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meurtres, on lui passa sans peine ce que ses attributions avaient de vexatoire, en faveur des grands avantages qui en résultaient pour les habitants et le commerce. La violation du secret des lettres, l'emprisonnement arbitraire, ces ressources honteuses ou violentes de l'autorité, n'atteignaient au demeurant qu'un bien petit nombre d'individus généralement signalés par leur malveillance; les autres se consolaient en voyant les rues éclairées, pavées, nettoyées, les fraudes punies, la propriété et les personnes entourées d'une sécurité de tous les instants. C'est ainsi qu'à leur origine les abus prennent droit de cité et s'élèvent peu à peu au rang d'institutions , et quand alors ils arrivent à peser de tout leur poids sur ceux qui ont fermé les yeux sur leur établissement, il est trop tard pour s'en afi&^anchir, et la plainte passe pour nouveauté ou révolte.
Ce n'est pas qu'avant Louis XIV la police n'existât et n'eût ses agents et ses règles ; mais ce fut ce roi qui le premier lui donna une grande extension , faisant un moyen de gouvernement de ce qui n'était autrefois qu'une ressource auxiliaire de justice. Il est inutile de dire que la pensée du maître fut dépassée par les subalternes : c'est ce qui arrive toujours en matière semblable , chaque subordonné cherchant à montrer du zèle et à conquérir des titres à un avancement rapide.
Les parlements, vaincus dans les luttes de la Fronde et menacés comme des esclaves par un roi armé du fouet, avaient compris qu'il fallait, sinon abdiquer, du moins ajourner à des temps moins amers leurs prétentions au gouvernement politique de la France.
Louis XIV avait d'abord laissé aux cours de justice un droit presque chimérique de remontrance ; sous Tempire
de rordonnance de 1667 , les parlements furent admis à présenter quelques doléances au pied du trône; mais cette ombre de liberté ne tarda pas à déplaire au roi , et au bout de quelques années (1) , profitant de la terreur que ses armes répandaient au dehors pour asseoir plus nettement à l'intérieur son autorité despotique , il ordonna que ses lois fussent enregistrées purement et simplement , sans modification, sans restriction, sans clause qui en pût ralentir ou empêcher la pleine et entière exécution. L'édit qui anéantissait ainsi toute résistance sérieuse permettait néanmoins aux parlements de consigner, sur les registres destinés à recevoir l'inscription des lois et ordonnances , des observations qu'il était facultatif au roi de dédaigner. C'était toujours le despotisme, mais cherchant encore à s'entourer de lumières et à se fortifier par des conseils : on est réduit à lui en savoir gré, puisqu'il aurait pu agir par caprice et par les seules raisons du bon plaisir.
Les parlements, s'ils n'allèrent pas au devant de leur déchéance , s'y résignèrent avec une silencieuse dignité; la justice gagna à cette pacification politique : les corps judiciaires n'étant plus distraits, par les querelles , de l'accomplissement de leurs devoirs réguliers , se consacrèrent avec un zèle louable à interpréter la loi. Louis XIY , par un instinct de grandeur et d'ordre qui ne lui fit point défaut , les maintint dans cette voie en les entourant désormais de considération et d'égards.
Les parlements perdirent ainsi, pour en ressaisir quelques lambeaux à la mort de Louis XIV, ces prérogatives gouvernementales dont ils avaient été quelquefois investis par la seule force du fait^ ils gardèrent , même sous le joug , les apparences de la dignité , se considérant
(1) Le 24 février 1673.
comme une puissance vaincue, et non comme des usurpateurs dégradés. La manie d'exercer la police générale ne les abandonna jamais , en dépit de leur déchéance : ne pouvant dominer le trône, ils ne cessèrent d'aspirer par tous les moyens au rôle moins flatteur, mais plus méritoire aux yeux de Louis XIV, de lui servir de sentinelle et d'appui. Quand ils n'osèrent plus revendiquer les droits pu pays et se poser comme les héritiers des trois ordres , ils singèrent Denys le Jeune, maître d'école après avoir été roi , et se mirent à garantir le pouvoir royal des prétendus envahissements du clergé. Leur lutte contre Bome fut empreinte d'un esprit tracassier et donna lieu à une série de chicanes que nous nous réservons d'indiquer ailleurs. Quoi qu'il en soit de cette faute , que nous devons justement flétrir, et de tout ce qu'il y eut d'étroit et de mesquin dans les antécédents politiques de cette magistrature, l'histoire ne saurait se montrer injuste à ce point, qu'elle méconnaisse ce qu'il y eut souvent de courageux et de noble dans la conduite des parlements , et en particulier du parlement de Paris. C'est, à tout prendre et en ne considérant que les faits généraux , un spectacle digne d'attention que celui de ces grands corps laborieusement appliqués à faire surgir les maximes de notre droit politique du sein des discordes civiles , et demandant plus d'une fois à la couronne, pour prix de leur dévouement, de consentir à rendre moins petite la sphère des libertés du pays. Ce ne sont point , malgré des erreurs individuelles, des noms à dédaigner que ceux des l'Hospital, des Séguier, des Bignon, des Talon , des Harlay, des Mole et des d'Aguesseau : ces hommes illustres , ces magistrats intrépides révélèrent à notre admiration , et pour l'enseignement de la France , un nouveau genre de grandeur
d^àme que noas appelons le courage civil ; plusieurs rehaussèrent le patriotisme par les vertus chrétiennes , et ce furent eux , enfin , qui , dans Tasservissement du corps social, gardèrent le plus longtemps le dépôt des droits méconnus. Honorons-les, même en faisant la part de leurs erreurs, d'avoir contribué à asseoir Fautorité des princes sur la loi, et d'avoir légué à nos cours de justice modernes des exemples impérissables de droiture , de zèle et de désintéressement.
