TROISIÈME PARTIE
moindre sujet de guerre suffirait pour rendre les rois de France possesseurs de la baron nie. Les bourgeois, plus clairvoyans, murmurèrent en voyant qu'on leur imposait deux maîtres : ils formèrent opposition devant le commissaire député par Philippe, et soutinrent que les appellations seules et le droit de ressort appartenaient au roi, et la justice de première instance au prélat ; mais que le chapitre ne devait y avoir aucune part d'après les traités précédens. Philippe ne pouvait encore soumettre les Lyonnais par la force des armes : des guerres lointaines l'occupaient beaucoup : il dissimula, suspendit le traité de Pontoise, auquel les citoyens n'avaient nullement participé , et le plaça en dépôt dans le couvent des Frères-Prêcheurs de Paris, pour le mettre en vigueur quand l'occasion favorable s'en présenterait.
Cette conduite tortueuse, incertaine, peu franche d'un souverain que les bourgeois avaient regardé comme leur protecteur naturel , les rendit méfians. 11 ne fallait qu'une étincelle pour allumer leur courroux : elle se présenta bientôt. Pierre de Savoie, doyen des chanoines, homme ardent et belliqueux , fut élu archevêque après la mort de Louis de Villars1. 11 avait toutes les qualités nécessaires pour lutter contre les puissances temporelles, et pour se constituer lui-même souverain indépendant ; de plus, il était parent d'une
■ Année 1308.
foule de seigneurs illustres dans ces temps tl<"
féodalité. Fils de Thomas, prince de Piémont, et
petit-fils de Thomas, surnommé le Grand, gonfalonier de l'Église sous le pontifical d'Innocent r\. il devait être fier de son origine, \ussi comptaitil beaucoup sur les maisons de Beau jeu et de Bourgogne, avec lesquelles il était allié, et sur le prince Ame de Savoie, son cousin, qui avait à cette époque une belle armée sur pied contre le dauphin de Viennois. Il commença dans sa propre baronnie, par faire tourner au profit de sa cause le mécontentement des citoyens. Les bourgeois se laissaient facilement séduire par des apparences chevaleresques ; il leur représenta avec éloquence « que le roi de France était un tyran; « qu'une preuve manifeste de ses desseins perni- « cieux contre les bourgeois, contre les citoyens, « contre les négocians, se trouvait dans la guerre « dont il était occupé ; il cherchait à accabler du « poids de ses armes les bons Flamands, qui n'a- « vaient pas commis d'autres crimes que d'amas- « ser des trésors par leur travail et par leur éco- « nomie , et surtout par leurs riches produits « industriels, dont tous les peuples voisins étaient « tributaires; que les Lyonnais, aussi laborieux « que les Flamands, auraient leur tour de persé- « entions. Quoi! Philippe ne demandc-t-il pas « déjà des subsides pour sa guerre abominable « de Flandre? »
Pierre de Savoie ne se contenta pas de haran-