ils apprennent que les Bourguignons et les Français s'avancent contre eux ; et loin de fuir ou d'implorer merci, ils courent aux armes et marchent audacieusement au-devant de leurs féroces ennemis.

LOUIS x\. a59

Au milieu d'eux se trouvait Omphrius , légat du pape. Il leur avait été envoyé par le souverain pontife pour les porter à la paix; mais ses reproches violens et ses menaces hautaines redoublèrent la violence du feu qu'il devait éteindre. N'écoutant qu'une ardeur impétueuse, ils attaquent sans ordre l'avantgarde boui^uignonne ^ qui résiste en masse à leur furie, et les repousse avec perte.

Le maréchal de Bourgogne^ enivré de ce premier succès ^ commit une faute trop oi^dinaire et rarement impunie > celle de mépriser un ennemi inférieur en nombre. U négligea de garder son camp^ de placer des postes au dehors^ et s'endormit dans/une trompeuse sécurité. Pendant la nuit, les Liégeois réviennent, fondent au milieu de ses troupes, les mettent en déroute, et tuent une partie des fuyards.

Lorsque le duc apprit cet échec , il défendit qu'on en parlât au roi, car il se méfiait toujours de lui, et craignait que cette nouvelle ne lui causât autant de joie qu'il en éprouvait de peine.

Une si faible faveur de la fortune faisait counge

• T*' •! 1 1*/* éclatant

concevoir aux Liégeois les plus chimériques deLouii, espérances. L'obscurité les avait déjà si bien servis, qu'ils tentèrent encore d'en profiter; et, pendant la nuit du 26 au 27 octobre 1468, ils

attaquèrent en foule et à la fois les deux camps du roi et du duc. D'abord leurs clameurs furieuses^ les gémissemens des blessés, les cris des mourans, l'épaisseur des ténèbres, le désordre qu'entraîne une irruption imprévue, favorisent les assaillans. Pour la première folR$, Charles le Téméraire se montre troublé, in-^ certain, éperdu, tandis que le roi, se rappelant les jours de sa jeunesse, reprend un caractère digne de son rang, oppose au péril une frofde intrépidité, donne avec calme les prdres nécessaires, rassure les soldats, les rallie, et fait respecter ses commandemens par les Bourguignons comme par les Français; de sorte que les deux armées ne paraissaient alors soupiises qu'à lui seul.

^ entendre ce prince y dit Comines, et à voir sa contenance au milieu dun tel danger^ ilsem'^ blait bien roi de grande vertu et de grand, sens, et qu'autre/bis il se fût trouvé sous^ent eu d^ telles affaires.

Ce mot de vertu ^ appliqué à Louis XI, indigne Ducios : w Comines, dit-il, pouvait van- » ter Sia bravoure, elle n'était point Contestée; » mais appeler Louis XI roi de grande vertu, M c'est faire mentir l'histoire et déshonorer rbit^ » torien. » L'arrêt est sévère, et l'auteur oublie qu'au temps de Comines, siècle semirb^lMgre,

LOUIS xr. 2&l

le courage militaire passait encore pour la première des vertus.

Quoi qu'il en soit, le roi ayant rétabli Tor-AM^uide dre, rassuré le duc et rassemblé les troupes, *^ leur nombre et leur tactique l'emportent bientôt sur l'aveugle impétuosité des assaillans. Ils sont à leur tour attaqués, pressés, enfoncés, poursuivis; et les armées bourguignonÉLe et frariçaise, précipitant leur coursé victorieuse, viennent établir leur logement dans lès faubourgs de Liège. Une vaste grange sépara le quartier de Charles de celui du roi> et le premier soin du duc fut de placer trois cents hommes de garde dans cette grange ; car alor» il redoutait peut-être moins ses ennemis que le monarque son allié.

Un assaut général fut résolu. Le désespoir des Liégeois ne leur permit pas de l'attendre. Ayant choisi six cents hommes des plus intrépides, ils ordonnèrent à ce corps d'élite de braver, de surmonter tous les obstacles, de ne point s'arrêter dans leur course, de pénétrer à minuit dans les maisons habitées par le duc et le roi, et de les égorger.

Uil succès inoui parut d'abord couronner cette fougueuse audace: Ils marchent en silence, et passent, sans être aper^Jus, au milieu des gardes endormis. Déjà ils touchent au seuil

des maisons où reposaient les deux princes dévoués à la mort; mais soudain un léger bruit Jette Teffroi parmi les hommes d'armes qui veillaient dans la grange , ils se lèvent, tirent leurs glaives, sortent et cherchent l'enneçdi inconnu qui les menace. Alors les Liégeois, au lieu de poursuivre leur dessein et d'entrer dans les chambres des princes qu'ils allaient surprendre dans leur lit, se réunissent pour combattra les hommes d'armes. Ce combat fut long et sanglant.

Pendant ce tumulte, le duc et le joi, ne pouvant rien distinguer au milieu des ténèbres que le bruit des combattans , ignoraient réciproquement leur sort, et prenaient, chacun de leur côté, une noble part à cette horrible mêlée. Enfin tous deux se rejoignirent, couverts de sang et entourés de morts; le jour .parut, ils réunirent leurs troupes et forcèrent les ennemis à la retraite.

Alors le roi ouvrit un avis sage, celui d'épargner le sang et d'offrir une capitulation aux vaincus. Le duc ne vit dans ce conseil qu'un piège et le désir de sauver d'anciens alliés. Il répondit donc avec une hauteur qui blessait toutes les convenances : (c L'assaut » aura -lieu à l'heure que j'ai indiquée. Au >) reste, le roi est maître, s^vl le veut, de se

Loris \ï. ^l

» retirer sur Namur, et d'y attendre révéïie- M ment. » Louis, trop dissimulé pour se mon* trer irrité d'une telle offense y dit seulement qu'il était prêt à combattre avec son allié.

Mais le découragement s'était emparé des Liégeois; la plupart d'entre eux venaient de fuir et de chercher un asile dans les Ardennes : les femmes, les vieillards s'étaient réfugiés dans les ^ises; quelques habitans paisibles, restés dans leurs maisons, croyaient que l'ennemi suspendrait ses coups et respecterait la sainteté du jour consacré au Seigneur. Ainsi le duc et le roi n'éprouvèrent dans leur marche aucune résistance; ils arrivèrent tranquillement et sans obstacle jusqu'au palais épiscopal.

Cependant, les soldats avides de butin et de vm%t j* sang, se répandirent dai^s la ville, la livrèrent au pillage, et le duc lui-même se vit contiiûnt de tuer quelques-uns de ces furieux, pour sauver les églises de leur violence.

Tout étant consommé, les deux princes, sans cesser de se haïr, se prodiguèrent d'hypocrites protestations d'amitié et de perfides caresses. Le traité de Péronne fut relu, par eux ; Charles voulait y faire comprendre quelques seigneurs disgraciés par le roi, Louis lui répondit qu'il ^ consentirait volontiers si le duc voulait aussi

rendre ses bonnes grâces au sire de Croy et au comte de Nevers.. Cette réplique termina la discussion. Le duc n insista plus, le traite fut confirmé , et le roi , reconduit assez loin par le prince de Bourgogne, sortit enfin de ses chai* nés et rentra dans son royaume.

Les fiireurs de Charles le Téméraire n'étaient pas encore assouvies. Après le départ du roi , il donna l'ordre barbare de noyer ou d'égorger tous les prisonniers, livra la cité de Liège aux flammes, et jouit de cet incendie comme du spectacle le plus satisfaisant pour sa passion brutale. Implacable dans ses vengeances, il poursuivit au milieu des montagnes et des (bréts les Liégeois fugitifs. Aucun de ces infortunés ne lui échappa; tous ceux que le glaive ne put frapper, périrent dana ^ angoisses du froid ou de la faim.

Retourdu Dès quc Ic roi fut arrivé à Senlis, il convo- France, q^a Ic Parlement , lui communiqua le traite conclu à Péronne, et comme si le souvenir de sa prison le glaçait encore d'effroi , il défendit à tous ses sujets, sous peine de mort, de pro^ noncer aucune parole offensante contre le duc de Bourgogne.