Ainsi rien de plus simple que le mécanisme du gouvernement de Louis XIY ; à chacun sa part : au roi, 1 autorité absolue ; à la noblesse, des faveurs de cour et le droit de donner aux armées l'exemple du courage qui brave la mort; au tiers état, les jouissances de la richesse et la satisfaction des intérêts matériels ; au parlement , la faculté de rendre la justice; au clergé, celle d'annoncer aux peuples les devoirs religieux, sans oublier de prêcher partout et à tous Tobligation d'obéir au roi. A nul individu, à nulle corporation, si respectable que fût son caractère , on ne reconnut désormais le droit d'entraver, par des conseils sérieux , les développements du pouvoir royal et la marche de l'autorité. Le roi répondait à Dieu de l'exercice de sa puissance , il ne connaissait pas d'autre frein et d'autre juge ; jusqu'à cette limite il représentait, il dirigeait, il absorbait à lui seul toute la nation française : la charte de Louis XIV était là.
Mais les libertés politiques , qu'elles soient ou non for- , mulées dans un code, ne constituent pas à elles seules le bonheur d'un peuple ; trop souvent , au contraire , elles ne sont que de stériles apparences , au fond desquelles git la servitude d'autant plus lourde alors , que ceux qui Timposent peuvent la nier, et que ceux qui la subissent
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persistent longtemps eux-mêmes à se croire libres. Il est certain que la France sous Louis XIY , et particulièrement durant la première moitié de son règne , jouit d'un calme , d'une prospérité et d'un bien-être jusque alors ignorés d'elle ; qu'elle fut glorieuse au dehors , tranquille au dedans , et que les avantages d'une administration forte et régulière ne lui permirent point de regretter les garanties , trop souvent illusoires , qu'elle eût puisées dans un autre ordre d'idées.
La grande gloire de Louis XIY est dans l'organisation administrative dont il posa les bases. Roi d'un vaste pays , dont les différentes parcelles avaient été successivement rattachées au centre par des conquêtes, et qui, en vertu des capitulations particulières , étaient demeurées en possession de leurs coutumes , il entreprit de cimenter les liens épars de cet édifice par la centralisation et l'unité. Sous ce rapport il prépara les voies à l'Assemblée Constituante , il fit tout ce que les temps permettaient, car il n'était pas encore possible au dix-septième siècle d'étendre sur le royaume le niveau d'une complèteuniformité,et d'effacer les souvenirs des nationalités rivales, pour y substituer une France de convention. C'était beaucoup alors que d'ouvrir la porte par où toutes ces races , si fières de leur passé et si peu disposées au pardon, devaient sortir un jour en se donnant la main comme les filles soumises d'une mère bien-aimée.
Colbert, fils d'un drapier de Reims, et formé aux affaires à l'école de Mazarin, fut le digne instrument de cette pensée. On pouvait justement lui reprocher les moyens peu honorables dont il s'était servi pour hâter la disgrâce de Fouquet , l'avidité avec laquelle , répudiant sa condition première, il s'était laissé aller au désir d'à-
uoblir sa race : ces torts appartenaient à l'homme, le secrétaire d'État les fit oublier.
