TROISIÈME PARTIE. !27l
geois manquaient de liantes machines pour un siège régulier.
Ils abandonnent doue momentanément le bourg de Sainl-.lusl , sans s'inquiéter des moyens de défense que les chanoines pourraient se procurer pendant que la bourgeoisie irait prendre quelque repos chez elle. Le lendemain, samedi, vers le milieu du mois de juillet, saison où les têtes fermentent, les citoyens courent de nouveau au si< ge de la forteresse. Leur armée était divisée en trois corps ; ces bataillons débouchèrent par trois points avec une intrépidité qui semblait leur assurer le succès. Les principales tours de la citadelle furent attaquées à la fois; mais ceux qui les occupaient se défendirent avec courage. Us voyaient que les bourgeois étaient disposés à ne leur faire aucun quartier.
Le combat fut long et opiniâtre. Il y eut beaucoup de morts de part et d'autre. Quelques chanoines furent blessés. La fatigue, l'épuisement dans une saison aussi chaude, le besoin de réparer leurs forces, firent battre les citoyens en retraite. Ils demeurèrent jusqu'au jeudi suivant sans renouveler l'attaque; après quatre jours de repos, ils revinrent dans le même ordre et avec la même intrépidité : leurs efforts furent encore inutiles. Il fallut avoir recours à d'autres procédés d'attaque. Les conseillers firent construire une quantité considérable de gabions, de mantelets, de béliers et autres machines de guerre pour saper
les murailles de la forteresse; ils amassèrent une quantité prodigieuse d'huile, de paille, de toute sorte de combustibles pour brûler les chanoines dans leur cloître. Au milieu de ces préparatifs, le juste courroux des citoyens était sans cesse stimulé par un spectacle de désolation : du sommet de la colline de Fourvières , ils voyaient les restes fumans de leurs maisons de campagne tout près de la cité, et les malheureux habilans des villages circonvoisins, privés de tout, échappés au massacre, accouraient grossir leurs bataillons. Ils ne purent résister à la fureur que leur inspira ce dernier tableau des misères humaines : laissant lout-à-coup le siège de Saint-Just, qui leur faisait perdre beaucoup de monde sans promettre un grand succès, ils jurent de faire subir aux vassaux de l'église le même traitement que leurs frères d'armes avaient éprouvé. Ils débouchent par la porte de Trion et la vallée de Champ-Vert , en très grand nombre, la veille de Saint-André; ils se précipitent sur Ecully, village des dépendances du chapitre ; ils se répandent dans les campagnes, arrachent, brûlent les moissons, et massacrent tous ceux qui tombent sous leurs coups. Les vassaux et serfs de l'église fuient de tout coté. Ils espèrent trouver un as\le dans la chapelle du village; le curé d'Ecully,qui se trouve au milieu d'eux , commence le sacrifice de la messe pour détourner les malédictions du ciel, cl conjurer l'orage qui gronde sur la tête tic ses