Sa déconvenue , son imprévoyance , sa cap* livité, son humiliation lui avaient rendu le nom de Péronne odieux. On excitait son cour-

roux en le proférant De tout temps les Fran* çais fiirent malins et railleurs ; la tyrannie fermait la bouche aux hommes , ils firent parler les bêtes. Bientôt le roi apprit que les Parisiens avaient dressé un grand nombre de pies , de sansonnets et de corbeaux à répéter ce nom fatal de Péronne. Plusieure bourgqpis payèrent de leur tête ce satirique complot ^ et tous ces oiseaux moqueurs furent inhumainement étranglés.

La guerre du Bien public et la malencontreuse aventure de Péronne furent deux grandes leçons pour Louis XI. L'impression qu'il en reçut fut profonde^ mais elle ne suffit cependant pas pour le corriger; le pli de son caractère était devenu ineffaçable , et toujours il continua de compromettre son autorité par ses parjures ; le repos du royaume par ses actes arbitraires et ses proscriptions. Enfin ^ il ne. cessa pas d'exciter^ par ses intrigues et par ses perfidies , tous ses voisins à se liguer secrètement contre lui.

Cet état de lutte et de péril où son esprit Ariiviti{<i« turbulent le plaçait sans cesse , produisit ce- p^* u pendant aussi quelques effets utiles à la civili* ^^^ sation. Ce prince , doué d'une activité infatiga- ***"*• y^\^y éprouvait un continuel besoin d'argent ï>our tenir constamment ses troupes sous les

2(J«> LOLÏS Xf.

armes, et ses intrigues en mouvement; et, comme il aurait révolté le peuple en le chargeant outre mesure d'impôts et de taxes^ il s'occupa plus habilement des moyens d croître les ressources du trésor, en réforma les vieux abus, en châtiant les concussic ires, en donnan^ de la force aux lois ^ et en sous leur protection l'agriculture le c merce , qu'il mit ainsi à l'abri de Vi des grands et du brigandage des aventur "S.

Dès que le prince veut s'éclairer, les ne lui manquent pas , on lui en apporte tes parts ; Louis accueillait avec bienvei ice les projets utiles qu'on lui présentait.

Pierre Doriole, magistrat fort estimé di ce temps , lui représenta tous les inconvéi qui résultaient de l'abandon où depuis 1 temps le gouvernement avait laissé la na' tion; tous les produits industriels et agi ( de la France étaient enlevés et export dei

étrangers. Les Vénitiens gagnaient à ce c merce sept ou huit millions par an ^. L d'après les conseils dç Doriole, ranii I tivité des armateurs français par A\ c igemens ; et bientôt un grand nombre de mens nationaux transportèrent, dans \

étrangers^ nos laines , nos vins, nos huiles^

* ii(i8.

nueos.

épiceries ; de sorte que la France commença à jouir de tous les bénéfices que les commerçans anglais^ vénitiens et hollandais, avaient jusque là faits seuls à ses dépens:

Depuis la restauration de Charles VU, ons«iefloru était parvenu, avec beaucoup d'efforts, à dé-^^Me truire les bandes de routiers , de cottereaux et ^**^ de brigands qui, sous les règnes précédens, ***^ avaient dévasté le royaume. Doriole en dénonça des bandes nombreuses et d'un autre genre, qui , par ruse ou par violence, ruinaient alors les campagnes. On les appelait Bohémiens où Zingari , race d'hommes fort répan* due dans toutes les parties de l'Europe, et dont l'origine, malgré les recherches des savant, est encore aujourd'hui un problême.

Leur langage, leurs mœurs, leur religion différaient de toutes celles des peuples connus, anciens et modernes. On reconnut que ces misérables , dans une seule année , avaient volé plus de quatre mille marcs d'argent "^^ Le. roi en fit emprisonner, pendre et surtout bannir uu grand nombre ; mais l'autorité des Ipis €[t la volonté du prince furent impuissantes contre cette vermine.

En vain on la pourchassait partout, et partout, pendant trois siècles, on la vit, après * 1468.

quelques intervalles de disparition^ se reproduire et se multiplier avec une rapidité aussi inconcevable qu'effrayante. Les uns croyaient qu'ils étaient issus d'une peuphtde de l'antique Egypte ; d'autres les faisaient venir de TOrient, et les nomptaient au nombre des adorateurs du feu. Campés sous des huttes ou sous des tentes, ils disaient la bonne-aventure aux villageois, leur distribuaient des remèdes pour toutes les maladies^ mettaient à contribution leur crédulité, et profitaient de leur curiosité imprudente pour les voler. Ils se plaisaient surtout à enlever de jeunes enfans qu'ils emmenaient avec eux pour recruter leur troupe vagabonde. La sévérité de Louis XI les éloigna quelque temps, mais elle ne put les anéantir. Si le roi accueillait les projets utiles, il repoussait avec un mépris ironique les de-* mandes dictées par la cupidité ou par la flatterie. Un jour les' chanoines de Loches, qui connaissaient sa haine pour son père ainsi que pour les favoris et lés maîtresses de ce monarque, crurent se concilier sa faveur en lui demandant la permission de se défaire du tombeau d'Agnès Sorel , qui souillait, disaientleur église. Le roi leur répondit : « J'y coni tis, M pourvu que vous me rendiez tous les di » que cette femme vous a faits pendant sa vie. :

LOUIS XI. aôg

Son but^ par cette raillerie^ était, dit malicieusement Duclos^ de leur faire sentir leur ingratitude ou de la tourner à son profit.

Avant de reprendre le cours des événemens cn?aiion qui'suivirent la paix de Péronne, il serait peut-^"* ^^^' être convenable de parler ici de Tordonnance par laquelle Louis XI créa l'établissement des postes.

Plusieurs historiens ont accordé de grands éloges à cette création , qui devint depuis si éminemment utile. Cependant il est impossible de lire cette ordonnance sans y voir Tempreinte de l'esprit méfiant , despotique et inquisitorial de ce monarque.

(c Par cet édit^ le roi établit sur toutes les grandes routes du rQyaume des coureurs chargés de porter ses dépêches. Ils étaient placés de quatre lieues en quatre lieues, sous les ordres de préposés assermentés dont le devoir était d'entretenir, en tout temps, quatre ou cinq chevaux harnachés et propres au galop.

n Un conseiller grand-maitre des coureurs de France fut institué pour diriger cette administration. Il devait toujours résider près du Toi. Ceux qu'on appelle aujourd'hui ^laîtres de poste furent alors nommés maîtres tenant les chevaux courant pour le serviqe du roi; ils devaient conduire les courriers et autrçs par-

H'JO LOUIS Xî.

sonnes envoyées par Sa Majesté et munies de passe-ports signés par le grand-maître. Leur devoir était aussi de transporter les dépêches royales, et celles des ministres ou des gouverneurs des provinces et principaux officiers, pourvu que chaque paquet fût joint à un certificat du grand-maître ou desdits officiers. Sur ce certiticat étaient écrites les liçures de la délivrance successive de ces paquets de coureurs en coureurs.

» Il était défendu au maitre-<;oureur, sous peine de la vie, de délivrer à personne Ae» chevaux sans ordre du roi ou du grand-maître, Sa Majesté voulant que cet étabUssement ne fût consacré qu'à son service.

» On accordait cependant au pape et aux princes alliés du roi de se servir des chevaux de poste, moyennant un prix fixé.

» Aucun courrier ne pouvait se dispenser de passer par les bureaux de poste et d'y prendre des passe-ports. On menaçait de confiscation et d'emprisonnement tous ceux qui, s'éloignant de la route, prendraient des chemins détournés.

» Des commis nommés par le grand-maitn étaient chargés de visiter avec rigueur t les courriers et messagers. Ceux-ci dei f exhiber leur titre, leur argent, et fiiire i

cacheter leurs paquets par le commis du rand-maître, afin qu'on pût connaître si le >urrier ne portait rien de contraire à la suite et aux intérêts du roi. Enfin le coniniis evait délivrer au courrier un passe-port cerifiant que ledit courrier ne portait 'rien qui it sujet à prohibition. Ce passe-port restait lans les mains du maître-coureur de l'endroit >ù le courrier s'était arrêté.