C'était un homme de pierre (1), au regard terne, au front plissé , à la parole rare, au geste froid , et cachant sous cette rude enveloppe une âme ardente et un cœur irascible. Il lui fallait du temps pour assembler ses idées et pour arranger un plan , mais , sitôt que sa pensée était arrêtée en lui , elle se manifestait par des actes empreints de logique et d'intelligence. Il étudiait ayant de conclure, il hésitait avant de prendre une détermination, mais , une fois sa volonté fixée , il en poursuivait Taccomplissement avec une opiniâtreté tyrannique et inébranlable. Un tel homme , pour s'élever à des conceptions grandes, pour briser la routine obscure et y faire succéder de vastes desseins , avait besoin qu'un génie plus généreux donnât l'impulsion à son Âme et l'enflammât d'une ambition utile. Louis XIY se chargea de ce soin. Sous un roi moins dévoué à une mission brillante , Golbert n'eût été qu'un commis laborieux et appliqué; sous le maître qui sut le deviner et lui trouver un digne rôle , il fut un ministre de souvenir impérissable. Dans les œuvres d'industrie, c'est une roue de cuivre qui fait marcher une aiguille d'or; mais, dans l'action simultanée de Louis XIV et de Colbert , il semble que ce fût à une roue d'or qu'une aiguille de cuivre dût de marquer si bien les progrès de la civilisation française.
Louis XIY, aussi longtemps du moins que l'âge et le souci des afiaires publiques le lui permirent , sut merveilleusement allier l'éclat du trône et les devoirs de la royauté; s'il imita le faste des monarques absolus de
(0 Un poêle du temps ne craignit pas de l'appeler vir marmoreus.
l'Orient, il en tempéra réblouissante magie par le soin qu'il prit de se rendre accessible à son peuple. Ceux qui déclament le plus contre son despotisme ignorent peutêtre que toute personne connue pouvait obtenir de lui une audience particulière , et qu'il était loisible à chaque Français de lui adresse^* des plans ou des requêtes. Lorsque les idées ainsi soumises au roi paraissaient mériter quelque attention , elles étaient discutées en conseil, et l'auteur du projet était quelquefois appelé à cette délibération. Le roi écrivait souvent de sa main les dépêches les plus longues et les plus minutieuses , et ne signait rien qu'il n'eût préalablement examiné.
Le premier devoir de Colbert, agissant sous l'œU de Louis XIY, fut de mettre un peu d'ordre dans la perception des finances. L'administration de Mazarin avait introduit pour la seconde fois, dans ce service, les abus et les dilapidations qu'il avait fallu tant de peine à Sully pour réprimer. A la mort du cardinal, les revenus de l'impôt s'élevaient à près de quatre-vingt-deux millions , et les besoins de l'État ne dépassaient pas cinquante-deux millions quatre cent mille livres de la monnaie d'alors ^ mais , grâce aux concussions de toute nature, il n'entrait que trente-trois millions, ou à peu près, dans le trésor; le reste soldait les frais de perception et demeurait la proie des traitants. A la mort de Colbert , et malgré les longues guerres dont il avait fallu payer les dépenses , l'impôt net produisait quatre-vingt-douze millions et environ sept cent mille livres , pendant que les frais excédants ne dépassaient pas vingt-trois millions trois cent soixante-quinze mille livres. Pour arriver à ce résultat, il avait fallu soumettre les comptables à des règles aus-
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tères dont ils ne s'étaient que trop écartés , et modifier dans ses détails et dans son ensemble tout le système de perception. Les doctrines du pouvoir absolu avaient rendu cette tâche plus facile; elles avaient contraint les communes à souffrir que la moitié de leur octroi fût dévolue au trésor royal, sous prétexte d'en régulariser la gérance ; elles avaient réduit au silence les gens dont on supprimait arbitrairement les gages etlesofBces, les créanciers dont on réduisait la rente, et qui , s'ils osaient se plaindre , étaient mis en prison comme des coupables. C'est ainsi que le despotisme réforme les abus ; il fauche à sa manière comme les révolutions populaires. Les pouvoirs qui respectent la loi ou les droits acquis sont réduits à des formes plus lentes , mais plus justes.
Cependant tout ne se passa point de cette façon brutale : Colbert fit instituer une chambre de justice qui rechercha la conduite des financiers, et leur fit restituer des sommes considérables; l'impôt onéreux des tailles fut réduit de vingt millions ; cette diminution dans le revenu fut comblée et au delà , par des taxes sur les objets de consommation , et les contributions indirectes rapportèrent amplement au fisc ce qu'on abandonnait à l'agriculture et à la propriété foncière.
On était loin de cette unité qui fait aujourd'hui de la perception du revenu pubhc une opération d'une simplicité extrême; il fallait alors distinguer entre les pays d'élections, les pays d* états et les pays d'imposition, dans chacun desquels l'impôt était perçu et réparti d'une manière spéciale ; il fallait reconnaître la limite véritable qui séparait les attributions des trésoriers généraux et celles des intendants , ceux-ci surveillant en même temps au
nom du roi la double action de la police et de la jus* tice (1).
