‹ Histoire de Louis XIChapitre 7 sur 11 · LOUIS U. S · texte numérisé non relu

LOUIS U. S

n ooaroDDe.qoi dmt passer toute entière en vos » mains, si le ciel Tenait à disposer de moi. Je M vous pardonne d autant plus vidcMitierSy que M vos erreurs ne partent point de votre propre j» mouvement. Elles sont l'effet des insinua- >i tions perfides de nos ennemis communs ; ils n sont intéressés à troubler notre unicA et à n vous armer contre la (ranchise de votre roi. » Abandonnez donc ees pervers, et venes vous » jeter dans les bras d'un père, d*un frère, d'un ^ami. »

Charles ne résista point à ces pressantes b*^'«m exhortations; il ne pouvait croire à une per- Mm. fidie dont il se sentait incapable. On convint donc d'une entrevue entre }es deux frères : elle eut lieu à Charton , sur la rivière de Brax. Un pont de bateaux y fut construit. Au milieu de ce pont étaient placées deux barrières et deux grilles, fatale preuve d'une méfiance justifiée dans ce siècle barbare par trop de trahisons et d'assassinats.

On eût dit que les ombres sanglantes du duc d'Orléans et de Jean sans Peur apparaissaient au milieu des .princes de la famille royale et glaçaient leurs âmes ^de terreur au moment même où ils s'approchaient pour s'embrasser.

Néanmoins , après une courte conférence et des sermens réciproques , le duc de Guienne

ao.

tlODi

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passa la barrière et se jeta aux pieds du roi, qui le serra dans ses bras. Ils se rendirent ensemble au château de Guy de Sourcbe , seigneur de Malicome.

^ciua- Cette réconciliation du monarque et de son frère répandit la joie dans toute la France. Les peuples sont crédules, car l'espérance est le besoin des malheureux.

Peu de jours après^ le^nariage du due arec Isabelle, sœur de Henri IV, fot décidé, et Louis envoya des ambassadeurs au roi de Castille pour en faire la demande formelle. Le monarque espagnol les accueillit favorablement; mais l'infante Isabelle, qui redoutait éette union, s'échappa de la cour de son firère, et réunit autour d'elle l'archevêque de Tolède, ainsi qu'un grand nombre de seigneurs castiilans opposés aux projets de Louis et &¥orables à ceux de Ferdinand , roi d'Aragon.

Le duc de Bourgogne apprit avec désespoir le rapprochement de I^ouis XI et de èoniStèce. Ce prince, maître de vastes Etats qui s'étendaient depuis les bords de l'Ooéan jutqii'aiit rivages du Rhin , aspirait à l'indépendanoe ; ia couronne royale manquait seule à son aad»tion. Il espérait étendre ses possessions et les ériger en royaume. Le démembrement de «dui de France était son vœu secret. Aussi Cobdubio

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assure qu'un jour, qudqu'un lui myanil reproché de haïr le roi et de n*eu plus Youloir eu France, il lui répcMidit : « LcMn de vouloir prin ver la France de roi, je voudrais qu'aile en D eût dix. »

Espérant encore rompre des liens si rétexDf ment formés, Charles le Téméraire prodig;ua au duc de Guienne les plus vives protestations^ d'amitié, et lui adressa de pressantes instances pour rengager à se rendre près de lui. Mais ce prince y répondit avec froideur, informa le roi de ses démarches , et renvoya au duc Tordre de la Toison-d'Or, en lui déclarant qu'il ne voulait d'autre ordre que celui de Saint-Michel et d'autres amis que ceux de son frère.

Les agens boui^ignons partirent sans recevoir aucun présent. Enfin , dans la sincérité et l'abandon de ses épanchemens, le duc de Guienne fit connaîu^ au roi tous les ressorts qu'on avait fait jouer pour les désunir, et lui communiqua plusieurs lettres qui contenaient les plus fortes preuves des trahisons de La Balue.

Louis ^ rassuré par une conduite si franche^ Kn^ét se livra avec plus de sécurité aux soins de l'ad- *• Jj*^ ministration , et fixa sa résidence habituelle ^!^*j|, au château de Plessis-les-Tours, d'où il fit de r»^fréquentes tournées dans plusieurs provinces.

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11 y pourchassa les usuriers, oi^gaoisa plusieurs municipalités^ et publia d'utiles . r^lemens pour favoriser Texploitation des mines.

Lorsque Louis XI se voyait attaqué par des ennemis puissans, plus habile pour intriguer que pour combattre^ il négociait y corrompait/ répandait partout ses largesses^ semait partout la méfiance, la désunion, et prodiguait sans scrupule les promesses les plus séduisantes , les sermens les plus sacrés. Lorsqu'au m^yen de tous ces artifices, il était parvenu à dissiper l'orage qui le menaçait, plus terrible au sein de la paix qu'au milieu des fiireûrs de la guerre, il tombait, non sur le plus fort, mais sur le plus faible, et, trouvant toujours quelque prétexte pour donner à ses vengeances uçe couleur de justice, il livrait à da rigueur des lois, ou plutôt à la servilité d'une commission judiciaire, les imprudens vassaux qui s'étaient précédemment armés contre lui. Les traités les ^lus solennels ne mettaient pas ses infortunées victimes à l'abri de ses coups.

Les comtes d'Armagnac, de Foix, d'Albret et le duc de Nemours connaissaient trop ce prince vindicatif pour s'endormir sur la foi de ses promesses. Inquiets , ou même informés de ses desseins secrets , ils restaient non en guerre, mais en armes; inutile précaution, elle ne fit

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qu'accélérep leur perte. Leurs mesures défensives furent interprétées par le ikllacieux monarque comme des indices de conspiration.

Sur la nouvelle t vraie ou supposée, de quelque pillage commis dans les campagnes par les milices de ces seigneurs , il les dénonça au parlement de Toulouse, qui informa contre eux et leur enjoignit de se désarmer. Ils dëso^ béirent; alors le roi fit marcher contre eux Dammartin, à la tête d'un corps de troupes formidable, et Tinvestit en même temps des pouvoirs les plus étendus. Dammartin les attar qua vivement, les défit et s'empara de leurs personnes.

Nemours fut condamné^ mais Dammartin obtint sa grâce* La confiscation des biens du comte d'Armagnac avait été ordonnée ; Louis permit à ce même Dammartin de traiter avec rinlOTtnné comte ^ qui conserva one partie 4ê ses terres^ en lui abandonnant le reêie*

Étrange bassesse de morar»! Daoa ee femp^ si vanté de la chevalerie^ od brave gnerrier^ on ministre éclairé , un eâébre eapvtame^ ovi pourrait même dire on hérùêf powfait alors^ sans se déshonorer, s^enriefkîr dea dépomlles da proscrit qu'il avait vaincu l L^ bomiMea de ce siècle le connaissaient si bien inntiie})ement, qu'aucun n'osait se fter à r^mtre. hùr%^

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que Dammartin, proscrit autrefois luinmèmey s'était réconcilié avec Louis XI qu'il servit de* puis si fidèlement^ tous deux^ pour confirmer leur parole^ se crurent obligés d'avoir recours aux sermens les plus redoutables; et le génânl exigea du monarque qu'il jurât Fobservatioû de ses engagemens sur la croix de SaintJiô, pdrce que ce prince superstitieux bravait sans scrupule les autres sermens^ tandis que celai qu'on avait prêté sur cette croix appelait, selon lui^ sur tout parjure une mort prochaine et inévitable.

Nouilles * La diplomatie du temps s'efforçait en vain iDirigue.. jg chercher mille expédiens nouveaux pour donner aux promesses quelque réalité et quelque durée à la paix ; l'immoralité des princes rendait toutes ces précautions inutiles; La haine mutuelle et violente de Louis XI et de Charles le Téméraire s'apaisait momentanément pa^ lassitude , mais elle vivait toujours au fimd de leurs âmes; à chaque occasion elle éclatait avec une nouvelle violence. Entre eux il pouvait exister des trêves passagères, mais jamais de paix solide.

Le prince Charles , frère du roi , avait détenu la permission de retourner dans son apa* nage. La, le duc de Bourgogne tenta sa fidélité

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par uhe offre plus séduisante que toutes celtes |]| qu*il avait rejetées. Il lui proposa secrètement la main de sa fille Marie , unique héritière de ses vastes États. L'ambition du jeune prince' ne put résister à une tentative aussi forte, et dès lors ce mariage détint l'objet de ses souhaits les plus ardens. Ses liaisons avec le du€ de Bourgogne redevinrent plus intimes que jamais ; elles le rapprochèrent aussi du duc de Bretagne, qui cherchait de toutes parts à sus- ' citer contre le roi de nouveaux ennemis, afin de l'empêcher de diriger sûr ses États sa turbulente ambition.

Toutes ce$ intrigues étaient alimentées plus ou moins directement par le connétable et par les généraux , dont la paix diminuait le crédit. Enfin, même la plupart des Français s'accou*^ tumaient à désirer que l'esprit tyrannique du roi fût occupé au dehors et pesât moins rigoureusement sur eux. Ainsi donc tou^ les partis ne cherchaient qu'à se troifiper mutuellement.

Le roi avait trop d'espions pour ignorer leurs menées. Il convoqua le ban et l'arrîère-bàn , sous prétexte de passer ses troupes et ses milices en revue , mais dans le but réel d'effrayer ses ennemis en leur montrant ses forces. Son espoir fut trompé. De toutes parts ses rivaux prirent les armes; et chacun croyait que la

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10k guerre allait éclater , lorsque soudain Qn ap^ prit qu'une nouvelle convention, dictée ^par une peur réciproque, venait d'être signée à Angers , et confirmait les .traités précédens.

Les armes die la guerre furent donc syspendues, mais Louis continua d'em[doyer activement celles de la corruption. Il parvint, avec l'aide de Tanneguy-Duchâtel , à séduire un personnage, puissant en Bretagne et à l'attirer prés de lui. C'était le vicomte dé Rohan, depuis mjBirécbal de Gié. Il fallait que ce seigneur et sa maison jouissent dans leur pay^ d'une grande considération, car Louis trQuva cette acquisition si importante, qu'il alla au-devant du vicomte avec deux cents gentilshommes. On dit qu'il promit de lui donner un jour l'épée de connétable, et lui fit même e8|iérer pour l'avenir la possession du duché de Bretagne. Les promesses les plus magnifiques content peu au fourbe résolu à n'en tenir aucune. AfTairet Quoi qu'il cn soit, cette défection excita an terre, plus haut dcgré la colère et la jalousie du duc de Bretagne, et si le roi Edouard avait pu oa voulu dans cet instant seconder sa haine et celle de Charles le Téméraire , la France se serait vue de nouveau exposée aux plus grands périls. Mais l'Angleterre était alors plus que jamais en proie à la fureur des factions, et

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l'active politique de liouis fournissait, sans cesse de nouveaux atimens à cet esprit de discorde.

