TROISIÈME PARTIE
pité sur l'Orient avec tout l'enthousiasme et le fanatisme des peuples barbares dominés par les prêtres, et qui croyaient obéir à la voix du Ciel. Les fautes de leurs chefs ignorons, les désordres d'une populace sans frein, avaient tout perdu. L'amour de la gloire et des entreprises chevaleresques fut ensuite un des principaux motifs qui conduisirent les barons, les comtes et les hauts seigneurs dans la Palestine; mais ceux-ci introduisirent dans leur conquête le gouvernement féodal ; chaque chef s'appropria la terre ou la \\\\c qu'il avait prise, et donna sa principale attention à s'y fortifier ou à s'y défendre; les ordres militaires des templiers et des hospitaliers, en acquérant des châteaux ou des places dans l'étendue de ces différentes seigneuries , divisèrent encore l'intérêt général, et augmentèrent la confusion, au point qu'on les vit souvent, non seulement épouser les querelles particulières de ces différens princes , mais encore se faire la guerre entre eux avec acharnement, et répandre ainsi, au grand préjudice de l'entreprise, un sang qu'ils eussent dû conserver pour la soutenir1. Enfin les croisades devinrent , dans leur espèce de décrépitude, le moyen de satisfaire l'ambition de deux ou trois petits souverains; ce dernier motif entièrement mondain , qui avait remplacé la voix de Dieu et l'amour de la gloire, n'était pas ca-
» Poullin de Lunaiua , Histoire chronol. de la ville de Lyon.
pablc de remuer les populations comme dans les premiers siècles. Le pape Grégoire \ apprit donc pendant son séjour, à Lyon, que ses projets avaient entièrement échoué dans la Terre-Sainte. Enfin , nous avons fait entrevoir que les nouvelles arrivées de Constanlinoplc faisaient naître en lui d'autres soucis, qui s'évanouirent, il est vrai, presque aussitôt qu'ils furent formés.
L'empire de Conslantinople était une conquête faite depuis peu sur les Latins, qui ne s'étaient point fait aimer pendant leur domination; une politique astucieuse rapprochait seule ce que les armes avaient désuni. Michel Paléologue, empereur des Grecs, s'était emparé de la ville principale de ses états sur Baudoin n; il n'ignorait pas que les Latins feraient tous leurs efforts pour recouvrer celte belle cité; nous avons vu que pour déjouer les desseins de ses ennemis, il flatta l'amour-propre du pontife de Rome, et le berça durant plusieurs mois de l'espoir de faire cesser pour toujours le schisme qui existait depuis longtemps entre l'église grecque et l'église latine. Quand on se transporte par la pensée à cette époque reculée où presque tous les souverains de l'Occident courbaient leurs fronts devant la tiare , on conçoit la politique de Michel. Mais il lui restait une autre tache à remplir : bien plus difficile que la première , elle consistait à détruire les préjugés des prélats de son empire , à triompher en quelque sorte de leur orgueil, cl à