Lorsque le roi avait arrêté au conseil des finances ce qu'il lui plaisait de lever sur le peuple , on rédigeait un brevet déterminatif de la somme à laquelle chaque généralité devait être imposée. Une expédition de ce brevet était adressée à chaque intendant, une autre à ceux des bureaux des finances qui avaient droit de donner leur avis sur la répartition de l'impôt.
Dans les pays d'élections , le bureau des finances jouissait presque toujours du droit d'informer, en concurrence avec l'intendant, sur les ressources de la généralité, et d'envoyer son avis au conseil. D'après les observations combinées de l'intendant et du bureau, le conseil faisait la répartition de l'impôt , et adressait à l'intendant autant de commissions séparées qu'il y avait d'élections dans son ressort. Le travail continuait sous la double inspection de l'intendant et des élus, ceux-ci chargés de fsàre dégrever les paroisses qui leur semblaient injustement taxées. Les percepteurs procédaient ensuite , dans chaque paroisse ,
(0 Les trésoriers généraux des finances constituaient, sous le titre de bureau des finances , un tribunal inamovible , dont l'étendue de la juridiction répondait A celle d'une recette. Le territoire qui composait cette juridiction portait le nom de généralité. (État de choses régularisé sous Henri 111.)
Les bureaux des finances réunissaient les attributions des trésoriers et des généraux des finances, et jouissaient d'une grande autorité dans les provinces. Ils avaient l'administration de l'impôt direct C'était sous leur surveillance , et sauf appel A leur justice» que la répartition de cet impôt était faite par les élus. Mais les bureaux ne conservèrent pas longtemps leur autorité , elle leur fut enlevée par les intendants.
Ceux-ci , d'abord révoqués en 1648 , à cause des réclamations des parlements, dirent rétablis en 1653 avec un titre qui leur conférait des pouvoirs encore plus étendus que le premier. (Ils reçurent le titre d'inteudanls de justice , de police et de finances.) Depuis cette année-lA , des arrêts du conseil dépouillèrent peu à peu les bureaux des finances de leur autorité en matière d'impositions ; toutefois on leur laissa quelques droits d'ailleurs sans importance sérieuse.
à la confection du rôle , et quand le rôle avait reçu l'approbation de TofiBcier de l'élection , il devenait exécutoire ; et rimpôty perçu par le collecteur, était remis au receveur des tailles , qui le versait entre les mains du receveur général.
Dans les pays d'états et d'imposition on suivait une marche différente. Les états de la province s'assemblaient à des intervalles périodiques souvent fort éloignés, et faisaient eux-mêmes la répartition de Timpôt. Les droits et l'intervention des états variaient selon les différentes localités et selon les capitulations par lesquelles les provinces avaient consenti à être réunies à la France. Dans les pays d'imposition les moins nombreux , l'action du fisc subissait moins de contrôle ou de résistance ; mais quelquefois les chambres des comptes faisaient elles-mêmes la répartition des taxes. Enfin certains pays se libéraient par abonnement ou par des tributs fixes qu'il n'était point permis de modifier.
Ce qui nous semble chaos et confusion était un ordre régulier, si on le compare à l'état de choses que cette organisation dut remplacer ; mais pour que les abus ne se fissent pas jour au travers , le gouvernement avait besoin d'une vigilance infatigable et d'une attention extrême à balancer les recettes et les dépenses. Colbert, même de son vivant , eut la douleur de voir introduire le trouble dans le service qu'il dirigeait avec une si patiente sollicitude. Ce qu'il économisait pour le service du roi , son collègue Louvois le dépensait à pleines mains pour faire face aux frais de la guerre, et le roi lui-même le prodiguait en de fastueux monuments et en de splendides fêtes. Vainement il avait repoussé comme ruineuse laressource du crédit , il lui fallut recourir à des emprunts et
se procurer l'argent à des conditions nsuraires, loi qui avait réduit Fintérèt légal de Targent au denier yingt ; mieux inspiré peut- être , il trouva de précieux avantages dans rétablissement des deux monopoles du tabac et du timbre.
C'est un reproche ordinaire adressé à la mémoire de Colbert, que celui d'avoir négligé l'agriculture au profit du commerce et de l'industrie; mais cette ac<;usation , trop légèrement acceptée par les historiens , ne nous paraît point fondée à tous égards. Sous la minorité de Louis XIV, la taille, impôt qui pesait essentiellement sur les campagnes , avait été portée au taux excessif de cinquante-trois millions ; Colbert, qui déjà avait procuré aux laboureurs une remise de trois millions par eux dus au trésor, obtint du roi qu'il leur serait accordé une di-i minution annuelle de dix-huit millions , c'est-à-dire plus du cinquième du budget de la France. 11 prescrivit de ne procéder aux saisies des immeubles et des récoltes qa*en usant des plus sages tempéraments. Il entreprit même de faire un cadastre général , vaste opération qui de nos jours n'est point encore terminée, et qui sous Louis XIV dépassait les forces de Fadministration publique.