Edouard venait de faire marcher contre les rebelles du Nord Herbert , à la tête de deux millQ Gallois. Ils furent vaincus à la bataille de Bomberry. Herbert, captif, fut décaphé. Fiers de ce succès, les mécontens poursuivirent audacieusement leur marche victorieuse, et s'emparèrent, à Grafton, du père de Fépouse d'Edouard. Warwick, fortifié par les secours et par l'argent du roi de France, attendaita Calais le résultat de la tentative des rebelles. Lorsqu'il apprit leurs succès^ il s'embarqua et vint se mettre à leur tête.

Edouard alors réunissant ses tix)upes, s'avança contre lui avec plus de fureur que de prudence. Son armée était tellement indisciplinée et se gardait si mal , qu'au milieu des ténèbres de la nuit, l'archevêque d'Yorek, suivi d'une troupe d'élite, envahit ^oncattip, pénétre jusqu'à sa tente, l'éveille^ Je force de se lever et l'emmène prisonnier dans l'aripée du comte de Warwick, qui le reçoit avec courtoisie, mais le fait enfermer étroitement dans un château fort.

Le duc de Bourgogne, beau-frère d'Edouard, informé 'de cei eVénement, écrivit au maire et

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au peuple de Londres qu'il était résolu de secourir ou de venger le monarque capti£ On lui répondit qu'Edouard n'avait rien à redouter pour sa vie^ que sa tyrannie seule était attaquée ^ et qu'on n'avait point formé le dessein de lui çnlever sa couronne.

En effet, peu de temps après, le roi prison» nier, ayant trouvé le moyen de briser «es fen, court à Londres. Warwick l'y suit, et dédait que ce n'est pas le monarque, Aiais son ffmr vernement qu'il veut renverser. Tous deoi, dissimulant leur haine et leurs projets, feignent de se réconcilier. Bientôt Warwick et le duc de Clarence sortent de Londres, soos pietexte de ramener les rebelles à la somnissioD. Edouard , de son côté, se hâte de réunir quelques troupes et de marcher, contre les révoltés. •

Warwick lui avah promis , ainsi que le doc de Clarence, de le rejoindre avec vingt-cinq mille hommes. Cependant le roi , soit par une juste méfiance , soit par une audace qne k succès justifia, n'attendit pas leurs secoois el livra bataille. L'armée royale remporta la vi^ toire ; dix mille rebelles périrent sur le champ du combat. Les prisonniers les plus marqoanf furent massacrés. Warwick et Clarenc^e, découragés par ce triomphe, qui anéantissait lenit

1069 secrètes 9 s'embarquèrent préctpî^ iment. Ils voulaient entrer dans Calais ; le vemenr l^ir en ferma les portes, et ils se ;nt/Contraints de descendre à Honflem*^ oà purent l'aiicueil le plus amical. - Le duc de Bourgogne , regardai»t eet ajccueil Lettre an une offense personneUe^ éclaim en re* Boorgo*'. st en menaces. Inutilement le roi s'-ef** ^mini aV de l'apaiser ; le duc, loin d'agréer' ses ex-»- ^""*^* écrivit en ces termes a l'ardievêque de et à l'amiral de/Franoe :

Arc ^êque, et vous Amiral ^ je sais que

$ ir que vous dites avoir été armés

' r d'A eterre , ont .déjà insulté et

vaisseaux appartenant à mes

jets, s, par saint Georges, si l'on n'y

I »t, j'y pourvoirai à l'aide de I^eu sans

V congés ni vos raisons, ni votre justice^

i elle» sont trop arbitraires et Jtajpdive^

M Signé Ghaiules. m

En. toute circonstance^ le ducj ba.utai&# se plaisait à braver aitrc^^anment Je monarqu/^ irançais. Il avait rdusé r<Mrdre de Saint-Afi'ohd, i) reçut d'Edouard cekii de la Jarre-

liOttîs XI évitait, tant qa'il la pouvait ^ 4'exr ^ ^^ ^.

••doc .

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poser aa couronne à la change incertaine des combats. Plus jalouiE de sa puissance que de sa dignité^ rabaissement ne lui semblait pas honteux lorsqu'il était utile. U se résolut donc à donner quelque satisfaction au duc de Bourgogne et à se justifier du reproche que celui-ci lui faisait de vouloir rompre la paix; mais^ toujours obscur et cauteleux dans sa. diplomatie^ tout en confirmant et en jurant de nouveau le traité de Féronne, il protestait contre celui de Gonflans qu'on lui avait, disait-il, arraché.

Des ambassadeurs de ce monarque, dans une pompeuse harangue, énumérèrent tous les bienfaits prodigués par les rois de France à la maison de Bourgogne. C'était le roi Jean qui l'avait revêtu d'un si riche apanage. Elle devait à Charles V l'héritage de la Flandre, la possession de Lille, de Douai et de plusieurs autres cités. « C'était , disaient-ils , Charles yi> » qui , par la force des armes , avait coinprimé » la formidable rébellion des Flamands. Ainèi, » donc , l'intérêt véritable du duc et un juste » sentiment de recontiaissanccdoiventse join-» » dre aux liens du sang pour le décider à reiter » inséparablement uni avec la Fi^atice. — Je » suis loin, répondit sèchement le prince bour^ » guignon, de nier les obligations qui me lient

» à la couronne, Itiais les epgagemens sont ré- » ciproques. C'est à celui-là seul qur les en- » freint qu'on âoit reprocher les funestes effets » des dissensions intestines/ Le roi ne tient » aucune de ses promesses. Ses paroles sont » pacifiques et ses actions hostiles. Il fomente » la discorde dans les États de mon beau-frère, » eï reçoit avec faveur chez lui tous les mécon- » téns qui fuient de la Bourgogne pour se dé- » roberàma justice. Sous quel prétexte ose-t-il » donc exiger que je laisse sans secours le duc » de Bretagne dont il s'efforce de consommer » la ruine ?»

Après avoir coiigédié les ambassadeurs du roi, Charles ne répondit aux concessions et aux satisfactions que lui offrait Louis que par la saisie et confiscation des marchandises dç tous les Français qui se trouvaient dans ses États ; faible représàillé, disait-il, pour se venger des efforts tentés par les amiraux français pour brûler sa flotte. Enfin, ne gardant plus aucun ménagement , il donna l'ordre à ses forces navales de se réunir à celles du roi. d'Angleterre et du duc de Bretagne^

Le roi, pleih de confiance lorsqu'il nouait une intrigue , était prompt à s'alarmer quatnd elle échouait; l'arrivée de Warwick en France était évidemment la cause du nouvel embarras

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. qui troublât sa Alîtique^ et il s'dtppa actiiJ> ^^^ yemeni:des moyem de le déterminera retour- ^*. ner en Angleterre, ^

Naiinnce ^^ ^^^ ^ cettç époque ^ t}ue la reine donna ilwn^,*dê- ïMiissance à un prince , qui depuis monta $ur le pui.chai- trône sous le nom de Charles VIII.

letVIlI. . r ^

Cet événement répandit dans tout le royaume une joie qui se manifesta par d'éclaÊEU» traAs^ ports. Le peuple, toujours prompt À sdifÎT- la plus faible rayon d'espoir, croyait' que cptta naissance d'un héritier direct du trônai Mturerait la tranquillité publique, en calmant les méfiances du roi et en enlevant tout prétexte aux errances ^.mbitiçuses que de perfides conseillers inspiraient à soa frièce.

Louis XI., en effet , parut s'a4oucir et partitger la satisfaction générale.^ Il appela prés de lui son frèiae, et se rendit à Angers avec loi tf le rpi René, dans le dessein de négpcîeF jBMrac le duc de Bretagne^t de co^isolider une pajx «que jusque-là les deux partes avaient peu T^ pectée. .y

La reine Marguerite d'Anjou, Iepi:in0e4k Galles son fils et le comte de Warwick asairtè^ rent à ces conférences. On y conclut le mariage du prince de Galles et de la fille de Warwick. Peu de jours après, celui-ci, cédant %mL in-

* i4 juin 1470.

li^OUlS XI; i2i

Stances dtu roi^ s'embarqi||Miyec quelques trou^

pes^ trompa la vigilance dés flottes dlEdouard^' > - : i-

et descendit en Angleterre;

Dès qu'on y apprit; son arrivé^ et celle du Rëubiii. duc de Clarence , tous les partisans de la mai- u m^a^son son de Lancastre , animés d'un nouvel espoir^ clstrT prirent les armes et vinrent les rejoindre. Le fils du fameux Talbot leur amena cinq mille hommes. Bientôt leurs forces , journellement croissajQtes y s'élevèrent; jusqu'au nombre dé cinquante mille guerriers. Enhardis par ce succès^ ils déclarèrent formellement la guerre à Edouard se disant roi d'ÂngpLeteire^ mais qui n'était que l'usurpateur du trône de Henri.

Aux premiè;res nouvelles de cette menaçante insurrection^ Edouard^ s'arrachant ausi; plaisirs et à la mollesse^ reprend sa belliqueuse audace^ rassemble ses troupes , et marche pré- ^ * cipitamment au--devant des rebelles j mais la fortune, qui lui avait été tant de fois favorable^ le trahit à son tour; son avant-garde^ comr* mandée par Montaigu, d^rte ses drapeaux pour se ranger sous ceux de Clarence et de Warvick. Toute l'armée d'Edouard, découragée par cette lâche défection y l'abandonne et se disperse.