» Aucun courrier, dit l'ordonnance, ne peut >artir d'un bureau avant que le commis de r^lui-ci ait écrit et donné avis de son pase au grand-maître, afin qu'il puisse inforer le roi des motifs et de la destination du voyageur.

» Tout courrier qui entrerait dans leroyaume 3U en sortirait par des chemins détournés, sera irrêté. On saisira ses lettres et paquets, qui seront envoyés au grand-maître.

» Ce grand-officier était revêtu du pouvoir le plus absolu sur ses commis et sur ses coureurs ; il les nommait^ les destituait à volonté, et recevait leur serment de fidélité. Lui-même prêtait serment entre les mains du chancelier. Ses gages ordinaires étaient de huit cents livres-parisis ; il jouissait, en outre , des mêmes émolumens que les officiers de l'hôtel , et recevait une pension de mille livres.

» Les gages des maîtres-coureurs étaient de cinquante livres. Chacun des commis en recevait cent. De plus^ les courriers payaient ao ' maître dix sous par cheval pour chaque ooone de quatre lieues.

» Le grand-maitre et ses agens ne payaient rien ni pour eux ni pour les paquets adressés au roi ou expédiés par Sa Majesté. »

L'ordonnance est datée de Luxien^ près de Sens, le 19 juin 1464.

Il est évident 2 par la lecture d'an tel acte, qu'en créant cette institution , le but dm lit premièrement de recevoir des nouvelles to les points' de son royaume, et d'y transi ire ses ordres avec rapidité. Un autre motif, non moins puissant, fut celui d'organiser dans toute la France la police la plus active et une police si rigoureuse , que la moindre infraction à ses régleinens était punie de la conûsctlion et de la mort.

Tandis que Louis XI donnait ainsi une extension toujours croissante à ses moyens d'espionnage et d'intrigue, et qu'il s'efforçait d'a^ faiblir graduellement la puissance de ses vassaux et de ses voisins , soit par la force de ses armes, soit par les ruses de sa politique, où Je voyait d'un autre côté, par un singulier oodtraste , favoriser l'émancipation du peuple, l^

LOUIS XI. ayS

corder à Ja bourgeoisie les plus importons privilèges^ et fonder des institutions municipales sur des principes de liberté qu'aujourd'hui ceiv tains gouvérnemens libr^ semblent regarder encore comme dangereux pour Fautorité publique. . "

Cette contradiction cependant ne doit pas étonner. Un seul et même esprit dictait au roi les actes les plus dissemblables. Il croyait son trône const^ment menacé par les puissans vaissaux de m couronne ; la noblesse était Fobjet de ses méfiances^ ^é ses alarmes ^ de sa haine, et, pour se donner un appui contre eux, il cherchait^ par toutes les concessions possibles, à se concilier Tafïection populaeire. La liberté locale et civile n'effrayait point son autorité; il ne redoutait que la liberté poli-»tique des assemblées nationales et l'indépen-r dance de ces orgueilleux feudataires, si long^ temps rivaux des rois et tyrans des peuples.

Par des lettres patentes datées de Sainte éuwu^. Jeaii-d'Angély, dans le mois de février 1461^ w.* Louis XI établit à Tours un corps de ville. Çet^J^\ acte est trop remarquable pour n'en pas rap- ^*"** peler les principales dispositioi^sj

« Le roi d'abord déclare qu'en considération de la grandeur de cette cité, du nombre d'ér ^liseè, d'abbayes et de monastères qu'elle ren- 9. .18

2'f4 LOUIS XI.

ferme, et voulant d'ailleurs téçipigner son affection à une ville ctanB^le sein de laquelle il a reçu, le jour, et qui a vu célébrer le mariage de sa mère et le sien, il veut donner un. témoi* gnage de son affection à ses habitans de toutes classes, et les encourager à rendre de plus en plus prospère Fadu^inistration qu'ils ont jusqu'à présent secondée a^ëc tant d'activité et de zèle.

» En conséquence, dit-il, voulant, pour ce M et autres causes et considératmis à ce. ncms » mouvans, a^ugmenter et accroître les bon- » neurs et prérogatives de nostredite ville et » cité , à l'exemple des autres , et ppur donner }} courage et vouloir aux habitans en icelle de }} bien en mieux eux gouverner, nous, dënostre » certaine science, autorité et puissance royale » à nostredite ville et cité, ponr les boui^^is, » marchands et autres manans et habitans en » icelle , avons donné et octroyé , donnons et » octroyons/de grâce spéciale, par ces pré- » sentes, les droits, prérogatives ,. privil^pes, » prééminences, franchises, libertés et autres M qui s'ensuivent.

» i^ Lesdits bourgeois, manans et habitans pourront élire chaque année l'un d'eux pour maire. Us éliront aussi vingt-^quatre échevins conseillers à vie, ainsi que le font les h^itans

UHTJS XI. XtfS

de La Rodielle, leçquds gomfenkemitlw^aB» faires coouaunes de la ville el cité de Tom; Le maire recevra le» gages qui lui acroiit;ttlt sigiiés par les hahitaos. ' <

» 29 Le roi accorde auxdits'tnaire' et édnr» vins^ ainsi qu'à leurs limées , lajioblesse avae tous les privil^;es et frandiises d<mt }oaimuti les autres nobles, et ils pourront, ainsi qu'^uL^ devenir chevaliers et acquérir fieft, jurUyé^ lions et' seigneuries, sans payer àuconef. frnanioes à la couronne.

» 5^ Les mêmes droits. sont accordés à tout habitant de là cité de Tours possédant un €ê^ pital de cinq cents livres tournois.

n 4^ Le bailli de Touraine est nmnmé par le roi protecteuur et eoBS^^vateur. .des dniits concédés à laditeLcité et à ses4iabitans.

» 5» TojOS les bœirgs,. villages et habilaos de la Tonraiiie seront tenus de contribuer à l'acquittement des dhiarges de la ville de Taors^ sans qu'aucune |>at9onne, de quelque classe qu'elle soit, puisse se prétendre exemple :de cette obligation. .' .<

» 6^ Voulant obvier aux abus qui se sont introduits dans.notre* royaume, et ramena lc$ choses en {br>it commun ^ le toi ordonne qpie les habitans de Toiijrs ne seront jugés que pur les magistrats de la ville, sans qu'aucun pmsqe

376 LOtis xr.

récuser cette juridiction ni en réctamer une au^ tre^ à l'exception des officiers commensaux et domestiques du roi^ de la reine et de leurs enfans.

» 7^ La ville de Tours est affra^nchie de logement de gens de guerre et des appels du ban- et de l'arrière-ban , quand même ils tiendraient des fiefs obligés a ce service.

* » 8^ Le rôi accorde aux échevins de Tours le' droit d'exigei^ des tributs pour le pavage , pour les réparations de la ville, et de lever des taxes sur tous les charretiers ,-voitqricrs, quand même ils appartiendraient à dès seigneurs , ecclésiastiques et privilégiés.

» L'articW ^ est ainsi rédigé : « Et pour la » singulière confiance qu'avons èz dits maire » et échevins, bourgeois, manans et babitans » de ladite ville*, leur avons octroyé et ocn troyons que toutes et quantes fois que besoin *) sera, par Tordonnailce dlceux maire et éche- » vins, ils se puissent assembler sans qu'ils » soient tenus d'appeler ou convoquer à leurs » assemblées aucuns de nos officiers audit lieu » si bon ne leur semble. »

» 1 00 Poifr subvenir aux besoins de l'admi-f

nistration municipale, les maire et échevins sont autorisés à lever des impôts jusqu!à la concurrence de mille livres , et à nommer ua j>ercepleur qui leur en rende compte.

tion.

1 !• Sous aucun prétexte on ne pourra dontraindre lesdits maire et échevins à régir des domaines royaux ou autres seigfieuries , où lever des tailles et autres subsides pour le gou^ vernement.