Colbert encouragea l'agriculture en faisant réparer ou au besoin ouvrir les chemins et les routes, et on peut lui reprocher d'avoir, sous le point de vue de la largeur , dépassé les bornes de l'utile. Cela tenait à un système de grandeur dont aucun détail ne pouvait être affranchi. Colbert avait l'intention de supprimeras corvées , contribution en nature qui retombe sur le laboureur pauvre. H établit au Louvre une pépinière pour les parcs et les jardins des maisons royales , et ce fut à ses encouragements que la France dut de voir s'étendre la culture du mûrier.
Il améliora Tadministration des haras , avant lui fort négligée, et chargea des commissaires de parcourir les provinces pour empêcher le défrichement abusif des bois et la dévastation des forêts. Il conçut la pensée du canal de Bourgogne , et fit commencer le canal dn Languedoc, entreprise immense et qui suffirait à elle seule pour glorifier un règne.
Pour encourager la noblesse à se livrer aux travaux agricoles, Colbert obtint de Louis XIV que tout gentilhomme qui cultiverait ses terres jouirait d'une pension : il fit également décider que toute famille d'hommes taillabiés qui compterait douze enfants obtiendrait une allocation annuelle de mille livres. On regrette que, préoccupé de craintes peu fondées , il ait prohibé l'expor-. tationdes grains et la circulation de cette précieuse denrée à l'intérieur du royaume. Ces entraves introduites dans le commerce des céréales ralentirent les efforts des propriétaires des terres médiocres et l'industrie de ceux qui défrichaient les landes. Mais la science des économistes n'avait pas encore fait les progrès qui depuis ont , sur ce point, modifié les préjugés nationaux.
Fort de la confiance du roi , secondé par le chancelier et énergiquement résolu à ramener l'ordre dans toutes les branches de l'administration publique , Colbert s'entoura des conseils de tous les hommes spéciaux, et fit publier à divers intervalles des codes qui embrassèrent dans leurs dispositions la procédure civile , l'instruction criminelle, le commerce , les eaux et forêts, la marine. Les célèbres ordonnances de Louis XIV présentèrent , pour la première fois peut-être (i) depuis les établissements de saint
(1) Il convient, en effet, de faire exception en faveur des anciens codes connus sous les noms d'Édils de Blois et Édits de Moulins.
Louis, un caractère de législation générale : elles eurent moins pour objet de résoudre des difficultés accidentelles que de régir pendant longtemps ravenir.
Les rédacteurs de ces codes coordonnèrent avec précision tout ce que la jurisprudence , les statuts, les règlements , les édits et les ordonnances renfermaient de principes acquis , de dispositions éprouvées. Ce fut un travail devant lequel la pensée recule, et qui ne pouvait être mené à terme que par les hommes laborieux et érudits de cette génération dont les débris sont demeurés si grands. Sans doute ces réformes renfermèrent bien des parties défectueuses ; leur application exacte à la France moderne serait impossible , elle choquerait souvent les notions que nous avons reçues sur la justice et la liberté ; mais , si imparfaites qu'on les suppose, elles n'en contribuèrent pas moins à pousser la société dans les voies de la civilisation et du bien-être. Elles furent entre le moyen âge et l'état présent comme une transaction et un lien nécessaire qui rattachèrent l'expérience pénible et les tâtonnements infructueux du passé à la légitime prise de possession de la loi par le progrès. Ce qu'on a tant admiré dans le grand capitaine qui régénéra Tordre social au début de ce siècle , c'est la création de ces vastes codes que malgré leurs défectuosités l'Europe nous envie : or ce fut un travail de même nature , et bien autrement difficile , qui fut accompli sous Louis XIY, alors que les règles du droit étaient mille fois plus confuses et plus incertaines que ne les trouva le premier consul. Ajoutons que les codes dont nous aimons à nous vanter ne sont bien souvent que la reproduction, plus simple, plus sobre, généralement améliorée et rendue plus humaine, des ordonnances que promulgua Louis XIY, après les avoir fait discuter dans
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Bon conseil. Aussi , pour peu qu'on veuille étudier séri^-^ sèment notre législation civile , administrative et commerciale, est-on forcé de reconnaître que le ministère de GoLbert est le véritable point de départ des règles que nous suivons , et que nous avons revêtues d'un langage moderne. Cette vérité apparaît surtout chaque fois qu'il s'agit d'organisation maritime : les règlements que Louis XIY fit publier sur cette matière furent le fruit de l'expérience des autres nations, dont on consulta avec attention les précédents et les usages. Une réflexion qui s'applique à la législation civile , c'est que Louis XIV n'entreprit point le travail prématuré d'établir pour tonte la France l'unité du droit civil et des coutumes : quoique au plus haut degré de la puissance humaine , il recula devant le danger de froisser les nationalités provinciales, encore vertes et vigoureuses : ce fut assez pour lui d'imposer à ses peuples l'unité d'administration et l'unité de pouvoir politique ; on ne heurte pas si facilement les mœurs que l'histoire.
