‹ Histoire de LyonChapitre 170 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

leur vœu de pauvreté, de chasteté, d'humilité e| de tempérance; mais parce que la morale avait à gémir, ce n'était pas une raison de faire verser de> pleurs de sang à l'humanité. La destruction des Jésuites, hommes tout aussi coupables, a été plus douce et par là plus généralement approuvée. Le souverain pontife, en sacrifiant des moines guerriers qui pouvaient mériter une simple abolition sans subir un sort aussi horrible, se crut en droit d'exiger à son tour quelque chose de Philippe. 11 le pria de défendre pour un temps illimité les tournois, joutes, passe-d'armes et autres diverlissemens militaires qui détournaient la no- I )lesse des voyages d'outre-mer, et l'empêchaient de combattre les infidèles. 11 se plaignait en même temps de ce que la ville de Lyon , depuis qu'elle se trouvait en rapport d'une manière plus directe avec la couronne de France, était plusieurs lois par an le séjour de ces amusemens mondains qui faisaient oublier les eboses saintes. On se trouvait en effet à l'époque la plus brillante des tournois, des passe-d'armes, des aventures ehevalercsques , et des courses vagabondes de jeunes seigneurs, qui allaient partout faire admirer leurs prouesses, ou chercher de périlleux hasards. La situation agréable de Lyon, où se rassemblaient avec empressement la riche noblesse des ensirons, les troubadours du Midi, et surtout un sexe d'une beauté ravissante, comme on peut encore en juge)' aujourd'hui, j attirail beaucoup

de chevaliers. Celte ville était à l'entrée de l'Allemagne, de l'Italie et de la France; elle avait à son voisinage bon nombre de jeunes seigneurs amoureux de la gloire et des belles; les comtes de Forez et de Savoie , les dauphins , les sires de Beaujeu, de Bagé, de Thoire, de Vilars, les comtes de Mâcon et de Poitiers, les comtes de Bresse et les seigneurs de la Tour-du-Pin , dont les parens étaient membres du chapitre, abbés d'Ainai et de l'île Barbe , tous brisaient à l'envi des lances dans la rue Grenetle, ou sur les prairies de Bellecour; ceux qui avaient des gites à Lyon fournissaient aux dépenses du tournoi , et recevaient avec courtoisie les chevaliers étrangers. Leurs valets, et quelquefois même de nobles damoiseaux, s'amusaient d'une manière plus comique dans la rue Tupin. La tête armée d'un simple pot, qui a donné son nom vulgaire à cette rue, ils couraient auxTupineïs : c'étaient de grandes marmites ou cruches de terre suspendues à une corde; elles avaient à leur extrémité inférieure un large anneau qui était le but de toutes les lances. Ceux qui enfilaient l'anneau en courant faisaient verser l'eau, dont les marmites étaient remplies, derrière la croupe de leur cheval sans en être mouillés ; les valets maladroits , qui donnaient juste contre le ventre delà cruche, étaient inondés. Philippe le Bel ne trouva aucune difficulté à défendre ces divertissemens, qui contrariaient les grands projets de croisade du pontife; mais il lui

Page 1