TROISIEME PARTIE
l'humilité pour finir ensuite par l'opulence. Plusieurs cordeliers ont été évèques , cardinaux , et
même papes. Ils ont eu de grands hommes en plusieurs genres, à la tète desquels on peut nommer le frère Bacon, célèbre par les persécutions qu'il essuya dans son ordre, et par les découvertes qu'il fit dans un siècle de ténèbres. Mais l'orgueil était la maladie principale de ces moines comme de tous les autres, les Bénédictins peutêtre exceptés, que nous aimons bien franchement. On connaît les guerres atroces des Cordeliers pour la forme d'un capuchon ; la fameuse querelle des Thomistes et des Scolistes a fait beaucoup de bruit dans le monde. Un grand nombre de particularités intéressantes se trouvent dans les statuts des Cordeliers de Lvon : il leur était
expressément ordonné de se servir de sandales ; après l'administration des gardiens, il était enjoint de conserver note dans un registre général s'ils avaient été économes ou dissipateurs. Les moines étaient obligés d'oter devant les fenêtres de leurs chambres les appentis qui servaient à poser des vases de fleurs. Aucun religieux ne pouvait desservir la chapelle d'un château au delà d'un mois , crainte que ses mœurs ne s'altérassent. Pour ne point être victimes des banqueroutes, les supérieurs recevaient défense expresse de confier à qui que ce fut l'argent qui leur était donné ; ils devaient l'employer en terres ou vignes, et surtout en prés. Si la somme se trouvait assez
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considérable pour pouvoir acheter un domaine, il fallait de suile faire cette acquisition , mais dans un endroit éloigné des lieux où les frères faisaient d'ordinaire la quête, de peur que l'ordre ne fût trouvé trop riche, et que les aumônes ne diminuassent. Par le même motif, le chapitre général de l'ordre défendit à tout religieux d'employer plus de trente livres à l'embellissement de sa chambre. Néanmoins, les Cordeliers mettaient beaucoup de magnificence dans leurs monumens, et cherchaient à obtenir la clienlelle des riches familles pour les mausolées1, afin de satisfaire leur goût très vif pour les tableaux et les marbres somptueux3. On voyait dans leur église, avant la
* En 1770, l'académie fir célébrer dans l'église des Cordeliers un service solennel pour Adamoli , qui lui avait légué sa bibliothèque.
a « Sur l'emplacement de la halle aux grains , non loin de l'église des « Cordeliers, existait avant la révolution la magnifique chapelle des « Confalons, où la richesse et l'élégance des ornemens et des chefs- « d'ouvré de peinture attiraient l'admiration des amateurs des arts. Le « vestibule , surmonté d'une voûte soutenue par des colonnes de mar- « bre , était orné de plusieurs tableaux. On en distinguait six par Pi- « gnon , et le portrait de l'archevêque de Neuville par Dlauchet. L'in- « térieur de la chapelle , vaste et d'une belle proportion , était décoré « de menuiseries et de pilastres canelés d'ordre ionique , de panneaux « enrichis de sculpture , el de bas- reliefs exécutés d'après les dessins « de Delamonce , par Simon el Lamourctrx , élèves de Coustou. On y « voyait un grand nombre de tableaux, représentant l'histoire de la « Vierge, par ditterens peintres ; celui de la Visitation , par Lafosse, un « de ses meilleurs ouvrages. Le sanctuaire était en harmonie avec les « autres parties du monument , par la somptuosité de ses décorations. « Un groupe d'une grande beauté , représentant l'Assomption , dessiné « par Farrabat et exécuté par Perrache père, occupait le fond du sanc- « tuaire. Au bas de ce groupe , le même artiste avait peint en camaïeu