‹ Histoire de LyonChapitre 108 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

est venu de mettre la raison et l'humanité dans une forteresse inaccessible.

On a pu voir, par le livre précédent, que la rancune du clergé contre les lois communales date de plusieurs siècles. On ne doit pas s'étonner si dans le dix-neuvième la plus forte opposition contre les idées nobles, généreuses, vient du côté des prêtres. Ils ont l'instinct de la servitude comme la moyenne bourgeoisie a celui d'une véritable liberté. Etudions donc cette commune qui les fit trembler, et qui les forcera un jour à rendre au ebristianisme sa pureté primitive. De tout temps , même dans les états les mieux civilisés, il y eut des excès et de petites choses : le consulat de Lyon en offrit aussi, mais ils furent rares; or, si dans des siècles voisins de la barbarie, au milieu des querelles sanglantes qui bouleversèrent la France, le gouvernement consulaire, municipal ou électif put faire le bonheur de notre cité, que ne produira-t-il pas en talens et en patriotisme, à présent' qu'il y a dans tous les Fran-

1 La glorieuse révolution de 1830 a réalisé toutes nos espérances, et confirmé par des faits tous les principes que nous avons établis, d'après l'histoire, dans nos deux premiers volumes. Si la nation française, après avoir brisé ses odieuses entraves , ne devenait pas la première nation du monde , il ne faudrait plus rien espérer de la plus haute civilisation. Avec le nouvel ordre de choses , quand le calme sera rétabli dans une administration entièrement bouleversée, il est impossible que le véritable mérite ne triomphe pas des intrigues. Voyez le tableau des événemens inouis qui viennent de se passer , dans leur rapport seulement a?ec notre cité , à la fiu de cet ouvrage , que nous continuons jusqu'au

rais un fond inouï de sagesse1, et que l'unité politique de tant de communes éclairées' compose une nation formidable!

Le gouvernement électif est basé sur les droits de l'homme; on peut donc dire qu'il existe de toute antiquité. 11 a changé très souvent de forme et de dénomination, mais l'esprit de ce gouvernement a toujours été le même. Tacite, parlant de l'établissement du consulat à Rome, dit qu'il fut comme le berceau de la liberté publique ; ce furent aussi l'amour de la liberté et le désir de la conserver qui donnèrent lieu à l'établissement du consulat dans la ville de Lyon3. Cependant il n'était pas nouveau dans nos contrées ; l'anarchie

moment où le drapeau tricolore fut arboré sur le beffroi de l'IIôtel-de- Ville.

1 Les lumières répandues dans les classes les plus inférieures de la société , l'espoir qu'elles ont de parvenir au premier rang avec le travail et l'industrie , la division infinie des propriétés opérée depuis quarante ans , l'anéantissement de toute noblesse , de tout privilège héréditaire, et par conséquent de tout germe de discorde et de jalousie : voilà les causes principales de la sagesse des Français ; elle deviendra toujours plus grande , parce que les législateurs baseront désormais toutes les lois sur ces mœurs publiques.

2 II y aurait beaucoup à dire sur la faiblesse de plusieurs grandes communes de France ; toute la vie est portée dans la tète , dans la capitale ; quelques membres du corps social sont grêles. Or , il en est du corps social comme du corps humain : pour que le tempérament soit bon , il faut que toute la machine soit solidement constituée ; quand la tête a trop de vie , on meurt d'apoplexie. ( Voyez la fin de ce livre où toutes les vicissitudes de la commune Ivonnaise sont exposées. Vo\ < : aussi à la fin de notre oirvrage le Siège de Lyon, qui fut le résultat du despotisme anarchique de la commune de Paris.)

5 Mcnestrier, Histoire consulaire.

féodale l'avait seulement comprime durant plusieurs siècles.

Lyon, ou Lugdunum, avait joui du gouvernement municipal dès sa première origine. Les fondemens en avaient été jetés, dans les temps ancieos, par le peuple libre, commerçant et respecté des Gaulois , qui habitait nos contrées. 11 suffit de jeter les yeux sur les premiers livres de notre premier volume, pour être persuadé de cette vérité; mais Rome, cette puissante république qui se vantait de donner la loi à toute la terre, et de mettre les souverains au rang de ses sujets, ne laissa aux premiers Lyonnais qu'une ombre de liberté sous les apparences de quelques immunités de charges et de tributs : aussi nous avons vu avec quelle facilité les barbares vinrent à bout de peuples à qui l'on avait ôlé leur énergie et leur dignité en détruisant leur indépendance. Le droit de fabriquer des monnaies et de suivre ses anciens usages , le droit de trafiquer dans toutes les parties du monde et d'être une ville ouverte à tous les peuples pour le commerce , faisaient les titres spécieux de cette liberté lyonnaise dont notre cité se flattait alors de jouir paisiblement , quoiqu'elle eût des gouverneurs qui lui étaient envoyés de Rome , et qui s'enrichissaient de ses dépouilles1. Le corps des négocians y avait des patrons et des protecteurs étrangers qui étaient

1 Menestl i il , Histoire consulaire

ordinairement des chevaliers romains, et entraient eux-mêmes dans le commerce des vins, des huiles, des draps, des toiles et des autres marchandises, comme on peut le remarquer en lisant les nombreuses inscriptions déposées dans le Conservatoire des beaux-arts. Ces patrons étaient comme les prévôts des marchands de cette époque reculée, et les six augustaux remplissaient en quelque sorte les fonctions de consuls ou de magistrats municipaux; ils avaient soin de tout ce qui concernait la police, mais toujours sous le bon plaisir d'une ville maîtresse et éloignée, la ville de Rome.

Lorsque le christianisme soumit Lyon sous sa loi , les usages municipaux s'établirent comme partout ailleurs, dans la hiérarchie ecclésiastique: il n'y eut pas un seul évêque nommé à Lyon durant six cents ans, sans l'assentiment du clergé et du peuple réunis. Ces formes électives devaient passer dans les institutions politiques ; les bouleversemens survenus sous les princes de la race carlovingienne s'y opposèrent; mais l'ombre de la liberté fut conservée dans le souvenir des hommes, à travers les siècles de barbarie. Elle devint un géant formidable lorsque les communes se soulevèrent dans le moyen âge. Nous venons de voir comment à Lyon les idées républicaines furent amenées insensiblement à faire tout-à-coup explosion.

Les bourgeois se rappelèrent que leurs aïeux avaient été Gaulois et Romains. Les dénomma-

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