12'' Enfin lé roi accorde aux habitans de Tours tous les droits, privilèges, franchises et pouvoirs concédés à la ville de La Ro-? chelle. M

Toujours animé du même désir de se servir »!▼«'»

actes dtt

des Parlemens, comme d^un^ instrument légal iêgi«ia. pour affermir son autorité et pour battre, en ruine la dernière base de la puissance féodale, le roi, en 1466, dans- une ordonnance publiée à Bourges , autorise Texécutioa à main armée des arrêts prononcés par les cours des Parlemens." M. Isambert remarque avec raison que c'est de cette ordonnance que dérive notre for-r mule exécutoire : Mandons et ordonnons à nos procureurs jgénéraux et à tous commandans de la force publique de prêter main forte lorsquils en seront requis.

L'année précédente *, le même prince avait fait publier une déclaration portant que le Parlement lui présenterait trois candidats pour la nomination de chaque place qui viendrait , à vaquer dans cette cour.

• ii65.

Plua tard ^ des lettres patentes ordonnèrent la nomination d'un commissaire chargé par le Parlement de rechercher et vérifier les bulles du pape 6t d'examiner ce qu'elles pourraient contenir de contraire aux intérêts du prince et aux libertés de l'Eglise gallicane.

Jja dévotion du- monarque , dévotion qu'il poussait jusqu'à la superstition, ne le rendait pas moins clairvoyant sur les droits de la couronne et sur ceux de l'Eglise gallicane. On s'en aperçoit en lisant son ordonnance ^ ptibliée relativement à la réception d'un légat à latere. Cet acte contient d'importantes réserves en faveur des franchises de notre Eglise^

Un autre acte *** d'un genre bien opposé à souillé et souille encore la mémoire deLoiiisXI. C'est avec peine qu'on lit, à la tête de cet acte tyrannique, le nom sacré de loi. Cette loi, emprhntée à l'esprit cruel et ombrageux du code dès empereurs romains, punit de mort lanonrévélaâon des crimes de lèse-majestç;ElIe servit de base, sous le règne de I^ouis, à un nombre immense de condamnations ; et commis trop souvent la tyrannie laisse après elle de longues traces , l'humanité gémit encore dans plusieurs

pays des tristes effets cTune législation auasi barbare. ^ ' ' ■

Qa n'a pas oublié la prome^ fitite pav lé roi aux Etats de Tours de faire travailler à la réformation du royaume les personnes élues par lesdits Étals / ainsi que celles qui devaient y être adjointes en tel nombre quQ le roi dé^ signerait. Cette promesse fut éludée eornm^ tant d'autres que la nécessité du moment avait dictées , et tous ces commissaires négligèrent les intérêts du peuple pour ne s'occuper que des querelles qui divisaient alors le roi, le prince son frère , les ducs de Bourgogne , de Bretagne et d'autres seignenra.

Cependant ^ <çn 1467, au mbi$ de ijuin, la^ori^iM* coi rendit une ordonnance imp<»tante^ relative à l'organisation des corps de métiers de Paris sous diverses bannières* Ce fut ude véritable et première créatipn de gardes nationales. Le roi n'avait pcinjt oublié l'important service que lui avaieilt rendu les habitans de la capitale, lorsqu'ils fermèrent leurs^ portes aux armées bretonne et bourguignonne, et. repoussèrent avec vaillance les assauts, qui leur furent livrés par Charles le Téméraire ; mais en même temps ce monarque avait dû s'apercevoir que ces braves milices y par fiiute d'organisation « li'avaient pu profiter de leur nombre pour agir

en sa faveur avec plus d'efficacité, et pour tomber, après la bataille de Montlhéry, sut le camp des alliés, dont la destruction alors eût été complète. De plus, il avait remarqué que ce défeiut d'ensemble et de discipline , rendant les ordres douteux et les résolutions incertaines, avait quelque temps favorisé Fes*pérance des rebelles, lorsqu'ils s'efforcèrent d'obtenir, par des négociations insidieuses, un isuccès qu'ils n'avaient pu arracher par la force des armes.

En conséquence, le roi jugea convenable dé soumettre la milice parisienne à une organisation régulière et à une sorte de législation également utiles au maintien de l'ordre public et à la défense de l'autorité royale. Nous, répéterons encore^ à ce sujet, que plus ri se croyait obligé d'être en garde contre une no^ blesse ambitieuse et turbulente, plus il plaçait sa confiance dans le peuple , qu'il protégeait, et dont il s'étForçait de s'assurer l'affection. C'est ce qui explique comment le prijice le plus jaloux de son pouvoir ne craignait pas de le compromettre en armant la bourgeoisie parisienne , en la classant par corporations et par bannières , et en lui accordant même le droit de nommer ses chefs.

Aussi, dans le préambule de son ordon-

nance, Louis s'expiâme ain^i : « Ayant déjà fiût

M mettre en armes les manans et hàbitans de

» tous états de notre ville et citp de Paris, «t

» ordonné que les gens de métiers et mar-

>i thands devront être divisés eix certaines

» bannières , sous lesquelles ils seront-chacun,

» selon la qualité et Fétat dont il est, répartis

» et armés, nous voulons qu'ils soient désor^

» mais conduits en ordre et pplite, de manière

» qu'il n'en advienne ^iucun inconvénient pour

» nous ni pour ladite ville ; à cet effet, nous

» avons fkit assembler plusieurs notables per-

>) sonnes tant de notre coun: de l^arlement, que

» de notre conseil, lesquelles, après mûre dé-

» libération , ont arrêté plusieurs statuts ^t or-

>i donnances réunis sous la forme qui suit : »

» L'acte ainsi annoncé contient un grand

ombre de disp^ositions, dont une courte ana-

'se suffira pour qu'oii s'en fasse une juste

ée.

» Il partage d'abord toutes les diverses corrations de métiers en soixante-une banniè- . Nous ne croyons pas inutile de placer dans note * cette énumération , parce qu'elle

innears , haudrojeurs , corroycurs ensemble feront une ban-

sainturiers, boursiers, mesgissiers, une bannière j gantiei^B,

tiers (fabricansd^aiguillcs), sainturiersetpareuLLdepeaulx,

lière^ cordonniers, une bannière^ boulangiers, one ban'-

jaSa LOUIS xi.

est curieuse et fait connaître les divers métiers^ professions et genres d'industrie au:Miuels se livrait alors la population de Paris.

nière; paticiers, mnniers (meuniers), une bannière; feiire^( forge* roos), mareschaolxy une bannière; serpiers , cloustiera / une bannière; s^uriers, une bannière; constelliers, gaisniers, esmolears ( ëmooleurs et aussi taillandiers), une bannière; chandeliers, hoilliers, une bannière; cormiers (fabricaqs de meniis ouvrages de fer), selliers, coffriers, malietiers, une bannière; armuriers, lyigan.diniersL. (fabricans d^unc espèce de cuirasse nommée hrigandinfi), fourbisseurs de hamoys , lanciers, fonrbissenrs d'espées, une bannière; freppiers, revendeurs, une bannière; marchons pelletîars/ ooorayeurs de paulx, une bannière; marchans fourieulx, une ban-. nière; peignicrs, artilliers (faiseurs d^arquebuses), patuiiers et tourneurs de blanc boys, une bannière; bouchera de là grant boucherie et autres boucheries snbgectz, une bannière; bouchers des boucheries de Beau vais], Glorictte , <âm^tière SaintrJëhan et Nostre-Dame des Champs, une bannière; tixerans de linge, une bannière; foulons de draps, une bannière; faiseurs de cardes et de pignes (peignes pour la laine), upe bannière ; tondeurs de grant forces (grands ciseaux dont on se sert pour tondre les draps), teinta-. riers de draps , une bannière; huchicrs (faiseurs de hadiea oa armoiries), comprima les varlcts besongnan sur lesbourgeots^ une bannière; cousturiers, une bannière; bonnetiers et foulons de bo|Hnets, une bannière; chappeliers, une bannière; fondeunfy chaudronniers , espingliers, balantiers (balanciers, foiseurs de balance"^ et graveurs de sceaulx, une bannière; potiers d^e^tain , hiMoifif», une bannière ; tixerrans de lange ( de laines ), une bannière y pourpointiers, une bannière; maçons, carriers et tailleurs ^^ pierre, ux^e bannière; orfèvres, une bannière; tonnellieri eC avalleurs (qui font la descente des vins dans les caves) de viii^ une bannière; peintres, imagers, chasubliers, voiniers .(vitnerf^ et brodeurs, une bannière ; marchands de bûches, yoitturien pif eau, bastelUers, passeurs et faiseurs de basteaulx, une bani|iè>*? savetiers, une bannière; barbiers, une bannière; ponlliîUkn}

LOUIS XI. • a83

- » Chacun desdits métiers aura une bannière ornée d'une croix blanche et entourée dé telles enseignes et armoiries que chaque coippagnie avisera.

