‹ Histoire de LyonChapitre 152 sur 223 · TROISIÈME PARTIE. o2o · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. o2o

sèment pour le salut de nos compatriotes modernes, il ne reste plus rien ni du chef, ni des autres reliques, ni des châsses précieuses , ni même d'une fameuse chasuble que les dévols embrassaient avec enthousiasme. On avait conservé, en effet, dans le couvent des Cordeliers, une chasuble dont Bonaventure se servait ordinairement. Les seuls supérieurs de Tordre en faisaient quelquefois usage dans les grandes solennités. Le peuple accourait alors en foule, et s'empressait de la toucher. Cette chasuble est tombée en lambeaux de vétusté; mais les fidèles de Lyon n'en avaient pas moins depuis la pratique, non répandue ailleurs, d'entourer le prêtre qui venait de célébrer la messe , pour toucher sa chasuble et faire ensuite le signe de la croix. Quant aux autres reliques de saint Bonaventure, voici quel fut leur triste sort : la réforme, en détruisant les images et les signes trop matériels de la religion , ne pouvait épargner les reliques des saints, qui étaient pour elle les objets d'une odieuse idolâtrie ; les calvinistes s'emparèrent de la ville de Lyon au milieu du seizième siècle, rompirent et pillèrent, dans le couvent des Cordeliers, la châsse donnée par le duc de Bourbon ; ils brûlèrent les ossemens du saint, et en jetèrent les cendres dans le Pdiône. Mais la châsse où était le chef, si richement embellie par la princesse Anne, échappa à la fureur des réformés par le courage d'un supérieur du monastère. Cet homme intrépide, digne d'un

meilleur sort, refusa toujours de découvrir le lieu secret où il l'avait cachée; il ne fut point effrayé de toutes les menaces qu'on lui fit; après avoir souffert durant trois semaines la prison et la faim, après avoir vingt fois blessé l'amour-propre, excité la rage des plus fameux ministres réformés dont la passion principale était de convertir les catholiques, comme la passion de ces derniers était de brûler vifs leurs adversaires, il fut massacré sur le Pont-de- Pierre et jeté dans la rivière. Les Cordeliers , qui renfermaient parmi eux des hommes aussi ardens, aussi intrépides, formaient un ordre qui a joué un très grand rôle. Les moines de la province de Saint-Bonaventure , où la ville de Lyon était comprise, furent célèbres sous plusieurs rapports. On sait que la France possédait quatre-vingt-dix provinces ecclésiastiques de cet ordre des Frères-Mineurs ou de Saint-François d'Assise, institué vers le commencement du treizième siècle. Ces Cordeliers, en général, étaient habillés d'un gros drap gris; ils avaient un petit capuce ou chaperon d'un gros drap gris aussi, et une ceinture de corde nouée de trois nœuds, d'où leur vient le nom de Cordeliers. lis s'appelaient d'abord Pauvres-Mineurs, nom qu'ils changèrent pour celui de Frères mineurs : le mot pauvre leur déplaisait. Cependant il faut dire à leur éloge qu'ils avaient renoncé, dans les premiers temps, à la propriété de toute possession temporelle; il n'est pas un seul couvent qui n'ait commencé par

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