Le monarque, vaincu sans combattre, ne pouvait plus espérer de salut que dans une

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prompte fiiite ; ii pniÊtie des ténèbres |K>ar s'é^ vader avec son frère Glocester^ Hastings> le duc de Northumberland ^ Ripers^ frère de la reine ^ et environ six cents hommes, et trouve sur la côte trois vaisseaux qui le transpor-^ tèront en Hollande. Warvick, triomphant , marcha rapidement sur Londres , et fit encore une fois remonter du Cachot au trône le mal-^ heureux et faible Henri YI, tour à tour le jouet de ses protecteurs et de ses ennemis.

Le duc de Bourgogne, plus irrité qu'abattu par ce revers de fortune si favorable à la politique de Louis XI et si contraire à la sienne, accueillit avec honneur le monarque fugitif, et rompit solennellement toutes ses communications avec la France.

AUiance Pcudant le cours de ces événemens , le rpi s^sel! parcourait les côtes de la Normandie, 9e odih ciliait l'affection de cette province > et réunissait autour de lui un grand iK)mbre de n^ocians et de marchands , afin de rédiger avec eux les réglemens les plus avantageux pour leur commeroë. En même té]pài()s, prépairant d'avance une redoutable diversion, dans le dessein de diviser les forces du duc de Bourgogne, il conclut, le ^5 septembre 1470^ wne alliance défensive et offensive avec les SiiisMs, et s'unit, par un semblable lien, au roi Henri Yi. —

LOUIS Xi. 3^5

Le duc, ayant fait de mns efforts pour tra-f Mamret(« verser ses négociations, commence à craindre de°^ lui-même de succomber sous les efforts de *'**°*' cette ligue menaçante ; il charge Hiilippe de C!omines de se rendre à Calais pour déclarer aux peupleji d'Angleterre qu'il ne cesse point d*étre leur allié, et que son intention n'est nullement de se mêler des querelles de leurs princes. En même temps il réclame vivement les secours du roi René, du duc de Bretagne, et les invite à s'armer contre Louis XI, qu'il accuse d'avoir enfreint les traités dont ces deux princes étaient garans. Enfin, s'adressant au Parlement de Paris, il lui expose, dans qn manifeste véhément , tous ses grieâ contre la per* fidie du tyran de la France.

. Tandis que Charles répandait partout contre le roi les accusations les phis graves eties soup* cens. les plus injurieux, Louis, non moins vio-» lent , mais plus artificieux , l'accablait de te^ proches qui paraissaient encore plus fondés que les siens. Il prétendit que le duc. avait chargé un homme pervers de lui proposer , moyennant une forte somme, d'assassiner le duc de Bretagne. Cette accusation n'était pas sans .apparence de vérité. Charles, en effet, avait confié cette honteuse mission à un aiD^- . cien chef de voleurs nomihé Roos , et par la

ai.

tendait au roi tin pi^e dans lequel il espérait le déshonorer s'il s'y laissait surprendre. Mais ce piège était trop grossier poqr un prince aussi rusé que Louis. Il fit arrêter Jean Rocs. Le Parleipent le jugea, et le condamna à être pendu.

D'un autre côté, le duc de fiourgojgne réclatna vivement l'extradition de Baudouin, bâtard de Bourgogne. « Ce Baudouin , disait-il » dans son manifeste, s'est dérobé à ma juste » vengeance, parce qu'il avait promis au roi » de m'empoisonnejr, et que j'avais découvert » son complot. »

Dans cet échange de diffamations et de démentis mutuels, en cherchant impartialement la vérité, on sera ibrcé de convenir que des deux côtés l'accusation était motivée et le crime probable. Siècle barbare , e^ pourtant encore vanté, où la plupart des princes ne se battaient, comme les sauvages, qu'avec des armes empoisonnées !

Le roi ne se trouvait plus dans celte position humiliante où, sortant des chaînes de Péronne, il défendait ^ sous peine de mort, de proférer la moindre parole injurieuse contre le duc de Bourgogne. Maintenant il le Uute sans crainte comme un perfide qui, rentrainant dans un cachot sous la foi d'un sauf—

conduit, a violé toutes les lois divines et humaines, et a conspiré traîtreusement contre son souverain; Il dévoue à la haine du peuple le complice de cette trahison , La Balue , son ancien favori, prêtre intrigant, ministre concussionnaire, vil instrument de cette trame infâme, et rejette sur lui toutes les fautes, toutes les imprudences qu on avait imputées à un monarque victime des plus lâches com- • plots.

Après s'être ainsi iustifié aux yeux de ïa na- convocation de son fatal voyage, de sa triste ^et san-* ai*eiiibii$tt glante campagne de Liège , et de la vengeance we.. cruelle qu'il tirait d'un traître que la pourpre roniaine sauvait seule encore d'un supplice mérité , marchant plus ouvertement aii véritable but de sa politique, il annonce que subissant jusqu'alors le joug honteux du traité qu'on lui avait arraché à Péronne, il en appelait à la nation qui seule pouvait le dégager d'un nœud si funeste. Bn conséquence i) convoqua, non les Etats-Généraux, mais une assemblée de notables composée en partie des princes et des grands dont il s'était d'avance assuré les suffrages. Il prit soin d'y admettre un grand nombre de commerçans et de simples citoyens, dont il dattait ainsi Tamour propre, en leur accordant l'honneur de déli-

bérer avec lui sur les plus importantes affaires du royaume.

Au milieu de cette assemblée^ le plus absolu des rois ^ couvrant son despotisme du masque de la modération et de la popularité, ne voulut -prendre d'autre titre que celui de chef et souverain protecteur de la couronne de France et des droits royaux.

Assuré de la bienveillance et même du dévoûment des notables qui l'écoutaient y il (ait devant eux .une longue énumération de ses griefs contre le duc de Bourgogne.

(c En vous parlant, dit-il, de ses attentats » contre la couronne et contre la sûreté du » royaume, je ne pourrais rien dire que "^ous » ne connussiez comme moi : qui peut ignorer » en effet ses perfidies et. son ambition sans » bornes ? Vous vous rappelez sa coalition avec » le duc de Bretagne, «es liaisons coupables » avec l'Angleterre , tous les complots tramés » par lui ou par ses agens contre son souv^* » rain. Jetez les yeux sur ce sauf-conduit , si- » gné de sa main, et rédigé dans les termes les » plus rassurans , garanti par des sermens sa- » crés; hé bien ! il a sans pudeur trahi sa loi; » il m'a entraîné dans un piège infâme-: c'est » au fond d'une tour où il me tenait etifënné , » qu il m'a fait souscrire à des engagemens

» aussi onéreux pour la nation que Funestes » pour moi : pensez'vous que je puisse être lié » par une promesse extorquée, lorsqu'il s'est » dégagé des siennes? Je place ma confiance » en vous, j'implore vos conseils; prononcez » entre votre roi et son vassal. Considérez » moins mon intérêt personnel que le vôtre, » consultez surtout celui de l'État , c'est . lui » seul qui doit dicter votre décision et régler » ma conduite. »

L'assemblée , après une courte délibération ^ déclara que le duc de Bourgogne était coupable de haute trahison, et en conséquence dé*-chu de la possession des fiefs qu'il tenait de la couronne.

Charles, en apprenant la décision de Fassem- coUn da. blée, se livra aux plus violens accès de fureur. b^4ô. Il courut aux armes, prodigua au roi les re- ^"^ proches les plus injurieux, l'accusa de nouveau ' d'avoir tramé contre sa vie une conspiration , et rendit à Dieu des grâces solennelles pour le remercier de l'avoir préservé de ce péril chimiérique ; et tandis qu'il réunissait toutes ses forces pour combattre à outrance son royal €|inemi , cherchant de toutes parts des alliés pour les associer à sa vengeance , U offrait, successivement à tous les princes d'Europe la main de sa fille.

!f28 LOUIS XI.

On a38ure ({ne, proposant ainsi à chacun la jeune Marie, il était résolu de ne la donner à personne^ parce qu'en Taccordant au plus fa- Torisé y il éloignerait les autres prétendans et n'aurait plus d'appât à leur présenter pour les exciter à embrasser sa querelle* Il dit même plusieurs fois à ses amis : « Le jour où je marierai » ma fille, je me ferai cordelier ; » au reste c'était surtout au duc de Guienne qu'il offrait ce leurre décevant, et ce fut en lui donnant l'es-^ poir d'être préféré à tous, qu'il trouva moyen de le rattacher au triumvirat redoutable de l'Angleterre, de la Bourgogne et de la Bre^ tagne.

Cependant, Louis XI su;* veillait avec vigilance ses mouvemens, et se préparait à soutenir par les armes l'arrêt qu'^ avait- dicté aux États. Le connétable et le maréchal de Rouhault furent envoyés par lui sur les firontièfes de la Picardie. Ses instructions leur recommandaient non de combattre , mais de prodiguer l'or et l'argent pour faire déserter les soldats du duc et corrompre ses officiers, ^hre de guerre digne du siècle et de Louis XI.

En même temps, pour alimenter les discor* des en Angleterre, il faisait dans la ville de Paris une réception pompeuse à Marguerite d'Anjou et à la comtesse de Warvick, sa bello-

fille. Elles y jouirent de tous les honneurs de la royauté.

• La fuite et la résistance de la princesse -Isa- NouveUei belle avaient déjoue les intrigues du roi en Es- ^^ »>> «q

. , j, Espagne.

|Migne ; mais ce pnnce^ qu on ne décourageait pas facilement , changea promptement de ri-* sée, et crut momentanément atteindre son but par une intrigue nouvelle. Ses agens persuadèrent au faible Henri lY de s'opposer aux ▼œux de sa sœur et de son peuple. Le monar^ que castillan déclara qu'on avait proclamé^ sans aucun droite Isabelle héritière de son ti*ône. U jura, et fit attester par sa femme^ que la prin-^ cesse Jeanne é tait véritablerùent leur fille , qu'elle seule devait succéder à sa couronne, et que tous ceux qui avaient promis fidélité à Isabelle étaient relevés de leur serment. Enfin^ il promit solennellement la main de Jeanne au duc de Guienne ; mais dans le même temps ses ennemis obtinrent une bulle du pape Paul second, qui embrassa le parti d'Isabelle, et fut vivement appuyé par celui de Ferdinand, roi d'Aragon.

* Louis XI n'en poursuivit pas moins opi^ niàtrément l'exécution de ses projets, et mêfne le mariage de son frère avec Jçanne fut célébré par procuration. Le roi Henri l'invitait à

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lui envoyer une année pour consolider leur alliance; mais le monarque français se vit toulr à-coup arrêté dans ses desseins par des obstacles insurmontables.