>i Chaque compagnie ou métier choisira deux chefs nommés, l'un principal, et l'autre sous-principaL L'élection aura lieu le lendemain de la Saint-Jean ; elle sera faite par les propriétaires d'hôtels et notables chefs des métiers et compagnies , en présence des commissaires du Châtelet.

^neolx (cmsiniers)^ rôtûseurs et saucissiers, une bannière ; charroBA, une bannière; lanterniers, soafQetiers, vanniers, oayriers «Toner, une bannière ; porteurs de grève, une bannière : benoards (portenrs de sel), revendeurs de foing et de'paille, ch'aafFûurniers et crt.avier8 et porteurs des balles^ une bannière ; vendeiirs et marchans de bcstail, vendeurs de poisson de mer, une bannière ; marciiaoB de poisson d''eau douice et pescheurs, une bannière j libraites, parcbeminiers, esceipvains et enlumineurs, une bannière; dnpiûers et cbanssetiers, une bannière ; espiciers et apoticaires, une bannière; deciers (faiseurs de dés), t^issiers, teinturiers de fil, de 80JC et de toiles, tandeurs (autre espèce de teinturiers), une bannière ; merciers, lunetiers et tapissiers^ sarasiqpis, une bannière ; marescbers, jardiniers, une bannière ; vendeurs d'enfz, fromaiges et esgrnn (berbe potagère), une bannière ; charpentiers, une bannière ; bostelliers et taverniers, une bannière ; pignenx et tondeurs de laine, ude bannière ; vignerons, une bannière ; couvreurs de maiaoBS et manouvriers, une bannière ; cordi^rs, bourreliers, corretiers et vendeurs de •cbevaulx, une bannière ; buffetiers, potiers de terre, nattiers et faiseurs d'esteuf ( ballons pour jouer à la paudm), une bannière ; et notaires, bedeaulx et austres praticiens en coors d'église, mariés non estant de mastiers, feront aussi nue ban-t nièce.

aS4 LOUIS xu

» Les principaux et sous principaux prêteront serment dans les mains du lieutenant du roi ou d'autres commis à' cet effet. Par ce serment ils promettront à Dieu et sur FÉvangile , d^ servir le roi envers et contre tous sans exception, de lui obéir en tout ainsi qu'à ses lieutenans, ^'aller où ils le leur commanderont, d'y conduire leurs bannières, de s'y trouver complètement armés et habillés, d'accomplir tout ce qui leur sera commandé, comme le doivent jusqu'à la mort de vrais et de loyaux sujets , de ne souffrir aucunes séditions, aucuns tumultes, aucunes choses contraires et préjudiciables au roi, et de lui révéler toutes machinations, conspirations, entreprises, monopoles qui pourraient être faits au préjudice du roi ou de ses seigneuries, sous peine d'être pi>nis comme rebelles. Ils jurent en outre de n*a5sembler en armes les gens de leurs-^bannières pour quelque voie de fait que ce soit^ à moins que ce ne fût par l'ordre du roi ou de ses lieutenans.

» Les principaux et sous-principaux , aprê» avoir servi une année, pourront être élus pour Tannée suivante. Ils ne peuvent être choisis ([ue parmi les propriétaires de maison bien renommés et qui auront résidé au moins six ans dans la capitale.

LOUIS xr. 285

» Les principaux et sous-principaux, ainsi que leurs commissaires, ordonneront à tous ceux de leur bannière qui ne seront en habillement suffisant, de se pourvoir de brigandine Ofn Jacques j de salades y de longues lances ou couieuurines à la main ^ enfin de compléter leur habillement et équipement dans la. quinzaine, sous peine de scHxante sousd'amende , dont un tiers pour le roi, un tiers à la communauté, et un, tiers pour le principal et le sous-principal.

w Cesdits. chefs seront tenus d'avoir un re-/ gistre où ils inscriront tous ceux de leur bannière, tant chefs d'hôtel que valets , avec un état de situation *de leur habillement et équi^ pement.

» Aucun ne pdurra vendre ni- aliéner, sous peine d'amende,^ aucune partie de son habillement, armement et équipement.

» Tout homme demeurant dans la ville, et ayant feu et lieu, qui ne sera point classé sous une bannière, sera contraint, sous peine de cent sous d'amende, à s'y faire enregistrer.

» Chaque maître d'hôtel ou de métier,.toute8 le» fois qu'il prendra un nouveau varlet ou serviteur, sera tenu de le faire inscrire, sous peine d'amende.

» Les principaux et sous-principaux jugeront avec leur commissaire et sans forme, tous

les délits et infractions des gens de leur bannière y et pourront les condamnera des amendes jusqu'à la somme de soixante sous.

» Pour lès questions plus graves , elles, seront portées devant un conseil nommé pal* lé roi.

» Ils empêcheront tout armement et assemblée non ordonnés; cependant les principaux, sous-principaux , et autres gens de bannière , pourront individuellement- porter les dimanches leurs habits de guerre et leur dagùe, et se garderont de frapper personne, et de commettre aucun désordre , sous peine d'être châtiés avec une sévérité qui servira d'exemple pour tous.

» Les principaux sont autorisés à faire £ha^ cun la revue de leur métier et bannière une fois par an, le lendemain de la fête de leur patron.

» L'article ^5 est remarquable. Il est relatif aux gens et officiers du roi , tant de sa cour da Parlement que de sa chambre dès Comptes, des. généraux de la justice,' des monqaies, da trésof , des élus , du Châtclef, de la prévôté de Paris , de l'Hôtel de la Ville , prévôté des marchands et échévinage de ladite cite, et des membres dépendans et suppôts d'iceux, parmi lesquels sont compris les greffiers > huissiers, avocats , procureurs , notaires , secrétaires ;

membres de chancellerie et autres. Us seront tous divisés ea corp^ et eu bannière^ sous la conduite de leurs présiclens ou*che(s. Ceux de FHôtel.de Ville, de î'échevinage et de la prévôté, auront sous leurs ordres les-quarteniers, les cinquanteniers.et les dixeniers, les arbalétriers et archers. Tous feront le serment cidessus lénoncé, et tiendront pareillement en ordre leurs re^slres.

» L'exécution de cette ordonnance est cobfiée aux conseillers du- roi^^, aux gens tenant la cour dû Parlement, aux prévôts de Paris et des marchands, aux échevins et à tous autres justiciers.»

^ En passant en revue les principaux actes du iMiibh règne de Louis XI, on ne doit pas oublier Fin- tordra 6» stjtution de l'ordre de Saint-Michel. Bien que "dld. cet ordre existe encore , il a perdu une grande ^ partie de son éclat, du moins aux yeux des préjugés nobiliaires; et cette décoration, destinée d'abord aux grands du royaume , n'est doniiée aujourd'hui qu'aux hommes qui se scmt le plus distingués dans les arts, dans' les sciences et dansiez lettres; ^ qui, si la raison nous gouvernait seule, lui assignerait une place^non moins distinguée que celle qui lui avait été accordée autrefois.'

Le but de Louis XI, par cette création , était de diviser le parti des princes j et de placer j^us^ la dépendance du monarque les seigneurs les plus puissans.

