TROISIÈME PARTIE
ouailles. les bourgeois n'entendent point ses prières, ils ne se donnent pas la peine d'enfoncer les portes de l'église; mais entassant autour des murs de cette chapelle mille gerbes ramassées dans les champs, ils y mettent le feu. Tout est consumé, les ornemens, le prêtre et les vassaux, sans qu'il puisse en échapper un seul. Ce premier acte de barbarie est accompagné de plusieurs autres : les citoyens descendent au bas des roches d'Ecully, quelques-uns suivent les contours de la colline du Mont-d'Or, où ils dévastent toutes les riches propriétés du chapitre, et plusieurs remontent sur la rive droite de la Saône ; ceux-ci veulent égorger les habitans de Couzon, petite ville dévouée aux chanoines. Les Couzonnais, épouvantés par la nouvelle des désastres d'Ecully 9 se retirent sur la montagne, dont les rocs devaient servir pendant si long-temps à la construction des maisons de ceux qui les attaquaient. Ils ne tardèrent pas à voir, des lieux escarpes où ils s'étaient enfuis, les flammes dévorant leurs granges, les citoyens dévastant leurs métairies et se nourrissant de leurs nombreux troupeaux.
Cependant quelques bourgeois restés dans la Aille, et ceux qui montaient la garde sous les murailles de la forteresse de Saint-Just, avaient achevé les préparatifs. Tout était prêt pour battre en brèche la citadelle. Humbert de La Tour arrivait avec des troupes fraîches et dévouées à la in 18
27 i HISTOIRE DE LYON.
bourgeoisie. Il fut bientôt suivi de tous les habitans en état de porter les armes, et de ceux qui revenaient de leur expédition dans les campagnes. 11 monte jusqu'aux ruines du Gourguillon, et culbute les premiers postes des chanoines. Son étonnement fut grand lorsqu'il vit les tours, les remparts, les vingt donjons du cloître hérissés de piques et de lances. Pendant que les citoyens perdaient leur temps à des courses inutiles, le chapitre avait pu rassembler une armée nombreuse, faire venir en bateaux ses gens d'armes disséminés, et les introduire dans la forteresse par les détours escarpés de la porte de Saint- George. Mais ces vassaux n'osèrent point se battre en rase campagne avec la bourgeoisie. Ils n'écoutèrent point les Lyonnais qui les appelaient sur le champ de bataille, et virent, presque devant le grand portail de Saint-Just, brûler l'hôpital des religieux de Saint -lrénée et toutes les maisons contiguës.
Cette lâcheté ou inertie des vassaux de l'église était peut-être conseillée par les chanoines. L'expérience avait démontré que des citoyens appelés dans l'intérieur de la cité par leurs, affaires domestiques, par leur négoce, ne pouvaient prolonger un siège pendant long-temps, et réduire leurs ennemis à la famine ; il suffisait d'attendre que leur première impétuosité fût passée pour voir renaître l'ordre et la tranquillité. C'est ce qui arriva : les bourgeois ne pouvant vaincre des mu-
railles hérissées de piques, se retirèrent dans leurs magasins.
Les médiateurs ou commissaires royaux laissés à Mimes par le roi Louis ix, arrivèrent à Lyon dans le même temps. A leur voix, les hostilités cessèrent tout-à-fait. Le gouvernement théocratie pie des chanoines fut suspendu jusqu'à la nomination d'un nouveau prélat qui pût les dominer. Cet arrangement rendit les bourgeois maîtres absolus de leur cité durant plusieurs mois. Us profitèrent de cette souveraineté si naturelle pour apporter un nouvel ordre dans l'administration de leurs affaires : pour donner plus de force et plus d'unité à leur commune naissante , ils réduisirent à douze les cinquante conseillers qu'ils avaient mis à leur tète au commencement des premiers troubles ; et afin de témoigner leur reconnaissance au monarque français qui les avait protégés, ils reçurent avec le plus vif empressement Philippe m, dit le Hardi, qui rapportait en France les os de son père mort en Afrique dans sa malheureuse expédition devant Tunis. Mais sur ces entrefaites, il se passait à Rome un événement qui devait avoir la plus grande influence sur le sort des Lyonnais : un ancien chanoine et comte de Lyon', Théalde ou Thibaud, connu plus tard
» Théalde, et par corruption Théobalde dans quelques auteurs, nous apprend lui-même par sis lettres qu'avant son exaltation et avant son voyage périlleux dam la Terre-Sainte , il avait résidé loug-tem] s à Lyon comme simple chanoine : «I.ugdunensem ccclesiain, in quâ nos olim, dum
sous le nom de Grégoire x, était élevé sur le trône pontifical.
Cette haute fortune dans un homme modeste qui ne l'ambitionnait pas , les causes de son avancement, les faits remarquables qui suivirent cette nomination, ses projets pleins de grandeur et de générosité, enfin sa politique envers les Lyonnais , dictée un peu par ses souvenirs et par sa place, méritent toute notre attention.
L'église de Lyon a toujours regardé comme un de ses plus beaux titres à la gloire, d'avoir donné des papes au monde chrétien : étudions donc le
« minori officio fungeremur, in canonicorum ipsius ecclesiae collegio exis- « tentes, diutinam fecimus residentiam pcrsonalem » (Epist. tli, lib. 4.) — Odoric. , Jnn. \2l\. — Ciaconius in Greg. x. — Théalde ou encore Thibaud répète la même chose , et presque en mêmes termes, dans l'ordonnance qu'il fit à Lyon le jour de la Saint-Martin de l'an 1^73 , pour terminer les anciennes querelles du chapitre avec la cité lyonnaise :
« Gregorius ad perpetuam rci memoriam, memores uberum ecclesiae
« lu«dunensis quoe nos tune ipsius canonicum tractavit ut filium, ac mulli- « pliciter honoravit, ad eam in lilialem excitamus affectum.» {Ordin&lio domini Gregorii papœ x , dat. Lugd. tert. id. nov. pontif. noslri anno tertio.) — Colonia, Hist. littéraire ; Menestrier , Uist. consulaire ; Preuves. — Tous ces faits sont utiles à connaître pour comprendre les ordonnances de Grégoire x à Lyon , sa prédilection pour le chapitre, el le motif principal qui le porta à choisir la ville de Lyon pour le second concile écuménique. On peut , sur ce concile que nous exposons avec tous les détails nécessaires, recueillir des notes dans les auteurs suivans : Ptolem. Luc. , Histoire ecclésiastique ; Fleury, Hist. ecclésiastique , tom. xvui ; Gibbon, Die ad. de l'empire Romain , tom. xu ; Colonia , Histoire littéraire , tom. u ; Odoric. , Annal, anu. 1271 , sur ce qui concerne les vues de Grégoire x ; Lumina , Abrégé chronologique et Histoire de l'église de Lyon ; Dupin, Bibl. ecclésiast. , tome \ , mais surtout Sacrosancta Concilia , Labb. ann. 127*.