TROISIÈME PARTIE
cl dn samedi après la fête de la Purification., trois ans plus tard'. Par le premier, on ne voit que deux citoyens choisis pour administrer et défendre la communauté; par le second, les habitons élurent seize bourgeois pour soutenir les droits des citoyens , et agir contre le clergé tant devant le pape que devant les autres cours ecclésiastiques et séculières. Dans un autre acte1, il est dit que tous les bourgeois de Lyon furent convoqués sur les tombeaux du cimetière de Saint-lNizier, derrière l'abside de l'église, au son de la grosse cloche , selon l'usage , et que là furent présens, le dimanche avant l'Ascension, tous les principaux chefs des corps de métiers , et la plus grande partie des notables de la cité5. Les s\ ndicats furent ensuite toujours datés de la semaine qui précédait la Saint-Thomas.
Le jour de cette fête, l'orateur de la communauté prononçait en public un discours où respirait le patriotisme d'un bon citoyen. On appelait ce discours oraison doctorale. On n'a conservé ces oraisons que depuis le milieu du dix-septième siècle, où déjà elles ne méritaient plus d'être imprimées. L'archevêque de Lyon était alors cardinal et frère du ministre. L'oraison doctorale , pleine de basses flatteries , fut prononcée dans le chœur, où le prélat étalait avec orgueil le nom de
i En 1297.
2 De l'année 1308.
3 Majores partes major uni ac seniorum totius cM&aUs
Richelieu et la pourpre romaine; il \ recul autant de complimens que de coups d'encensoir dans sa cathédrale. Depuis, dans tous les discours de l'IIotel-de-A ille prononcés par des avocats au parlement, et quelquefois par des médecins, le gouverneur royal et les magistrats municipaux furent accables d'éloges. Quand ils étaient absens , on louait leurs portraits. 11 était rare que la dernière phrase du discours ne fût pas une flagornerie périodiquement arrangée. La malheureuse vanité des hommes fait toujours dégénérer les plus belles institutions.
Toutefois, après leur installation, les conseillers de ville étaient chargés de la défense de la cité, de la police intérieure, des fortifications, de la milice bourgeoise, de la surveillance paternelle des rapports libres de la ville avec le gouvernement royal qui la protégeait, de la construction de tous les édifices publics, et principalement de tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité des habitans. Ils eurent même pendant long-temps le droit et la force de soulever les bourgeois pour faire la guerre aux provinces voisines qui auraient voulu gêner leur commerce. Lyon était enfin une république d'autant plus remarquable, qu'elle avait pris naissance dans le sein de la théocratie; et elle est de nos jours d'autant plus digne d'attention, qu'elle a été durant plusieurs années un repaire de partisans de l'absolutisme ennoblis par le négoce.
TROISIÈME IUUTIE. 217
l Hc des prérogatives les plus précieuses du gouvernement consulaire étail de garder la cité : point de troupes, point de garnison royale; les citoyens de Lyon avaient, depuis l'établissement ferme et solide de leur communauté, la garde des clés de chaque porte, le droit de faire le guet et de prendre les armes pour la sùretë de la ville'. Lorsque les rois de Fiance nommèrent dans les provinces des gouverneurs et des lieutenans généraux, les conseillers municipaux de Lyon , qui Turent sous le règne de Henri îv réduits à un pré- \ôt des marchands et quatre échevins, n'en conservèrent pas moins la garde spéciale de la cité, à la charge seulement d'en rendre au monarque français foi et hommage entre les mains des chanceliers royaux. Lorsque les religionnaires s'emparèrent de la ville de Lyon*, ils conservèrent pour eux les avantages de la garde, et remirent ensuite les clés aux gens du roi; mais Charles ix, malgré son despotisme., sur les remontrances des conseillers lyonnais, ordonna par ses lettres patentes3 que les clés des portes seraient rendues au consulat pour en jouir comme par le passé. Ce droit était fondé sur plusieurs motifs : d'abord les Lyonnais étaient maîtres chez tux; d'un autre coté, la fidélité, qui les a toujours distingués parmi les autres citoyens du royaume, n'a pas été la seule
• Lettres de Merre de Savoie déposées aux archives, année \Z20.
- Eu 1562.
" Du IS octobre 1573.
2i8 HISTOIRE DE LYON.
cause de celle grande confiance dont ils ont été honorés par nos rois; la nécessité de garder el de défendre celle \ille contre les entreprises de ses voisins et des ennemis de l'état, y contribua aussi. En effet, le plus fort rempart qu'on puisse opposer aux invasions étrangères , c'est le courage d'une cité libre.
Lyon, ville frontière pendant long-temps, et limitrophe de la Savoie, de l'Italie, de la Suisse, de l'Allemagne et du duché de Bourgogne, avait besoin d'une milice bourgeoise formidable et de plusieurs autres corps militaires pour sa sûreté, telles que les compagnies franches de la province lyonnaise , celle des arquebusiers et la compagnie du guet.
La milice bourgeoise, qui porte aujourd'hui le nom de garde nationale , avait été instituée dès le commencement du gouvernement consulaire ; cette milice fut toujours sous les ordres des conseillers de ville, qui formaient en quelque sorte le sénat de la cité et son état -major. Avec la grande prospérité qu'une administralion élective et le commerce faisaient régner à Lyon, la ville put être divisée, dans le dix-septième siècle , en trente-six quartiers appelés pennonages , avec des drapeaux et souvent des uniformes splendides : le quartier primitif, celui de Saint-Nizier, se faisait surtout remarquer par sa belle tenue ; nos aïeux doivent se souvenir d'en avoir vu les habitans sous les armes tous en ha-