‹ Histoire de Louis XIVChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LOniS ZIV KT SA OODR. — VERSAILLES ET LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE.

' UATïD un roi occupe dans l'histoire une place I si grande que tout un siècle se résume en lui, rien de ce qui se rattache à sa personne , à ses mœurs , à son caractère , ne saurait être ; en oubli comme peu digne d'être raconté aux hommes. Les qualités privées d'un tel prince s'élèvent , par la nature des choses , au rang de vertus publiques , et ses faiblesses , qui chez des âmes vulgaires ne seraient que des vices, doivent être eu quelque sorte réputées crimes d'État : les unes et les autres, en effet, ont réagi sur la condition et sur l'avenir des peuples.

^Louis XIV commandait le respect par la majesté à la fois imposante et douce de son visage; ses traits étaient réguliers, son regard fielÇson sourire grave; il avait la

taille bien prise , la démarche noble , les cheveux noirs , le Y

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nez aquilin , le porrnn peu théâtraT( 1). Une distinction si naturelle était d'ailleurs tellement empreinté^dans ses gestes, dans sa parole et dans toute sa personne, que, même dépourviif de la dignité royale et mêlé. à la foule des sujets , ce prince eût appelé à lui Tattention et les regards (2).

Son 'éducation, ainsi que je l'ai remarqué plus haut, amt été négligée ; mais il suppléait à cette lacune à l'aide d'un esprit droit , d'une raison exercée et d'une application sérieuse aux affaires. Il avait l'instinct de ce qui est beau et de ce qui est grand; mais l'amour de soi était sa passion dominante, et, comme il concevait une idée trèshaute de sa mission et de son rôle , en donnant libre satisfaction à son orgueil il croyait remplir un devoir. Il aimait la représentation et le faste , et se montrait aussi avide d'hommages que de gloire; un concert de soixante années de louangeif universelles ne l'avait poinllîatigué; il souffrit , pendant trois ans, que des feux allumés brûlassent nuit et jour au pied de sa statue; généreux par tempérament, il fut, par calcuf, peu oublieux des injures et mal disposé au pardon. Jamais prince ne parut plus jaloux de gouverner personnellement et de gouverner seul. Respectueux envers sa mère, aux soins de laquelle il devait tant, il se montra souvent ingrat à son égard en ne lui laissant d'autre privilège que celui de s'occuper de bonnes œuvres , en la dépouillant du reflet de gloire ou de crédit qui aurait consolé sa vieillesse.

(1) Il conservait en Jouant au billard, dit mademoiaelle de Scud6ri, l'air de matlre du moude.

(2) C'est lui que Bacine avait en vue lorsqu'il composa ces deux vers de sa tragédie de Bérénice :

« En quelque obscurité que le Ciel l'eât fait naitre , « Le inonde , à son aspect , eût reconna sva maître. »

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