Reprise Lc duc dc Guicnnc^ après une longue héaiutés^enîê tation , refusa décidément de souscrire au ma- ItUBowî riage conclu sans son consentement ; et cette gogne. même année 1471? la guerre ayant éclaté entre la Bourgogne et la France, Charles le Téméraire y pour sortir du péril où le jetait l'alliance du roi avec la maison de Lancastre, prodigua ses trésors à Edouard, afin de lui fiLcili*? ter les moyens de. remonter sur le trône delà Grande-Bretagne.

Les premiers événemens de la guerre furent favorables aux armes françaises. Le connéta-, ble de Saint-Pol, plus par ruse que par force, se rendit maître de Saint-Quentin; le duc de Bourgogne lui reprocha hautement cette trar bison , confisqua les terres qu'il possédait ea Flandre, et s'avança pour l'attaquer. Maîa l'armée royale était rassemblée. Dammajrt^ la commandait; elle marcha au secours de Saint- Pol et s'empara de Montdidier. Charles le Téméraire comptait sur la bravoure et la fidélité des habitans d'Amiens , ils trompèrent sa confiance et ouvrirent leurs portes au géuéial français.

Alors le duc écrivit une lettre hautaine à Dammartin^ en l'accusant de violer les traités qu'il avait lui-même signés et garantis. Celuici lui répondit : « Monseigneur ^ je n'entends M rien à toutes ces subtilités qui sont l'affaire » des gens de plume; pour moi, je n'ai jamais » vécu que du métier de l'épée. Au reste, si j'a- » vais été près du roi, à l'époque de cette guerre » nommée par vous guerre du bien public ^ et » qtli fut, selon moi, la guerre du mal public, n VOUS ne vous en seriez pas tiré à si bon mar- » ohé. Depuis , quand vous attirâtes le roi dans » un piège, et que vous renfermâtes à Péronne, » ce fut moi qui le sauvai en refusant d'obéir » à ses ordres et de licencier son armée. Je sa- >i vais trop que ce commandement dicté par » TOUS n'était pas libre , et que vous l'aviez ex- » torque. Si vous avezpris la résolution de vous » venger de moi / avant la fin des (êtes pro- » chaines, vous me trouverez si près de vôtfe » armée, que vous serez à portée de contiaitre » le peu de crainte que j'aide vous. Cette lettre » est écrite par moi, Antoine / comte de Gha- » bannes et de Dammartin , grand-maitre de n France, et lieutenant-général du roi. »

Dès que Louis se vit maître de Saint-Quen^ tin, il concéda, suivant sa coutume^ dé nombreux privilèges aux bourgeois de cette ville ,

afin de s'assurer de leur attachement. Mais^ comme il savait qu'on ajoutait peu de foi à ses promesses^ il eut soin de faire enregistrer au Parlement les lettres patentes qui concédaient ces privilèges. Ce monarque artificieux aurait châtié rigoureusement. Dammartin, s'il eût été malheureux. Mais lorsqu'il apprit les progrès

rapides de ce capitaine au-delà de la Somme ^ ses succès réveillèrent sa méfiance; et tandis qu'il lui adressait des lettres écrites en termes affectueux pour lui témoigner une vive satisifaction de ses services, il répandait journellement contre lui au sein de sa cour les plus noires calomnies.

Les forces du duc de. Boulogne 8|accroi8sarit chaque jour, s'élevèrent bientôt à quatre mille lances ou quarante mille hommes; on y comptait quatorze cents chariots d'artillerie; de plus toutes les garnisons étaient fortes et bien approvisionnées.

Les troupes du roi présentaient un aspect non moins imposant. Cependant ces deux ar-mées , au lieu de se choquer vivement, ùomme on l'attendait, s'observèrent long-temps sans hasarder de coup décisif. Après quelques escar^ mouches, le duc tomba à l'improviste sur Pé— qujgny et s'en empara. Le connétable, de sor côté, fit une tentative sur Bapaume , maia san

i^uuis A.J* ;j;j;j

succès. Alors il né s'occupa que d'incendier les châteaux , et de livrer les campagnes au pillage. Dans ses courses il enleva cinquante chariots aux Bourguignons; mais ensuite ayant été battu par Charles dans une rencontire, il rallia vaillamment ses troupes y et força l'ennemi de se retirer. Enfin , les deux armées s'approchèrent; l'impétueux Charles désirait ardemment une bataille.

Le roi^ qui ne voyait dans ces actions san- Tr^e. glantes qu'un jeu de hasard incertain, manœuvra de manière à éviter toute affaire générale, et, pour diviser les forces du duc, il chargea le comte Dauvergne et le maréchal de Cornminges d'envahir le Charolais et le Maçonnais. Ils exécutèrent ses ordres et s'y rendirent maîtres de plusieurs places , de sorte que le duc, harcelé de toutes parts , battu en détail et presque épuisé de vivres et de munitions, se vit contraint à ronger son frein , à comprimer sa violence et à conclure une trêve avec le roi.

Le monarque et le duc, au lieu de donner à cette convention les garanties ordinaires, nommèrent conservateurs de la trêve plusieurs personnages distingués par l'illustration de leur rang, par le nombre de leurs vassaux et par leur considération personnelle. Les hostilités cessèrent en France, mais, à la même

époque % elles recommencèrent en Angleterre avec un nouveau redoublement de violence. " Dfsccnie Édouard, secondé par les secours en homdooarden Hics ct cn argcut que lui donnait son beaute°illr frèi^e, débarqua en Angleterre. Dès qu'on y sut son arrivée, de toutes parts ses partisans vinrent le rejoindre en si grand nombre qu'il reprit avec confiance le titre de roi. Watvick sortit de Londres à la tête d'une forte armée ; il courut au-devant de son ennemi. Il ne dou* tait pas de la victoire , lorsque tout*àKX>up le duc de Glarence , qui commandait sous loi un corps de douze mille hommes, l'abandonne et passe du côté d'Edouard. Warwick, consterné par cette défection, est forcé de se retirer et de se renfermer dans, la ville de Coventry.

Ne trouvant plus d'obstacle, Édouard marche rapidement sur Londres; il y entre en triomphe; la maison d'Yorck l'emporte de nouveau , et de nouveau le malheureux Henri VI est jeté au fond d'une tour. Warvick ne s'était retiré. que pour se donner le temps de recevoir des renforts et de relever son parti. Aussitôt qu'il se vit en état de combattre, il sortit des murs qui le renfermaient. Édouard

LOUIS xr. 5^

marcha contre lui, et les deux armées se livrèrent un combat sanglant dans la plaine de Bamet^ le jour de Pâques 1471*

L'impétueux Warvick devait être encore rejoint par un nombreux renfort ; il ne l'attendit point; sft:- haine triompha de sa prudence ; on se battit trois heures corps à corps. Enfin , les troupes de Warwick enfoncées prirent la fuite.

Alors ce fougueux général , ne prenant conseil que de son désespoir, se jeta à corps perdu dans la foule de ses ennemis, avec son frère Montaigu, et tous deux y périrent. Us avaient perdu dix mille braves dans cette journée, tandisque la victoire ne coûtaàl'heureuxÉdouard que la perte de quinze cents hommes.

Il est facile de concevoir quelle fut la douleur de U reine Marguerite. Elle voyait tomber son plus ferme soutien, le beau-père de sa fille, et renverser en un seul jour toutes les espérances de sa vie héroïque. Succombant d'abord à l'excès de son chagrin, elle s'enferma dans un cloître ; mais le silence et le repos de cette paisible demeure ne pouvaient avoir d'attraits pour l'esprit audacieux, le cœur agité et l'âme intrépide de la reine. Excitée par les prières de son fils le prince de Galles, qui lui demandait vengeance, et par d'ardens amis qui la lui pro-

mettaient^ elle franchit des grilles , reprend ses armes y rallie ses partisans et vole encore au combat.

Meurtre Édouard vint l'attaquer et força sed retran-

do priace '''

deGditf. chemens. Les soldats mal disciplinés de Marguerite fuient en désordre j une troupe d'élite se rallie autoui^ du prince de Galles^ décidée à le sauver ou à mourir avec lui. Ces défenseurs fidèles étaient au nombre de tji^is mille; ils tinrent leur serment et périrent tous. Le prince de Galles fut pris et livré au roi Édouard par Richard GrafT^ qui exigea de ce monarque la promesse d'épargner les jours de son prison-* nier.

L'infortuné prince parut devant le roi, qui lui demanda comment il avait été assezhardi pour rompre son ban et rentrer en Angleterre, ce J'ai » voulu, reprit avec fermeté le jeune càptify » reprendre une couronne qui n's^ppartient » qu'à moi. » Edouard, furieux de cette jréplique, le frappe au visage, et à l'instant même le malheureux est poignardé par Glarence, Glocester et Hastings. Glocester courut ensuite à Londres, se fit ouvrir les portes de la tour, et plongea son glaive dans le sein de l'infortuné- Henri VI.

Edouard chercha depuis à se justifier meurtre du prince de Galles , et , sur la foi d'u

lettre de ce monarque^ Comines assure que ce fut sur le champ de bataille que le prince trdliya la morL Faible moyen de défense , car c était aussi sur ce même, champ de bataille que l'eAtrevue, dont par||S|A( les autres historiens^ ava/t; '.

eu lieu. ' .^/\ .;,/

La reine lM|Éi||kilBrite9 captive, fut enfermée captmi^ dans la tour. Bile n'en sortit qpe plusieurs ^^' années après, par l'intervention tardive de. ^' Louis XI.

Sommerset eut la tête tranchée. Le reste des rebelles, vivement poursuivi, s'embarqua avec le comte de Richemont leur chef, et se réfugia en France.

CSes événemens inattendus changeaient totalement la face des affaires et la situation de Louis. En . moins de trois semaines , Edouard v avait reconquis son royaume, le traité fait entre FAngleterre et la France était rompu , et le duc de Bourgogne se voyait délivré du plus redoutable de ses ennemis. Les terreurs du m *^ \ se réveillèrent, et comme il redoutait par- :-L dessus tout son frère,, il l'appela près de lui err ' ;^ Picardie, et corrompit son favori Malicome en lui donnant la Baronnie de Médoc.

