TROISIÈME PARTIE
de la communauté , et pour la conservation de quelques franchises. Le privilège de commune
fut pour le petit nombre des grandes cites qui le sollicitèrent, un accroissement d'autorité municipale; il confirma, il affermit le droit dont les liabitans jouissaient, mais il ne le créa point, il ne le conféra point. On ne pouvait donner à riiomme des droits qu'on n'avait jamais pu lui ravir. Quelques cités étaient déjà gouvernées par des magistrats locaux; ils obtinrent ou arrachèrent à leurs seigneurs de nouvelles attributions, les droits de la bourgeoisie; et l'antique gouvernement municipal se confondit avec le nouveau privilège de commune1.
Les concessions, même à Lyon3, eurent lieu de différentes manières. D'abord l'intervention de la royauté fut indispensable : ce nom imposait, et les rois, supportant avec peine de n'avoir qu'un vain titre sans jouir de la puissance et de l'autorité qui devaient l'accompagner3, préparèrent de toutes leurs forces la révolution populaire; il y en eut plusieurs assez adroits qui s'en servirent
• Menestrier , Histoire consulaire , et Ravnouard , Droit municipal.
1 Les chanoines étaient tellement épouvantés par le nom de commune, qu ils ne signèrent la première trêve qu'à condition que les citoyens n'établûraienl point de communauté; ils leur laissèrent ensuite la garde des clés de la ville , et furent enfin forcés de permettre les rassemblemens populaires dans l'église de Saint-Nizier, avec des formes municipales.
3 Thourct , Abrogé des Observations sur i Histoire de France par MaLI\ .
pour accroître leurs trésors1. Le peuple acceptait néanmoins avec transport leur médiation intéressée; les Lyonnais se jetèrent, en quelque sorte d'un consentement unanime, dans les bras de Louis ix, et bâtèrent ainsi la conquête de Pbilippe le Bel. L'appel au tribunal du roi fut un coup de mort pour la justice seigneuriale, qui faisait la principale force des seigneurs. « C'était «. comme dépositaire et protectrice de l'ordre puce blic, de la justice générale, de l'intérêt coince mun , c'était sous les traits d'une grande magis- « trature, centre et lien de la société, que la « royauté se montra aux yeux du peuple et s'apc< propria leur force en obtenant leur adbésion. « La prétendue légitimité des rois ne put dès lors « être fondée que sur l'exécution des engage- « mens contractés \ »
Quant aux seigneurs de nos contrées qui accordaient les droits de commune, plusieurs motifs les dirigeaient. Le gouvernement féodal n'avait par lui-même aucune solidité, parce que l'anarchie en était l'âme, et qu'il produisait des désordres sans cesse renaissans qui devaient nécessairement entraîner sa ruine3; l'anarchie dans le
1 Louis le Gros , entre autres , tant vanté dans le préambule de la charte de Louis xvui , n'était après tout qu'un marchand de chartes de communautés, mais son négoce fut très utile au peuple. Louis \iv voulut suivre son exemple et enrichir le fisc , en mettant les places d'administration , même celle de maire , à l'encan.
a Guizol , Leçons d'histoire moderne.
3 Raynouard , Droit municipal.