Louis XIY considérait avec trop de jalousie la puissance de l'Angleterre et de la Hollande, pour ne pas chercher à doter son peuple des mêmes éléments de prospérité : l'industrie et le commerce maritime reçurent de sa main de précieux encouragements ; assisté de Golbert , ou , pour mieux dire , agissant par ce ministre ( et peut-on séparer la gloire due à la pensée de la louange qu'il faut rendre à l'exécution?), il favorisa les manufactures en leur assurant de nombreux déboachés au dehors, et en les plaçant, à l'intérieur, sous l'abri de tarifs protecteurs fort rigoureux à l'égard de l'industrie étrangère. Les règlements de saint Louis , modifiés par les édits de Henri III (l581) et de Henri IV (1597), faisaient alors
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à la fabrîciue française une condition servile et routinière , non qu'ils fussent d'ailleurs à mépriser, car, s'ils avaient restreint dans de trop étroites limites l'intelligence de l'ouvrier, ils avaient contribué en revanche à maintenir des traditions et à conserver des procédés grâce auxquels les produits nationaux avaient gardé cette empreinte originale qui fait encore leur réputation. Colbert se borna avec raison à modifier ce régime en ce qu'il avait de tracassier et d'exclusif, l'appropriant avec bonheur aux besoins nouveaux. Il créa des inspecteurs instruits chargés de répandre au sein des fabriques les procédés les plus utiles, qu'il faisait acheter ou surprendre à Vétranger par d'habiles émissaires. Une foule d'industries naissantes reçurent de lui des encouragements efficaces, soit par des avances de capitaux ou des exemptions de charges, soit par des lois protectrices qui leur assuraient le bénéfice du marché national.
C'est par de tels efforts que la France s'enrichit et prit le premier rang au milieu des nations manufacturières. Les fabriques de draps d'Abbeville, de Louviers, de Sedan, d'Elbeuf, celles des étoffes de soie de Lyon et de Tours furent à peine fondées , qu'elles ne connurent point de rivales en Europe. On surpassa Venise dans l'art de couler des glaces , on perfectionna l'horlogerie, on cultiva la garance , on étala sous les yeux des peuples éblouis les fastueux tapis de la Savonnerie , de Beauvais et d' Aubusson. La France eut ses fabriques de dentelles , ses ateliers où l'on soumettait aux combinaisons les plus ingénieuses le cuir, le fer, l'acier et l'argile.
La sollicitude de Golbert assura à la fois à ces manufactures des matières premières et un facile écoulement.
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Pendant que les puissances étrangères cherchaient à se garantir par des tarife élevés de l'invasion de nos produits y on paralysa leurs efforts en établissant des marchés factices , en créant des colonies. La suppression du droit d'aubaine, à Marseille, attira dans ce port les manufacturiers et les capitalistes étrangers , et contribua à asseoir notre prépondérance dans les mers du Levant; quatre compagnies exploitèrent les régions de l'Asie , les Indes occidentales , les côtes de l'Afrique et les mers du Nord ; on institua des chambres de commerce et des chambres d'assurance , on organisa des entrepôts , on favorisa le transit, et, sur toutes les frontières, les douanes furent chargées de faire exécuter des tarifs établis avec un soin extrême , avec une connaissance profonde de la situation de l'industrie étrangère et des résultats éventuels de la concurrence. Ce fut le temps où s'élevèrent les magnifiques constructions des ports de Toulon , de Bochefort et de Brest; celui où Bordeaux , Nantes , Saint- M alo et Dunkerque firent connaître et respecter le pavillon français sur tous les rivages des deux hémisphères.
L'école des économistes modernes, celle qui a pris pour principe, « laissez faire, laissez passer, » reproche à la mémoire de Golbert l'élévation des tarifs que ce ministre célèbre crut devoir établir pour garantir l'industrie française de la concurrence étrangère : ce n'est point ici le lieu de discuter la valeur de cette accusation et de la doctrine au nom de laquelle on la formule. L'expérience n'a guère consacré dans ses applications absolues une théorie qui a sans doute le mérite d'être large et favorable à la consommation , mais qui , assez belle au point de vue cosmopolite , pourrait avoir, pour les nations qui l'adopteraient prématurément, l'inconvénient de les rend^re
dupes de leur propre confiance. Généralement ce sont les peuples qui redoutent le moins la concurrence industrielle qui proclament cette maxime , et toutefois bien peu se hasardent à la prendre pour base de leurs règlements. L'Angleterre , malgré l'incontestable supériorité de sa fabrication, hérisse ses cdtes de tarifs soupçonneux. N'est-ce point assez montrer que le problème en est demeuré à l'état d'étude , et peut-on avec justice blâmer Golbert d'un système qui maintint la richesse et la prospérité du royaume? De quelque façon d'ailleurs qu'on résolve la question pour le présent et pour l'avenir, c'est en tenant compte des faits de l'époque qu'il faut apprécier la pensée de Colbert, et, sur ce terrain, nous croyons que le régime protecteur ne peut être battu en brèche.