Louis ne se montrait jamais plus populair^^ . que dans les momens où il se croyait menajpS^ ""^^ d'un grand péril. Aussi, dans cette circons^ - -

aa

tance y il s'empressa de se rendre 'à Paris; il y combla la bourgeoisie de bienfaits^ se tnêla familièrement aux jeux publics^ ^et allurna luimSme le feu de la Saint^Jean. Il trompa ainsi les crédules ^ mais ne put désarmer les railleurs^ et la capitale fut inondée de coapiets qui tournaient en ridicule les formidablies armemens du roi y la nullité de ses opérations^ et la honte d'une trêve accordée sans avoir combattu.

Le triomphe de la maison d'Yorck dissipa les craintes et réveilla la haine ainsi que Tespérance du duc de Boui^gogne. Ce prince., qui ne respectait pas p>lus ses sermens que Louis , rompit la trêve et reprit les armes.

Secours ^ la mêmc époquc, les princes de Savoie se aûTuc**tt révoltèrent contre le duc et la duchesse, qui se ^^Jj»^^^^"-^ réfugièrent à Montméliant; mais bientôt leurs Savoie, ingrats enfans les forcèrent de capituler.. Le :roi ne pouvait tolérer cet affront fait à la duchesse sa sœiir. Par ses ordres, le comte de Gommmges ayant rassemblé les francs-archer$; et i'arrière-ban du Dauphiné ,' entra en Savoie', surprit lé château d'Apremont , délivra la dùchlssse qui y était captive , et signa un traité d'alliimee entre la France, le duc de Milan, le roi de Na— pies, la république de Florence, les ducs d Fèrrare et dé Modène , ainsi tqu'aVtec 1 Suisses.

:/ii»uii»itî roi oraonna a se$ croupes a assie*- Chambéri. Les princes de Sayoie s'a^iuticè* t pour délivrer cette capitale. Le signal du ibat était donné ; mais Tanneguy-Buchatel »pose àl'eirusion du sang; il', persuade aux Lx partis^ 9e soumettre à l'arbitrage du roi. iuc et la ducbcsse recouvrent leur autorité, pardonnent à leurs enfans rebelles/ et leur ordent entrée, dans le conseil. *^ le fut cette année ''^ que mourut le comte Monda u, prince sage, vertueuxy expérimenté. Il f^niiu cendait dq saint Louis, et la branche d'Ar-. s'éteignit en lui. Lexomté d'Eu fiit donné connétable de Saint-Pol.

lette même année He^mina aussi les jours pape Paul II. On le disait avare, mais il ne it réellement que pdm* se donner le^ moyens Ire plus charitable. Paul II' fixar le nombre cardinaux à vingt-qufttre. . François de^kt rère lui succéda sous le ik)m de Sixte lY^f ^e roi venait d'apprendre que son frère, le Houteta ; de Guienne, resserrait seslietis avec ie^duc^^^uT' Bourgogne , et voulait absoltimeÀtépcMiser JSaûl^^t unique héritière. Le roi dâi^lara qu'il ne sentirait jamais à Cette -union ^ et 'écrivit ornent à Sixte IV pour engager ce ponftifë Y opposer. Le prince irrité quitta btîidque^ >

le roi.

34o liOUfs XI.

ment son frère ^ retourna en Guienne, et conclut un traité avec les ducs de Bourgogne et de Bretagne^

Sur ces entrefaites , Olivier le [Roux , intri-* gant fameux et agent secret de Louis ^ parvint à intercepter des lettres qui apprirent au monarque qu'Edouard promettait de seconder de toutes ses forces les princes mécontens. Beauveau fut chargé d'approfondir et de vérifier la vérité de ces faits.

potiiion Alors le duc de Ouienne^ espérant tromper ï!ourxl!son frère, lui écrivit qu'on avait calomnié ses intentions et ses démardhes , et que son véritable dessein était d'épouser l'héritière de Foix. IVlais Louis ne fut pas dupe de cette supercherie. Aussi, dans le dessein de s'assurer de l'appui du pape, il lui promit de ne jamais remettre en vigueur la Pragmatique-sanction. Malgré deux fortes leçons , celles de Montlhéry et de Féronne, Louis avait continué ses intrigues, ses parjures, ses perfidies; il commençait à recueillit* les funestes effets de sa mauvaise foi. Un orage effrayant , prêt à fondre sur lui, se grossissait chaque jour.

Le roi d'Aragon Conclut une ligue offensive

et défensive^ d'une part, entre lui, Isabelle sa

. belle-fille, héritière de \gL Gastille, Ferdinand

son fils, qui possédait déjà le trône de Sicile,

et de i'aûtre, le duc de Bourgogne. , Gelai -ci, dépouillant alors tout déguisement, déclara solennellement qu'il ne se regardait plus comme vassal de la France.

Louis employa ses moyens ordinaires de né* gociatiofn, de ruse et de concession pour détacher Charles le Téméraire de la ligue. Mais èomme des deux côtés on ne cherchait qu'à gagner du temps et à se tromper^ tes: négociateurs ne purent rien conclue.

Pendant ce temps les «flBures tournaient mal en Catalogne. Le roi d'Aragon prit Gironne' et bloqua Barcelone. Le roi , craignant qu'il n'envahît le Roussillon , confia sa défense à Du. Lau. Des dépêches récentes informèrent le 'roi que le duc de Guienne persistait plus que jamais dans son alliance avec Charles le Téméraire^^t dans le dessein d'épouser sa fille. Par un trait d'ingratitude , qui ue peut pas étonner dans un tel siècle^ la duchesse de Savoie entra dans les cahales des* princes qui méditaient la ruine du trône.

En ce moment 9 Louis XI ^ enveloppé de toutes parts^ voyait, s'armer contre kii:ses parens^ ses voisins. Tous ^ Espagnolpi^ Lorrains , Bretons, Anglais , Bourguignons, fortifiés par ' Talliance du duc de Guienne, menaçaient la France d'une invasion formidable, cent fois

54^ ix)uis xr.

plus. dangereuse que* celle qui, à l'époque de la guerre du Bien public , avait failli renverser le trône. . ^ Empoi- Les plus habiles politiques ne pouvaient préroenida voîr par quel artifice ou par quel coup de for- Gu?eDDe. tune il se tirerait d'un pas si périlleux, lorsque tout-à-coup on apprit que la dame de Mon(-« soreau, maîtresse du duc de Guienne, venait d'être empoisonnée par une pêche que lui avait donnée le moine Versoy, abbé de. SainWean^ d'Abgély, et que le frère du roi, qui avait mangé la moitié de ce fruit, était, en proie ii d'affreuses . douleurs qui annonçaient sa fin prochaine. ^ .

Dans le premier instant, les soupçons se.por-: tèrent sur les membres du conseil de ce mai^ heureux prince. Jamais la concorde, n'existe parmi les ministres et les Êivoris 4'un prince faible, La fermeté seulepeut décourager Fin*^ trigue et la forcer à l'inaction. LescuB , le plus intime des amis de Charles, fut le pnemiec accusé par l'opinion nublique, tandis que per* sonne n'attribuait l'idée de ce crime au moine qui avait donné le fruit empoisonné. Ladaaie de Montsbreau.elle-mêihe était si loin de soUp* çonner l'abbé de Saint- Jean- d'Angély, qn'^tt moment de mourir elle le nomma sonexécB* teur testamentaire.

couis XI» 343

' Les souffrances du 4uc de Guigne et l'état *• J^ de langueur où il était tombé ne rentpechaieAt point de* poursigivre activement ses négociar tions avec le duc de . Bourgogne. La flatterie suit les princes jusqu'au hoi^d du jtoxnbeau. Charles , trompé , espérait vivre. Il se Oroyait phis menacé de la perte de son apanage par . la perfidie de son frère ^ que de la peite de. sa vie par le poison qu'il. portait dans son sein. Aussi dans toutes ses dépêches il appelait vivement ses alliés à son.secours.

Le roi, voulant se justifier du dessein êpor liateur qu'on lui supposait, pi^pesai^u ductde Bourgogne de soumettre à des arbitres U dér eision de^ différends qui elcistaient epti^ eui^. U 3e plaignit aussi très-vivément du rassepa-r blemént de troupes que le duc d^ Bretagne venait subitement d'ordonner. Le duc deBr^ tagne, de son côté ,. déclarait haiitement .qu'il ne s'armait que pour se défendra et . non pour attaquer. < :-

Cependant les lettres du duG.de Guienne devenaient de ^plus en* plus pressantes, (çNe » vous laissez pas tromper, éipidyait^l au due » de Bourgogne. SoiKenez V08 dwîts etdéfei^^ » dez les nôtres contre celui qui n'en respecté ' » aucun. Je rassemble Iq ban et l'arrlèrè-ban

'; . 544 M>uift xf.

» de ition apanage^ et bientôt, de concert avec » Edouard, je contraindrai le roi à vous restî- >• tuer les villes qu'il vous a enlevées. Pour uni- » que prix de ce service , je, ne vous demande » que la main de votre fille. »

Le du(f de Bourgogne, soit qu'il fut dupe des v^ artifices de Louis, soit qu'il voulût alors^ assurer l'exécution de ses projets en les. retardant, avait signé une ^uspeni$ion d'armes; mais le roi, au Heu de confirmer cet acte par sa signature, laissait l'agent du duc attendre sa. réponse, sans vouloir lui accorder d'audience^ ■

Les espions de Louis XI ne lui laissaient ignorer aucune des démarches de ses ennemis, et dans le grand péril où il se trouvait, peu rassuré par le développement de ses ibrcea, il ne fonda son espoir que sur le seco,urs du ciel et sur la protection spéciale de la Vierge. Ce fîit pour s'en assurer que ce prince bizarre prescrivit, par une ordonnance, à ses sujets^ de réciter chaque jour les salutations angéliques* En même temps Ce monarque' superstitieux, importunant le ciel et les fôipts par ses prières, entourait son frère d'espions et de corrupteurs. Le sire d'Archiac, gagné, par ses \ut^gesses, lui livra une place qu'il tenait du duc de Guienne.

L'infortuné princef environné de favoris qui

Testament et

ent et se déchiraient mutuellement. ^^^^*

ceprincs.