Dans les statuts de l'ordre, publiés «n 1469» le roi, comme chef de Tordre, s'engageait, ainsi que ses successeurs, à en protéger danê toute occasion les membres, Leur nombre était fixé à trente<-six. Il promettait de les maintenir dans leurs état, droits, dignités, po8se3sions et prérogatives j , de n'entreprendre aucune guerre sans les avoir assemblés et sans avoir demandé leuravis. D'un autre côté, les chevaliers juraient de n'entreprendre aucun voyage, aucune guerre sans la permission du chef de l'ordre. Enfin , s'il s'élevait entré eux quelque débat, l'aftaire devait être portée à la connaissance du roi, qui la ferait discuter et décider devant lui. Tous les chevaliers s'engageaient^ de plus, à n'accepter aucun ordre étranger.

Malgré sa dévotion superstitieuse , Louis : 3 traita pas avec moins de sévérité le clergé q ! la 'noblesse. On a conservé de lui des lettre patentes qui obligent les prélats et autres ■ j— néfîciers à une résidence constantç, sous peine de voir leur temporel saisi. Cette ordonnance n'a jamais été abrogée, mais presqjrie jamais on ne Ta vue exécutée.

. Plus, que tous les autres hommes, Louis XI iMn<m. offre dans sa vie le contraste bizarre d'un es- charge prit éclairé et d'un cœur corrompu^ d'une rai- ^"^T son qui connaît et qui veut la justice, et d'un penchant irrésistible à la rigueur et à la tyrannie. Par un effet de ce contraste, c'est à ce roi, le plus absolu de tous les monarques, que nous devons l'inamovibilité des offices judiciaires.

On peut dire qu'il avait puisé le principe de cette ordonnance dans l'un des.capitulaires de Charles le Chauve; mais il avait été depuis constamment oublîé^u violé. C'est réellement à Louis XI qu'on en doit la consécration. Ce principe tutélaire avait été même étendu par lui à plusieurs genres d'offices qui ne l'ont pa$ conservé.

Sous le règne de ce roi , il n'existait aucune ^ distinction à l'égard de ce privilège entre les présidens, conseillers, procureurs et avocats généraux; tous étaient inamovibles, et ne pouvaient être destitués qu'après une condamnation pour cause de forfaiture. Il est pourtant probable que l'intention de Louis a'était pas l'assurer l'indépendance de la magistrature , nais il n'en est pas moins vrai que cette indéendance en devint l'heureux résultat. Le roi

3go LOUIS Xi.

lui-même l'éprouva bieptôt par la résistance que le Parlement opposa à ses rigueurs arbîtrairesi et lorsqu'il voulut faire périr injustement les victimes de sa haine, il fut obligé d'avoir recours à l'odieuse création des- commissions temporaires.

Il est pénible de penser que, éous un gouvernement libre, on ait encore à regretter une partie des institutions de Louis XI, entre autres , celle qui garantissait l'indépendance des magistrats chargés de l'accusation publique, Tune des plus importantes fonctions dç la société. La liberté, tant que ces magistrats seront amovibles, n'aura d'autre garantie que la conscience de ces grand$ fonctionnaires, et il faut le dire, à l'honneur de là nation, cette garantie trompe rarement notre espérance. ■ ' ■ ^ Trouble» Dc quclquc activité que le roi fût doué, il ne p^rVe^roi pouvait sc Hvrcr que par intervalle au^L soinâ^ Togne*' ^^ 1^ réformation des abus, et aux trav^iux de la législation. Son humeur turbulente le portant sans cesse à se mêler des affaires de ses voisins, il était sans cesse contraint d'intervenir dans des querelles qu'il avait trop souvent lui-même fomentées.

Craignant toujours que le roi d'Aragon ne réclamât la restitution du Roussillon et de la

LOUIS \i agi

rdagne^ il chercha, au moyen !d'une divern et de troubles excités dans la Catalogne ', e détourner de ce projet. Ce fut dans ce but 'il fournit des secours ait duc de Calabre.

prince, fortifié par cet appui ^ s'empara de ronne. et marcha sur Barcelone.

Le 'roi d*Âragon concevait alors d'autres' sseins pour ac(^roître sa puissance.; il vbut marier Ferdinand ; son fils , à l'infante Isa- Ile p soeur de Henri lY, roi de Gastille. Prèstous les historiens* du temps prétendent e Henri était impuissant. Ils ajoutent que ve

narque/pour s'assurer un héritier en dépit

la nature, avait engagé sa femme à partâ-' r son lit avec Bertrand de Lacuéva,^ et cnié princetôe Jeanne de Castille était le fruit de iultère. Ce qui est certain^ c'est' que Henri

onnut Jeanne pour sa fille ^ et que Bertrand,

iblé par lui de faveurs , reçut le titré de

itef de Ledesma.

C honteux secret ne put rester enseveli

is l'ombre, sa divulgation devint une source ! scandales et d'intrigue$. Plusieurs grandif Tsonnages de la Castille, tels que Farchevè- 16 de Tolède , le duc de Médina SidoniaV et le mite d'Arcos,réfusèrent de reconnaître Jeanne 3mme héritière du trône, et formèrent un parti lùssant en faveur d'Isabelle, sœur de Henri.

2g2 LOt'IS XI.

Rome embrassa leur cause : le légat du pape releva de leur serment les seigneurs qui IV vaient prêté à la princesse Jeanne; de aorte que le faible Henri se vit obligé de céder et de proclamer sa sœur héritière du trône de Castille. Le même légat exigea d'Isabelle la promesse d'épouser Ferdinand d'Aragon, déjà soutenu par le souverain pontife dans ses prétentions au trône de Sicile.

Une autre faction demandait cpilsabdle épousât un prince portugais ; aucun de ces projets ne convenait à la politique de Loais XI, et ce monarque employa toutes les ressources de son esprit pour les déjouer; comme il n'avait point encore d'enfant mâle , il conçut l'idée de marie;* son frère Charles avec Isabelle, espérant ainsi ajouter à la couronne de France * celle de Castille.

D'autres soins Toccupaient encore. La Navarre, à cette époque *, était plus que jamais en proie aux factions. Celles des seigneurs de Grammont et de Beaumont se livraient de fréquens combats. Le fils de Gaston de Foix, beaufrère de Louis XI • s'armait contre le roi d'Aragon y qui voulait aliéner quelques domaînes de la Navarre y et qui venait de faire asaasaioer révêque de Pampelune.

LaUIS XI. 2^

Le roi ne se croyait pas dans ce moment assez certain du maintien de là paix avec les Bretons, les Anglais et les Bourguignons, pour diviser ses forces et eii porter une partie du côté des Pyrénées. Cependant il ne négligeait rien pour calmer les ressentimens de ses ennemis, et ce fut dans le bût d'obtenir à leur égard plus de sécurité, qu'il prodigua ses bienfaits et ses largesses au duc de Bretagne, au duc de Bourbon, au sire de Croy et au connétable de Saînt-Pol.

Mais, à sa grande surprise, tous ses projets J^**»»«^ étaient déjoués; ses desseins les plus secrets n*i<i« La étaient pénétrés , et, sans qu'il s'en doutât, un homme aussi turbulent, aussi ambitieux, aussi intrigant et aussi fourbe que lui, le cardinal de La Balue, son principal ministre et son plus intime favori, payait ses bienfaits et sa confiance par la plus noire trahison, par la pltls lâche ingratitude. - • .

La Balue était capable de toutes les bassesses; il réunissait en lui tous les vices, excepté celui de l'hypocrisie, car ce licencieux prélat aÉfichait hautement l'impiété. Le jour même' où il fut sacré, comme évêque d'Evreux, on le trouva dans la rue frappé d'un poignard, au moment où il sortait d'une maison de débauche. Il vendait sans scrupule 1^ bénéfice» cft

^94 Lons XI.

canoDÎcats qu'il obtenait de la Ëiveur du roi

ou de celle du pape.

