TROISIÈME PARTIE
caractère de ces pontifes. La nomination de Tliibaucl fit cesser un interrègne qui commençait à faire croire que la chrétienté pouvait se passer d'un chef suprême. Clément iv était mort depuis deux ans et neuf mois; les règles sévères du conclave, au moment d'une élection, n'étaient pas encore établies; les prélats, par leur indécision, donnaient un exemple funeste aux peuples : car en montrant que les dépositaires des intérêts spirituels étaient peu nécessaires, ils démontraient que les souverains temporels étaient à plus forte raison inutiles1. Il fallut toute l'influence de l'évèque de Porto2 et d'un père de l'Eglise distingué
1 Nous aurons occasion de montrer, dans le Parallèle du christianisme dans son état primitij avec les gouvernemens représentatifs tels que nous les voyons aujourd'hui , que tous les excès de la cour de Rome , les schismes, les discordes, les querelles sanglantes , ont été le résultat de l'altération du mode primitif des élections pontificales. La hiérarchie ecclésiastique et le christianisme qui lui étaient confié , ne lurent véritablement utiles au genre humain que lorsqu'ils furent basés sur les élections populaires. Quel amour ne devait - on pas avoir pour une religion qui défendait la liberté , et donnait aux peuples opprimés le droit de choisir ceux qui par leurs vertus pouvaient ouviir les portes du ciel. La cour de Rome aurait déjà conquis spirituellement tout l'univers, si les besoins religieux de tous les peuples avaient été représentés par un pape choisi par tous les cardinaux de la terre , et non par des coteries soit allemandes, soit italiques. Les cardinaux et évéques étant eux-mêmes , dans les premiers temps , choisis par tous les chrétiens indistinctement , on conçoit que le souverain pontife représentait mieux alors toute, la chrétienté. Puisque le salut des hommes était confié à des élections , les gouvernemens , les rois ne pourraient-ils pas être soumis au même principe ; ici nous entrons dans une série de considérations politiques que nous discuterons plus lard.
a fojrez , pour ce qui concerne le cardinal Jean , évéque de Porto.,
dont nous parlerons dans la suite, pour forcer les cardinaux à prendre un parai décisif. Quinze d'entre eux étaient réunis à Yiterbe ; ils ne pouvaient s'accorder sur le choix d'un successeur de Clément : quand la corruption s'est glissée dans une hiérarchie quelconque, chacun se croit digne du premier rang, ou refuse sa voix à celui qui mérite de l'occuper. Les cardinaux, plutôt que de s'abaisser à nommer un pontife, préférèrent se dépouiller d'un droit précieux, et donnèrent aux six principaux du collège, par un compromis authentique, le pouvoir de nommer un pape.
Le sacré collège, ainsi réduit, n'en était pas plus sage. Jean,évcque de Porto, honoré de la pourpre romaine dans le premier concile de Lyon où il s'était lié d'amitié avec plusieurs chanoines de celte ville, se rappela les qualités éminentes de Thibaud, et résolut de mettre un terme aux intrigues de ses collègues. 11 se lève tout-àcoup dans le conclave, puis regardant le plafond, il dit avec ironie : « ]\ous sommes vraiment bien « fous et bien aveugles de discuter si long-temps ! « Le Saint-Esprit n'a pu jusqu'à présent pénétrer
honoré de la pourpre dans le premier grand concile de Lyon , et enferré dans l'ancienne église des Pérès rominicains , lorsqu'il vint pour assister au second grand concile , Perd. Ughelli , llalià sacra , tom. i, pag. 159 , in eplsc. ; Pertuensi ; et pour ce qui regarde l'élection de Grégoire x , Marianus , Rodulphufl , et surtout Fodéré , ISarrat. hist. des consens de l'ordre de Saint-François ; Nantis et Odoric. , ann.
* Le 10 septembre de l'année 1271.