TROISIÈME PARTIE
dit que puisqu'ils en étaient sur les affaires de Lyon, il fallait terminer avec l'archevêque tout ce qui concernait cette cité. Le pape ne s'attendait point à cette réflexion de Philippe; il lui répondit que le chef de l'Eglise catholique et romaine ne pouvait convenablement se mêler des traités qui tendaient à diminuer l'influence nécessaire du clergé; qu'il existait assez de seigneurs laïques puissans qui s'en mêleraient avec plaisir, sans qu'il fût obligé de compromettre sa dignité pontificale. Le comte de Savoie, présent à cette discussion , se chargea de tout. Il écrit donc à l'archevêque son parent, et l'invite à se rendre à Vienne : là, Pierre de Savoie, fatigué de toutes les tracasseries que son imprudence lui avait suscitées, se détermine à traiter avec le roi, en signant un contrat d'échange et de permutation conçu en ces termes :
« A tous présens et à venir qui ces présentes- « lettres verront, nous, Pierre de Savoie, par la « miséricorde de Dieu , archevêque de la première « province de l'église de Lyon , pour faire cesser « tous sujets de scandale survenus entre nos prête décesseurs et le chapitre, d'une part, et les gens a du seigneur roi de France ainsi que de ses dece vanciers, d'autre part, transportons et cédons « à sérénissime prince Philippe et à ses succes- « seurs, comme favorables défenseurs des églises, « toute la juridiction qui nous appartenait; nous « donnons donc et accordons à perpétuité la ju-
« ridicïion temporelle , haute et basse , avee les « dépendances de la ville Lyon, deçà et au delà « de la rivière de Saône; de plus, la juridiction « du château Saint-Just, du bourg Saint-Irénée . « Fourrières et Saint-Sébastien; encore la juriez diction que nous avons acquise du sieur de « Beaujeu, laquelle s'étend au dessous des \ieux « fossés de la rivière de Saône jusqu'au Rhône , « et de là descendant jusqu'au pont de ce fleuve « avec toutes ses iles ; nous réservant toutefois, « ainsi qu'à nos successeurs et à notre église, la « juridiction temporelle du château de Pierre-Scise « avec ses dépendances, depuis le monastère de « Saint-Martin-le-Noir (la Chana) inclusivement, « jusqu'à La Tourette le long du chemin de la Mon- « lagne, et depuis La Tourette le long des murs « de la ville de Lyon, en descendant jusqu'au « fossé de Pierre-Scise et la porte du Bourg-Neuf « exclusivement; nous réservant aussi le droit de « battre monnaie, la correction et la juridiction « dans notre famille, c'est-à-dire sur nos domes- « tiques, excepté pour les crimes énormes tels « que rapts, homicides et autres semblables; la « fête appelée des Merveilles, avec le pouvoir de « punir les délinquans qui manqueraient à leur « devoir pour l'observance de ladite fêle; enfin, « la permission de retenir des troupes tant de « pied que de cheval , pour réprimer et faire la « guerre !;uil au delà de la Saône que du Rhône, « comme il se pratique en ce pays. Ne pourra
« ledit seigneur roi, ni ses successeurs, mettre
« hors de leur main royale, pour quelque cause « que ee soit, toutes les choses susdites ni partie « (Ficelles; a cet effet, nous promettons et jurons, « pour nous, nos successeurs et notre église, Tob- « servance des présentes1. »
La sénéchaussée royale fut établie à Lyon, immédiatement après la signature de ce traité. On v annexa celle de Beaucaire et le baillage de Macon. Philippe le Bel avait fait, un an auparavant, de belles ordonnances pour donner plus de force et plus de régularité à son gouvernement ; elles furent lues et enregistrées dans la nouvelle sénéchaussée loyale , pour y être observées en tous les articles qui n'auraient rien de contraire aux
1 Données à Vienne le lundi , après misericordia Dominé , nu mois d'avril, l'an Je notre Seigneur 131^, scellées d'un sceau en cire rouge, sur cordon de soie rouge, pendant au milieu d'un petit repli de parchemin. Le roi de France donna dem mille cinq cents livres viennoises de rente annuelle en baronnie noble, sous la suzeraiueté immédiate du souverain. Il donna des lettres patentes ( à Fontainebleau, le mercredi, après la fêle de la Nativité de notre Seigneur, 1312) qui furent acceptées par l'archevêque de Lyon dans le mois de décembre de la même année ; elles concernaient les terres désignées par les arbitres en récompense de toute la justice de Lyon que le prélat avait vendue au roi. Voici les principales terres ou domaines ou liefs donnés en échange : Château-Neuf et la ville Sainle-Marie-du-Bois , la maison du sieur Guichard de Marzay , chevalier | appelée Aly dans le baillage de Mâcon ; et dans le baillage de le château de Charmy, le château Renaud, la maison du seigneur de Sully, avec les forts, chàtellcnies, ténemens, fiefs, arrière-fiefs, justice, eaux et forêts, paccage et toute justice, et juridiction haute et . Lu disséminant ainsi les propriétés de l'église de Lyon , le roi de France la dominait plus facilement.
36i HISTOIRE DE LYON,
anciens privilèges , coutumes et franchises de la cité. Cependant la mort prompte du roi Philippe', ajourné à un an devant Dieu par les Templiers , suspendit momentanément le contrat passé avec Pierre de Savoie. Les citoyens craignirent de retomber sous la domination de l'archevêque et du chapitre, malgré la promesse que leur avait faite Louis le Hutin, de les annexer pour toujours à la couronne. Le spectacle d'un pape, Jean xxn, qui s'était nommé lui-même2, que l'on couronna à Lyon , et qui donna d'une manière solennelle sa bénédiction à une foule immense réunie devant le portail de Saint-Jean , détourna l'attention des bourgeois de leurs intérêts politiques. Ils ne s'occupèrent pendant quelque temps que de fêtes, de cérémonies , de réjouissances populaires ; le pontife séjournait dans le couvent des Frères- Prêcheurs; les comtes de Marche, de Valois, celui d'Evreux , formaient sa cour ; il leur donnait des festins splendides dans le jardin du monastère, où les préfets sont encore chargés de traiter les princes. Louis le Hutin mourut sur ces entrefaites; son fils le suivit de près dans la tombe, et ne régna que huit jours ; le régent du royaume, Philippe le Long, monta sur le trône3.
Ce prince doux et modéré s'occupa de suite de la conquête de Lyon dont il sentait limpor-
' En 13H.
■ Années 1315 et 1?>I<>.
5 Années 1317 et lois.