Louis XI, quoique superstitieux^ n'en aima pas moins son ministre. Il se souciait peu que les mœurs des hommes qu'il employait fussent pures « pourvu que leur esprit fût fin^ souple, et joint à d'utiles talens. Ce prince, dans une lettre qu'il écrivit au sénéchal de Poitou , disait, en parlant de La Balue : ce C'est pour n rheure un bon diable devêque, je ne sais n pas trop cependant ce qu'il sera à ravenir.;i Le pape, qui lavait nommé cardinal, répondait à ceux qui lui reprochaient cette profanation de la pourpre : « Je connais les vices de ce » prêtre, mais j'ai été contraint à les couTrir » de ce chapeau. »

Nous avons déjà dit que ce fut La Balue qui, dans le monflent où il exerçait sur Louis le plus fort ascendant , lui donna le conseil funeste de se rendre à Péronne. C'est là que ce prêtre débouté se vendit bassement au duc de Bouif|0gne, et lui promit de trahir en sa faveur tons les secrets que son bienfaiteur lui confierait

Une grande conformité de vices et d'amhitien l'avait associé à un autre intrigant, Guil* laume d'Aiancourt, évéque de Verdun, aiH trefois iavori du prince Charles, frère du roi* Corrompu pdr ce monarque, il fut placé ptf

lui dans son conseil. Ces deux ingrats se réunirent pour traverser les dessein» de Louis, dont l'objet principal était alors d'éjoigner son» frère des frontières de Bretagne et de Bourgo-^ gne, de lui faire accepter pour apanage l'important duché deGuienne, et de l'unir avec la princesse Isabelle de Castille. Par cç moyen, il divisait ses ennemis, àccroisisait, affermissait la puissance rQyale,et se trouvait à l'abri des périls d'une nouvelle ligué qu'il craignait toujours, de voir renaître, tant qu'il ne parviendrait pas à séparer, par un grand intei^Valle, les ' possessions des principaux membres qui l'avaient primitivement formée.

Le cardinal et son complice étant élevés par le roi aux plus hautes dignités > et puisant à leur gré dans ses trésors, il est difficile de comprendre quel était le vil intérêt qui pouvait les porter à compromettre leur fortune et à trahir leur bienfaiteur. Ce n'était certainement pas la haine ou le mépris des vices de LouisXI qui les engageait à cette détection, car c'étai}: précisément à la conformité de ses vices lîmp les leurs qu'ils devaient leur élévation. Redoutaient-ils sa méfiance, sa colère et ses perfidies?

Le duc de Bourgogne, à cet, égard, qe leujr ofirait pas plus de sûreté; il était aussi perfide.

aussi méfiant, aussi vindicatif et plus impétueux que Louis.

' Peut-être, comme les hommes vils sont na-* %urellement disposés à se vendre au plus fort et au plus heureux, peut-être, dis-je, crurentils , après l'aventure de Péronne, qu'il valait mieux servir les intérêts du belliqueux, hau-^ tain et victorieux duc de Bourgogne, que ceux du monarque humilié, qui s'était laissé prendre dans un piège , et qu'ils avaient vu cpn- V traint à suivre humblement comme un captif la bannière de son arrogant vassal. Peut-être aussi, et c'est ce qui paraît le plus probable, le cardinal et l'évêque voulaient-ils conserver leur ascendant sur le roi, en empêchant ses affaires de se débrouiller et en prolongeant les embarras de sa position.

Leiire de Quoi qu'il cu soit , dès qu'ils surent que Mou- * duc de sieur se montrait dispersé à céder aux désirs du roi , et particulièrement à échanger la Champagne et la Brie contre le duché de Guîenne^ ils adressèrent secrètement au duc de Bourgo — gne une longue dépêche dafis le but de lu démontrer combien un tel échange, qui violai la paix de Péronne , serait contraire à ses vérl-* tables intérêts; ils le prévenaient (\ne bientôt on devait lui envoyer des députés ch'ai^és de l'informer du traité fait entre Louis et Mou-

Bourgogne.

LOUIS xr. 2gj

îeur^ son frère, et de solliciteir son acquiesce-

dent à cet accord, ce Le roi, ajoutaient-ils^ sous l'apparence de la bonne foi et de l'amitié, n'a d'autre dessein que celui de vous tromper et de rompre

I Funion qui existe entre vous et le prince

> son frère. Soyez sûr que , dans cette circon-

> stance, vous n'avez d'autre parti à prendre ) que de vous opposer à l'échange convenu.

> Exigezrigoureusement l'exécution du traité

> de Péroïine, et persuadez surtout, s'il vous est »> possible , au frère dil roi de se rendre près de 0 vous, car dès qu'il serait arrivé à la cour de n Bourgogne et sous votre influence, vous vous » trouveriez constamment en état d'imposer » vos volontés au roi, et vous, n'auriez pjus » rien à craindre de lui. D'ailleurs, vous Vous » assureriez par ce moyen l'appui descomtes n de Foix> d'Ârmagnac ,- du duc de Bourbou n et de plusieurs autres grands personnages, » qui ne cherchent qu'une occasion pour se » décllarer ouvertement contre .'un monarque » ennemi implacable des princes et de 1^ non blesse. Vous pourriez aussi coïopter sur les A services du connétable qui sait qu'on l'a déjà •» rendu suspect au roi^ »

c< Le cardinal et l'évéque terminaient leur lettre en avertissant le du'c qpç; le roi formait

de$ liens secrets avec la maison d'Anjou et le duc de Bretagne; qu'ainsi il n'avait pas* de temps à perdre pour se mettre en état de défense, et que son premier soin devait être de fortifier Amiens, Abbeville et Saint-Quentin. » Diîcou- Un nommé Bêlé, homme de confiance du Trahuoil* cardinal, fut chargé de porter cette, dépêche. ^^^'uie^* Cet homme la fit coudre dans la doublure de son habit, et partit en grande diligence pour s'acquitter de sa mission ; mais, en arrivant à Claye, il fut arrêté par deux hommes d'armes du sénéchal de Guienne , qui,'sur,ses réponses vagues, le prirent pour un espion; onlefouillai on trouva ses dépêches, et il fut sur-le-champ conduit à Amboise, où résidait alors le roi.

L'évêque et 1^ cardinal ignoraient cette aventure, et la dissimulation de Louis les laissait endormis dans une trompeuse sécurité, lorsque touJ~à-coup ils se virent mandés,, arrêtés et enfermés dans le château de Tours.

Le roi les fit traduire devant une nombreuse commission nommée par lui pour juger ces traîtres.^ Cette commission , composée de plusieurs seigneurs et magistrats, fut présidée jMur Juvénal des Ursins. Au premier interrc^atoîre, l'évêque de Verdun fit l'aveu complet de sa trahison. La Balue, d'abord, se renferma dans un système absolu de dénégation; mais, ooDr

fondu par la lecture, des pièqes, par les réponses de ses domestiques et par le^ dépositions de plusieurs témoins, il se vit contraint de tout avouer.

Cependant, le temps où Rome avait élevé ^j»^"sa puissance au-dessus de celle des couronnes voyceà n'était pas encore assez éloigné pour que le roi osât poursuivre le, procès d'un cardinal sans montrer préalablement quelque déférence pour le saint Siégç; il chargea donc deux ambassadeurs, Gruel et Cousineau, magistrats, de partir pour Rome et d'informer le pape des événemens qui avaient exigé l'arrestation de La Balue.

Ces ambassadeurs furent reçus ei> Italie avec un empressement respectueux qui prouvait assez à quel degT'é la considération de la France s'était élevée depuis que Charles VU, reconquérant, son trône, avait chasse de France les Anglais, abaissé les grands, détruit lés aventuriers, rétabli le règne des lois, et affermi son pouvoir par la création d'une armée régulière.

Le d^ de Milan alla au-devant des ambassadeurs, et les assura de son dévoûment pour lej roi. Ces mêmes ambassadeurs virent venir à leur rencontre les officiers de la maison du pape et tous les cardinaux^ j||ii|orte qu'ils en-

5oo LOUIS xr.

trèrent dans Rome comme en triomphe^ et suivis d'un cortège de deux mille chevaux.

