TROISIÈME PARTIE
deux petites lieues de notre ville, nommée dans plusieurs anciens actes \ille de Couzon1. Dans le mo\cn âge, on donnait en général le nom de
bourg à plusieurs habitations réunies qui n'étaient point entourées de murailles; mais il fallait, pour qu'elles méritassent véritablement le nom de bourg, qu'il y eut une espèce de château ou de tour pour la défense des habilans qui s'y retiraient en temps de guerre, et dont les seigneurs avaient la garde.
Nous avons vu que la partie de la ville de Lyon qui forme le quartier de Saint-INizier, et qui était le seul endroit habité du côté que l'on nommait l'empire, est appelée, dans quelques donations de l'empereur Lothaire, bourg de Lyon2, parce que cette portion de la ville, au commencement de la féodalité , n'était pas entourée de murailles; l'église de Saint-INizier servait de forteresse. On donna un semblable nom, qui existe encore aujourd'hui, à deux autres assemblages de maisons voisines de la ville : l'un , le long du Rhône, défendu par une tour et qui fut appelé Bourg-Chanin5, et l'autre, moins ancien, placé sur la rive droite de la Saône, entre le rocher de Pierre - Scise et l'église collégiale de Saint-Paul. Cette dernière partie reçut le nom de Bourg-Neuf4, et avait
' tailla Cozoni<>.
i Burgus Lu^duni.
3 Bur^us Caninus.
4 Biirgus Tsoi'uî.
210 HISTOIRE DE LYOX.
pour forteresse le manoir de Pierre-Scise. Où nomma fauxbourgs ou forsbourgs les habitations détachées du corps de la ville et conligués à ses murailles, sur les avenues des portes par lesquelles on y entrait; les forsbourgs de la Croix- Rousse, de Vaise et de La Guillotière étaient par conséquent en dehors de trois bourgs du moyen âge. Les trois dénominations des habitations jointes les unes aux autres servirent à faire désigner les habitans de trois manières différentes : les uns furent nommés vilains1, les autres, bourgeois2, et le plus grand nombre, citoyens ou citadins3; c'était une espèce de hiérarchie civique dans les chartes de communauté.
Il a été facile de remarquer, dans les livres précédens, tous les obstacles que ces trois sortes de personnes eurent à surmonter pour obtenir la permission de faire des corps de communauté ou des communes4. C'était un spectacle vraiment admirable que de voir cette force de raison dans un peuple sorti à peine de la barbarie, cette énergie de patriotisme surgir tout-à-coup au milieu de simples manans courbés sous le joug de la plus hideuse tyrannie. Comme les monarques absolus, les despotes féodaux avaient leur légitimité chimérique et leur ridicule droit divin : ils préten-
1 Villani.
» Rurgenscs.
5 Cives.
4 Communias seu Communitates .
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daient, au milieu des révoltes populaires, avoir seuls le pouvoir d'octroyer des chartes. D'un autre côté , les citoyens , dirigés par le simple bon sens et par la justice naturelle, donnaient le nom de libertés, de franchises, d'immunités et de coutumes à leurs privilèges sociaux, soutenant qu'ils les possédaient de temps immémorial.
Ils disaient a qu'après la chute de l'empire Ro- « main, chaque nation conquérante des Gaules « s'était fait des lois à l'exemple des Francs et « des Bourguignons; que c'étaient ces lois natioa nales et non le bon plaisir des seigneurs laïques « ou tonsurés, que les villes et les corps de coince munauté devaient considérer comme leurs cou- « tûmes, leurs privilèges, leurs usages et leurs « immunités ; que les communes en avaient la « possession depuis les siècles les plus reculés, « et que même les villes n'avaient pas besoin « d'établir de nouvelles bourgeoisies, ni de créer « de nouveaux corps de communauté pour les « affaires de police, que tout était réglé par les « lois et les coutumes, que des jugemens pro- « nonces servaient de code , que les taxes , les « amendes et les peines étaient fixées ; qu'on ne « devait souffrir ni tailles ni d'autres impôts oné- « reux, parce qu'on n'ignorait pas ce qui était « dû au prince pour ses droits de suzeraineté ou « de protection ; que si cependant les citoyens « étaient dans la nécessité de choisir parmi eux «. des syndics et des officiers municipaux, des m 16
2i2 HISTOIRE DE LYON.
« personnes affectionnées au bien public, < <-
« tait parce que les rois, ces protecteurs natu- « rels des lois saliques, franches et libres, se « trouvaient trop éloignés pour surveiller toutes « les affaires de la cité, et gouverner en bons « pères de famille. »
Ces raison nemen s furent sans effet sur les âmes corrompues et ambitieuses du clergé. Il y eut beaucoup de sang versé avant la démonstration complète de ces vérités politiques. Les tyrans féodaux, forcés enfin de céder des chartes, persistèrent à ne les considérer que comme un affranchissement momentané, et donnèrent le nom de concessions à des droits inaliénables. Bien plus, ils prétendaient que les citoyens devaient choisir seulement entre eux des procureurs ou des syndics pour traiter de leurs affaires avec les seigneurs, par voie de requête et de supplication. Mais les événemens du treizième siècle ont démontré que le peuple lyonnais, tiré tout-à-coup de l'état de langueur où il se trouvait, n'attendit pas le consentement de ses seigneurs mitres pour se former en commune, et anéantir pour toujours leurs prétentions seigneuriales en demandant que le roi de France fût garant des traités que les bourgeois de Lyon passeraient avec eux. Dès lors le gouvernement consulaire fut établi sur ses bases véritables, la volonté du peuple et l'association d'un prince puissant librement choisi.
Or, le gouvernement consulaire ou municipal