TROISIÈME PARTIE
Quelles que soient les causes de sa nomination, Grégoire \ occupa avec gloire le trône pontifical , et procura par un grand concile des avantages considérables à la ville de Lyon. Trois affaires importantes fixaient l'attention des fidèles: il fallait toute la sagesse d'un pontife vraiment dévoue pour les amener à une heureuse tin. Grégoire convenait mieux que tout autre : il avait fait le voyage de Jérusalem, et observé lui-même l'état déplorable des Latins dans ces contrées; il leur promit en parlant de soulever l'Occident pour les secourir. 11 avait étudié le caractère des Grecs , leurs mœurs , leur politique , la nécessité où ils étaient de se faire des amis puissans contre les ennemis nombreux prêts à les attaquer. Cette situation de l'empire de Constantinople fit naître en lui l'espoir de détruire le schisme qui régnait depuis plusieurs siècles entre l'église grecque et l'église latine. Enfin Grégoire, très souvent acteur dans les affaires de la cour de Rome, avait découvert la source des troubles de l'Italie , et son cœur généreux conçut le projet de les faire cesser pour toujours.
L'exécution de ses desseins fut en quelque sorte l'occupation unique de son pontificat, et la cause du second concile écuménique de la ville de Lyon. En prenant possession des clés de saint Pierre, il s'appliqua d'abord à procurer la paix aux villes d'Italie, pour ne laisser au delà des monts, durant son séjour dans nos provinces, aucun sujet
d'inquiétude; il entama bientôt après avec Paléologue, empereur de Conslantinople, une négociation amicale pour ne faire de tous les chrétiens répandus sur la terre qu'un peuple de frères, et se hâta d'envoyer des troupes en Orient pour soutenir les restes presque anéantis des croisés. L'empressement simulé ou réel avec lequel on reçut les ambassadeurs du pape à Conslantinople, fut un signe avant-coureur de la prochaine réunion des chrétiens dissidens : Grégoire x écrivit aussitôt à presque tous les prélats de la chrétienté. « La miséricorde de Dieu est infinie, leur « disait-il , elle nous promet de grandes choses : « les ténèbres seront dissipées, les guerriers de « la Palestine seront secourus, le nombre de nos « frères augmentera. Accourez donc avec joie et « avec ardeur; nous vous mandons de vous trou- « ver à Lyon le premier de mai1. Cependant nous « voulons qu'il reste dans chaque province un ou « deux évêques pour les besoins spirituels des « enfans de l'Église. »
Grégoire x arriva le premier à Lyon* : Pierre de Tarentaise, archevêque de cette ville, le reçut d'une manière splendide, soit qu'il prît plaisir à étaler les richesses de son église, soit qu'il voulut témoigner sa reconnaissance, car il devait au souverain pontife le siège éminent qu'il occupait.
a Dans le mois de no\ ciulu •■ de l'année 11273.