Le souverain pontife, dans une audience

publique , s'étendit eîi éloges pompeux sur les

vertus, le zèle et la piété des monarques fran-

çais, élevant au-dessus d'eux tous Pépin, Char-

lemagne et Loiiis le Débonnaire, auquel le

saint Siège devait la possession du patrimoine

de saint Pierre, jadis promise par Constantin.

i< Enfin, tious pensons, dit-il, que le roi, qui

n règne si glorieusement aujourd'hui, mérite

» ajuste titre le surnom de Très^Chrétien, que

» les papes auraient dû plutôt accorder à ses

» prédécesseurs, n

Dëiibéra- Après ces discours, les ambassadeurs 8*ao-

sllimsiëge quittèrent de leur mission , et présentèrent au

Tel* du°^ souverain pontife leurs lettres de créance,

cardiDai. ^insi quc les dépêches royales. Le pape, les

ayant lues , nomma des- commissaires chai^

d'examiner cette affaire et de lui en rendre

compte; mais préalablement il déclaira que

c'était avec la plus vive douleur qu'il voyait

commencer une procédure dont l'effet pouvait

être de compromettre l'honneur et ^ dignité

de l'Église.

Avant de prendre une décision, la congrégation voulut être informée par les ambassadeurs des usages établis en France lorsqu'il

LOUIS XI. Soi

s'agissait de mettre un cardinal en accusation : ils répondirent « qu'aucun sujet, de quelque rang qu'il fut, ne pouvait être soustrait pour les crimes de trahison à. la justice royale; que le roi, eu l'exerçant, ne faisait que suivre les exemples nombreux donnés en- pareille circonstance par l'Angleterre, l'Espagne, FAragon, et par les empereui*s d^Allemagne ; que le cardinal et l'évêque avaient été arrêtés, d'après l'avis des princes et du conseil, conformément aïkx lois du royaume. » « C'est au roi seul , » ajoutèrent-ils, qu'appartient le droit de châ- » tier les personnes , qtielles qu'elles soient , » convaincues du crime de lèse-majesté; avec » cette difTéreuce seulement^ que si le coupable » est ecclésiastique, il est jugé tout à la fois >) par des juges royaux et par des juges ecclé- » siastiques, les uns devant prononcer suivant i) les lois, et les autres^ suivant les canons. En- » fin , c'est uniquement pour donner un grand » exemple de la déférence qu'il doit au saint » Siège, que le roi nous a chargés d'informer » le saint père de ce douloureux événement. » Les cardinaux , conformément à leurs constans usages y soutinrent les vieilles prétentions de souveraineté temporelle si souvent combattues et réfutées pa^ l'Église gallicape. Ils prétendirent surtout q^U^e devait pas

3o2 LOUIS XI.

arrêter un cardinal sans qu'il eût été entendu en confession, et avarit d'avoir été cité au tribunal de ses juges naturels.

Enfin, après une longue délibération^ ils décidèrent qu'ils né pouvaient envoyer des commissaires ecclésiastiques pour procéder au jugement du cardinal, à moins qu'on ne remplît préalablement à son égard les formes doîit on n'aurait pas dû s'écarter.

(c*Le roi, répondirent les ambassadeurs, n'a » fait qu'user de son droit en ordonnant l'ar- » restation du cardinal. Nos monarques ne )) tiennent leur puissance que de Dieu ^eul; » ils n'en doivent compte qu'à lui et aux lois. » N'oubliez pas que les papes eux-mêmes ne » doivent qu'à nos rois leur juridiction tem-> » porelle; qu'ils n'en possédaient aucune avant » le règne de Constantin. Sa Majesté peut et » veut montrer au saint Siège de justes égards, » mais elle ne doit jamais lui sacrifier le3 droits » de sa couronne. »

Les discussions se prolongèrent sans . résultat.

Les ambassadeurs ne purent obtenir de la coût de Rome aucune décision. Ainsi, ils retournèrent auprès du roi, et ne lui rapportèrent* aucune réponse définitive. Cependant le pape nomma et envoya des commissaires en France,

LOUIS XI. 5o5

le but , non de juger les accusés, mais iir assurer, autant qu'jl se pourrait, une laleuse impunité.

: incident suspendit les poursuites; mais, ^ :endant qu'elles pussent recommencer, le "^ )ulut que les deux traîtres fussent enferchacun dans un^ cage de ferde huit pieds' s, dont l'évéque de Verdun avait été l'inur, et dont il subit le premier le barbare Ils y restèrent pendant douze années, : de châtimeiit plus infâme peut-être pour nce qui l'inflige que pour le coupable qui >ûve. *

captivité des dpux prélats ayant déchiré lu de leurs intrigues, lesi iM-ojets de Louis rent un plein snccès, et son frère accepta lienne pour- apana^. Lé revenu que le e en tira fut fixé à dix mille livres. Leifavori du duc'dé Bretagne, et gagné" par , facilita cet accord.

lis nomma chevalieréde l'ordrede Saintîl Monsieur, son frère, Jean de Bourbon, xnétable de Saint-Pol;Sancerre, Beau* , d'Ëstouteville, l'amiral de Roussillortt nartin, Armagnac, La Trémonille; Cf&on, ol et Taonëguy-Duchâtel. Il déclara en i temps que tout lâche, tout hérétique, raître , serait exclu et ol^asé de l'ordre.

5o4 LOUIS Xf.

Perftdfl Depuis que Liouis XI était sur le trône > H pouuque jj'^yg^ii- Qyj^ qu*un seul but et formé qu'un seul LoaiiXL dessein, celui d'abattre les rivaux de sa puissance , et de courber, sous le joug de son autorité, les grands et formidables Vassaux qui, restés debout sur les ruines de la domination féodale, en paraissaient les dernières colonnes. Trop. ardent, trop précipité dans ses premiers efforts, il les av^it vus, tous réunis cofttre lui, lé contraindre, dans les champs de Montlhéry, à leur partager les terres et les richesses du royaume. Ce rusé monarque, profitant de l'avidité de ces princes et de ces grands, les avait laissés, comme le dit Gomines, butiner à leur gré le monarque et mettre la France au pillage. Mais, en satisiTaisant leurs passions cupides^ il les divisa, rompit leur faisceau, se montra populaire pour redevenir fort contre eux, rassembla les. états, en corrompit les membres, déchira hardiment les traités qui lui avaient été extorqués et contre lesquels il avait protesté. Enfin , attaquant ses ennemis séparément, envahissant la Normandie et terrifiant la Bretagne, il était venu à bout de dissiper la nouvelle ligue formée contre lui. Le duc de Bourgogne restait seul à vaincre. Au lieu d'armes, il employa la trahison; mais elle tourna contre lui, et le fit tomber dans un piège d'où il ne put

Locis XI. Sa5

s'édiappo^ qu'à fiiroe de bassesses, de concessions onéreuses et par le trailé le phis bumîliant; de sorte qpe^ malgré tous ses eflSMrls» tous. ses artifices y il se trouvait encore dans la même position.

Ses rigueurs y ses actes tyranniques « ses trahi* sons n'avaient eu d'autre résultat cpie de rendre plus violente et plus profimde la haine qu'il inspirait* 11 venait, à la vérité, d'engager son frère à renoncer à la Normandie et à re-

cevoir la Guienne pour apanage. Mais cet échange augmentait peu sa sécurité. Le triumvirat redoutable qui l'avait jeté plusieurs fois dans de si grands périls, se montrait toujours menaçant.

Le duc de Br^agne, le duc de Bourgogne et le nouveau duc de Guienne ne se reposaient point sur la foi des sermens et des traités ù souvent violés par Louis. Leurs intrigues devenaient de plus en plus actives. Leur cour était Fasile de tous les méoontens ; ils entre* tenaient constamment des intelligences avec l'Angleterre; ils pouvaient compter sur Tappui des maisons de Foix et d'Armagnac , maîtres des pays qui bordent 1^ Pyrénées, des princes du sang, possess^irs d'une partie du Maine et de l'Anjou, du coipnétable, maître de presque toutes les places de Picardie ; enfin,

Page 1