TROISIÈME PARTIE. 27(J
i dans noire assemblée : que ne faisons -nous « enlever le toit pour recevoir plus facilement ses
t inspirations. »
Mais le fameux Bonaventure élait présent, et ne pouvait supporter les paroles ironiques dans une affaire aussi sérieuse ; il jeta sur Jean un regard sévère et plein de dignité, qui rendit le discours de l'évèque de Porto plus mesuré: « Princes « de l'Église, continua celui-ci, au lieu de perdre « un temps précieux à des discussions qui com- « mencent à scandaliser les fidèles, donnons un « bel exemple à nos successeurs, nommons un « liomme qui marche dans les voies du Seigneur. « Vous connaissez l'archidiacre Thibaud : il a « donné ses preuves de courage dans la Terre- « Sainte; il a montré les plus grandes vertus au « milieu des chanoines de la primatiale de Lyon, « et dans toutes les places éminentes qu'il a oc- « cupées; que ne le nommez-vous chef suprême « de TEglise? toute la chrétienté applaudira. Vous « objecterez peut-être qu'il n'est ni cardinal ni évê- « que; qu'importe son rang parmi les prélats, si « son mérite le met au dessus des places les plus « élevées? D'ailleurs il est Italien : Florence l'a ( vu naître ; il appartient à l'illustre famille des <( Yisconti ; il entreprendra avec enthousiasme « tout ce qui pourra contribuer à la gloire de « léglise romaine; son caractère noble et conci- « liateur ramènera peut-être les chrétiens de Cona stantinople. J'ai dit; je ne vois que Thibaud
« capable de monter sur le tronc pontifical1. »
L'évèque de Porto avait à peine achevé son discours, que Bonaventure appuya sa proposition de la plus douce éloquence. Ce savant homme jouissait d'une immense réputation dans la chrétienté: sa voix fut applaudie , et Thibaud fut nommé.
Les opinions des historiens sont partagées sur l'influence de Bonaventure au conclave. Quelquesuns prétendent que ce fut à ce docteur sage et profond dans la science du chrétien , que s'en rapportèrent les autres cardinaux pour le choix d'un souverain pontife, qu'ils lui donnèrent le pouvoir de le nommer lui-même s'il le jugeait à propos. Aussi, dans les divers panégyriques qu'on prononce tous les ans en l'honneur de cet illustre patron de la cité lyonnaise, ne manquet-on jamais de faire entrer cette action de saint Bonaventure comme un des plus brillans traits de son éloge : « Il a fait lui seul un pape après « avoir refusé de l'être ». D'autres auteurs modifient cette opinion , en disant simplement que a Bonaventure, dont le suffrage était d'un grand « poids, eut réellement quelque part à l'exalta- « tion de Grégoire x en parlant aux cardinaux en « sa faveur, et en rendant à sa piété et à son mé- « rite un témoignage irrécusable a. »
1 « Joannem Portuensem episcopum virilités tandem egregias
« Thealdi archiduc, in luce ita collocasse ut cardinalibus accenlisshnus « fuerit. » Odoric, Annal. 1271, n° VI.
a Colonia , Histoire littéraire , loni. u.