[ it plus auquel il pouvait se fier^ exi-

ftx tous un nouveau serment de fidélité;

, voyant que sa fin s'approchait rapide-

Fabandonnèrent peu à peu. "Enfin y ne

it plus se faire illusion sur les approches

»rt, il s'y prépara^ et parut oublier, dans

liera momens, les ressentimens trop

{ue lui avait inspirés son fi[*ère. En effet,

Qai i47^y il signa un testament par le-

reconnaissait le roi pour son "héritier,

mmait son exécuteur testamentaire.

s pardonne , lui disait-il , vos torts en-

i, pardonnez-moi de même ceux que

vez me reprocher. »

ne douta en- France que la mort r i fût l'effet du poison. Lçs paroles

ntes ce prince mourant prouventodement sa candeur, et peuvent-elles r Louis XI du crime atroce que l'opi- 5 ses ennemis lui imputait ?

im , soit par affection pour le prince Arre«u. t comblé de bienfaits , soit pour dis- laubé de pçons dont il avait lui-même j'^- , fit arrêter l'abbé de Saint- Jean- ^'^"«^'^ iy. En même temps, un officier de la du prince, nommé Henri de Larodisait audacieusement partout que le

crime avait été commis par l'ordre du rot;

Lescun emmena cet homme avec Fabbé, les

conduisit en Bretagpe, et dit au duc : ce Je

» vous remets ces traîtres, qui ont lâchengient

» ravi le jour à leur seigneur; songeas à c6 que

» vous devez au malheur dhin prince si digne

» -de votre amitié. Son âme demandé :à Dieu

» une vengeance éclatante de ses assassins;

» F^isse-t-il voir du séjour dés morts de quelle

» mahière je remplis mes engagemené I »

Opinion* Le tribunal de l'histoire ne doit jamais con-

umpo" damner sans preuves. Il n'en existe aucune

kmorîdu contre Louis. L'histoire cependant est nécessai-

'rof. " rement l'écho qui répète à la postérité les ac-

cens de l'opinion publique. H était impossible

qu'à l'époque dont nous parlons lès plus graves

soupçons ne tombassent pas sur un monarque

dont le caractère méfiant, sombre /jaloux et

perfide, excitait partout la haine et la tér*

reur. Le crime commis n'était profitable qu^

lui seul.

Charles était le nœud de la ligue qui menaçait Louis. A la nouvelle de- sa mort, èette ligue s'évanouit. De plus, sans attendre que son frère eût terminé ses jours, le roi avait réuni ses troupes sous les ordres dé DaiiH martin, près des frontières de la Guienne, et ks tenait prêtes à se saisir de cet apanage! Enfio

les princes alliés de Charles^ indigpiiés dé iroir le lieu qui les unissait rompu y propagèrent à l'envi dans l'Europe touic;s les déclamations et tous Ifis bruits qui associaient le nom de Louis à ce forÊiit. • - '

Le duc de Bourgogne surtout, s'aband<fnnant aux transports les plus violens, publia un manifeste empreint de toute la fureur qui fanipiait. Il accusa hautement, le roi de fratricide; lui imputa tous les crimes que la haine peut inventer ; enfin il le dénonça à l'Europe comme un parricide;, un hérétique, un satrilége qui devait attirer sur lui l'exécration de Tunivers.

Le roi n'opposait à ces injures que ses lar^ mes et les accens d'une profondé douleur. Une conunisision . fut nommée par lui pour saisir, juger^ et punir les auteurs et complices du meurtre de son ^re. EUe^ était composée' de Bourdeille , archevêque de Tours ; de l'évêque de Lombez, de plusieurs présidens des Parle* mens de Toulouse et de Paris, enfin dé Rolaâd du Groisic, confesseur da feu prince €harles et inquisiteur de la' foi^ , î: ^

Lescun avait fait transporter en Bretagne l'abbé de SaiûtrJean-d'Angély. Louis cob^ientit que le procès y fut-înstruit, poulrsyivi et jugé. « Mon plus grand désir, disait-dl , est quSïn » forfait si détestable soit puni : l'intérêt géné-

if*^

» ral exige que cette cause soit approfondie » avec sQin^ jugée avec le plus grand éclat, et » qu'aucun des coupables pu de leurs comn plices n'échappe à la vindicte publiqilb. »

L'historien Brantôme est un, de ceux qui se sont le plus efforcés d'attribuer à Louis cet inf&me fratricide, « Un jour, dit-il , lorsque. le » roi faisait ses prières, son fou l'enfendît de* » mandep pardon à Dieu de la mort dç son » frère, qu'il avait fait empoisonner par ce » méchant abbé d'Ângély . » Duclos i qui cite cette anecdote , regarde avec raison ce récit de Brantôme comme calomnieux. Comment, en effet, appuyer une accusation de meurtre sur le témoignage d'un insensé!

Mais le même Duclos émet une opiiûon qui n'est pas plus accompagnée de preuves : il prétend que Lescun n'avait vo^lu empoisonna que la dame de Montsoreau, ne prévoyant pas qu'elle partagerait avec le prince la pêdhie qui contenait le poison. - '

Ce qui est, au reste, certain, c'est que la commission, nommée avec tant d'éclat, n'eut aucun résultat public. On trouva-un jour Fabbé étranglé dans sa prison. Le vulgaire crut que le diable était venu se saisir de lui et Fayait étouffé. On ignora le sort de ses complices.

Voici dans quels termes un historien reiuI

LOUIS XU 549

ce p de ce bruit populaire : « On vit dans

t r qui renfermait les accusés d'horribles

n 8 :tres. On entendit d'affreux hurlemens.

I îélier supplia de hâter le procès. Quelque

nps aprèsyil accourt 1^ nuit au milieu d'un

ffi, et annonce quelediable est venu tordre

»• cou au scélérat d'abbé^ qu'il l'a réfluit en

n cendres ^ et a enlevé Henri de La Roche, n

I un se réconcilia avec le roi ; la vérité fut irelif^ dans de profondes ténèbres. Une seule t] b fâcheuse pour la mémoire de Louis se retrouva après la mort de ce monarque : c'était ane lettre écrite de sa main pendant les premiers momens de la maladie de son frère. Elle était adressée à Dam^iartin. « J'ai eu nouvelle^ » disait-il , que monsieur de Guienne se meurt^ » et qu'il n'y a point de remède dans son fait, n et me le fait savoir un de ses plus privés » qu'il ait près de lui. C'est le moine qui dit ses n heures avec lui, et ne croît pas qu'il soit vif j» à quinze jours d'ici, dont je me suis ébahi et » m'en suis signé depuis la tête jusqu'aux » pieds. » Or, on ne peut pas oublier que ce moine était l'abbé de Saint- Jean- d'Angély, porteur de la pêche empoisonnée.

Après la mort de cet abbé, le roi se fit remettre les pièces du procès, donna Févéché d'Alby à Louis d'Amboise, l'un des commis-

35o LOUIS XI.

sairesy et nomma maître des requêtes le greffier de la commission y appelé Pierre Sajcierges.

Gondillac s'exprime en termes très- laconiques sur cet événement mémorable. « Louis ^ dit-il , apprenant que son frère voulait épouser rhéritière de Bourgogne, s'efforça, par ses intrigues, d'empêcher une union si avantageuse pour la France. Pendant le cours des négociations, ce prince mourut empoisonné, et l'opinion publique soupçonna toujours de ce crime. le roi Louis XI. m

Voltaire, après avoir retracé. tous les fiûts qui précédèrejitet suivirent la mort de Charles, s'arrête au même doute que nous, a L'histoire, dit-il, ne prononce point^ faute de preuves*, w

« Anquetil, en parlant de la situation très-

périlleuse où se trouvait Louis, menacé par

une ligue formidable , termine son récit par

ces mordantes expressions : « On- ne peut dis-

» convenir que la position de Louis XI ue fût

» très-inquiétante; mais Je ciel ou Fenfer le

» secoururent : le ciel , si la mort de «on frère

» fut naturelle ; l'enfer, si elle fut provoquée. »

DispMi- -^^ reste , soit que le roi fût coupable ou in-

chaHcfîe ^^^^^^t du cHmc qu'on lui imputait, -il en té-

Témë. cueillit avec avidité le fruit, et se saisit rwi^

raire con- ' »

^^^ la dément de la Guienne. Mais bien que la ligue qu'il redoutait eût perdu, par la mort de «on

fière, le ciment qui en faisait la principale ibrce^ ce monarque ne tarda pas à ressentir les effets que devait produire cette funeste catastrophe sur l'âme irascible de l'un de ses plus ledoutables ennemis. En vain il s'empressa de réparer roflense faite par lui au duc de Bourgogne en différant la signature du traité précédemment conclu; il n'étdit plus tenyp$^ et quoique l'ancienne trêve ne fût pas ent^ore ex* pîrée^ il apprit bientôt que les hostilités re^ commençaient y et que les Bourguignons allaient passer la Somme.

Jamais le duc de Bourgogne n'avait réUni plus de fi>rces. Son armée était nombreuse , brillante , et paraissait animée de la même ardeur qui embrasait l'âme de son chef. L'inipafient désir d'accomplir ses projets de vengeance n'avait pas permis à Charles d'épargner aucun des moyens qui pouvaient en assurer le .Succès. Prodigue sans ménagement des trésors amassés par son père , ii avait augmenté la solde de ses troupes , rassemblé à grands frais des vivres, des munitions, une artillerie formidable. II offrait aux grands la gloire et la fortune , aux officiers un avancement rapide , aui soldats le pillage.

Tous les mécontens dé la France se^ montraient disposés à le reconnaîtra pour leur

352 Httkis XI.

chef, et le duc de Calabre , petit-fils du roi René y séduit par Tespoir d'épouser l'héritière de Bourgogne , rompait sans scrupule ses liens avec le roi, ainsi que la promesse cpill lui avait faite d'épouser sa fille la princesse Anne de France. Enfin le roi d'Angleterre promettait au duc de prompts et de pui^sans seooqrs. Priieet Aîusi préparé, Charlcs se mit en marche, NMlè.* franchit la Somme, envahit la France^ et jura de réduire en cendres toute forteresse ou cité qui lui résisterait. Nesle fut la première i^le 'f qu'il attaqua ; elle était défendue par un bnure captaine nommé Petit-Pièard et par cinq cents archers. Celui-ci, sommé de serea^, r^eCa cette proposition avec mépris, etfit tueiHie héraut qui la lui portait. La garnison était trop peu nombreuse pour que sa résistance ne .fôt pas un acte de folle témérité. Les.habitaDA, effrayés, lui communiquèrent bientôt leurs craintes : les assiégés parlementèrent, et obfÎBErent du bâtard de Bourgogne l'assurance ifoe leur vie serait épargnée.