Ce n'était point assez que d'ouvrir des marchés à la production indigène, il fallait encore donner au commerce extérieur les garanties de sécurité dont il avait besoin. Golbert le comprit et trouva dans l'assentiment de Louis XIY la force de volonté qui pouvait seule surmonter les obstacles. En peu d'années la France eut une marine formidable et montra à l'Europe cent vaisseaux de guerre et soiiante mille matelots, force disproportionnée avec les ressources réelles du pays. Par malheur Seignelai, fils et héritier de Golbert, ne sut pas organiser cette marine sur le pied de l'inflexible discipline que Louvois avait imposée à Farmée de terre : la faveur fit souvent les chefs , et le mérite de cour fat souvent préféré aux titres légitimement acquis par des services plus utiles. De là vint que, sous Louis XIV, la France eut beaucoup de vaisseaux et pas une flotte , parce qu'elle comptait parmi ses marins beaucoup d'hommes
de cœur et de brillants aventoriers , mais peu d'ofSeiers instruits à Tobéissance et façonnés par la hiérarchie.
Les détails que nous venons d'esquisser, et que nous sommes réduit à resserrer dans un cadre trop étroit, donneront peut-être quelque idée de rétablissement monarchique de Louis XIY au plus haut point de sa splendeur. A mesure que l'on avancera dans l'histoire de ce règne, on verra les traits qui précèdent se modifier et s'altérer, on distinguera entre la vieillesse du grand roi et l'époque où , dans la plénitude de son intelligence et de sa force, il organisa, il administra, il gouverna. Plus tard , les querelles religieuses absorberont l'activité des esprits, et ouvriront un déplorable refuge à l'esprit frondeur; le gouvernement, étonné de ces luttes dont les actears se passent de lui et répudient son arbitrage, inter. viendra violemment dans la question, et se fera, trop souvent pour sa gloire , persécuteur minutieux et sans dignité. Louis XIV jettera un regard d'inquiétude sur Tindépendance de l'Église, et recherchera, dans les traditions de Philippe le Bel , s'il n'existe aucun moyen de placer la direction des consciences sous la discipline du pouvoir civil. Tuteur des rois , il se résignera à accepter pour luimême la servitude privée et la curatelle d'une femme. Les dernières années seront remplies de plus de misères et de plus de deuil que la première moitié de son pouvoir n'avait compté de triomphes et de vanités , et cependant la main de Dieu, qui châtiera son orgueil en le brisant comme un roseau, n'effacera pas de cette figure froide et imposante l'empreinte de la majesté et de la gloire.
On s'exposerait d'ailleurs à méconnaître les faits, si l'on supposait un seul moment que la monarchie de Louis XIV, sortie tout armée du cerveau de ce roi, s'é-
tâblit sans obstacle et ne rencontra de la part des peuples qu'un assentiment officiel. Pour peu que l'on creuse avant dans l'histoire de ce règne , on découvre des mécontentements sourds j des résistances réelles. L'admiration ne suffisait pas pour tempérer les uns , la crainte pour prévenir les autres. La France entière n'était point à Paris ou à Versailles, et c'est en vain que le gouvernement de Louis XIV semblait vouloir le dissimuler : lorsque mourut Golbert , ce grand homme qui portait aux yeux de tous la responsabilité du système, le peuple, rassemblé tumultueusement au pied de son hôtel, attendait, en rugissant , son cadavre pour le traîner dans la boue , et les troupes royales étaient occupées à garantir le calme de cette agonie.
