TROISIEME PARTIE. 51 J
lorsqu'un roi et un pape se furent coalises pour les détruire.
Les discussions importantes des dernières sessions du concile étaient terminées. La mort du cardinal Bonaventure occupa bientôt tous les esprits. On prodigua, pour honorer sa mémoire , le faste inouï de l'église romaine et des chanoines de la cathédrale; le deuil du concile fut tout à la fois des plus lugubres et des plus magnifiques; mais la douleur universelle, les larmes qui coulaient de tous les yeux , l'honoraient plus que toutes les démonstrations mondaines. L'Église perdait une de ses plus fermes colonnes : Bonaventure avait été le modèle de toutes les vertus, et le défenseur éloquent des vérités du christianisme; dans sa tombe semblaient s'engloutir toutes les résolutions des meilleurs pontifes. Les pères du concile rassemblés à Lyon le sentaient bien. Jamais obsèques, sans excepter celles des papes, des empereurs et des rois, ne furent aussi solennelles que celles qu'on fit à l'illustre cardinal, le dimanche même qui fut le jour de sa mort. Le pape, sa maison souveraine, les cardinaux, les archevêques , tous les prélats enfin et toute la population lyonnaise accompagnèrent avec un morne silence ses dépouilles mortelles, depuis le lieu qu'il habitait jusqu'à la cathédrale. L'archevêque de Lyon , Pierre de Tarentaise, nommé depuis peu cardinal d'Ostie, et qui fut ensuite pape sous le nom d'Innocent v, célébra la messe et
prononça l'oraison funèbre, dans laquelle il prit pour texte ces paroles de David : « Je suis affligé « do L'avoir pendu , mou frère Jonathas. » Le pape Grégoire x ne se contenta pas d'honorer l'illustre mort en versant des larmes en abondance, et en déclarant publiquement que l'Église venait de faire une perte immense; il fit quelque chose de plus en particulier : il ordonna à tous les évêques et à tous les prêtres du monde chrétien, de chanter une messe pour lui en reconnaissance des importans services que Bonaventure avait rendus au christianisme1.
Le cortège, en sortant de la cathédrale, traversa toute la cité des chanoines, le Pont - de - Pierre, le quartier des bourgeois, et accompagna Bonaventure jusque dans l'église de son ordre, où il fut enseveli. Cette église n'existe plus, mais elle a été remplacée par une autre que nous voyons de nos jours sur la place des Cordeliers. La première était consacrée à Dieu sous le nom de Saint- François; la seconde prit le nom de Saint-Bonaventure lorsqu'un citoyen lyonnais, Jacques Grolée, l'a lit construire2. Le corps du cardinal fut transporté dans la nouvelle église, qui n'est pas très éloignée du lieu de l'ancienne. L'histoire de ses reliques, que les Lyonnais regardaient comme le palladium de leur cité, des moines qui por-
1 Colonia , tom. 11.
2 En I325> Jacques Grolée , qui ;i donné son nom à une rue Toisine , > l'ut enterré en I327.