TROISIÈME PARTIE
corruption du clergé ébranlait plus que jamais l'édifice imposant du christianisme. Les hauts fonctionnaires de1 l'église étaient loin de donner le hon exemple : c'était parmi eux surtout que Ton remarquait les vices scandaleux, les actes de simonie, les intrigues, la brigue, toutes les passions viles de l'humanité. Leur conduite était d'autant plus dangereuse et principalement nuisible à la religion, que les peuples devenaient plus éclairés. Déjà même l'esprit de révolte et d'insubordination, l'amour de la liberté, l'indignation qu'inspire la vertu à l'aspect des crimes multipliés, l'indépendance religieuse enfin se glissaient dans plusieurs monastères, où les lumières s'étaient concentrées durant les siècles de barbarie. 11 était déjà facile, à cette époque, de prévoir que le premier coup mortel pour la cour de Rome partirait d'un couvent. Le second concile écumenique de Lyon, les membres distingués qui le composaient parurent ne pas ignorer cette situation critique et malheureuse de la religion chrétienne , et les dangers qui l'environnaient.
On lut dans l'assemblée des prélats quatorze constitutions importantes. Nous en rapporterons quelques-unes d'après les actes du concile , et d'après les auteurs qui les ont traduits. La première et peut-être la plus nécessaire, puisque sur elle reposaient les formes d'élection du chef de l'église, concernait le conclave. Nous avons vu les délais que l'ambition ou la jalousie ou la mau-
vaise volonté des cardinaux avaient apportés à la nomination de Grégoire x. Il devait sentir mieux que tout autre les résultats d'un fâcheux abus qui laissait le monde chrétien sans chef spirituel , et pouvait le diviser par conséquent en aulant de républiques religieuses qu'il y aurait de moines enthousiastes capables de fanatiser les populations. 11 fallait donc empêcher que les intérêts mondains ne pussent contrarier ou suspendre l'élection du pape. Pendant son séjour à Lyon, le souverain pontife, pour ne rien brusquer et ne point éprouver un échec dans sa ferme résolution , avait flatté les cardinaux , les avait consultés avec bienveillance sur cette affaire; un murmure peu flatteur fut leur unique réponse. Ils travaillèrent en secret, intriguèrent auprès des pères du concile pour les porter à refuser leur assentiment au décret pontifical, lorsque Grégoire le proposerait au concile. Cette conduite seule montre quelle était alors l'aversion du haut clergé pour toutes les réformes utiles.
Grégoire x persévéra. Après les premières sessions du concile, il appela lui-même auprès de sa personne chacun des prélats en particulier. L'éloquence d'un honnête homme, d'un pontife surtout qui avait des sièges opulens à distribuer, et pardessus tout de bonnes intentions, devait être persuasive : il obtint la souscription et la promesse de soutenir son décret de presque tous les pères de l'assemblée. Le mécontentement des