Les provinces, qui profitaient moins encore que Paris de la pompe royale et de l'éblouissement des fêtes, trouvaient souvent bien lourd le fardeau des impôts et des taxes de guerre. Des mouvements projetés en Normandie obligèrent le roi d'envoyer le maréchal de Gréqui dans cette contrée; en Bretagne, le peuple se souleva, brûla les barrières , les registres du fisc et les bureaux de perception : il fallut envoyer des troupes pour le forcer à se soumettre, mais ce moyen rigoureux ne fit que réprimer les égarements de la misère sans en alléger les souffrances. Il en coûta la vie au «chevalier de Rohan, le rejeton d'une illustre race , qui avait accepté la mission de diriger le soulèvement, et qui eut la tête tranchée en place de Grève. Louis XIV, voulant paraître aussi inflexible que, Richelieu, crut devoir étouffer dans le sang cette révolte , tentative désespérée du parti provincial et de la féodalité déjà éteinte. La Bretagne n'en obtint pas moins la diminution des charges qui pesaient sur elle. La
Giiienne fut traitée a\ec une plus grande rigueur : le peuple , la bourgeoisie et le parlement de cette province ayant trempé dans la sédition, le maréchal d'Albret entra dans Bordeaux avec douze mille hommes , et y rétablit par la force l'autorité du roi. Bordeaux perdit à la fois son parlement, qui fut transféré à Condom , et ses privilèges municipaux , que Louis XI Y abolit sans retour. Pour tenir en respect cette ville remuante , le roi fit élever le château Trompette , qui lui ôta pour l'avenir jusqu'à la pensée de se montrer rebelle. Louis XIY vint plus difficilement à bout du Béarn : il se vit contraint , pour en finir avec les résistances de ce pays , d'accorder aux insoumis des lettres d'abolition absolue. Plus tard on vit ce prince reculer devant ses propres édits : ce fut le jour où , dans les provinces du Périgord et du Quercy , les habitants , ayant refusé de payer les taxes dont étaient grevés les actes de l'état civil , forcèrent plusieurs gentilshommes de marcher à leur tête, et prirent d'assaut la ville de Cahors, quoique défendue par deux bataillons. Sans vouloir donner à ces symptômes de mécontentement une importance exagérée, ils méritent qu'on en tienne compte, alors surtout qu'on les rapproche des querelles qui s'élevaient dans l'ordre des questions religieuses. On reconnaît donc qu'en dehors de la superficie la lutte n'avait point disparu de la société , qu'elle avait tout au plus changé de terrain et de drapeau.
Pour maintenir son pouvoir contre cette activité des esprits qui cherchait incessamment sa nourriture et son théâtre, Louis XIV employa la seule politique ordinaire des rois intelligents et forts : il occupa la nation à guerroyer contre l'Europe , et parce que, de tous les moyens employés pour détourner l'opinion et populariser un
règne, la gloire militaire est celui qui s'ase le pins vite, il ajouta à cette illustration des armes les généreuses séductions de la littérature et des arts. Ce fut par là qu'il arriva à distinguer son despotisme civilisateur de cette tyrannie brutale qui s'impose uniquement par la force et le fatalisme aux populations dégénérées de l'Orient.
Mais ce qui, avant toutes choses, fit accepter par la •France le gouvernement de Louis XIV, c'est qu'il fut tempéré par l'esprit de société qui distingue si éminemment notre pays. Louis XIY possédait à un très-baut degré la délicatesse de goût et de sentiments qui plaît à l'élite de la population française , et ces qualités , loin de nuire à Sa Majesté , ne faisaient qu'ajouter un nouvel éclat à la couronne. Il fut, quoi qu'on ait pu dire , un -monarque vraiment national et qui réunissait en sa personne les qualités sérieuses et brillantes de son peuple. /L'esprit du monde , bien qu'il ouvrit de nouvelles sources de corruption , rendait le pouvoir aimable , et ses formes faisaient passer sur le scandale d'un grand nombre d'abus.
Ce caractère communicatif et social , cette élégance dans les mœurs , cette aisance et cette facilité d'expression, tous ces dons que la nature semble avoir particulièrement réservés aux Français, se concentrèrent, comme dans leur foyer naturel , à la cour du grand roi , et firent d'elle , pour le pays , un modèle toujours envié et toujours respecté : la France , loin d'être , comme elle le devint plus tard, jalouse des supériorités de tout ordre qui cherchaient leur place autour du prince , se montrait fière de cette cour brillante, comme d'un privilège ou d'un patrimoine. C'était par la politesse exquise de ces seigneurs qu'elle se façonnait elle-même à l'urbanité et à la civilisation , et se voyait en droit de tourner en raillerie l'éti-
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quette si gauche , les vanités si grossières des autres cours de l'Europe. Et comment n'aurait-elle pas pardonné sa puissance à un prince qui remettait en ses mains le sceptre frivole de la mode? Quel autre représentant plus digne de sa grandeur e&t-elle pu choisir? Aimer le roi et se dévouer à sa personne n'était-ce pas, en d'autres termes, se consacrer à la patrie et servir l'honneur? Il ne s'agit pas de peser ces sentiments dans la balance des révolutions modernes qui ont affaibli tant de chevaleresques croyances , on ne les comprendra bien qu'en se reportant à ce siècle illustre que nos gloires contemporaines n'ont point le droit de reléguer dans l'oubli.