TROISIÈME PARTIE. 3Iô
cardinaux ne l'inquiétait plus ; il ordonna, dans la cinquième session du concile, la publication de sa constitution concernant le conclave. Il avait lus bien fait de prendre ses précautions d'avance, car le chagrin très vif que lui causait l'absence d'un dialecticien aussi vigoureux que Bonaventure, ne lui permettait pas de démontrer avec beaucoup d'ardeur les avantages inappréciables de sa nouvelle constitution. Elle portait en substance :
« Après la mort du pape dans une ville quelce conque où Sa Sainteté résiderait avec sa cour, « les cardinaux présens attendront les absens « pendant dix jours. Ils se réuniront ensuite « dans le palais où logeait le pape. Un seul dote mestique leur sera permis. Ils seront tous rasce semblés dans une même chambre, sans aucune « séparation, sans aucune issue que celle pour « aller aux lieux secrets. Cette chambre cornée mime (car c'est ainsi qu'on doit entendre le « mot de conclave,^) sera tellement fermée de « toute part, qu'on ne puisse y entrer ni en sorte tir, si ce n'est du consentement de tous les car- « dinaux. Ils ne pourront recevoir ni message ni « écrit, sous peine d'excommunication. Cepen- « dant, on pratiquera une fenêtre à ladite chaînée bre ou conclave pour y passer la nourriture « nécessaire, mais sans qu'il soit permis de pouce voir entrer par cette ouverture ou en sortir. Si, <c trois jouis après l'entrée des cardinaux dans le
« conclave, ils ne sont pas encore d'accord sur « P«lectioil, on ne leur servira les cinq jouis Mii- « vans qu'un seul plat à dîner et à souper; mais « après les cinq jours, on leur donnera du pain, « du vin et de l'eau seulement, jusqu'à ce que « l'élection soit terminée. »
Cetlc constitution passa à une forte majorité; mais elle devait causer de grands troubles, parce qu'il est difficile d'amener les hommes à une véritable amélioration, quand elle est en opposition directe avec leur amour-propre et leur intérêt. Néanmoins le règlement de Grégoire, après quelques légers cbangemens, a depuis été suivi dans toutes les élections pontificales. Une autre constitution, beaucoup moins louable à cause de l'esprit d'intolérance qui l'avait dictée, passa dans la même session : Lyon lui doit une grande partie de sa prospérité commerciale, parce que les bourgeois de cette ville ne furent pas assez fous pour repousser de leur sein des hommes industrieux qui s'y réfugiaient, et que les prêtres de Rome persécutaient. INous voulons parler de la consti- (ulion sur les lombards, banquiers, usuriers, brocanteurs, mots qui étaient alors synonymes. On les appelait lombards parce que les marchands ou colporteurs des républiques italiennes furent les premiers, après les juifs, qui firent usage de lettres de change pour transporter leurs fonds d'une province à Tau Ire sans courir aucun risque. Peut-être s'étaient-ils attiré le courroux des pon-