‹ Histoire de LyonChapitre 143 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

prononça un discours sur la concorde, sur l'utilité de la suprématie de l'église romaine, et sur la procession du Saint-Esprit. Tous les cœurs furent émus, et les Grecs eux-mêmes abandonnèrent les détours astucieux d'une politique égoïste pour songer à une véritable réconciliation.

Le sermon terminé, les cardinaux entonnèrent en latin le Symbole des Apôtres, qui fut continué par les chanoines de la métropolitaine. Le patriarche Germain , avec tous les prélats qui suivaient le même rit que lui, le chanta solennellement en grec ; et quand on fut arrivé de part et d'autre à l'article de la procession du Saint- Esprit, on s'arrêta comme pour donner plus de force à la voix ; soudain les voûtes élevées , les tribunes immenses de la cathédrale retentirent par deux fois de ces paroles du Symbole : «Oui « procède du Père et du Fils ». Le schisme cessait, l'ancienne querelle était vidée, les opinions religieuses se fondaient ensemble. Le patriarche Germain , le logothète et les autres orientaux chantèrent à leur manière des cantiques de louanges en l'honneur du pape. Celui-ci continua et acheta la messe au milieu des Grecs qui environnaient l'autel.

I ne circonstance sembla faire croire que Dieu appelait tous les peuples au banquet de la réconciliation : on vit arriver à Lyon, le quatrième jour du mois de juillet, les ambassadeurs d'Abaga, grand-kan des Tartares. Leur costume bizarre, ni 20

les pelleteries précieuses dont ils étaient couverts manquaient seuls parmi cette innombrable variété d'hommes de tout climat et de toute nation; l'habit des chevaliers du Temple rappelait en quelque sorte celui des Musulmans. Si maintenant on se figure les nuances diverses qui distinguaient les Français, les Italiens, les Grecs, les Allemands, les Anglais et les Espagnols, on aura une idée du spectacle extraordinaire que la ville de Lyon devait présenter à cette époque. Les réjouissances qui avaient lieu par toute la cité n'en furent que plus magnifiques ; la présence des ambassadeurs tartares était un nouveau sujet de joie pour les chrétiens. On se rappelait que ces peuples féroces, au commencement du treizième siècle, avaient dévasté la Pologne et la Hongrie, menacé l'Italie et l'Allemagne, et couvert de ruines toutes les régions qu'ils avaient traversées. Quel beau triomphe, se disait-on, si ces hordes barbares entraient dans le sein de l'église catholique! elles adouciraient leurs mœurs et deviendraient des défenseurs intrépides de la foi.

Malheureusement ce n'était point le désir de se faire chrétiens qui les amenait. Ils venaient pour contracter une alliance avec les princes de l'Occident, et promettre une puissante diversion en faveur de la Terre-Sainte contre les mahométans, dont ils voulaient se venger depuis qu'ils avaient été repoussés par eux jusque vers le Tanaïs. Ces ambassadeurs tartares étaient au nombre de seize.

Page 1