Déjà, pour exécuter cet accord, ils oohh niençaient à déposer leurs armes ; mais, ptf malheur, les habitans s'étant trop pressés, d'ouvrir leurs portes, et quelquibs archers Vj opposant, deux Bourguignons périrent. Les assaillans irrités regardent alors la capitulatioD

comme nulle; ils se précipitent »vec fureur dans la ville qu'ils inondent de sang. Sur ces entrefaites, le duc arrive, et, loin d'arrêter le ^*mage, il semble approuver par sa présence Je» excès d'une soldatesque effrénée. Le capi' taine Picard fut pendu , les archers furent mutilés, on massacra les habitans, sans épai^aer m la vieillesse ni l'enfance. Les maisons fuï^nt livrées aux flammes. L'église était remplie de femmes qui espérai^it y trouver un ••'le , les féroces Bourguignons en enfoncèreat le» portes ; ils égorgèrent tous les malheureux qm s'y étaient prosternés au pied des autels. ***** les historiens, Comines surtout et Jean e Troye, ont représenté sous de vives couleurs <*tte scène sanglante.

*<»*elque8 offîciers (dus humains que les au- ^. ^ **n^isgaient à la vue de ces horreurs : t les Ji-uits de l'arbre de la {fuerre , leur 'tt fixiidement l'impitoyable Charles. »

1 dans l'église et marchant de victimes, il arrêta son ^ des Ilots de sang qui l'en^ : dît avec un accent de ons bouchers avec moi , bn beau spectacle. »

ps de Nesie, le duc inhts archers et quelques

centaines de lances de rarrière-ban occupaient la ville sous les ordres des sires de Mouy et de Balagny. La place était forte, bien approvi-* sionnée ; elle offrait l'espoir d'une longue défense. Mais la nouvelle des massacres de Nesle était parvenue aux archers français , la terreur les saisit, ils refusèrent de combattre, sortirent sans armes de la ville ; cette lâcheté leur sauva la vie.

Maiiifeiie Lc duc s'apcrçut un peu tard qu'il avait

tardif du ^ i' « j A i »«t

due. commence la guerre sans la deiclarer ; qu il avait enfreint la paix et envahi le royaume sans aucune de ces formes préalables dont ne s'écartent jamais les nations civilisées. Il écrivit donc, pour réparer cette faute , des lettres adressées aux [princes, aux seigneurs, aux communes, pour expliquer les motife de ces hostilités qu'il voulait colorer du nom de re-* présailles. Il rappelait , dans ces dépêches , les perfidies du roi , les sermens trahis vingt fois par ce prince, ses entreprises frauduleuses contre les villes de la Somme , au mépris des promesses de ses ambassadeurs, ces lâches complots contre la vie du duc tramés par ses (U^ dres, enfin, la mort épouvantable de monsieur de Guienne dont il était le principal auteur; ear c'est ce qu'avait déclaré le duc de Bretagne, d'après les interrogatoires et les aveux de l'abbé

de Saint- Jean -d'Angély et de Henri de La Roche y c(ui l'avaient reconnu et cônfeasé eu présence de l'archevêque de Bordeaux, de l'inquisiteur de la foi , du garde des sceaux Morvilliers et de plusieurs autres magistrats.

« Ces aveux, disait le duc, ont été renouve- )» lés à Nantes par les accusés , et ils ont pu- M bliquement déclaré avoir maléficié et em- » poisonné monseigneur de Guiénne par ordre » exprès du roi. Il nous est impossible de lais- » ser impuni un si abominable parricide. No- » tre devoir et celui de tous les princes et » grands du royaume est de venger l'infortuné >) prince, victime d'une odieuse tyrannie, et n de châtier tous ceux qui ont participé à un D pareil forfait. C'est pourquoi , sur la requête » du duc de Bretagne et les prières d'un grand » nombre d'hommes de haut courage, nous » déclarons prendre et soutenir la querelle de M la mort de monseigneur de Guienne pour en M tirer telle grande vengeance qu'il plaira à » Dieu , tant contre le roi que contre ceux qui » voudraient le défendre. »

Cet appel à tout le peuple français ne put l'émouvoir. Les communes, ainsi que le dit M. de Barante, avaient été trop long-temps pillées et opprimées par les princes et les grands , pour n'être pas dégoûtées de prendre

556 LOUIS x£.

part à leurs querelles. J'ajouterai même que «i la nécessité les eût forcées à se déclarer, on les aurait trouvées plus disposées à s'armer poiir • le roi qu'en faveur des rebelles. C'était sur les grands vassaux et la noblesse que tQin)>aîent les coups d'état de Louis XI; il mén^g&BÀt le peuple^ cultivait son affection , chenqhait à s^en faire un appui. Il lui imposait bi^i çL^ taxei un peu lourdes ; mais ces contribujtioos véç^ lières et proportionnelles étaient mijle fois préférables, pour l'agriculteur et lecofiiPderçant, aux dévastations et pillages^aiis Oivli^ des milices féodales.

Siège dé L'avant-garde bourguignonne ne tardât pas â Bcauvaû. ^^ présenter devant Beauvais. Mai^ le$ luibitans, révoltés de la férocité des euipemis^ se résolurent à défendre vigpureusQOaeBf Jwrs remparts. Ils ne souffrirent^eolement pa^iqu'op négociât. Le sire de Balagny, à lia. tét^ d^ fes archers, sortit par une poterne, firanobit I^ fossé et occupa un petit fort siti^é à Ft^otro^ du faubourg. Là , après quelques combalB opioiâ'très, contraint de céder au nombre^ il ta j^b'ra dans Ja ville par la même poterne, repassant hardiment le fossé, quoiqu'il eût étâ bUt^i d'un coup de flèche. Les Bourguignons, mai-* très des faubourgs, se livrèrent avec fureur IV) pillage. Ils croyaient leur victoire certaÎBei

358 LOUIS xr.

d« jeaaoe ville. A sa vuc, les plus timides reprirent couiiacbeKe. ^^ Chacuîi couralt aux murailles , avec l'espoir que donne le fanatisme. Les femmes roulaient elles-mêmes sur les assiégeans d'énormes pierres, des barres de fer, des grands pots d'huile et de graisse enflammées. Une d'elles surtout se distinguait par sa force et par sou audace. Quelques-uns la nommaient Jeanne Laine, et d'autres Jeanne Hachette. La fierté de ses accens, le feu de ses regards, la hardiesse de ses coups, semblaient miraculeux. Chacun croyait voir ressusciter la vierge de Vaucou-r leurs. Les jeunes filles, volant sur ses pas, der venaient de véritables héroïnes. Elle enleva de sa main un étendard bourguignon à l'officier qui le portait. Enfin, après une longue mêlée, la constance des Bourguignotis céda^ au courage désespéré des assiégés.

L'espoir de Charles le Téméraire avait été de surprendre la ville et de s'en rendre maître sans l'assiéger en forme. Aussi son avant-garde n'avait amené avec elle que deux couleuvrines, peu de poudre. et de courtes échelles. -Quand le duc arriva près des murs de la place,* îl comptait la trouver comme ses faubourgs au pouvoir de ses soldats; et, quand ce prince violent vit que deux assauts avaient été repoussés, loin de renoncer à une si téméraire

mais en approchant des murailiea^ ils les virent couvertes de soldats , d'arquebusiers ^ de couleuvrines et d'archers.

Tout le peuple prenait ardeinment part au combat. Les vieillards, le» femmes , les enfans même apportaient aux assiégés des pierres» des lances , des flèches. En vaiti les Bourgui*gnons redoublent d'efforts pour escalader les remparts, l'officier qui portait l'étendard de fiotirgpDgne reçut une blessure et tomba dans le feissé. Les assaillant comprirent qu'un coup de main ne suffirait pas pour triompher d'une résistance aussi opiniâtre.- Ils se logèrent donc dan» les faubourgs dont ils crénelèrent les maisons.

Pendant ce temps ^ un corps plus nombreux de Bourguignons assaillit la ville d'un autre côté sur un point qui n'était couvert ni par, un laubôurg> ni par des canaux^ ni par des jardins. L'assaut fut hardiment livré et opiûiâ^ trém<ént soutenu. La superstition vint encor^ animer l'ardeur des assiégés. Ils possédaient dansr leur église une sainte célèbre, nommée Angadresme. On se souvenait , disaient les vieillards, de l'avoir vue jadis paraître sur les remparts, en habits de religieuse^ combattre et repousser les Ânglaisrd'une main victorieuse. La' châsse de la sainte fut promenée dans l/Si Héroïne

56o LOUIS XI.

Toutefois y malgré l'incendie et la làsattude d'un combat si long^ car il avait duré toute la journée^ le duc n'ordonnait point encore la retraite, et il se préparait^ après quelque» instans de repos, à renouveler l'attaques avec toutes ses forces. Mais toui-à«<;oup uo grand bruit de chevaux se fit entendre dans la ville; et bientôt les clameurs du peuple, qui parcou* rait les rues en criant Noëif apprirent audfc Bourguignons que les troupes de la garjûson de Noyon , commandées par les sires de 1a Roche^Tesson et de Fontenailleâ, étaient accourues au secours des habitans de Beauvais* On ne tarda pas à les voir garnir les murailles, et tandis qu'ils faisaient entretenir le Uxk qui défendait la porte , ils ordonnèreiit de cqht struire dans l'intérieur de la ville ub rev^iMict de charpentes entremêlées de grosses pierres.

Il est facile de jugier quelle fut la colère. dâ Charles lorsque aperçut, entre les, créneauii des murailles, trois cents hommes d'armes prêts à lui tenir tête. Trop fier pour renoiioâr à l'espoir de vaincre , il sentit pom*tant qu'il fitUait« pour le réaliser^ plus de prudence et plus de forces. Il fît donc creuser de forM tranchées pour mettre ses soldats à l'abri diM flèches et des arquebuses , et appela près de lui le reste de son armée, qui arriva suivi d'iine

Dans la ville, soldats, généraux, peuple, fem* mes , se préparèrent de leur côté à une intrépide résistance. Les uns gardaient la porte incendiée, les autres éteignaient les feux allumés par les bombes. La brave Jeanne Hachette , et la châsse de sainte Angadresme se promenant partout , réveillaient partout le courage et Te»pérance. Nuit et jour les bourgeois réparaient les brèches, lançaient des feux sur les assié* geans et les chassaient des portes dont ils parvenaient à s'emparer.

Malgré tous ces efforts, au bout de huit jours, l'artillerie ennemie ayant fait une lai^ brèche aux murailles, le duc rassembla son conseil, et proposa de donner l'assaut. U fut le seul de son avis ; l'entreprise parut insensée à ses plus braves capitaines; mais^ comme il avait pris sur les siens l'ascendant que conservent long-temps , malgré de grands revers, les volontés absolues et les caractères ferme&y il commanda, et l'on obéit.

Il dirigeait lui-même tous les préparatifs, et au moment où il voulait que l'on comblât les fossés en y jetant des fascines, son frère, le bâtard de Bourgogne , lui dit : a Ce soin est » inutile , nos corps entassés suffiront bientôt » pour les remplir. » Charles, trop persuadé que son nom seul glacerait ses ennemis d'e^

après un combat sanglant et la perte de près de deux mille hommes , ils suspendirent leur attaque.

Le duc lui-même^ conTaincu de l'inutilité d'une nouvelle tentative^ donna en frémissant le signal de la retraite , son armée s'éloigna^ et Beauvais fut délivré. La garnison fit une soiv tie^ pénétra dans le parc d'artillerie des Bourguignons^ et s'empara d'un gros canon de iev sur lequel était gravé le nom de 3ton6^ ïhéry.

Le dnc^ s'avisant alors trop tard des moyens qu'il aurait dû prendre en commençant, s'efforça, en passant la rivière, d'intvesdr la ville et de couper sa commumcation avec Paris.

Retraite ^^ flouvcau plan échoua comme le prcRiier. méedeâ ^^ toutcs parts , par ruse ou par vioIèBce, on "°3'" forçait ses ligi^es^ on trompait la vigilanœ de ses gardes. 0n eût dit que toat le rojaimie conspirait pour sauver une seale ville; l'opiniâtreté de Charles fut vaincue, et rers ki fin de juillet, après vingt-quatre joors de si^, Charles, pepdant Tobscurité de la nuit, disparaissant sans bruit, prit la route de la Normandie, dévastant et brûlant tous les lieu qu'il traversait, vengeance pins honteuse qnç l'affront qui l'excitait.

» tre 9 de frapper quelques bons coups sur le » duc de Bourgogne , si vous pouvez le ren- » contrer à votre avantage. J'espfère faire si » bonne diligence de mon côté, qtie vouscon- » naîtrez Xjue si j'ai demeuré loqfg-^temps ici, » je n'y ai pas chômé ; je pense &voir bientôt » fait au plaisir de Dieu; et vous aller aidep là- » bas. Au Plessis-Macé, le' juillet 1472. »

Décidé à ne pas quitter l'Anjou et les frontières de la Bretagne, il disait dans ses lettres aux braves défenseurs de Beauvais : <y Je suis 39 logé iti, à trois lieues de la Bretagne. Le ^ » néchal de Beaucaire m'a amené environ cinq » mille combattans, et, avant peu de jours ^ » nous verrons si M. de Bretagne dira que je suis » couard.» Il les avertissait après des nombreux renforts qu'il leur envoyait de Guienne, de Normandie et de Paris , et que , d'après ses or^ dres , le connétable leur amènerait les garni-' sons d'Amietis et de Saint-Quentin. Il ajoutait : (c J'espère, au plaisir de Dieu , avoir parachevé )} bjentôt de mon côté, et incontinent je tirerai » vers vous et vous mènerai des gens assez, n Récom- Sa joie fut extrême quand il apprit la levée ^cordffer dû siège. Il commanda qu'on lit en argenterie 'unl'de* l'image de Ta ville de Beauvais, et qu'elle je&t Beauvai» j^ poids dc dcux miUc marcs. Il n'ignorait .pas que la défaite des Bourguignons était due en

dévastaient ses propres États. Il fut doocibix^é de sç retirer^ incendiant encore plusieurs châteaux y ainsi que la ville de Neuf(^âtel. Ces en-ces effrayant tous les. paysans , il ne trouvait sur ses pas qu'un désert; son armée se ruioait. Le dauphin d'Auvergne ravageait dans le même temps U Bourgogne^ et livrait aux flammes la ville de Tonnerre et lés villages des plaines de Joigny^ de Troyeset de Langues; de sorte que/ dans t^t te campagne , rinneiifé duc perdit ses trésors^ ses meilleurs guerriena^ une partie de ses équipages^ et ne gagna que le funeste surnom de Terrible ^ que fes peuples épouvantés lui donnèrent. ' b

Les plus habiles généraux dn roi représentèrent en vain à ce monarque qu'il pouvait profiter du désordre de l'armée bourguigmmne pour consommer sa ruine , mais il s'opiniâtra à rester sur les frontières de la Bretagne, parce qu'il craignait que les Anglais ne pé[|étraneDt en France de ce côté. Il entra donc pcomp* tement lui-même en Bretagne^ prit AncenîSf s'empara de plusieurs villes^ et écrivit à Dan»* martin de se borner a harceler les Bom^gai* gnons pendant le temps qu'il ae disposait â livrer .bataille aux Bretons.

Trêve Ceux-ci , iustruits des échecs de Gharliès le BrciaVp- Téméraire, prirent l'épouvante et signèoent

une trêve. Lescun rentra en grâce^ et, pour prix de ses services ou de ses trahisons, (ut nommé gouverneur de Guienne. Le roi garda Ancenis comme garantie de la trêve. Les ducs de Bourbon et de Galabre furent compris dans cette suspension d'armes. Le duc de Bretagne obtint une pension de 40,000 livres. Ainsi, dit Daniel, s'ensevelirent le secret de la mort de Charles et le ressentiment du duc de Bretagne son ami.

Le duc de Bourgogne, épuisé d'hommes, d'argent, de vivres, et abandonné de ses alliés, se vit à son tour contraint de laisser fléchir son orgueil. Une trêve fut aussi conclue par lui avec la France.

A la même époque *, Sixte IV envoya près de Louis le cardinal Bessarion avec ordre de négocier la paix entre le roi et Charles. Louis XI, depuis le procès de La Balue, voyait d'un œil peu favorable le saint-pêre et son ministre. Il ne répondit au cardinal que par des discours ironiques et offensans. Le faible Bessarion éprouva un tel chagrin du mauvais succès de sa mission, qu'il en mourut : amour-propre pusillanime portant l'empreinte de la prodigieuse différence qui distinguait les antiques Romains - des Romains modernes.

Syo LOUIS Xï.

Défcciicm ^^ ^^^ ^ ^^^^^ époque que Philippe de CodePhi- mines quitta le service de Charles le 'témé-

lippe de ^

cominei. paire pour passer à celui de Louis XI^ Le roi paya cette infidélité ou cette trahison par le don de quarante mille livres pour acheter la terre d'Argenton. Ce prince lui donna de plus la principauté de Talmont. Depuis long^temps le roi s'était efforcé d'attirer à lui cet ancien serviteur et confident de son ennemi , et il y réussit; car^ en rappelant dans une de ses lettres sa honteuse captivité de Péronne^ il s^exprime ainsi : « Gomines, sans crainte du danger » qui lui pouvait lors advenir^ nous advertit » de tout ce qu'il pouvait pour notre bien , et » tellement s'y employa que par son moyen et » aide nous saillimes des mains de nos rebelles » et désobéissans vassaux. Depuis ^ il a exposé » et mis sa vie à l'aventure pour nous. />

Quelques écrivains ont attribué la défection de Comines à un acte de violence de Charles. Pendant une chasse ^ disent-ils ^ Comines ayant tiré la botte du comte de Charolais^ celui-ci lui proposa^ par plaisanterie^ de lui rendre le même service. Comines s'y prêta; mais le comtes au lieu de le débotter^ le frappa d'un souffleti en lui disant : « Coquin^ oses-tu souffrir que M le fils de ton maître te serve comme s'il était >) ton valet? »

Llnecdotë est évidemment fausse; et si'Comines eût reçu un pareil affront^ il n'aumit pas eu la bassesse de rester si long-*t^xfps ati service d'un tel maître. Une telle injujre on s'oublie honteusement^ ou ne se Supporte pas une seule minute. Il est^ d'ailleurs^ inutile de rechercher les motifs d'une inconstance si commune alors. Les serviteurs n'étaient pas plus fidèles que leurs maîtres ; tous se jouaieAt de leurs sermons. La Balue^ JofFrédi^ Lescun, Comines et les ministres d'Edouard quittaient^ vendaient et trahissaient sans scrupule les ^crets de leur souverain. Le seul point d'hou- ' neur^ à cette époque d'honneur si vantée, consistait à se bien battre et à prouver par les armes, non sa probité, mais sa bravoure.

On ne peut refuser à Comines beaucoup d'esprit, un style orné pour son temps et cependant sans affectation. Sa narration est attachaoïte, bien que grave. Il était homme expé*> rimenté et de sage conseil. Plusieurs princes le consultèrent et profitèrent de ses avis, mais nul d'entre eux ne lui accorda pourtant assez de confiance pour le revêtir de quelque auto* rite. Le spirituel Montaigne montrait une estime particulière pour le talent de ce chroniqueur. « En mon Philippe de Comines, dit-il,

» il y a ceci : vous y trouverez le langage doux

M et agreaUe, d'une naïve simplicité^ la narra- » tion pure et en laquelle la bonne foi de fau- ») teur reluit évidemment ^ exempte de vanité » en parlant de soi, et d'affectation et d'envie » en parlant d'autrui. Ses discours' et exhorte- #» mens accompagnés plus de bon zèle et de » vérité que d'aucune exquise suffisance , et » partout de l'autorité et gravité représentant » son homme de bon lieu et élevé aux grandes » aiSaires. » La postérité a ratifié cet éloge » et le succès des Mémoires de Comines dure encore.

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